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25 « LA LUTTE CONTRE L’'ANTISÉMITISME' » :


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un échec à la mesure de l’aveuglement de ses acteurs, un piège sémantique pour les Juifs.


Mercredi 1 Mars 2006





Comme nous l'avons vu précédemment le mot « antisémitisme » a été défini maladroitement par son inventeur et consacré non moins maladroitement ensuite par les dictionnaires. Mais, cette définition qui, comme nous l’avons remarqué, occulte les Arabes n'est pas sans de notables conséquences : la retenir dans son inadéquation - comme le font unanimement ceux qui s'investissent dans la « lutte contre l'antisémitisme » - va constituer un piège redoutable à la fois pour les promoteurs et acteurs de cette lutte - Juifs pour la plupart - et pour les Juifs dans leur ensemble au profit exclusif desquels elle est menée.



On peut penser d'abord en toute logique - ce que confirment les constatations sur le terrain- que les Arabes ne sauraient s'associer et participer à cette action, d'une part parce qu'ils sont niés dans leur existence même de Sémites, d'autre part parce qu'ils ne peuvent pas ne pas être solidaires de leurs frères palestiniens humiliés et persécutés depuis des dizaines d'années par les Juifs en Palestine. Et comment pourrait-on parler avec quelque logique d’« antisémitisme » chez les Arabes ?

Mais là n’est pas l’essentiel…

Comme nous invite fort justement Hannah Arendt, il convient de « penser la race avant (de penser) le racisme » [243] : à la base de tout racisme, en effet, il y a toujours quelque notion de « race » présente chez les acteurs racisants. Parce que le judaïsme transporte chez les siens (et éventuellement chez les autres) une notion de « race », il faut se rendre compte en premier lieu que les Juifs, et plus particulièrement les Organisations communautaires juives, auront toujours un handicap notable, sinon rédhibitoire, pour mener avec quelque efficacité cette « lutte contre le racisme anti-Juifs ».

D’autre part et surtout la lutte contre le racisme appliquée à une communauté déterminée, telle « la lutte contre l’ "antisémitisme" », porte en elle une contradiction intime. Ainsi que le démontre longuement M. Wieviorka dans son ouvrage "L’espace du racisme"[244], il y a une unité fondamentale du racisme. Une conclusion s’impose : la lutte contre le racisme ne peut être qu’unitaire et globale sous peine d’un "effet boomerang" sur la communauté distinguée. C’est dire qu’en se divisant ou en se fragmentant - comme en témoignent les expressions devenues maintenant courantes dans les médias de « lutte contre le racisme et l’antisémitisme » ou d’ « actes racistes et antisémites », expressions où deux types de racisme sont à la fois associés et distingués : celui envers les Juifs pris pour référence et celui envers les non-Juifs pris pour accessoire - cette action ne saurait avoir qu’un résultat contraire à celui qui est recherché quant au jugement et au comportement des non-Juifs vis-à-vis de la communauté juive dans son ensemble. . L’existence d’une "Ligue Contre le Racisme et l’Antisémitisme" (LICRA)[245] et mieux encore du " Centre européen de recherches et d’action sur le racisme et l’antisémitisme" (CERA) est, bien entendu, le parfait témoin de cette erreur fondamentale propre à la communauté juive.



On peut même ajouter, sans crainte de se tromper, que le résultat de cette "lutte" anti-raciste spécifique visant à protéger les seuls Juifs ne saurait être qu’en fonction inverse de l’application et des efforts fébriles avec lesquels elle est menée. Et l’on sait combien est grande cette application ![246] En dehors de sa traduction omniprésente dans les médias d’aujourd’hui, en dehors de l’institution à partir de janvier 2004 par le gouvernement israélien d’une Journée nationale de lutte contre l’antisémitisme, qu’on en juge par certaines résolutions du XXIVe congrès sioniste mondial (Jérusalem 17-21 juin 2002). Extraites du chapitre intitulé "Lutte contre l'antisionisme, l'antisémitisme et le racisme", ces résolutions sont les suivantes :

……….

3 -...mettre en place des groupes d'experts qui travailleront avec les faiseurs d'opinion, les médias (presse, radio et télévision) et les intellectuels pour combattre les fléaux de l'antisémitisme et de l'antisionisme qui se propagent actuellement dans certains de ces milieux...

4 - …créer dans tous les pays où ce sera nécessaire, des groupes de travail qui travailleront avec des législateurs pour faire adopter une législation qui mettra hors-la-loi l'antisémitisme, l'anti-sionisme et le déni de l'Holocauste ;

5 -...former des groupes de juristes qui enregistreront et engageront des procès contre les hommes politiques, les médias, ou toute autre organisation qui prône la haine antisémite et antisioniste ;

6 - ...créer, avec l'Union mondiale des étudiants juifs et les autres organisations sionistes d'étudiants juifs, un organisme de surveillance des activités antisémites et antisionistes sur les campus, qui dénoncera les propagateurs de haine ;

7 - ...former des groupes d'éducateurs qui entreprendront une lecture très approfondie de tous les manuels scolaires, dictionnaires et encyclopédies, pour les expurger de tout contenu antisémite, antisioniste et de déni de l'Holocauste ;

8 -…recruter dans le monde entier des personnalités morales et éthiques, dans les gouvernements et parlements, chargées de mettre en garde les gouvernements qui n'ont pas combattu assez fermement l'antisémitisme et l'anti-sionisme dans leur pays.



Et en avril 2002, le CRIF (Conseil Représentatif des Juifs de France), en faisant la même erreur, n’a-t-il pas refusé les propositions de la Ligue des droits de l’homme pour organiser une manifestation unitaire contre toutes les formes de racisme, préférant mobiliser les Juifs, et eux seuls, contre l’ « antisémitisme » ?



On peut ajouter que cette erreur « qui ne pardonne pas » n’est pas seulement le fait des organisations activistes juives mais celle de nombre d’hommes politiques qui sensibles aux actes d’hostilité anti-juive se manifestant dans leur pays, s’engagent, en hommes de bonne volonté, à « lutter contre l’antisémitisme » sans se rendre compte, dans la circonstance, que « leurs bonnes intentions sont destinées à paver l’enfer ». Témoin : la mobilisation de 500 délégués venus de 55 pays composant l’Organisation pour la sécurité et la coopération Europe (OSCE) réunis à Berlin les 28 et 29 avril 2004. Ils n’ont pas compris que la spécificité de l’ « antisémitisme » est une résultante de la notion de race – ce "virus" du racisme – secrétée par le judaïsme et véhiculée par ses membres dans l’inconscience du problème. Ils n’ont pas compris que l’action à promouvoir est d’abord d’engager les Juifs à explorer leur tradition, à découvrir ses tares et à engager une profonde réforme.



Remarquons qu’il n’y a jamais eu (et qu’il ne peut y avoir) de lutte instituée contre le racisme "anti-Noirs", contre le racisme"anti-Indiens », contre le racisme "anti-Arabes" ou contre le racisme "anti-Tziganes"... mais une simple « lutte contre le racisme ». Et comme le temps le montre, cette lutte, même si elle est toujours à reprendre et à parfaire, obtient des résultats notables, voire parfois spectaculaires. Le respect pour les membres de ces communautés longtemps racisées a largement progressé dans de nombreux pays. C’est que la première condition nécessaire au succès, à savoir l’absence dans les esprits de toute communauté particulière, était remplie d’emblée. C’est ce phénomène, suivant lequel la défense d’une minorité persécutée aboutit à renforcer l’agression dont elle est victime, que certains sociologues ont qualifié de « double bind ». Mais dans le cas des Juifs, le problème, sans doute unique dans l’Histoire, est d’une gravité tout autre puisque c’est le judaïsme lui-même qui fait transporter par les siens, conscients ou non du phénomène, les éléments culturels conditionnant et les Juifs et les non-Juifs, à penser que les Juifs sont dotés d’une nature singulière.



En résumé, on peut dire ceci :

- « la lutte contre l’"antisémitisme" », qui attribue aux Juifs une essence particulière conformément à la tradition du judaïsme, qui répand dans les esprits une notion de race définie secrétant obligatoirement du racisme, qui se veut en somme un antiracisme spécifique, est frappée, non pas du sceau de la nullité dans ses résultats, mais de celui de la négativité ;

- de toutes les communautés racisées, la communauté des Juifs est la seule, qui ne saurait bénéficier d’une action de prévention près des populations potentiellement racisantes.



Terrible disposition de la tradition judaïque que celle d'avoir théorisé et véhiculé une notion de « race » et l’idée de deux catégories d’hommes... Dramatique erreur que celle de privilégier une forme particulière de racisme en désignant une catégorie racisée… Inexorable fiasco que celui auquel est vouée la « lutte contre l’"antisémitisme" » par méconnaissance de l’éthique de l’antiracisme qui ne peut reposer que sur un universalisable : une commune humanité.

Car il n'y aura jamais qu'une lutte qui vaille : celle qui concerne le racisme envers «les autres » quels qu'ils soient et dont les hérauts sont des hommes libres.


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Samedi 1 Avril 2006

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