Histoire et repères

6 - LES GUERRES ISRAÉLO-ARABES DE 1967 ET 1973


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LA GUERRE DU LIBAN CONTRE l'O.L.P. DE 1982


Mercredi 1 Mars 2006









Ces trois guerres, qui succèdent à celle de 1947-48 (et accessoirement à celle de 1956 menée avant tout par la France et la Grande-Bretagne contre l'Égypte), sont une illustration parfaite de l'engrenage de violences engendré par la création de l'État d'Israël voué, pour son malheur et pour celui des non-Juifs, à avoir des ennemis intérieurs et des ennemis extérieurs, à être appelé perpétuellement, dans une logique implacable liée à son idéologie, à se défendre par les armes et à manier la vengeance en un cercle infernal.

Les ennemis d'Israël sont d'abord ses principaux voisins : l'Égypte, la Syrie et la Jordanie.



1967 : la guerre « des six jours »

Après plusieurs années de tensions concrétisées notamment par le détournement des eaux du Jourdain par Israël, après des mouvements de l'armée égyptienne dans le Sinaï et le ralliement de la Jordanie et de l'Irak au pacte égypto-syrien, Israël passe à l'attaque : son aviation détruit l'aviation arabe en quelques heures, tandis que son armée, sans rencontrer d’opposition notable, fait la conquête de la péninsule du Sinaï, de la Cisjordanie, de Gaza, du plateau du Golan et de Jérusalem-Est.

Les Arabes fuient en grand nombre vers la Syrie, le Liban, l'Égypte, mais surtout vers la Jordanie. Comme le précise dans ses mémoires Haïm Herzog, président d'Israël, cette « fuite spontanée » se fait avec l'aide des Israéliens qui mettent à la disposition des Arabes une noria de bus et de camions).

Jérusalem est alors réunifiée et un gouvernement militaire établi dans les nouveaux territoires conquis.

À la suite de cette guerre-éclair - guerre qualifiée par I. Leibowitz[37] de « catastrophe historique » - la surface du territoire sous contrôle israélien est brutalement multipliée par 4 : elle occupe désormais 100 000 kilomètres carrés, soit les 4/5 de la Palestine historique[38].

(À noter ici que le Golan et Jérusalem-Est seront annexés ultérieurement tandis que, en 1980, la Loi fondamentale instituera : « Jérusalem capitale d'Israël »).



L'ONU, par sa résolution 242, demande le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés et le retour des réfugiés, mais ses demandes restent lettre morte.



1967-1973

Pendant cette période, les incidents frontaliers et les combats de chars ou aériens sont incessants entre Israël et ses voisins. C'est la guerre d'usure qui prépare la guerre totale annoncée par les chefs arabes (à l'exception de ceux de la Jordanie).

On peut noter particulièrement :

- la destruction par Israël de toute l'aviation civile libanaise, soit 13 avions, en décembre 1968 ;

- les bombardements répétés des bases palestiniennes dans les territoires voisins ;

- le bombardement du Liban en 1972. Ce bombardement, qui est effectué en représailles de l’attentat de Munich commis par un groupe terroriste palestinien contre l'équipe olympique israélienne, entraîne de nombreuses victimes civiles.



Chaque camp se prépare manifestement à la guerre...



1973 : la guerre « du Kippour »



Le 6 octobre, l'Égypte et la Syrie lancent une attaque-surprise coordonnée avec l'aide de contingents venant de divers pays : Irak, Maroc, Libye, Koweit, Arabie Saoudite. À noter que le Liban et la Jordanie ne participent pas aux combats.

Pendant les trois premiers jours, les Arabes remportent des succès notables, mais la contre-offensive israélienne s'avère victorieuse.

Les pertes sont lourdes de part et d'autre. Pour Israël : 2 355 tués

Un cessez-le-feu est demandé par les Soviétiques qui comprennent que leurs alliés ont perdu la guerre. Les Américains l'acceptent aussi, contre l'avis d'Israël.

L'affrontement israélo-arabe a des répercussions mondiales : l'OPEP (qui réunit les pays grands producteurs de pétrole) décide diverses mesures :

- une importante hausse du prix du pétrole ;

- une réduction des exportations vers les pays occidentaux ;

- un embargo total à l’encontre des États-Unis (qui ont fourni l'essentiel du matériel de guerre à Israël) et des Pays-Bas (qui lui ont également apporté un puissant soutien).



1982 : la guerre du Liban



Précédée en 1981 de l'opération "Litani" qui avait repoussé au-delà de ce fleuve les forces palestiniennes et établi un "Etat du Sud-Liban" dirigé par un fidèle d'Israël, l'officier libanais Saad Haddad, la guerre est déclenchée en 1982 par Israël dans la perspective de détruire l'OLP (l’Organisation de Libération de la Palestine) qui a rassemblé des forces importantes au Liban d'où elle lance ses commandos pour commettre des attentats en Israël. À ces attentats auxquels ne répondaient jusqu'alors que des bombardements-représailles.

Une autre intention guidait Israël en envahissant le Liban : établir un pouvoir aux mains des Phalanges chrétiennes dirigées par Pierre Gemayel, ennemi juré des Palestiniens.

À noter aussi que la guerre civile entre chrétiens et musulmans sévit au Liban depuis 1975.



C'est la première guerre strictement israélo-palestinienne :

- en juin : Israël envahit le Liban par opérations terrestres, aériennes et maritimes et détruit les installations palestiniennes ;

- en septembre : les troupes israéliennes encerclent Beyrouth-Ouest (la partie musulmane de la ville) où l'OLP est solidement installée, en font le siège et bombardent la ville.

C'est à cette période qu'ont lieu les terribles massacres des camps de Sabra et Chatila où des centaines de civils palestiniens (plusieurs milliers selon certaines sources), femmes, enfants, vieillards, trouvent la mort. Ces massacres sont perpétrés par les milices chrétiennes maronites alliées de l'armée israélienne dirigée par Ariel Sharon qui a laissé faire.

Le témoignage d’un témoin oculaire du siège de Beyrouth, l’Ambassadeur de France Paul Marc Henry, dans son ouvrage Les jardiniers de l’enfer est particulièrement éclairant : « L’ordre général donné à l’armée israélienne pour leur entrée dans Beyrouth-Ouest aux petites heures du 15 septembre indique précisément : "nous n’entrerons pas dans les camps de réfugiés. Le ratissage et le nettoyage des camps seront effectués conjointement par les Phalanges et l’armée libanaise". Quant à l’armée libanaise, elle est "autorisée à entrer n’importe où à Beyrouth selon sa demande". En fait, d’après le rapport Kahane, l’entrée des Phalanges dans les camps de réfugiés avait été décidée d’un commun accord entre le Général Sharon, ministre de la Défense et le Général Drori, la veille au soir, à vingt heures trente. »

« Au cours de la journée du jeudi 15 l’armée israélienne avait procédé à un bouclage complet de la zone des camps, ce dont nous avons pu nous rendre compte nous-mêmes en partant de la Résidence des Pins ».



Devant ces massacres et cette guerre où Israël est manifestement l'agresseur - nous savons maintenant que l’armée israélienne et ses chefs ont été très directement impliqués - le monde entier est stupéfait et indigné, de même qu'une partie notable de l'opinion israélienne. De nombreuses manifestations, notamment d'intellectuels juifs ont lieu à Paris, tandis qu’en Israël même de violentes réactions et des manifestations imposantes condamnent le gouvernement. Le grand journal israélien Ha’aretz établit même une comparaison avec les massacres nazis...

À propos de cette entreprise guerrière le professeur Benjamin Cohen[39] de l'Université de Tel-Aviv, écrit dans une lettre à P. Vidal-Naquet : « Je vous écris en écoutant le transistor qui vient d'annoncer que "nous" sommes en train d'atteindre notre objectif au Liban : assurer "la paix" aux habitants de Galilée. Ces mensonges dignes de Goebbels me rendent fou. Il est clair que cette guerre sauvage, plus barbare que toutes les précédentes, n'a rien à voir, ni avec l'attentat de Londres, ni avec la sécurité de la Galilée... Des juifs, fils d'Abraham... Des juifs victimes eux-mêmes de tant de cruautés, peuvent-ils devenir tellement cruels ? Le plus grand succès du sionisme n'est donc que ceci : la "déjudaïsation" des juifs.

Faites, chers amis, tout ce qui reste dans votre pouvoir pour que les Beghin et les Sharon n'atteignent pas leur double objectif : la liquidation finale (expression à la mode ces jours-ci) des Palestiniens en tant que peuple et des Israéliens en tant qu'êtres humains ».



À propos de Sabra et Chatila le lieutenant-colonel Elie Geva, limogé pour son refus d'entrer dans Beyrouth pendant la guerre du Liban a pu déclarer : « Les camps d'extermination nazis sont le niveau le plus grave, et puis Sabra et Chatila, un degré un peu en dessous... Et juste après, il y a les moyens nécessaires à la pénétration militaire dans une ville : on viole une population, on se viole soi-même ».



La guerre du Liban fit 30 000 tués ou blessés, 10 000 disparus, 80 000 sans-abri tandis que 32 villes et 14 camps de réfugiés palestiniens furent totalement ou en partie détruits.



L'action diplomatique réussit à sauver l'OLP de la destruction complète. Dans le cadre d'une Force multinationale (F.M.N.) de l'ONU, une partie des combattants palestiniens est dirigée vers la Syrie, la Jordanie, la Tunisie et d'autres pays arabes ; la direction, quant à elle, se réfugie à Tunis. (À Tunis, l'OLP sera pourchassée par les Israéliens : en 1985 un bombardement israélien fera 70 morts à son quartier général, en 1988 puis en 1991 plusieurs de ses dirigeants seront assassinés par un commando israélien).

L'occupation israélienne de la majeure partie du Liban durera jusqu'en 1985 ; "la zone de sécurité du Sud-Liban" ne sera évacuée qu'en 2000. Au cours de cette période, allant de 1985 à 2000, de multiples opérations militaires de l'armée israélienne eurent lieu, notamment celle dénommée "Raisins de la colère", opération qui s'est soldée notamment par la mort de 175 civils dont 105 dans la ville de Cana.



À la suite de cette guerre, c’est le Hezbollah pro-iranien, soutenu par la Syrie, qui prend la place de l'OLP comme organisation clandestine anti-israélienne.



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Samedi 1 Avril 2006

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