RELIGIONS ET CROYANCES

ASTRONOMIE ET CHARIA



Ahmadou M Kanté
Samedi 4 Juin 2016

ASTRONOMIE ET CHARIA

Redéfinir le calendrier musulman pour en finir avec les malaises de Lune

Synopsis d’un ouvrage à paraitre


Par Ahmadou Makhtar Kanté
Imam, universitaire et écrivain
amakante@gmail.com




20 points pour comprendre sans les détails


1. Depuis les premières générations de musulmans jusqu’à nos jours, la constatation visuelle du croissant de Lune est considérée par un grand nombre d’oulémas comme étant la cause légale de la prescription du jeûne (as-sabab ach-char i‘y) et par extrapolation, de la détermination du mois lunaire ;

2. La constatation oculaire du croissant de Lune est considérée par la plus part des oulémas surtout anciens comme relevant d’un ijma ‘ (consensus) qui ne peut être changé ;

3. Cette position est toutefois remise en cause par des oulémas surtout contemporains qui pensent qu’elle relève du registre des « wasâ-il » (moyens légaux) et que c’est la connaissance de l’avènement (entrée) du mois lunaire « dukhûluch-chahr » qui est l’objectif « hadaf/ghâyah » visé par la charia en raison du culte et des célébrations y afférents ;

4. Cette remise en cause se justifie de l’expression qui renvoie à l’estimation « faqdurû lahû » (estimez-le) mentionnée dans des hadiths, et d’autre part, de ceci que le motif « al ‘illah » pour lequel le Prophète (PSLF) avait mentionné le recours à la constatation visuelle était l’incompétence des musulmans de son temps en matière de calcul astronomique, ce qui n’est plus le cas de nos jours ;

5. L’attitude du compagnon du prophète (PSLF), Abdullahi Ibn Umar, consistant à jeûner le lendemain du 29e jour du mois de cha ‘bân en cas de ciel nuageux, alors que la pratique la plus courante chez les oulémas est de jeûner le surlendemain en considérant que le mois en cours compte 30 jours, indique qu’il procédait à un « taqdîr », une estimation qui suppose que le croissant de Lune est présent même s’il n’est pas vu à cause de l’état du ciel ;

6. La position du compagnon du prophète (PSLF), Abdullah Ibn ‘Umar et de l’école hanbalite ouvre une possibilité au calcul astronomique vu que c’est l’observabilité qui est tenue en compte et non la constatation oculaire du croissant de Lune le 29 jour, au soir ;

7. La possibilité de la prise en compte du calcul astronomique est envisagée depuis les premières générations par un grand jurisconsulte des Tâbi ‘înes (génération qui a suivi celle des compagnons du Prophète-PSLF) comme Mutarrif ibn Chukhayr et un autre des générations qui ont suivi comme Ibn Surayj;

8. Et le Coran et les hadiths invitent à une détermination du mois lunaire qui vaille pour tous les musulmans, ce qui écarte toute attitude sectaire, nationaliste ou autre qui occasionne des divergences infondées sur ce sujet ;

9. Les justificatifs du rejet du calcul astronomique (simplicité, égal accès, prévention de la discorde, confusion avec l’astrologie, non fiabilité des prédictions astronomiques) sont devenus impertinents, indéfendables et anachroniques en raison de l’évolution du contexte et des savoirs auxquels la Oumma de notre temps ne peut être indifférente ;

10. Au 8e siècle de l’hégire (15e EC), un éminent jurisconsulte du nom de Taqyuddîn As-Subky plaidait pour le rejet de tout témoignage visuel en contradiction avec les prédictions astronomiques irréfutables et à la même période, un autre grand jurisconsulte du nom de Ramli soutenait que le mois lunaire au sens astronomique qui est aussi celui de la charia est la durée entre deux conjonctions (instant de l’alignement Soleil-Lune-Terre) ;

11. Les notions de « levant unique » et « levants différents » ont toujours été marquées par un flou relativement à la délimitation concrète de la distance entre localités et de l’espace politico-administratif concerné alors que la définition de zones de visibilité grâce au calcul des éphémérides est plus précise ;

12. Pour les oulémas qui acceptent la référence à l’instant de la conjonction, et aussi selon les recommandations issues de différentes rencontres interétatiques ou non dans les pays musulmans, le recours au calcul astronomique devrait juste et seulement aider à connaître la possibilité ou non de voir le nouveau croissant de Lune à partir de la terre ;

13. Les avancées de la science astronomique et des sciences connexes permettent de nos jours, sur la base de la prédiction à la seconde près de l’instant de la conjonction, de définir avec de plus en plus de précision, des zones de visibilité du croissant de Lune pour le monde entier, ce qui pourrait permettre aux pays d’une même zone d’avoir les mêmes débuts et fins de mois lunaires ;

14. De louables efforts ont été faits par des astronomes, astrophysiciens musulmans, et des institutions islamiques notamment en Europe et en Amérique du nord pour établir et améliorer des critères de visibilité du croissant de Lune comme l’ont tenté leurs devanciers des siècles antérieurs en fonction de la prédiction astronomique de l’instant de la conjonction ;

15. Dans cette optique, des propositions de zonage du monde en fonction de l’instant de la conjonction et de l’observabilité (la probabilité de voir à l’œil nu ou avec des instruments optiques) du croissant de Lune après le coucher du Soleil ont été faites sans pour autant aboutir à des résultats satisfaisants ;

16. Pour aller de l’avant vers une harmonisation dans la détermination du mois lunaire, par étape, il est stratégique de mettre en place un Observatoire de la Oumma pour la Lune avec des démembrements dans tous les pays musulmans voire dans les pays à minorités musulmanes ;

17. D’éminents oulémas contemporains comme les Cheikhs Ahmad Châkir (m.1958) et Faysal Al Mawlawiy (m.2011) ont plaidé pour que tous les pays musulmans acceptent de faire de la prédiction de l’instant de la conjonction le début du mois lunaire et d’établir un calendrier sur cette base qui va les engager ainsi que les musulmans vivant en minorité, ce qui va harmoniser les dates du culte et la planification de la vie civile ;

18. Al Mawlawiy va plus loin sur la base de la connaissance à la seconde près de l’instant de la conjonction comme ça l’est de nos jours, et des impasses auxquelles a abouti la logique de la conciliation entre calcul astronomique et visibilité ou observabilité du croissant de Lune après le coucher du Soleil, pour plaider en faveur de l’élaboration d’un calendrier musulman perpétuel ;

19. Dans un ouvrage de 2008, Al Mawlawiy remet en cause les arguments les plus décisifs des défenseurs du caractère obligatoire de la constatation oculaire du croissant de Lune et soutient sur la base d’un raisonnement puisé dans les ressources de la jurisprudence islamique, qu’il s’agit de tenir compte de deux critères pour l’élaboration de ce calendrier perpétuel : la connaissance de l’instant de la conjonction et la convention qui fait débuter le jour musulman au coucher du Soleil ;

20. En droite ligne de la position du Cheikh Faysal Al Mawlawiy, nous avons proposé une redéfinition du calendrier musulman pour aller vers un « Umma Calender ». Le cas du Sénégal est traité avec à l’arrivée une proposition de modèle d’Observatoire ;


La réforme prônée par le Cheikh Faysal Al Mawlawiy

Les définitions récentes de critères de base pour un calendrier musulman perpétuel ont ceci de commun qu’elles s’inscrivent dans une logique de conciliation entre la prédiction par le calcul astronomique de l’instant de la conjonction et la visibilité ou l’observabilité du croissant de Lune. Cette logique n’est pas compatible avec la thèse des tenants du respect scrupuleux de la constatation visuelle obligatoire. En effet, les hadiths évoqués par ces derniers ne prévoient que deux choses : voir à l’œil nu ou compter 30 jours le mois en cours. Donc, chercher à voir par autre chose que l’œil nu est une entorse à la position littéraliste et traditionaliste dans le sens de l’adoption d’avis anciens sans esprit critique et clairvoyance.

A notre sens, c’est cette tension séculaire entre astronomie et charia qui est devenue intenable et pour les astronomes musulmans et pour les jurisconsultes qui acceptent d’être cohérents avec la légitimité scientifique de l’astronomie moderne sur ce sujet.

Pour mettre fin à ce statu quo, il faut nécessairement sortir de la logique de conciliation entre prédiction de la conjonction par le calcul et visibilité ou observabilité (probabilité d’observation) du croissant de Lune. Et ce, quelque éminents qu’ont été et que sont les Oulémas défenseurs de cette position. Il existe suffisamment de ressources scripturaires (versets et hadiths) et d’élaborations des Usûliyyûn (principologistes) de la charia pour nous aider à nous affranchir des arguments d’autorité, circulaires, contradictoires, et incohérents.

Il ne doit plus être question de mentir aux opportunités que nous donne le calcul astronomique sur l’instant de la conjonction vraie ni de se complaire dans des interprétations arrimées à des arguments et positions devenus anachroniques. Notre génération a largement les moyens de résoudre ce paradoxe d’une Oumma qui est maintenant suffisamment compétente en astronomie mais préfère, au nom d’une problématique fidélité aux textes et à un ancien consensus, le cas échéant, les errements de la vue à la précision du calcul.

Les oulémas de l’astronomie nous disent que l’instant de la conjonction peut se calculer avec une précision supérieure au dixième de seconde de temps avec une bonne théorie et cette prédiction peut se faire pour des centaines d’années. Mais c’est quand il s’agit de faire du calcul de l’instant de la conjonction vraie Le critère légal, du point de vue de la charia, de mesure de la longueur du mois lunaire y compris le mois de Ramadan et de s’affranchir de la visibilité ou de l’observabilité que se font sentir les crispations.

Sous ce rapport, nous pensons que le défunt Cheikh Faysal Al Mawlawiy (rahmatullahi ‘alayhi – Allah lui accorde Sa clémence) est l’un de ceux qui sont allés, avec courage et clairvoyance, le plus loin dans un argumentaire adossé aux principes de raisonnement et règles de la jurisprudence islamique.

Le Cheikh Faysal Al Mawlawiy expose le résultat de son travail intellectuel (ijtihâd) sur ce sujet dans un ouvrage de 2008 qui reprend la question sous toutes ces coutures. A ce sujet, sa thèse est une invitation à un basculement de la Oumma vers un nouveau paradigme. En effet, il plaide vigoureusement pour la sortie ou le dépassement du stade ou de la phase ou de l’étape « Constatation Visuelle Obligatoire » où le critère de visibilité est érigé en exigence cultuelle voire en dogme malgré les impasses qui en découlent, vers l’étape de la « Constatation Visuelle Non obligatoire » où le calcul astronomique qu’on n’aurait jamais dû négliger voire mépriser ou confondre avec l’astrologie, reprend la place qui sied.

Au bout de sa réflexion, il propose une nouvelle définition qui innove par rapport aux précédentes, s’inscrivant dans une perspective de construction d’un calendrier musulman universel :

Ainsi, on considérera que le premier jour du mois est celui qui suit le coucher du soleil après la naissance de la lune. Si on s’en tient à cela, tous les musulmans auront le même référentiel et les musulmans qui vivent en minorité dans certains pays pourraient s’aligner sur ce même référentiel.


Ce que nous proposons

Sur la base de l’énorme travail accompli aussi bien par des spécialistes de la Charia que de l’Astronomie, nous proposons dans un ouvrage qui va paraitre bientôt insha Allah des fondements théoriques à une redéfinition du calendrier musulman basée sur la vision suivante :

• Notre contribution vise à favoriser la construction et l’adoption d’un calendrier musulman perpétuel dénommé « Umma Calender » civil et religieux sur la base du calcul astronomique et de l’abandon du critère de visibilité ou observabilité du croissant de Lune.
 


Samedi 4 Juin 2016


Commentaires

1.Posté par DR IDRISSI MY AHMED le 04/06/2016 16:12 | Alerter
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D'abord en finir avec cette vase accordéon des horaires d'été....Le Maroc est doublement fragilisé, les horaires continus non généralisés et cette affreuse et inutile idée d'horaire d'été. Qu'y gagne-t'on réellement ? Dans ces deux déphasages qui déboussolent plus qu'ils ne laissent les gens se reposer ou travailler.

2.Posté par mohamed ayoub le 04/06/2016 19:35 | Alerter
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voila un eclairecissement sur le sujet ,de savants

Que valent les calculs astronomiques pour ramadhan ?
Au nom de Dieu, Clément et Miséricordieux

La civilisation occidentale a influencée les musulmans jusque dans leurs actes cultuels. Les Occidentaux conservent encore des séquelles de siècles d’obscurantisme. En contre-réaction nombreux sanctifient encore de nos jours les sciences de l’Univers. Ces scientistes placent les sciences sur un piédestal et tentent des les appliquer sur tous les aspects de la vie, même si, parfois, cela devient absurde (peut-on par exemple sérieusement parler d’une science de l’art ?). Ce qui est scientifique est par définition mesurable, quantifiable, et se prête à des expérimentations. Or, en quoi des actes cultuels, prescrit par le Créateur Omniscient dont les desseins nous échappent - sauf s’il nous les révèle - sont-ils scientifiques ?
Chercher obstinément à introduire des calculs dans les actes cultuels, seulement parce que notre raison le juge bon, est déjà un non sens.
Ensuite, l’Islam nous enseigne que c’est ALLAH qui désigne l’intérêt de l’homme, et celui-ci doit se conformer à Son Enseignement, pour peu que l’individu soit sensé. Si la raison étroite de l’homme s’imagine que telle chose est dans son intérêt, puis qu’elle cherche à distordre la Loi du Créateur pour qu’Elle épouse ses propres vues, alors celui qui adopte cette démarche n’adore plus ALLAH (SWT), même s’il peut continuer à le prétendre.
C’est ainsi que nous voyons des musulmans défendre les calculs astronomiques pour commencer ramadhan et le terminer selon un calendrier calculé des années auparavant. Ils ne produisent pas d’arguments légaux à l’appui de leur position, mais avancent deux principes : celui de l’intérêt de la communauté et celui de la modernité forcément scientifique (concept qu’ils confondent avec rationnel). Ils voient, par exemple, dans les calendriers pré-calculés fixant les dates des fêtes religieuses, un moyen de faciliter la vie de chacun : on peut organiser ses jours de congé longtemps à l’avance !
Les deux approches sont à rejeter. Concernant l’intérêt de la communauté, la Loi Révélée ne doit pas se plier aux désirs et humeurs de chacun, mais c’est l’inverse qui doit se produire, à condition d’avoir correctement compris ce que signifie adorer ALLAH le-Très-Haut.
Quant à l’ingérence scientiste dans la définition du début du mois de ramadhan et sa clôture, il faut signaler ici certaines idées fausses véhiculées par les partisans du calcul.
Ils disent que les calculs astronomiques sont aujourd’hui bien plus développés qu’autrefois et devenu très précis, donc incontournables. Cette affirmation est fausse car les calculs astronomiques ont été fortement développés par les astronomes musulmans dès le 8eme siècle (2eme siècle de l’Hégire). L’age d’or de cette discipline se situant dans la période du 8eme au 10eme siecle ec. Durant cette époque, les astronomes étudièrent avec détails et précision nombres de phénomènes physiques. En 978 ec, Al Biruni mesura le rayon de la Terre depuis le fort de Nandana (117 km d’Islamabad). Il calcula 6 338,80 km, à comparer avec les 6 370,98 ou 6 355,41 km à la latitude de Nadana calculés aujourd’hui avec les instruments modernes. Concernant la visibilité du croissant lunaire, nombre d’astronomes musulmans émirent des critères et produirent des tables de calculs encore en usage de nos jours. Il y a notamment les critères de visibilité du nouveau croissant lunaire définis par : Ibn Tariq, al-Khawarizmi, Thâbit Ibn Qurra, Habash, Ibn Yunes etc.
A ce propos, voici un échantillon de prolifiques et éminents astronomes des quatre coins du monde islamique :
Ibn Tariq (-796), al-Khawarizmi (752-821 ec), al-Djawhari (VIII-IX siècles), Thâbit Ibn Qurra (836-871), al-Batâni (848-888), Habash (IX siècle), Az-Zarqali (983-1050), Ibn Abi Ridjal (896-1031), Abu al-Wafa (897-959), Ibn Yunes (-971), Al-Biruni (942-1016), Ibn al-Haytham (965-1031), ‘Atir ad-Din al Bahri (1012-1050), Nasîr al-Dîn al-Tûsî (1174-1242), Abû-Sukhr al-Maghribi (-1250), Ibn ach-Chatir (1277-1345).
Il n’a pas été rapporté qu’un de ces astronomes ait préconisé que le calcul astronomique doit remplacer la vision lunaire légale pour déterminer le début et la fin de ramadhan ou la date de ‘Aîd al-Adhâ.
Les grands fuqahas contemporains de ces astronomes, ou ceux qui ont vécus des siècles plus tard, sont unanimes sur l’interdiction de l’usage de ces calculs astronomiques en remplacement de la vision lunaire, pour ramadhan et ‘Aîd al-Adhâ.
Voici quelques exemples de leurs argumentations à ce sujet :
عن بن عباس بلفظ فإن غم عليكم فأكملوا العدة ثلاثين قوله فاقدروا له تقدم أن للعلماء فيه تأويلين وذهب آخرون إلى تأويل ثالث قالوا معناه فاقدروه بحساب المنازل قاله أبو العباس بن سريج من الشافعية ومطرف بن عبد الله من التابعين وابن قتيبة من المحدثين قال بن عبد البر لا يصح عن مطرف وأما بن قتيبة فليس هو ممن يعرج عليه في مثل هذا
ونقل بن العربي عن بن سريج أن قوله فاقدروا له خطاب لمن خصه الله بهذا العلم وأن قوله فأكملوا العدة خطاب للعامة قال بن العربي فصار وجوب رمضان عنده مختلف الحال يجب على قوم بحساب الشمس والقمر وعلى آخرين بحساب العدد قال وهذا بعيد عن النبلاء.

ابن حجر
فتح الباري-شرح صحيح البخاري
D’après Ibn ‘Abbâs, [le hadith a été rapporté] avec les termes « Si le temps se couvre, alors terminez le nombre [de jours] pour arriver à trente ». Son propos « âqdirû lah » (estimez-le) a conduit les savants vers deux interprétations. D’aucuns se sont orientés vers une troisième interprétation. Ils dirent que cela signifie : estimez-le par les calculs astronomiques. C’est ce qu’a dit ’Abû-‘Abbâs Ibn Suraîdj de l’école chafi‘ite, Mutraf ibn ‘Abd-Allah de la première génération après les compagnons, et Ibn Qâtîba un spécialiste du hadith. Ibn ‘Abd-al-Bir a notifié que ce qui a été rapporté concernant Mutraf est faux, et qu’Ibn Qâtîba n’est pas une référence pour ce genre de sujet.
Ibn al-‘Arabî a rapporté qu’Ibn Suraîdj a considéré le propos du Prophète (SAAWS) « estimez-le » comme un discours destiné à ceux qu’ALLAH a distingué par cette science. Alors que « terminez-le » est un discours pour la masse. Ibn al-‘Arabî a commenté : « Ainsi ramadhan devient obligatoire, selon lui, d’une manière différente suivant son statut propre : pour certains en faisant des calculs sur le soleil et la lune et pour d’autres en comptant le nombre de jours ». Il compléta : « Ceci est loin d’être une pensée élevée ».
Ibn Hadjar
Fath al-Bârî (commentaire du Sahîh al-Bukhârî)
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واحتج الجمهور بالروايات التى ذكرناها وكلها صحيحة صريحة فاكملوا العدة ثلاثين وهى مفسرة لرواية فاقدروا له المطلقة قال الجمهور: ومن قال بتقدير تحت السحاب فهو منابذ لصريح باقى الروايات وقوله مردود ومن قال بحساب المنازل فقوله مردود بقوله صلى الله عليه وسلم في الصحيحين " إنا أمة أمية لا نحسب ولا نكتب الشهر هكذا وهكذ " الحديث قالوا ولان الناس لو كلفوا بذلك ضاق عليهم لانه لا يعرف الحساب الا أفراد من الناس في البلدان الكبار فالصواب ماقاله الجمهور وما سواه فاسد مردود بصرائح الاحاديث السابقة.
النووي
المنهاج شرح مسلم
La multitude s’est appuyée sur les versions de hadiths que nous avons cité, tous sahihs et clairs. Le hadith « Terminez le compte à trente » est l’explication de « aqdirû lah » qui est ouvert. La multitude a affirmé : celui qui soutient l’estimation lorsque le temps est couvert, est en porte-à-faux avec les autres hadiths clairs sur ce sujet, et son opinion est rejetée. Quant à celui qui soutient le calcul astronomique, son opinion est rejetée en raison de la paroles du Prophète (SAAWS) rapporté dans les deux sahihs : « Nous sommes une Nation illettrée. Nous n’écrivons pas et ne comptons pas. Les mois sont comme ceci et comme cela […] ». Ils [la plupart des savants] dirent que si les gens devaient s’y conformer, ils éprouveraient une forte gêne, parce que ceux qui connaissent ces calculs ne sont que quelques individus sur un grand territoire. L’opinion juste est celle adoptée par la masse et toutes les autres opinions sont dévoyées et rejetées, en raison de la clarté des hadiths précédemment cités.
An-Nawawî
Les voies – commentaire de Muslim
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سورة البقرة
"يا أيها الذين آمنوا كتب عليكم الصيام"
. وقال الجمهور: معنى (فاقدروا له) فأكملوا المقدار، يفسره حديث أبي هريرة (فأكملوا العدة). وذكر الداودي أنه قيل في معنى قوله "فاقدروا له": أي قدروا المنازل. وهذا لا نعلم أحدا قال به إلا بعض أصحاب الشافعي أنه يعتبر في ذلك بقول المنجمين، والإجماع حجة عليهم. وقد روى ابن نافع عن مالك في الإمام لا يصوم لرؤية الهلال ولا يفطر لرؤيته، وإنما يصوم ويفطر على الحساب: إنه لا يقتدى به ولا يتبع.
القرطبي
الجامع لأحكام القرآن
[2.183] Ô les croyants! Il vous a été prescrit as-Siyâm […]
La multitude a dit que le sens de « aqdirû lah » est terminez le nombre [de jours]. Cette expression est expliquée par le hadith de ’Abû-Hurayra « Terminez le nombre [de jours] ». Ad-Dâwdî a rapporté que certains ont interprété « aqdirû lah » par le calcul astronomique. Nous ne connaissons personne qui soutient cette opinion sauf certains chafi’ites. Cette opinion relève de l’astrologie. Le consensus est une preuve à leur encontre. Ibn Nâfi’ a rapporté que Mâlik a été questionné sur l’Imam [Chef de l’Etat islamique] qui ne jeûne pas à la vue du croissant lunaire, et ne rompt pas le jeûne pas à la vue du croissant lunaire, mais commence et clôture le jeûne selon les calculs. Il répondit qu’il ne faut pas le prendre comme référence ni le suivre.
Al-Qurtobî
Tafssîr « La compilation des lois du Coran »
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" إنا أمة أمية: لا نكتب ولا نحسب، الشهر: هكذا هكذا، يعني مرة تسعة وعشرين، ومرة ثلاثين ". رواه البخاري و مسلم .
وهذا: دليل على ما أجمع عليه المسلمون - إلا من شذ من بعض المتأخرين المخالفين، المسبوقين بالإجماع - من أن مواقيت الصوم والفطر والنسك: إنما تقام بالرؤية عند إمكانها، لا بالكتاب والحساب، الذي تسلكه الأعاجم: من الروم، والفرس، والقبط والهند، وأهل الكتاب من اليهود والنصارى.
ابن تيمية
اقتضاء الصراط المستقيم
« Nous sommes une Nation illettrée. Nous n’écrivons pas et ne comptons pas. Les mois sont comme ceci et comme cela, c’est-à-dire une fois 29 jours et une autre 30 ». transmis par al-Bukhârî et Muslim.
Ceci est une preuve sur cette question, objet d’un consensus des musulmans, mis à part ceux qui ont pris une position discordante parmi les contemporains contradicteurs, alors que le consensus les a précédé. Le consensus porte sur le fait que les dates du début du jeûne, de la clôture du jeûne et des actes cultuels sont déterminés par la vision [lunaire légale] lorsqu’elle est possible, pas par l’écriture, ni les calculs, comme ont font usage les étrangers parmi lesquels : les Romains/Byzantins, les Perses, les coptes et les hindous, et les gens du Livre : juifs et chrétiens.
Ibn Taymiyya
Suivre la voie droite

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Ainsi, d’un point de vue légal la question est claire.
Concernant, l’allégation que les calculs astronomiques seraient beaucoup plus précis que la vision oculaire, qui peut être subjective, il convient de procéder à un éclaircissement. Ce qui est très précis c’est le calcul du moment de la conjonction lune / soleil. Mais, la visibilité dépendant d’innombrables facteurs complexes (acuité de l’oeil de l’observateur, pression atmosphérique, température, taux d’humidité etc.) sa prévision est très imprécise, et divergente suivant les critères et les modèles. Or, ce que demande la Loi islamique c’est la vision effective, et non la visibilité (vision potentielle) que prédisent vaguement, et de manière non fiable, les calculs. Les calculs de la conjonction ne doivent pas être confondus avec les estimation de la visibilité et encore moins avec la vision réelle elle-même.
En définitive, les calculs astronomiques en tant que critères décisifs pour jeûner ou rompre le jeûne de ramadhan sont à proscrire pour maintes raisons. La principale raison est que le Prophète (SAAWS) a réprouvé de tels calculs pour le mois de ramadhan, que ces calculs soient précis ou non.
Pour une étude légale plus détaillée de cette question, le lecteur peut se référer au fascicule « Ramadhan - La méthode islamique pour débuter et clôturer le mois de jeûne », par le Cheikh ’Abû-’Iyâs Mahmûd bin ‘Abd-al-Latîf bin Mahmûd (‘Ûîdha).

3.Posté par bob le 05/06/2016 12:12 | Alerter
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@ Mohamed Ayoub

Salam,

Dès le premier paragraphe, tout est dit ! " Ce qui est scientifique est par définition mesurable, quantifiable "

"Or, en quoi des actes cultuels, prescrit par le Créateur Omniscient dont les desseins nous échappent - sauf s’il nous les révèle - sont-ils scientifiques ? "

Là le doute n'est plus permis ! Merci pour ce rappel !

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