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Affaire DSK : Pascal Bruckner ferait-il un témoin crédible ?


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Hélène Keller-Lind
Dimanche 28 Août 2011

Pascal Bruckner fustige les « divagations » de Nafitassou Diallo, les médias américains de la côte Est ainsi que certains médias français. On a pu le lire et l'entendre sur ce sujet ces jours derniers. A l'inverse de la femme de chambre du Sofitel, il n'est ni illettré, ni immigré de fraîche date, pourtant, à bien le lire ou l'entendre, on peut se demander s'il ferait, lui, un témoin crédible…
 
 

Il donne des détails scabreux à foison, ce qu'il reproche aux médias américains de faire…
 
 
Pascal Bruckner a une théorie bien arrêtée sur l'Amérique qu'il développe dans les colonnes du Monde du 24 août dernier : « L'Amérique du Nord, à l'évidence, a un problème avec le sexe qui vient de son héritage protestant mais elle veut en plus donner des leçons au monde entier. La qualifier de puritaine ne suffit pas car c'est un puritanisme retors…. lubrique…» 
 
Car, dit-il, outre-Atlantique, on a vu « condamner l'érotisme pour mieux en parler,… se pourlécher des semaines, des mois durant de détails croquignolets… » Et il en profite pour fustiger les Républicains…Or, ce qui étonne, c'est que le philosophe fait justement ce qu'il reproche à « l'establishment médiatique » américain en donnant lui-même un luxe de détails, non seulement sur ce qu'a dit un avocat de Nafitassou Diallo, s'exprimant, selon lui, « une jubilation obscène,» – alors qu'il donnait un élément pour faire comprendre ce qu'elle dit avoir subi – mais aussi, en en rajoutant, ….sur « les tortures d'Abou Grahib » qu'il déterre. Et qu'il se plaît à rappeler dans les termes les plus crus. A ce propos, il faut souligner que les onze coupables, dans cette affaire, ont dûment été condamnés par un tribunal militaire américain. Onze sur des centaines de milliers de soldats américains en Irak. Quant au lieutenant qui fut condamné, une femme avec une histoire de troubles mentaux, Pascal Bruckner s'attarde sur son cas pour conclure : « la torture existe partout, même dans les nations démocratiques, mais seul un pays malade de sa sexualité peut imaginer de tels sévices … » On peut supposer que le philosophe qui a tout lu – il citait tous les journaux de la côte est dans une émission de Dominique Souchier sur Europe1 le 27 aoû t, ne lit pas avec autant d'attention les médias français car, hélas, des affaires de tortures sadiques bien hexagonales, y sont parfois rapportées…
 
 

Une lecture partielle et partiale d'un article de The Daily Beast / Newsweek
 
Et de fustiger également une journaliste de Newsweek en résumant ainsi l'article qu'elle y écrivait fin juillet : Joan Buck « explique à ses lecteurs la sexualité archaïque des Français : chez les barbares gaulois, les femmes journalistes couchent avec tous les hommes politiques, par plaisir et aussi pour garantir leurs sources, le droit de cuissage est une institution, des stations services aux bureaux, les secrétaires doivent faire des gâteries à leurs employeurs pour garder leur boulot, toutes les personnes de sexe féminin sont qualifiées de "salopes" et le pays oscille en permanence entre le marquis de Sade et Simone de Beauvoir. »
 
Pascal Bruckner n'est pas un immigré illettré de fraîche date et, à l'en croire, il maîtrise parfaitement l'anglais. Or son récit / témoignage de ce qui est dit dans cet article est-il exact ? Non. Joan Juliet Buck, qui cite nombre de sources, consacre la première partie de son article à Anne Sinclair, s'interrogeant que les raisons de son indéfectible soutien à son époux. Puis elle évoque les terribles « petites phrases » de Jean-François Kahn à propos de l'affaire : « Ce n’est qu’un troussage de domestique », puis de Jacques Lang, dont elle rappelle qu'il a été ministre de la Culture de Mitterrand : « Il n’y a pas mort d’homme.»  Et elle replace ensuite le tout dans un contexte précis, français, mais sans écrire ni « gaulois » ni « archaïque », ni donner dans l'outrance. Elle écrit : « les journalistes couchent avec des hommes importants parce que cela les amuse, disent-elles, et leurs sources sont contentes… » etc.
 
Autre exemple : le mot « salopes ». Si la journaliste américaine l'évoque, c'est en évoquant d'abord le Manifeste portant ce nom et ayant abouti à la légalisation pour l'avortement. Entre autres exemples. Etc. Il y a un monde entre ce qui a été écrit et ce que Pascal Bruckner rapporte..
 
 
 

Les « divagations » du philosophe… alors qu'il accuse Nafitassou Diallo d'en avoir été coupable
 
 
Le philosophe se rend donc clairement coupable ici de « divagations », ce que, sur Europe 1, il accusait Nafitassou Diallo d'avoir fait « dans le bureau du juge »…Juge ? Non. C'est dans le bureau du Procureur qu'elle a été entendue…pas la même chose…et quand on reproche à quelqu'un de ne pas être crédible en raison de ses erreurs, on se garde d'en faire…
 
Dans l'article du Monde Pascal Bruckner poursuit son réquisitoire contre l'Amérique, d'une manière virulente et méthodique. Il écrit : « Il n'y a pas que les hommes politiques aux Etats-Unis à être poursuivis par l'indiscrétion médiatique (les deux dernières victimes de cette chasse sont l'élu démocrate Anthony Weiner coupable d'avoir envoyé des photos de ses appâts virils via Twitter à des dames rencontrées en ligne et Arnold Schwarzenneger, père d'un enfant illégitime obtenu avec sa bonne)…. » Encore faudrait-il préciser que dans le premier cas, que cet élu – qui se prenait en photo « avantageuse » dans la salle de sport du Congrès américain, entre autres - est un jeune marié dont la femme, assistante de la Secrétaire d’État, Hillary Clinton, est enceinte et qu'il avait commencé par nier avoir envoyé ce type de photos de lui à 5 femmes différentes… Quant à l'ancien gouverneur de Californie, ce qui a pu choquer, c'est qu'il a fait – « obtient-on » un enfant comme l'écrit le philosophe ? - un enfant avec sa bonne au domicile conjugal voici 13 ans et alors que sa propre épouse était enceinte ; les deux femmes avaient accouché presque en même temps. Et il n'a pas démissionné, il était arrivé à la fin de son mandat quand sa femme a découvert le pot aux roses et demandé le divorce. Ce qui a provoqué quelques remous, ce qui n'a rien d'étonnant. Mais rien de cela le philosophe ne le dit. Or, quand on entend dire la vérité, encore faudrait-il la dire toute.
 
 

Accuser l'Amérique d'avoir traîné la France dans la boue alors qu'on la traîne, elle, dans la boue. Sans compter la réalité de multiples preuves d'une « brève rencontre sexuelle »…
 
 
Par ailleurs, quand Pascal Bruckner affirme que « tous les grands médias de la côté Est ont traîné la France et les Français dans la boue….fait le procès de l'accusé, » là encore il ne dit pas vrai. Il n'y a pas eu de « procès de la France » généralisé. Il y a eu de tout. Des torchons aussi. Comme un journal new-yorkais qui titrait sur « le pervers français » pour accuser ensuite Nafitassou Diallo d'être une prostituée. Ce qui leur vaut actuellement un procès.
 
 
Pour sa part, Pascal Bruckner ne se prive pas de faire le procès de Nafitassou Diallo en tronquant les faits établis par l'accusation.
 
Il faut rappeler qu'au départ, le 18 mai, dans un communiqué annonçant l'inculpation de Dominique Strauss-Kahn, le Procureur Cyrus Vance écrivait : « le Grand Jury, organisme indépendant composé de jurés impartiaux, a considéré que les preuves présentées par les juristes de mon bureau étaient suffisantes pour demander une inculpation……preuves qui confortent l'idée qu'ont été commis des actes sexuels forcés, non consensuels.  » Les médias, où qu'ils soient, avaient des raisons de s'indigner…
 
D'autant que les supérieurs de Nafitassou Diallo, employée modèle, la sécurité de l'hôtel, les policiers, inspecteurs, les médecins et autres enquêteurs spécialisés qui l'ont entendue ou l'ont examinée aussitôt après les faits et dans les jours suivants – tous listés par Cyrus Vance -, l'ont tous crue. De plus, des preuves matérielles – sperme du présumé innocent- avaient été trouvés sur le haut de son uniforme et le tapis de la suite. Cyrus Vance rappelle aussi, y compris dans sa demande d'abandon des charges, « la brièveté » de cette « rencontre sexuelle. » En mai cette brièveté..suggérait, disait-il, « qu'elle n'ait vraisemblablement pas été consensuelle. » Il note aussi que le récit des faits par Nafitassou Diallo n'a jamais varié.
 
Par ailleurs, il a été établi par d'autres preuves matérielles, des cellules épithéliales lui appartenant, que l'accusé, aujourd'hui relaxé, avait bien touché, attrapé, la ceinture des deux paires de collants et de la culotte qu'elle portait de jour-là, ainsi que l'entre-jambe extérieure d'une des paires de collants. Ce type de trace n'est pas nécessairement retrouvé et ses sous-vêtements ont pu être touchés, attrapés ailleurs. Ce qui semble bien correspondre aux récits qu'elle a fait de l'incident lui-même
 
 

Des contrevérités périphériques mais un récit constant des faits eux-mêmes
 
En juin il y eut une série de « fuites » attribuées au Bureau du Procureur, – la directrice pour les procès au sein de ce bureau est l'épouse d'un des avocats de Dominique Strauss-Kahn. Elle s'est dessaisie de ce dossier mais était en contact quotidien avec tous ses subordonnés qui le traitaient -. Et à la fin du mois, le Procureur écrivait aux avocats de Dominique Strauss-Kahn pour les informer de contre-vérités de Nafitassou Diallo, comme la loi l'y oblige. Notamment dans sa demande d'asile aux États-Unis, qu'elle réitéra verbalement en janvier 2004 en arrivant aux États-Unis où elle est entrée avec un faux visa. A noter, d'ailleurs, que ce sont ses avocats à elle qui en ont informé le Procureur. Dans un premier temps elle répéta ces contre-vérités lorsqu'elle était questionnée par les procureurs. Mais expliqua ensuite qu'elle n'avait pas voulu changer ce qu'elle avait dit dans sa demande officielle. Elle avait alors appris par cœur un script qui lui avait été fourni, censé lui garantir l'entrée en Amérique. Ce qui semble ne pas être rare pour des personnes acculées dans leur pays d'origine et qui veulent entrer aux États-Unis à tout prix.
 
Elle s'est trouvée dans une situation impossible car avouer qu'elle avait menti dans cette demande d'asile pouvait et peut avoir de terribles conséquences. Et l'idée de devoir éventuellement retourner en Guinée a dû lui sembler suffisamment effrayante pour qu'elle mente sur ce point au départ.
 
Cyrus Vance fait également état d'autres contre-vérités, notamment une fausse déclaration aux impôts. Mais, concernant « l'affaire DSK » à proprement parler, tout ce qu'il lui reproche est d'avoir changé sa version de ce qui s'était passé après sa sortie de la suite Dans une conférence de presse donnée à Paris le 21 août, l'un de ses avocats évoquait à ce sujet de possibles problèmes de langue, son anglais – appris phonétiquement puisqu'elle ne sait ni lire ni écrire – n'étant pas excellent, ou des problèmes de traduction – sa langue maternelle, un dialecte africain étant difficile -. Le Procureur écrit d'ailleurs qu'elle a parfois repris la traduction d'un traducteur présent. Mais, selon des associations d'aide aux victimes d'agression sexuelles, il est fréquent que les victimes soient désorientées aussitôt après l'agression. D'ailleurs ses différentes versions ne changent rien à son récit des faits eux-mêmes et aucune ne pouvait appuyer ou contredire ce récit-là. Ce qui s'est passé ensuite peut aisément être retracé grâce au relevé des clefs qu'elle a utilisées ce matin-là pour entrer dans les chambres et par les témoins qui lui ont parlé peu après : deux supérieurs, des personnes de la sécurité de l'hôtel, etc.
 
Ni dans ce document, ni dans sa recommandation adressée au juge pour qu'il abandonne les poursuites , Cyrus Vance ne parle de changement de version des faits incriminés eux-mêmes. Ce que soulignent ses avocats, par ailleurs. Le Procureur écrit, deux mois après, que «c'est la nature et le nombre des mensonges de la plaignante qui font que nous sommes incapables de croire sa version des événements sans l'ombre d'un doute…. » Des mensonges périphériques, n'ayant pas de rapport avec les faits incriminés jetant donc toutefois le discrédit sur elle. Ce qui, aux yeux de Cyrus Vance, l'empêchait d'aller au procès. Sans, pourtant, que le Procureur nie l'existence d'une « rencontre sexuelle précipitée… », qu'au contraire, il établit. Et qui correspond à sa version des faits, à elle, si ce n'est qu'on ne puisse prouver qu'elle n'ait pas été consentante. Même si ce même Procureur, à la mi-mai estimait que la brièveté de la rencontre rendait ce consentement peu probable…
 
Et si la version des faits de DSK n'a jamais été donnée, c'est qu'il s'est abrité derrière le 5ème Amendement permettant à un accusé de garder le silence pour ne pas s'incriminer. Ses avocats, toutefois ont laissé entendre qu'il y avait eu consentement….Sur cela Pascal Bruckner ne s'interroge nullement…
 
Pourtant, ce derniers assène des contre-vérités lorsqu'il déclare sur les ondes d'Europe1 qu'il faut que « le récit qu'on offre de l'agression qu'on a subie présente une certaine cohérence. Or, Nafitassou Diallo, apparemment, n'a pas seulement menti sur son passé d'immigrante, mais les différentes versions qu'elle a données au Bureau du Procureur ne collent pas entre elles… » Sans doute n'a-t-il pas bien lu ce qu'il entend rapporter, mais, de fait, il n'est pas crédible. Et son témoignage serait rejeté dans une Cour américaine.
 
Hélène Keller-Lind
http://www.resiliencetv.fr


Dimanche 28 Août 2011


Commentaires

1.Posté par Daniel Allard le 28/08/2011 19:01 | Alerter
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Le procès DSK a été la preuve que le riche peut gagné en y mettant le prix. nulle part dans ce procès le viol n'a été jugé. La seule chose qui est apparu, est que si tu n'est pas (blanc bleu) comme l'élite (humph) tu sera toujours coupable peut importe ce que tu fasses pour trouver justice. DSK l'a violé et se n'est pas moi qui le dit,c'est ce que les preuves scientifiques disent. A partir de là, j'espère que la vie normalisera les chose pour lui
car il ne mérite pas de resté un homme libre ni au U.S.A. ni nul ailleurs sur terre.
Le philosophe ci-haut mentionné rêve peut être d'être le prochain avocat de DSK ou la nouvelle bestiole des médias quoi qu'il en soit vérifié plus que ses diplômes ça pourrait servir.
D'un Canadien qui voix encore a quoi ressemble la justice et non pas l'apparence de justice.

2.Posté par j-j le 28/08/2011 22:24 | Alerter
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très bon article (comme le précédent) ........ continuez

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