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Abdeslam comparaît à Bruxelles


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Mardi 20 Février 2018 - 11:42 L'ARPENTEUR D'INFINI. PAR MUSTAPHA SAHA


Les journalistes donnent le ton


Isabelle Deliener
Samedi 10 Février 2018

Par curiosité, je me suis rendue au Palais de Justice de Bruxelles, ce lundi 5 février, afin d'assister à la première matinée du procès très médiatisé qui s'y déroulait.

Il y avait très peu de simples curieux. Beaucoup de journalistes. Ceux qui voulaient utiliser caméras, appareils photos, téléphones ou ordinateurs portables devaient gagner l'étage, par mesure de sécurité exceptionnelle, et suivre l'interrogatoire sur grand écran.

L'audience avait pour but d'évaluer l'implication d'Abdeslam et Ayari dans l'issue tragique d'une perquisition qui avait dégénéré, rue du Dries, en 2016. Un événement surnommé "fusillade", qui a fait un blessé grave parmi les policiers.

Les armes retrouvées sur place auraient servi, ou pu servir à Paris ou à Bruxelles. De plus, Abdeslam a précédemment affirmé avoir voulu se faire sauter au Stade de France avant d'y renoncer. C'est pourquoi des victimes d'attentats ont récemment voulu se constituer partie civile, sous la houlette du flamboyant Maître Lys.

Vu le lien à mettre au conditionnel entre ces armes et les attentats, la juge a reconnu la non validité de cette partie civile dans ce procès. Elle autorisa toutefois les avocats de ces victimes à poser des questions, mais pour le moment seuls ceux des policiers pouvaient plaider.

Le soir, au JT, touchant le coeur de l'opinion publique, Maître Lys fut heureux qu'on accorde une place aux victimes civiles du terrorisme. Sa médiatisation favorise le sentiment global, la conviction répandue que Salah Abdeslam et Sophien Ayari sont des terroristes. Alors que ce n'est pas avéré.

Même les moyens les plus sophistiqués dont dispose aujourd'hui la justice ne permettent pas de l'établir. Ni aucun témoignage. Ils ont été en contact avec des terroristes, par forcément complices.

Ayari a émis un jugement nuancé à l'égard de l' EI, et déclaré qu'il pensait qu'aucune religion ne légitimait la violence. Il a répondu aux questions, sauf à celles auxquelles il avait déjà répondu, ou celles auxquelles il préférait ne pas répondre. C'était son droit. Je ne vois pas pourquoi on se scandalise quand quelqu'un use de son droit.

Et puis, le temps c'est de l'argent. Vu les moyens pharaoniques déployés, on pouvait quand même se dépêcher un peu. Je me permets un peu d'ironie. Un caricaturiste est bien autorisé, lui, à se vautrer sous la table de la juge comme un Bacchus sous l'hôtel d'une église, pour croquer les visages de ceux qui ne veulent pas être vus.

D'emblée, Abdeslam a déclaré ne pas vouloir s'exprimer.

En Belgique, nous avons le droit de nous taire et même celui de mentir, si nous comparaissons devant un tribunal pour faire face à une accusation. C'est-à-dire que ni le silence, ni même le mensonge devant un juge ne sont eux-mêmes punis par la loi. Mais le jugement prend en compte l'attitude des prévenus.

L'homme était méconnaissable. Je me suis demandé si c'était bien celui de la photo que j'avais vue dans la presse.

Il s'est dit trop fatigué pour se lever. Il n'avait pas dormi, pendant la nuit de son transfert depuis la France. Il était très pâle et a signalé qu'il ne voulait pas offenser le tribunal. Il ne voulait même pas répondre à la première question de la juge, qui lui a demandé si il était bien Salah Abdeslam.

La juge insista plusieurs fois pour qu'il parle, malgré le choix qu'il avait exprimé, et malgré qu'il ne s'était pas levé. Sans hostilité, finalement, il a expliqué n'avoir pas le souci de se défendre, sauf par le silence, et demandé au tribunal de ne considérer que les faits. Il a dit qu'il y avait des preuves, sans préciser de quoi. Et exprimé sa volonté personnelle de s'en remettre à Allah, qu'il considère comme le plus grand dieu.

Cette déclaration a offusqué ceux qui l'ont relayée, à grand renfort d'interviews. Ils l'ont interprétée comme une provocation. Mais où se trouve le crime, dans cette déclaration?

La ferveur religieuse n'est pas la cause des attentats. Les deux sont liés, mais il n'y a pas de lien de cause à effet.

La religiosité a toujours existé, partout où il y avait des hommes. Elle est souvent utilisée par des manipulateurs qui veulent le pouvoir. En interdire l'expression peut faire de certains croyants sincères les jouets de ces manipulateurs.

Lors de la perquisition rue du Dries, les deux prévenus étaient hébergés dans l'appartement. D'autres personnes ont transité par là, avant leur arrivée, et pendant qu'ils y étaient.

Sur place, il y avait des armes. On ne sait pas à qui elles appartenaient. Ayari admet les avoir touchées, pas utilisées. Il pense qu'elles n'ont été chargées qu'à l'arrivée de la police.

Pourquoi a-t-il logé là, si les armes n'étaient pas à lui et qu'il ne comptait pas les utiliser? Il était SDF, illégitimement en Belgique, obligé de retourner en Syrie, et n'avait pas le choix quant à ses points de chute ni aux modalités de son hébergement. C'est ce qu'il dit. Ce n'est pas parce qu'il le dit que c'est faux.

Aux dernières nouvelle, ni Abdeslam ni Ayari n'ont participé aux échanges de tirs de la rue du Dries. Ils étaient à l'arrière de l'appartement et ont fui les tirs. Un autre homme, qui se trouvait aussi sur place, y a par contre participé. Il est décédé.

Les policiers qui ont procédé à la perquisition n'étaient pas au tribunal pour témoigner. Tous ont tous peur des représailles. Pourtant, des victimes d'attentats étaient présentes. Et des journalistes osent interpréter les faits à visage découvert.

Pour terminer l'interrogatoire d'Ayari, la juge a demandé: " Que pensez-vous des attentats?" Il n'avait qu'à répondre qu'il n'aimait pas les attentats, ça lui aurait fait un bon point facilement gagné. Il a répondu qu'il fallait poser cette questions à ceux qui les commettaient, et s'interroger sur leurs motifs. Je suis d'accord avec cela.

Ce que je retiens de cette journée, dont j'ai passé la moitié sur place et l'autre moitié à consulter les informations de dernière minute, c'est le grand impact des médias sur notre perception des événements. Les raccourcis et prises de position auxquels ils sont contraints ne peuvent manquer d'avoir une influence déterminante sur les événements eux-mêmes.

Des centaines de caméras, de micros, et au final un son de cloche, les mêmes phrases épinglées, auxquelles ils donnent eux-mêmes le ton, pour présumer de l'absolue mauvaise foi de deux individus qui ne sont peut-être que les marionnettes d'un monstre que nous alimentons tous les jours.

Ce vendredi, les "infos" dressent un portrait de Sven Mary, avocat d' Abdeslam. Il passe son temps à traquer les vices de procédure, dit-on, pour sauver les pires malfaiteurs. Dans l'état actuel des choses, "le seul survivant du commando de Paris" risque d'être acquitté parce que deux papiers écrits par un magistrat sont en français et non en néerlandais. C'est du moins l'argument qu'on retient de sa plaidoirie. Alors qu'il a apporté des raisons nettement plus sérieuses d'acquitter son client dans ce dossier.

Selon moi, les médias sont pour la plupart en train de faire le lit de l'extrême droite, qui ne manquera de réformer la justice.

Pendant ce temps, les commanditaires des attentats sont probablement en train de siroter des cocktails, entre deux parties de Playstation.

Isabelle Deliener, le 9 février 2018






Samedi 10 Février 2018


Commentaires

1.Posté par oh-daz le 10/02/2018 10:25 | Alerter
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Enfin un portait qui lui ressemble un peu... mais il est fort a parier qu'il n'a pas été croqué au tribunal...

2.Posté par bob le 10/02/2018 19:05 | Alerter
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J'ai pas eu mon casque VR ? A qui je fais réclamation ? Ha ha ha !

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