Reflexion

À QUOI SERT L’UNIVERSITÉ? : Que peut-elle si on lui fait confiance?


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«Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer.»

Guillaume d’Orange


Professeur Chems Eddine Chitour
Dimanche 31 Octobre 2010

À QUOI SERT L’UNIVERSITÉ? : Que peut-elle si on lui fait confiance?
Avec une régularité de métronome, l’Université s’invite dans la marche
des événements du pays. C’est alors, un catalogue laudateur des
réalisations et de l’effort consenti par l’Etat pour construire des
amphithéâtres, salles de classes laboratoires, et cités universitaires, on se
plaît à faire des comparaisons entre «avant» et maintenant. Oubliant du
même coup que dans quelques années on viendra faire la critique d’avant la
situation actuelle et le maintenant d’alors. Qu’en est-il exactement? Nous
allons, en honnêtes courtiers, rapporter les faits rien que les faits, tous les
faits.

Il est vrai que notre système éducatif dans son ensemble a disposé depuis
l’Indépendance de crédits impressionnants qui font qu’en termes
quantitatifs, nous avons un rang honorable dans le classement mondial si on se
réfère aux indicateurs tels que le pourcentage dévolu au système éducatif
(autour de 5%), et même depuis quelques années, le nombre d’étudiants par
million d’habitants, de 27.000, ce qui nous place là encore dans la moyenne
mondiale. A titre d’exemple, la France dispose de 2,5 millions d’étudiants
pour 65 millions d’habitants. Ces chiffres nous situent dans une place de
leader en Afrique (exception faite de l’Afrique du Sud).

Les gouvernements successifs ont donc fait un effort louable de consacrer une
partie de la rente à l’éducation. Sur l’aspect qualitatif c’est autre
chose !! Deux questions se posent alors? Pourquoi l’université est mal vue?
Pourquoi ne compte-t-elle pas dans le développement du pays? Pourquoi est-elle
parfois traversée par des éruptions intempestives concernant seulement les
conditions sociales de l’enseignant? Pourquoi l’accuse-t-on d’être un
secteur budgétivore sans valeur ajoutée? Pourquoi la communauté universitaire
a une image négative dans l’échelle des valeurs, et ne jamais être citée
à l’honneur? Pourquoi quand des professeurs d’université qui ont sacrifié
leur vie pour le grand djihad, celui de l’enseignement, meurent-ils dans
l’anonymat absolu? Et enfin, que vaut le produit de l’université?

La fuite des cerveaux

Le système anglo-saxon LMD imposé par une mondialisation laminoir
d’essence américaine à l’Europe nous est infligé à nous Africains.
Qu’en est-il exactement? Comment un problème de découpage d’un
enseignement conçu pour des pays évolués avec les moyens matériels et
humains adéquats et la mobilité des étudiants y afférentes [un étudiant
peut démarrer sa licence en France et la terminer aux Etats-Unis ou en
Angleterre] s’avère impraticable dans notre pays à la fois en termes de
contenant mais surtout en termes de contenu car, en définitive, peu importe le
mode de saucissonnage du temps de séjour à l’université, ce qui compte
c’est l’intensité du signal enseignant vers l’étudiant, et en
définitive la pertinence de ce qu’il aura appris. Pourquoi sacrifier ce qui
marche, à l’instar de la destruction du savoir de l’Ecole Polytechnique -
qui a un rang honorable parmi les écoles d’ingénieurs, la preuve étant
l’évaporation annuelle d’une grande partie des diplômés de l’école
vers d’autres horizons - au lieu de créer à côté. Vouloir à tout prix
partir de zéro me paraît non seulement inefficace mais surtout dangereux pour
le pays qui risque de détricoter ce qui reste de cohérent dans le pays.

Pourquoi l’Université n’est-elle pas associée à l’avenir du pays?
Nous avons l’impression que son rôle est de «gardienner» des étudiants
pendant un temps de séjour variable, en leur offrant des cursus de formation
dont certains n’ont aucune prise directe avec le milieu du travail. En clair,
du fait qu’il y a une frontière étanche entre les départements
ministériels qui sous-traitent tout à l’extérieur, et même créent des
instituts de formation spécifique pour quelques-uns qu’ils auront recrutés
par concours, même l’éducation nationale s’y est mise, tout le reste est
livré à la «vie active», mot pudique pour dire que le diplômé est en
apesanteur dans l’attente d’un hypothétique job qui ne vient pas.

Certes, des organisations comme l’Ansej tentent d’absorber des jeunes en
finançant des idées de projets. Mais tout le système mis en place ne peut
répondre qu’à l’attente de quelques milliers et les dizaines de milliers
d’autres? Pourquoi s’étonner qu’ils versent dans l’informel à la
limite du délictueux? Pourquoi s’étonner qu’ils soient attirés par
l’irrationnel en montant au maquis? Pourquoi s’étonner qu’ils quittent le
pays au péril de leur vie? Une certitude pour eux, l’Algérie les a
marginalisés, ils vont ailleurs. Et pourtant, à la faveur d’un match de foot
avec l’Egypte, nous avons découvert, petits et grands, un tsnuami de
l’amour pour le pays, une lame de fond qui a tout embrasé, le volcan du
patriotisme que l’on croyait éteint s’est réveillé. Il est dommage que ce
signal fort n’ait pas été canalisé en changeant fondamentalement de
stratégie pour associer le plus grand nombre au destin de ce pays. Comment,
pour revenir à cette université qui nous tient à coeur, repartir du bon pied
et associer la jeunesse qui sera là quand la rente ne sera plus là, au
développement du pays? C’est à toutes ces questions qu’il faut répondre.

Quelques idées d’une réflexion trentenaire.

Avant toute chose, il est impératif de donner à l’Université une
visibilité, le destin du pays passe par la formation des hommes et rien de
pérenne ne se fera tant que les valeurs de hiérarchie sociale ne s’imposent
pas à tout le monde. Quand on donne à un joueur d’une équipe nationale
plusieurs milliards de centimes, quand on paie un entraîneur d’une équipe
nationale à plusieurs centaines de milliers de DA, quand on paie un député
cinq fois le salaire d’un professeur et dont il faudra bien un jour évaluer
la valeur ajoutée, faut-il s’étonner que l’Ecole ne fait plus rêver ! Que
les parents essaient de choisir pour leurs enfants le parcours le plus lucratif,
indépendamment des besoins théoriques de la nation, en inscrivant leurs
enfants dans des clubs de foot pour minimes, juniors... au lieu de chercher le
meilleur instituteur pour des cours de soutien...

On nous dit que les salaires vont être augmentés : soit ! La question qui se
pose est qu’est-ce que cela représente dans le classement social et surtout
que demande-t-on aux enseignants en échange? Doivent-ils continuer à subir la
dictature de l’administratif? A quand une administration universitaire à la
disposition de la communauté universitaire et non l’inverse? A quand une
administration qui ne s’immisce pas souvent dans le pédagogique pour influer
sur les jurys, refaire les délibérations? En un mot, à quand une éthique à
l’Université? Un travail a été fait pour la mise en place de la Charte des
droits et devoirs des étudiants des enseignants et de l’administratif qui
doivent concourir dans le strict respect des prérogatives de chacun à un
vivre-ensemble harmonieux à l’université qui ne doit plus être la caisse de
résonnance des contradictions sociales et des courants politiques en mal de
légitimité. Cette charte de l’éthique apportera, à n’en point douter,
une bouffée d’oxygène à l’Université et les différents acteurs et même
la société reprendront confiance en elle.

Une utopie à construire

Par ailleurs, au risque de nous répéter, rien de pérenne ne se fera dans le
pays sans l’Université qui doit être associée au développement du pays. Il
est un fait connu que les Algériens ne font plus travailler leurs neurones
sous-traitant tout aux étrangers tant que les dollars de cette rente des
générations futures couvre nos errances. En tant que spécialiste de
l’énergie, je pense que le plan 2010 -2014 ne doit pas subir le même sort
que le précédent, à savoir construire des milliers de logements, faire une
autoroute, construire des barrages. Certes, ceci est très important pour le
développement social mais il ne crée pas de la richesse ou si peu, par contre,
nous avons contribué à réduire le chômage des Français, des Chinois, des
Japonais en leur offrant des contrats faramineux sans transfert de technologie.
Ce qui fait que ces sociétés parties, nous nous retrouverons sans aucune
sédimentation de savoir-faire.

Pourquoi ne pas avoir associé l’Université? Dans ce nouveau plan, il est
du devoir du pays d’avoir une stratégie dans le domaine de l’énergie, de
l’eau et de l’environnement. Pour cela, il est impératif, avant qu’il ne
soit trop tard, de faire un état des lieux sans complaisance de nos forces et
de nos faiblesses pour affronter un futur qui sera de plus en plus chaotique, au
niveau du cliamt - nous n’avons pas de parade - mais aussi au niveau mondial
du fait de la rareté du pétrole. Pour cela, il faut substituer à
l’ébriété énergétique actuelle la sobriété énergétique. Il nous faut
consommer mieux en consommant moins et en consommant de plus en plus
d’énergies renouvelables. Cette stratégie nationale concerne tous les
départements ministériels outre les ministères techniques en première ligne
(énergie, environnement, eau, agriculture santé). L’éducation a un rôle
important dans la formation de l’écolier à la maîtrise de l’énergie et
à la protection de l’environnement, l’imam est aussi impliqué dans ses
prêches quand la stratégie de protection de la nature, du refus du gaspillage
sont bien clarifiés, l’information par les médias lourds est capitale, il
faut «saturer» le citoyen par des spots pédagogiques bien conçus sur la
nécessité d’économiser en tout.

Naturellement, la formation professionnelle formera dans le domaine de
l’énergie, de l’eau, selon un plan bien défini et enfin l’Université,
qui doit être le chef d’orchestre de cette nouvelle vision, imposera
graduellement les nouvelles légitimités du XXIe siècle, celles de la sueur du
travail, de la rigueur morale et intellectuelle, elle formera en fonction de
besoins bien ciblés, elle formera des créateurs de richesse par l’incubation
de milliers de start-up en incubation qui se verront ensuite aidés par l’Etat
pour prendre en charge des segments de la demande nationale. Pour moi, le
classement actuel des universités algériennes, qui laisse à désirer à
l’échelle mondiale, ne m’effraie pas outre mesure. Tout n’est pas
irrémédiablement perdu. A nos dirigeants d’être fascinés par l’avenir et
de miser sur cette Université qui est capable du meilleur comme du pire.

Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique enp-edu.dz


Dimanche 31 Octobre 2010


Commentaires

1.Posté par FARID FOUAD le 05/11/2010 14:35 | Alerter
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Cet article est très intéressant car il soulève un problème qui pèse depuis longtemps et qui ne rapporte pas beaucoup en valeur ajoutée. Chez nous en Afrique, les diplomes universitaires est le bon prétexte pour départager les perssonnes actifs. Vu les maigres ressources dont on dispose, seul les universitaires sont prioritaires peu importe leurs formations. Chez nous on ne se préoccupe pas de la spécialité ni du domaine concerné, juste le grade (licence, maitrise, etc...) suffit pour postuler à un emploi. Il n'est pas etonnant de voir une personne diplomée qui occupe un poste dont il ignore le travail: pas besoin de compétence car toute le monde (ou presque) est imcompétent.


Voila à quoi nous sert l'université en Afrique...et c'est triste...

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