Histoire et repères

5 - LA GUERRE JUDÉO-PALESTINIENNE DE 1947-1948


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Elle débute le 30 novembre 1947 dès le vote des Nations Unies, bien avant la fin du mandat britannique fixé au 15 mai 1948.


Mercredi 1 Mars 2006










Les sionistes,

Ils sont parfaitement unis et bien préparés à la guerre : une grande proportion est rompue au maniement des armes ; les officiers, formés pour certains au Royaume-Uni, sont compétents.

La Haganah (l'armée juive clandestine) qui s'enrichit de nombreux jeunes juifs étrangers venant la rejoindre, compte 5 à 7 000 hommes en décembre 1947, 35 000 en mai 1948 et 90000 en décembre 1948 (Greilsammer[31]).

Des plans de guerre ont été mis au point : d'abord le plan Gimmel, tant que les Britanniques sont présents, puis le plan D (Dalet) après leur départ.

Les États-Unis fournissent une aide financière et militaire massive, tandis que la Tchécoslovaquie assure de son côté une importante fourniture d'armes à partir du 30 mars 1948. À propos de ces dernières fournitures Michel Bar-Zohar dans sa biographie de Ben Gourion écrit ceci : « Cette nuit-là, un véritable miracle se produit, quand un gros avion – le premier - venu sans escale de Tchécoslovaquie se pose sur un aérodrome secret. Les 200 fusils, les 40 mitrailleuses et les milliers de cartouches qu’il apporte sont immédiatement distribués aux combattants. Un autre se produit le lendemain : le Nora, transportant notamment 4 500 fusils, 200 mitrailleuses et 5 millions de cartouches en provenance de Tchécoslovaquie, force le blocus anglais et jette l’ancre dans le port de Tel-Aviv »[32].



Les Arabes,

Faisant montre d’une grande diversité sociale, dépourvus de conscience politique collective, peu instruits dans leur ensemble, non unis, ils sont mal préparés à l'affrontement.

Leurs milices sont peu nombreuses, dispersées et mal entraînées et ne comportent que quelques milliers de volontaires étrangers.

Les premiers éléments des armées arabes n'arrivent qu'en février 1948, bien après les combats engagés par les forces sionistes. La seule force arabe importante est la Légion arabe de Transjordanie, mais elle ne comporte que 4 500 à 6 000 hommes sans aviation ni chars et manque cruellement de munitions.

De plus le souverain de Transjordanie, Abdallah, après une entrevue avec Golda Meir et la toute puissante Agence juive, se laisse circonvenir par ses interlocuteurs et accepte en secret le partage de la Palestine avec la perspective de s'emparer de la Cisjordanie. La Légion arabe se trouve alors neutralisée face aux sionistes.

Par ailleurs, toutes leurs tentatives d'achats d'armes à l'étranger échouent.



Les combats - notamment pour le contrôle des voies de communication - culminent en mars 1948 :

Les victimes civiles sont nombreuses des deux côtés :

- les combattants arabes (de l'armée dite de secours) tuent successivement dans des embuscades 45 puis 70 soldats juifs de la Haganah, tandis que le plasticage du siège de l'Agence juive fait 12 morts ;

- de son côté, le Lehi multiplie les attentats où de nombreux Palestiniens sont tués,



Devant l'extension des combats - et le revirement de l'opinion américaine qui regrette maintenant le partage auquel elle était initialement favorable - Washington revient sur la résolution de partage et réclame une tutelle internationale

Ce revirement fait suite à un mémorandum adressé à Truman par l'Administration américaine et les experts du Département d'État face aux combats meurtriers qui se déroulent en Palestine.

Mais, c'est le moment de la campagne présidentielle de Truman :

- le secrétaire d'État aux affaires étrangères, le Général Marshall, est farouchement opposé au partage de la Palestine en prédisant le chaos si ce partage est effectué

- tandis que le conseiller du Président, Clifford, est favorable aux sionistes, compte tenu du poids électoral des organisations juives américaines. C’est lui qui va dicter à Truman sa conduite.

Aux ambassadeurs américains auprès des pays arabes qui avaient protesté contre la reconnaissance de l’État d’Israël Truman avait répondu : « Je suis désolé […] mais j’ai à répondre à des centaines de milliers d’Américains qui se soucient du sionisme, je n’ai pas des centaines de milliers d’Arabes parmi mes électeurs ».



Pendant ce temps, les forces sionistes poursuivent leur conquête progressive de la Palestine tout en préparant, avec l'aide extérieure, une offensive de plus grande envergure.


C'est alors qu'a lieu le massacre de Deir Yassin

C'est le nom d'un village arabe siège d'un massacre perpétré par les organisations terroristes sionistes, l'Irgoun et le Lehi, le 9 avril 1948

Après les bombardements et le dynamitage des habitations avec leurs occupants, le massacre est organisé méthodiquement et de sang-froid : tous les habitants du village sont tués. La Croix-Rouge dénombra 254 victimes, en majorité des femmes et des enfants.

Dans leur ouvrage[33], Gresh et Vidal rapportent que vingt-quatre ans plus tard Meï Païl, alors colonel de la Haganah, présent en tant qu'officier de liaison à Deir Yassin, apportera le témoignage suivant dans le quotidien Yediot Aharon : « Vers midi, la bataille était terminée et les coups de feu avaient cessé. Bien que le calme régnât, le village ne s'était pas encore rendu. Les hommes de l'Irgoun et du Lehi sortirent de leurs cachettes et commencèrent à "nettoyer" les maisons. Ils tiraient sur tous ceux qu'ils voyaient, y compris les femmes et les enfants ; les commandants n'essayèrent pas d'arrêter le massacre (...) J'implorais le commandant d'ordonner à ses hommes de cesser le feu, mais en vain. Au même moment, 25 Arabes avaient été chargés dans un camion (...) on les emmena à la carrière entre Deir Yassine et Givat Shaul, et ils furent assassinés de sang-froid (...) Zvi Ankori, qui dirigeait les forces de la Haganah chargées d'occuper ensuite le village, ajoutera dans un témoignage de 1982 : Je suis entré dans 6-7 maisons. J'ai vu des parties génitales coupées et des ventres de femmes broyés. À voir les traces de balles sur les corps, il s'agissait purement et simplement de meurtres ».

Menahem Beghin, (dans la version anglaise de son ouvrage La Révolte : Histoire de l’Irgoun p. 162) écrit à ce propos qu’il n’y aurait pas eu d’État d’Israël sans la « Victoire » de Deir Yassin : « La Haganah effectuait des attaques victorieuses sur d’autres fronts… Pris de panique, les Arabes fuyaient en criant : Deir Yassin ».

Le nom de Deir Yassin est destiné à rester dans l'Histoire (Israël, en 1993, a reconnu et regretté les faits) mais les ruines du village ayant été rasées par les Israéliens et remplacées par de nouvelles habitations juives, ce n'est pas un lieu de mémoire.



Sans attendre le départ des Britanniques prévu pour le 15 mai 1948 et l'intervention des Arabes, les sionistes lancent alors une offensive générale.

À ce moment-là, le déséquilibre des forces en présence - avec notamment la Haganah et l'Irgoun (cette dernière regroupant à elle seule de 5 000 à 10 000 combattants) du côté de sionistes - est devenu particulièrement important.

Après le plan Gimmel, le plan Dalet, mis en œuvre par anticipation, débute la première semaine d'avril. Ce plan prévoit notamment le contrôle total du territoire alloué par l'ONU, la conquête de nombreuses autres portions de territoire considérées comme vitales, la protection des colonies juives implantées dans ce qui aurait dû constituer l’État arabe prévu par l’ONU et, nous dit Benny Morris, « le nettoyage du territoire du futur État juif de toutes les forces hostiles ou potentiellement hostiles ». Ainsi doivent être occupés notamment tous les villages palestiniens situés entre Tel-Aviv et Jérusalem.

Lorsque les États arabes : Syrie, Égypte, Transjordanie, Irak... décident enfin d'envoyer leurs armées en Palestine, ils remportent d'abord quelques victoires éclatantes, mais ces victoires ne sont qu'éphémères : les sionistes reprennent vite l'offensive et se rendent maîtres du terrain. Les villes tombent les unes après les autres : Tibériade, Haïfa, Jaffa... tandis que les chefs arabes sont tués. Le 13 mai 1948, veille du départ des Britanniques, toute résistance palestinienne d’une certaine importance est éteinte.



Les combats, meurtriers de part et d’autre, ont semé la panique : la population arabe misérable fuit en masse dans les régions voisines malgré les appels lancés à la fois par quelques personnalités juives (comme le maire de Haiffa) et les dirigeants arabes pour inviter les populations à rester à leur place (nous reviendrons plus loin sur ce sujet).



Le Mandat britannique sur la Palestine vit alors ses derniers jours... tandis que Jérusalem brûle et que se succèdent en vain réunions, discussions et commissions internationales...



En résumé, la guerre se termine par l'écrasement des Arabes, par l'exode de centaines de milliers de réfugiés palestiniens abandonnant tous leurs biens derrière eux et par la conquête par Israël de nouveaux territoires. Seule la vieille ville de Jérusalem échappe, grâce aux Britanniques, à une occupation. Elle restera arabe jusqu'à la guerre de 1967 mais les réfugiés seront empêchés par la force et de façon absolue de retourner dans leurs terres, lesquelles seront immédiatement saisies par le Fonds national juif et distribuées aux kibbouzim, à diverses institutions et aux nouveaux immigrants juifs.



Par ailleurs, l'État palestinien prévu par l'ONU ne voit pas le jour : Israël et la Transjordanie se partagent son territoire.



Le 14 mai 1948 à 18 heures, en pleine guerre, Ben Gourion proclame à Tel-Aviv la création de l’État d’Israël.

Alors que les frontières du nouvel État ne sont pas précisées, Truman le reconnaît immédiatement (onze minutes plus tard exactement). Quant à la France, où des voix se font entendre au gouvernement pour stigmatiser son vote à l'ONU, elle attendra mai 1949 pour la reconnaissance d'Israël.



Quelques combats d'arrière-garde se poursuivent malgré tout…

C'est à ce moment-là, le 11 juillet, que se situe le massacre perpétré à Lod et Ramle. Il s'agit de deux autres villages où les Israéliens, en réponse à des coups de feu de tireurs arabes embusqués et convaincus « qu'il s'agissait d'une insurrection générale, ont réagi brutalement, massacrant des centaines de civils » (Greilsammer[34]). À la suite de ce massacre l’expulsion des habitants fut décidée.

Les combats sporadiques s'éteignent progressivement avec l'anéantissement total des forces arabes. À ce moment-là, précise Greilsammer[35], l'armée israélienne (Tsahal) « avait à sa disposition cent mille soldats, des armes et un matériel important, plus que ce que possédaient toutes les armées arabes réunies ».



La guerre de 1947-1948 a modifié radicalement les données sur le terrain.

La création de l’État d’Israël sur la majeure partie de la Palestine mandataire (78%) et de la partie ouest de Jérusalem s’accompagne en définitive du départ de 900 000 Palestiniens (estimation de l'ONU) qui, d’hommes libres vont devenir de misérables réfugiés dans les pays du voisinage : Égypte, Tranjordanie, Liban, Syrie... Quant aux Arabes restés en Palestine (environ 160 000) ils sont frappés de stupeur : ils sont devenus brutalement minoritaires et immigrés dans leur propre pays et hôtes de leurs ennemis... Le gouvernement militaire instauré entrave leur liberté de déplacement tandis qu’un arsenal de lois entraîne rapidement la confiscation de 40 % à 60 % de leurs terres. Alain Dieckhoff[36] précise qu'« une catégorie juridique tout à fait orwellienne apparaît même : celle des présents-absents. Elle concerne environ 20 000 Arabes qui avaient provisoirement quitté leur domicile pour se réfugier dans les pays arabes voisins ou dans les zones sous contrôle des armées arabes avant de s’en retourner quelques semaines vers leur chez-soi, lequel avait été entre-temps confisqué par le gouvernement israélien ». Situation dramatique en vérité : ils appartenaient au peuple qui avait combattu l’État juif, un État dont ils étaient désormais citoyens !



En définitive, l’exil (ghurbah) et la dispersion (shatat) ont fait du peuple de Palestine un peuple de réfugiés profondément déraciné et mutilé par la perte de ses terres tandis que la société palestinienne était elle-même totalement et durablement disloquée. Resta alors la nostalgie de la terre ancestrale assimilée à un paradis perdu qui devait être le prélude à la naissance d’un nouveau peuple, le peuple palestinien.



On peut noter que les Occidentaux dans leur ensemble (parfois même les Arabes éduqués en Occident), à la fois peu informés sur ce problème du Proche-Orient et tout préoccupés d’eux-mêmes au lendemain de la guerre qu’ils venaient de subir, ont accepté d'emblée la version sioniste des faits : d’une part ils ont vu dans le partage de la Palestine une formule de compromis, légale, morale, juste, équilibrée..., d'autre part, ils ont pensé que la guerre avait été celle de David contre Goliath, menée du côté juif de la façon la plus propre et la plus morale possible sans atrocités, massacres ou pillages et que les populations arabes avaient fui de leur plein gré.

Nous savons maintenant que les Occidentaux se sont laissé abuser par une habile propagande.




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Samedi 1 Avril 2006

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