Coup de gueule

ALGÉRIE : Insuffisance de l’IDH et amère réalité du développement


Dans la même rubrique:
< >

Vendredi 29 Juillet 2016 - 14:18 Le Père Hamel était musulman!


«Le progrès humain n’est jamais le fruit tardif de l’inévitabilité. Il découle d’efforts inlassables et d’un travail persistant...Sans ce travail ardu, le temps lui-même peut se faire allié des forces de stagnation.»

Martin Luther King


Professeur Chems Eddine Chitour
Vendredi 19 Novembre 2010

ALGÉRIE : Insuffisance de l’IDH et amère réalité du développement
Le 9 novembre a été présenté à Alger sous l’égide du Cnes, le Rapport
sur le développement humain publié 5 jours plus tôt. Les Représentants du
Pnud ont cru bien faire en annonçant que l’Algérie avait avancé de vingt
places et qu’elle est classée dans les 10 premiers pays qui ont fait des
efforts remarquables. Nous allons d’abord expliquer ce que c’est que
l’Indicateur de développement humain, développé par le prix Nobel Amartya
Sen, sa pertinence et ses limites. Ce que dit le Rapport et l’incidence
réelle de cet indice sur le développement de l’Algérie

Peut-on mesurer le développement humain?  

Le Rapport sur le développement humain de 1990 a eu une résonance
révolutionnaire en remettant en question la croyance dominante selon laquelle
le Produit intérieur brut (PIB) était un moyen adéquat et suffisant pour
mesurer la croissance économique, et en introduisant un nouvel Indice de
développement humain (IDH) Cet IDH développé met l’accent sur trois
indicateurs: l’espérance de vie à la naissance (qui mesure le niveau de
santé générale d’un pays), l’éducation (à travers les taux de
scolarisation et d’alphabétisation) et le revenu par habitant (à partir du
PIB indexé sur le pouvoir d’achat pour mesurer l’accès des individus aux
ressources). C’est donc un indice statistique composite. Plus l’indice est
proche de 1, plus le pays est considéré comme développé sur le plan humain.
Le Pnud classe les pays en quatre catégories selon leur indice: de 0,9 à 1
(développement humain très élevé), de 0,8 à 0,899 (développement élevé),
de 0,5 à 0,799 ((développement moyen) et de 0 à 0,499 (développement
faible). Aujourd’hui toutefois, malgré les perspectives intéressantes
qu’il a ouvertes et son indéniable succès vingt ans plus tard, le monde
n’est plus le même. Et l’IDH semble avoir atteint ses limites. Les défauts
de l’IDH, qui découlent de sa nature même, sont bien volontiers admis par le
monde universitaire et par le Pnud lui-même.

  Parmi les «défauts de l’IDH», l’auteur cite: la rigueur des sources
statistiques des indicateurs de l’IDH ne peut être que sujette à caution. Si
la mesure du développement humain se base en effet sur des données de la
Banque mondiale pour ce qui est du PIB, de l’Unesco pour l’alphabétisation
et la scolarisation et de la Division de la population des Nations unies pour
l’espérance de vie à la naissance, ces trois institutions utilisent les
données statistiques nationales (elles les estiment lorsqu’il n’ y en a
pas). Or, le niveau de développement des systèmes statistiques reste très
variable dans le monde. (...) Seuls 64 pays dans le monde, dont 4 pays en
Afrique (Maroc, Tunisie, Afrique du Sud, Egypte) ont un système statistique qui
adhère à la Norme spéciale de diffusion des données (Nsdd) du FMI. La
fiabilité des informations statistiques communiquées par les pays
n’adhérant pas à ces normes d’excellence, coûteuses au demeurant, ne peut
être que sujette à caution. Par rapport à la vision initiale d’Amartya Sen,
qui définit le développement comme processus d’expansion des libertés,
l’absence de prise en compte des libertés publiques dans l’IDH est un autre
défaut sérieux. Les dimensions cruciales d’autonomisation et de libertés
politiques et civiques ne sont pas appréhendées, tout comme la soutenabilité
et la vulnérabilité environnementales. Autant de défauts qui militent
aujourd’hui pour une réforme de l’IDH. (1)  

L’IDH a quelques mérites, comme la démocratie et les changes flottants, le
PIB est la pire des choses, à l’exclusion de toutes les autres. Pour prendre
un exemple sur la composante «savoir», n’est-il pas un peu arbitraire ou
naïf de présupposer que les taux de scolarisation en France, à Cuba, au Japon
et en Corée du Nord sont comparables? Ne devrait-on pas introduire une
dimension qualitative pour prendre en compte la question (décisive d’un point
de vue économique) du contenu des enseignements?(2)  

Que dit le Rapport du PNUD 2010?  

Publié pour la première fois en 1990, le Rapport sur le développement
humain commençait par l’énoncé d’un postulat très simple, qui a servi de
fil conducteur à toutes les versions ultérieures du Rapport, à savoir que:
«Les individus sont la vraie richesse d’une nation.» Avec éloquence et
humanité, le premier RDH appela à une approche différente de l’économie et
du développement, une approche qui placerait les gens en son centre. Le RDH de
1990 s’ouvrait par une définition claire du développement humain comme un
processus «d’élargissement du choix des gens», mettant en avant la liberté
de jouir d’une bonne santé, d’être éduqué et de profiter d’un niveau
de vie décent. Mais il soulignait également que le développement humain et le
bien-être vont bien au-delà de ces trois dimensions pour englober une gamme
bien plus large de capacités incluant les libertés politiques, les droits de
l’homme et, reprenant Adam Smith, «la capacité d’apparaître en public
sans avoir honte». Le Rapport de 2010 s’inscrit dans la tradition des
versions antérieures, en ce sens qu’il fait reculer les limites de la
réflexion en matière de développement. Ces divers chemins du développement
humain constituent bien la preuve qu’il n’existe pas de formule universelle
pour un progrès soutenable.  

 La plupart des gens sont aujourd’hui en meilleure santé, vivent plus
longtemps, sont mieux éduqués et ont un plus large accès aux biens et aux
services. (...) Même dans les pays qui connaissent des conditions économiques
défavorables, l’éducation et la santé des gens se sont grandement
améliorées. Les défis du présent requièrent également une perspective
nouvelle sur les politiques. Et ces progrès ne se sont pas limités à la
santé, à l’éducation et à l’élévation des revenus mais ont aussi
concerné la faculté des gens à choisir leurs dirigeants, à influencer les
décisions publiques et à partager le savoir. (...) Il est frappant que parmi
les 10 pays en haut de la liste, plusieurs ne sont pas typiquement décrits
comme étant des plus performants. Il s’avère possible d’avoir un IDH
élevé tout en menant une politique non soutenable, et en étant non
démocratique et inégal. Le progrès est possible même sans ressources
massives: la vie des populations peut être améliorée par des moyens qui sont
déjà à la disposition de la plupart des pays. Placer les individus au centre
du Développement nécessite que le progrès soit équitable, en transformant
les individus en acteurs actifs du changement et en s’assurant que les succès
du présent ne sont pas acquis au détriment des générations futures.(3)

IDH du Pnud et développement en Algérie  

D’énormes progrès en matière de développement humain en Algérie: «Les
Algériens ont gagné 13 ans de longévité par rapport à 1980.» «En
l’espace de 20 ans (1990/2010), l’Algérie a réalisé des résultats
prodigieux dans le développement humain», selon le Rapport mondial du Pnud
présenté, hier, lors dune rencontre organisée par le Cnes, par M.Mamadou
Mbaye, représentant du Pnud à Alger. Le pays a progressé en effet dans ce
domaine qui constitue, dit-il, la vraie richesse d’un pays, avec un taux de
41,7%, soit presque du simple au double, en termes, d’accès aux soins, à
l’éducation et au revenu. Le secteur de l’éducation a connu également,
une hausse en termes, notamment de qualité et de gratuité de l’enseignement
ainsi que de la démocratisation de l’accès à l’école. Le Rapport a
classé les pays en quatre groupes: les pays à développement humain très
élevé (42 pays), les pays à développement humain élevé (43 dont
l’Algérie), ceux à développement humain moyen (42) et faible « (4).  

« Sur la base de ce critère, l’IDH de l’Algérie a été évalué à
0,6777, sachant que le meilleur IDH au monde en 2010 a été réalisé par la
Norvège avec un indice de 0,938, la note parfaite étant 1. A la lecture de ce
rapport, il est constaté que l’IDH de l’Algérie est supérieur à l’IDH
moyen de l’ensemble des pays arabes qui est de 0,590, ainsi que l’IDH moyen
mondial évalué à 0,624, classant l’Algérie à la 84e place sur 169 pays.
Par ailleurs, le Pnud observe que sur la base du rythme avec lequel
l’amélioration de l’indice de développement humain a évolué entre 1980
et 2010, l’Algérie est parmi les dix premiers pays les plus rapides. En
effet, note le rapport, l’IDH de l’Algérie est passé de 0,443 en 1980 à
0,537 en 1990 et à 0,602 en 2000 avant de s’établir à 0,6777 en 2010.Le
Pnud indique que l’Algérie consacre 4,3% de son PIB à l’éducation, 3,6%
à la santé et 0,1% à la recherche, le PIB étant de 276 milliards de dollars
à raison de 4.854 dollars par habitant. Le rapport cite aussi l’espérance de
vie qui est passée à 73 ans, et la population sans électricité qui est de
seulement 0,6%.(4)  

Doit-on s’en réjouir? Assurément non! Il est connu qu’économiquement,
le PIB est le résultat d’une accumulation sur une longue période de capital
physique et humain propre à un pays. Le Qatar avec 1,1 million d’habitants a
un PIB de 74.882 $/hab., grâce à la rente pétrolière. Le Gabon pourrait
également être cité (PIB de 15.167 $/hab. pour 1,4 million d’habitants).
L’exploration d’une rente est par conséquent, valorisée dans un classement
par indicateur de PIB alors que l’on sait depuis l’économiste Robert Solow
que la croissance de long terme d’un pays résulte d’un processus dynamique
d’apprentissages et de diffusion de ces apprentissages dans la population. Un
PIB provenant d’une rente minière mal utilisée (ce qui est souvent le cas)
est beaucoup moins soutenable à long terme qu’un autre PIB provenant de
sources diversifiées de production.(1)  

 On le voit l’IDH est sensible à l’apport conjoncturel de la rente qui ne
s’inscrit pas dans la durée. De plus il y a matière à discuter de la
fiabilité des données. Nous ne comprenons pas comment peut-on être contre des
indicateurs qui sont le fruit de données objectives. De plus, combien même on
rognerait quelques places de plus, il eut été plus élégant de dire que parmi
les 10 pays désignés par le Pnud pour leurs efforts dans le domaine de la
santé, de l’éducation, la Tunisie 7e et le Maroc 9e ont un développement
qui ne dépend pas de la rente. Les pays les plus performants (ceux dont
l’augmentation de l’IDH a été la plus forte) incluent des cas de
«croissances miraculeuses des revenus» bien connus tels que la Chine,
l’Indonésie et la Corée du Sud. Mais ils en comprennent aussi d’autres -
comme le Népal, Oman et la Tunisie - où le progrès dans les dimensions non
monétaires du développement humain a été tout aussi remarquable. Nous avons
vu les défauts cachés de l’IDH dans sa dimension qualitative. Insistons sur
le fait aussi que l’IDH ne reflète pas le développement. Dans le cas de
notre pays, il y a croissance artificielle sans développement. L’apport de la
rente permet d’améliorer la condition de vie des citoyens d’une façon
proportionnelle à la durée de cette rente. On dit que le développement d’un
pays et son PIB sont proportionnels à l’exportation.  

 Il se trouve que nos exportations hors hydrocarbures restent insignifiantes.
Elles ne représentent que 2% du total des exportations. Lors d’un d’une
table ronde organisée par le Forum d’El Moudjahid, sur le thème de la
«stratégie nationale en matière d’exportations hors hydrocarbures», les
intervenants ont fait un constat d’échec: «C’est avec une espèce
d’amertume que je parle des exportations hors hydrocarbures» a en effet,
déclaré le président de l’Association nationale des exportateurs algériens
(Anexal), Zoheir Benslim. (...) Le président de l’Anexal pense que la
tendance actuelle favorise plus l’importation que l’exportation. (...) Pour
sa part, le président du Conseil national consultatif pour la promotion des
PME, Zaïm Bensaci, a souligné le manque criant de sous-traitance. (...) Il a
cité l’exemple des avions achetés pour renforcer la flotte d’Air Algérie
pour 400 millions USD, avec des contrats qui n’incluent aucune mesure
d’accompagnement, comme l’implantation en Algérie d’une filiale qui
fabrique la pièce détachée. (5)  

 Nous ne sommes encore pas arrivés à dépasser l’IDH qui tend à être
remplacé par le Bonheur intérieur brut, concept ancien mais de plus, n’est
plus adopté. C’est au début des années 1970 que le roi du Bhoutan, a
évoqué l’idée du Bonheur national brut (BNB). L’objectif affiché était
de suivre un modèle de développement en accord avec les préceptes du
bouddhisme et donc de tourner le dos à la mesure en vogue du Produit national
brut (PNB). Le BNB n’est pour autant pas coupé de la réalité économique
puisqu’il prend en compte la création intérieure de richesses (PIB) et
l’indice de développement humain auxquels sont adjointes des notions plus
relatives à la préservation du patrimoine culturel, l’épanouissement
individuel et la conservation de l’environnement. Cette approche a fait des
émules et le BNB a ouvert la voie à l’indice de bonheur mondial (classement
pour 60 pays sur www. globeco.fr)  

  De plus en plus, il s’agit de se détacher des mesures économiques pour
prendre en compte dans l’état d’avancement d’une société le bien être
général comme une source de développement.(6)
Exemple récent: la Commission justice et citoyenneté du Sénat brésilien
(CCJ) a approuvé, le 10 novembre, un amendement de la Constitution dit du droit
au bonheur. Selon le texte proposé, l’article 6 de la Constitution fédérale
brésilienne devra désormais affirmer que «les droits sociaux essentiels à la
recherche du bonheur sont l’éducation, la santé, l’alimentation, le
travail, le logement, le repos, la sécurité sociale, la protection de la
maternité et de l’enfance et l’assistance aux plus démunis»(7).  

Pourquoi pas en Algérie? Pour peu que l’on réhabilite l’effort, le
travail, la création de richesse qui ne peut émerger qu’avec une université
en prise directe avec le développement. Qu’attendons-nous pour tourner le dos
à la rente et à adosser chaque calorie exportée à une création de richesse
pérenne seule ceinture de sécurité pour la génération de 2030 qui verra
l’extinction des hydrocarbures.


1.http://omdh.hcp.ma/Peut-on-mesurer-le-developpement-humain_a206.html

2.Matthieu Mucherie:
http://www.melchior.fr/L-indice-de-developpement-huma.3959.0.html

3.Rapport 2010 Pnud. La vraie richesse des nations 4 novembre 2010  

4.El Watan Le Pnud classe l’Algérie parmi les pays à développement humain
élevé 5.11.10  

5.Mohamed Mahdjane - Algérie: Y a-t-il une réelle volonté d’exporter?
novembre 2010  

6. G. Ribouet http:www.lexpress.mu/story
/16404-perilleuse-mesure-du-bien-etre.html10/07/10  


7.http://www.courrierinternational.com/breve//le-droit-au-bonheur-inscrit-dans-la-2010/11/15.


Pr Chems Eddine CHITOUR  

Ecole Polytechnique enp-edu.dz


Vendredi 19 Novembre 2010


Commentaires

1.Posté par Nostradamus le 20/11/2010 01:13 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

J’ajouterai comme indice de développement humain, la fierté d’appartenance à une nation enracinée historiquement mais qui en même temps s’efforce de préserver ses acquis et de ne pas les dilapider. J’aimerai savoir comment le Pnud pondère untel facteur pour l’intégrer dans son calcul…Détériorer par exemple les ressources archéologiques doit entrainer un déclassement et une mise en garde adressée aux états chez lesquels des manquements sont observés….Mais il est vrai que chez les pays en développement certains défauts sont noyés dans la masse car compensés par certaines réalisations. Il n’empêche que la méthode d’évaluation doit être revue pour mettre les doigts sur les carences.

Nouveau commentaire :

Coup de gueule | Croyances et société | Reflexion | insolite, humour, conspiration...


Publicité

Brèves



Commentaires