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50 ANS APRÈS L'INDÉPENDANCE : L'Algérie toujours en quête d'un projet de société


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«Le plus dur pour les hommes politiques, c'est d'avoir la mémoire qu'il faut pour se souvenir de ce qu'il ne faut pas dire.»

Coluche


50 ANS APRÈS L'INDÉPENDANCE : L'Algérie toujours en quête d'
Mardi 15 Mai 2012

50 ANS APRÈS L'INDÉPENDANCE : L'Algérie toujours en quête d'un projet de société
Dans l'ensemble et pour paraphraser Georges Marchais, ancien secrétaire général du Parti communiste français, les élections ont été globalement positives pour le gouvernement. Qu'en est-il réellement? Sur 21.664.348 millions d'électeurs potentiels dont environ deux tiers sont des jeunes jusqu'à 35 ans, il y a 9.178.056 de votants et 1.668.507 bulletins nuls. Ceux qui se sont exprimés sont au nombre de 7,5 millions, soit en gros 34% des votants, le reste, soit environ 66% (2 électeurs sur trois n'ont pas voté). Se pose alors la légitimité de ces élus pour la plupart inconnus.

Habib Kharroubi du Quotidien d'Oran pense qu'il n'y a pas lieu de rougir du score: «Les chancelleries étrangères, dont les Parlements nationaux sont souvent élus avec des taux de participation plus faibles que celui enregistré jeudi en Algérie, feraient preuve d'une douteuse «intransigeance démocratique» si elles en venaient à considérer que les près de 43% de participation ne constituent pas une expression populaire dont elles tiendront compte. Le FLN, que tout le monde donnait fini parce que démonétisé par l'usure du pouvoir et les guerres de clans ayant fait rage dans ses rangs à l'approche des élections, est arrivé en tête un peu partout. La victoire du courant républicain et nationaliste dénote que les électeurs qui ont été aux urnes ne veulent pas la récidive d'une arrivée au pouvoir en Algérie des islamistes leur donnant tous les moyens de son exercice. (...) Du changement, les Algériens en veulent et réclament toujours, même si paradoxalement ils ont permis à ces partis de réaliser des scores qui leur permettent de rester au pouvoir.» (1)

Ceci dit, tous nos amis et notamment nos «frères arabes» attendaient le chaos, le prélude d'un Printemps qui tardait à venir en Algérie, en vain. La chaîne Al Jazeera - a cherché en vain le moindre accroc- pour n'avoir pas et n'a pas vu l'Algérie basculer dans le néant. Pour Outoudert Abrous, il existerait une exception algérienne. De ces élections législatives qui ont fait couler beaucoup d'encre et dont le Président a fait presque une affaire personnelle par son implication directe, il y a au moins deux enseignements à tirer. Le premier qui saute aux yeux, c'est cette exception algérienne qui n'a rien à voir avec les lectures et les spéculations relatives au Monde arabe et les révolutions qui ont traversé ces pays. Les chiffres le confirment. Le déluge islamiste n'est pas à nos portes et l'épouvantail, loin derrière, n'est plus qu'un mauvais souvenir.»(2)


Le raz-de-marée du FLN

Comment expliquer le raz-de-marée du FLN, est-ce que nous avons eu affaire à des aigles qui ont su convaincre par leur programme articulé sur l'avenir? Que nenni! L'explication du ministre de l'Intérieur ne nous paraît pas plausible: comment en effet, 75% de la jeunesse qui n'étaient pas nés pour une grande partie peuvent-ils trancher en défaveur d'un FIS qu'ils ne connaîssent si ce n'est par oui-dire et en faveur d'un FLN qui ne brille pas particulièrement sur le champ politique?

«Le FLN, nous dit Fayçal Mettaoui, traversé par une crise politique profonde, est sorti vainqueur, selon les résultats officiels, avec 220 sièges. Par quel miracle? Faut-il confectionner des listes sur mesure, susciter «la guerre civile» autour de cela, pour qu'un parti, sans programme et sans vision, gagne les élections? Le FLN a eu 84 sièges complémentaires. Ces cinq dernières années, ce parti s'est-il illustré par des grandes actions politiques sur le terrain pour mériter un tel plébiscite? Idem pour le RND d'Ahmed Ouyahia qui a eu sept sièges de plus par rapport au dernier scrutin.(...) La politique gouvernementale d'Ahmed Ouyahia, largement contestée, ne serait-ce que sur le terrain social, peut-elle lui valoir cette prouesse? L'échec peut-il être à ce point fécond?! «Vote refuge», dit Daho Ould Kablia, indiquant qu'en 1991, les législatives étaient «un vote sanction». Refuge par rapport à quoi? A la mécanique de la peur mise en branle durant la campagne électorale? Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem ont tenu des discours curieux sur l'existence «d'un complot» étranger qui viserait l'Algérie. Les Algériens, selon cette vision comique, devaient aller voter pour éviter «l'attaque»».(3)

L'ex-parti unique, le FLN, est, incontestablement, le plus grand vainqueur avec un score qui surprendra, y compris son secrétaire général, Abdelaziz Belkhadem. Dans ses prévisions les plus optimistes, il ne misait, avant l'élection et même avant l'éclatement de la crise au sein de son comité central, que sur 144 sièges. Il s'en sort avec un surprenant score de 220 sièges! N'empêche, dans son dernier discours du 8 mai dernier à Sétif, Bouteflika aura réussi au moins une chose: influencer le vote en faveur du FLN dont il est, faut-il le rappeler, le président, avec sa fameuse phrase: «Vous savez de quel parti je suis.». Ce fut une consigne de vote qui a dû être bien suivie.

Enfin, il est possible comme l'écrit Kamel Daoud, que «le spectre de peur-agité ad nauseam- a joué en faveur du statu quo dominé par le FLN et le RND. Nous l'écoutons: «Le discours s'adresse à la raison, la propagande s'adresse à l'instinct. Qu'a-t-on dit aux Algériens depuis des mois? Que s'ils ne votent pas, ils vont être attaqués, le pays va être volé ou détruit et recolonisé. Par qui? Les Autres, l'Otan, les sionistes. Du coup, face à la mer et au lendemain, il ne restait qu'une solution: «nous», a dit le régime, ses partis, ses proches. Le vote FLN s'explique autant par le discours de Bouteflika qui a donné une consigne, indirecte (vous savez quel est mon parti), que par la peur. La peur a été nourrie chez les Algériens qui, face à demain, ont choisi «hier». Les Algériens ont eu peur du «Printemps arabe», du changement, de la mort et de la menace du chaos. Ils ont donc voté «conservateurs». C'est un vote mode 1962 pour urgence 2012. (...) Toute la campagne électorale d'Ouyahia & Cie a été fondée sur la peur et la menace et la fatwa. La religion par l'enfer pour les désobéissants, les zaouïas pour les égarés, les imams pour les somnambules et le risque de désordre CCP pour les vieux âgés qui ont peur de la vie qui va être la mort. (...) Du coup, on devine un peu le rire immense des hommes du régime et des seigneurs de ce pays, bombant le torse devant les seigneurs des autres pays arabes: «Les nôtres, nos serfs, on sait les traiter, leur faire peur, les faire asseoir et ils nous sont obéissants et cela marche, contrairement à ce qui se passe chez vous». (...)»(4)


Débâcle de l'Islam politique

Les partis islamistes, considérés comme une force émergente, étaient en mesure de tirer profit de la crise du FLN pour obtenir davantage de sièges dans le futur Parlement. Il n'en est rien Le revenant Abdallah Djaballah ou le dissident de l'ex-Hamas, Abdelmadjid Menasra, qui se préparaient sérieusement à gouverner, s'en sortent même avec des scores humiliants, dignes des partis fantaisistes avec, respectivement, 7 et 4 sièges pour chacun. Le MSP de Boudjerra Soltani, qui s'est fondu dans «une Alliance verte» composée de deux autres partis islamistes fantomatiques, En Nahda et El Islah, ne fera pas mieux: tout juste un misérable groupe parlementaire de 48 députés dont un quart assuré par la campagne onéreuse - on parle de 600 milliards de centimes - menée par le ministre MSP, Amar Ghoul, à Alger (5).

De fait, les islamistes algériens- qu'on dit domestiqués- ont dénoncé hier «une grande manipulation» des élections législatives, estimant que les résultats officiels du scrutin pourraient exposer la population «à des dangers» Il n'y aura donc pas de reconfiguration politique de l'APN puisque la même composante est reconduite. «Les islamistes, écrit Ahmed Fattani, ont essuyé une véritable Bérézina. L'épouvantail islamiste a fait encore recette. L'Alliance verte n'a pas créé le «miracle vert» que l'on nous annonçait. (...) A dire vrai, beaucoup dans le Monde arabe ne souhaitaient-ils pas que l'Algérie tombe à son tour dans l'escarcelle de ce qui a fait le pactole des «révolutions» du printemps 2011? Le vieux parti, celui que l'on chargeait de tous les maux, a arraché le dernier mot. (...) Comment allions-nous nous en sortir? Tunisie, Libye, Maroc, Egypte, Yémen, la vague verte balaie tous les relents des systèmes ayant gouverné sous la botte de despotes le Monde arabe. L'exception algérienne vient de changer carrément la donne dans le Monde arabe».(6)

Pour Faycal Mettaoui revenant sur l'Alliance verte: «Regroupée en trois partis islamistes, l'Alliance verte paraît, d'après les résultats de Daho Ould Kablia, ministre de l'Intérieur, le principal perdant de ces élections. «Nous sommes toujours à la première année de l'école démocratique. Et nous redoublons à chaque fois», a protesté hier Bouguerra Soltani, leader du MSP, lors d'une conférence de presse. Abdallah Djaballah, qui disait qu'il allait gagner les élections et qu'aucune force ne va barrer la route à son parti Al Adala, doit se contenter de miettes. Il en est de même pour le Front du changement de Abdelmadjid Menasra. S'agit-il réellement d'un échec des néo-islamistes? (3)

Enfin Mounir B. pense que l'enseignement majeur des élections est l'effondrement prévisible de l'islamisme politique. Prévisible dans la courbe descendante entamée depuis les législatives de 1997 et qui confirme le reflux des dépositaires de cette tendance qui ne fait plus recette, l'Alliance verte annoncée comme un épouvantail se place en troisième position à 48 sièges des prévisions fantasmagoriques de Soltani (qui prédisait 120 sièges). (...) Enfin, le 10 mai, c'est également l'échec de la dynamique du flirt entre l'Occident et l'islamisme arabe. (...) Les discours moralisateurs et paternalistes ont tenté de nous faire revenir à l'indigénat politique sous prétexte que, dans l'ordre des choses, c'est l'islamisme ou rien. Des pseudos experts prédisaient même ce que les Algériens allaient voter avant même qu'ils aillent voter.»

Ceci étant dit, il ne faut pas croire que l'Islam a perdu la partie en Algérie. L'Islam politique a vécu son heure de gloire il y a vingt ans. L'Islam maghrébin vieux de quatorze siècles continuera à bercer l'imaginaire des Algériens et servira encore et toujours de repère dans un monde de plus en plus sécularisé. (7)

Les élections législatives ont vécu. Place aux manoeuvres en prévision de 2014, maintenant que le président parle d'alternance. Pour Mounir B. dans un brillant commentaire: «Le résultat du scrutin du 10 mai présente la particularité paradoxale de figer le champ politique tout en préservant l'Algérie du péril islamiste.

700 jours avant les présidentielles

Une élection où tout change pour que rien ne change. "Notre génération a fait son temps". Il aura suffi d'une phrase, même pas écrite sur le discours officiel, prononcé par le Président Bouteflika à Sétif, pour effacer 21 jours de campagne électorale morose et sans entrain. «(...) Bouteflika ne voulait pas d'un Parlement islamiste. Il ne voulait pas être un second Chadli Bendjedid qui serait contraint à la cohabitation avec une APN dominée par le vert. Pendant des mois, les observateurs politiques prédisaient que Bouteflika faisait le lit des islamistes. Qu'il encourageait en sous-main la création de partis islamistes qui allaient lui donner une nouvelle base politique, tremplin à un quatrième mandat. Il n'en fut rien. Car le discours du 8 mai, de l'aveu même des Algériens, a été décisif et définitif. En appelant ses concitoyens à un vote massif, et en répondant à son appel, les Algériens lui ont donné "la stabilité". (..) Les urnes ont parlé. Le FLN, que certains voulaient voir au musée ou enseveli sous les décombres du Printemps arabe, est bien là. Ce FLN a gagné le droit d'être toujours le parti-État.» (7)


Mais est-que nous en sommes pour autant sortis d'affaire?

Nullement, c'est en fait une victoire à la Pyrrhus, qui ne satisfait personne sauf la ligne du FLN qui donne à la fois des signes de modernité et des clins d'oeil à l'endroit des partis politiques islamiques qui paient le prix de leur domestication. Le grand perdant est le RND et il n'est pas utopique de penser à une coalition du FLN bon prince avec les islamistes pour leur donner des strapontins et du même coup leur endormir leur revendication. Non, nous ne sommes pas tirés d'affaire, il y a tout lieu d'être inquiets. La question qui vaille d'être posée tout de suite est: à la lumière de cette victoire du FLN, Belkhadem sera-t-il le candidat du pouvoir à l'élection présidentielle de 2014? Confronté à une fronde interne, Belkhadem n'a eu un sursis à la tête de l'ancien parti unique qu'à la faveur de cette élection. Ses adversaires ont promis de reprendre la sédition les prochaines semaines. Reste l'ancien Premier ministre Ali Benflis qui, selon certaines sources, est en train de revenir en douce à la vie politique, après un silence qui aura duré presque une décennie. (8)

Au risque de nous répéter, nous avons 700 jours pour réussir une transition apaisée. Seule une Assemblée constituante y contribuera. Le Président a justement un autre chantier; celui de préparer cette alternance sereine, qui remettra enfin ce peuple au travail après le mirage soporifique de la rente. Le changement se prépare ici et maintenant. En définitive, ces élections -dont on est sorti indemnes - n'apportent rien de nouveau car les Algériens n'ont pas voté sur des projets mais sur des étiquettes, des consignes de vote et des sentimentalités claniques. Le seul aspect positif est le nombre de députés féminins, et là comme pour les hommes ce n'est pas le nombre qui compte mais la qualité. Pendant ce temps, l'Algérie perd son temps, elle rate des échéances et part du principe que le monde l'attend. Cruelle méprise. Le Monde bouge. L'Algérie est installée dans les temps morts.

1. Kharroubi Habibhttp://www.lequotidien-oran.com/?news=5168105

2. O. Outoudert http://www.liberte-algerie.com/editorial/exception-algerienne-177832

3. Faycal Mettaoui: Les partis au pouvoir reconduits: Le statu quo El Watan le 12.05.12

4. Kamel Daoud: L'obscure défaite de «demain» devant le «hier» http://www.lequotidien-oran.com/?news=5168106
5. http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/05/12/article.php?sid=134057&cid=25

6.Ahmed Fattani: Le FLN continue à vendre du rêve aux Algériens 12 Mai 2012

7. Mounir B.: Bouteflika booste le FLN http://www.liberte-algerie.com/actualite/bouteflika-booste-le-fln-le-parti-etat-plebiscite-l-islamisme-effondre-et-l-abstention-institutionnalisee-177831

8. Yacine K. http://www.algerie360.com/ algerie/belkhadem-en-candidat-du-fln-a-la-presidentielle-2014

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz


Mardi 15 Mai 2012


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