Histoire et repères

22 - RACISME DANS LE judaïsme ; RACISME DANS LE SIONISME



Plusieurs particularités peuvent être reconnues à la composante raciste du judaïsme. Elles sont relatives :


Mercredi 1 Mars 2006






- à sa structure,

- au type de violences qu’elle engendre,

- au fait qu’elle est encore largement méconnue,

- à sa faible capacité de régression.



1) La structure savante DE ce racisme

Par ses bases scripturaires - la Bible, le Talmud et les autres Livres - le racisme généré par le judaïsme, et qui est passé intégralement et électivement dans le sionisme, peut apparaître d’emblée comme spécifique. Mais il faut ajouter que les deux éléments, l’« Étranger » et la « race », que nous avons vu comme fondamentaux dans tout racisme sont théorisés et transmis par cette tradition d’une façon tout à fait singulière.



L’ « Étranger » dans le judaïsme ; les Juifs et les Autres

Désigné à la fois par la doctrine, les rites et les textes sacrés, l’ « étranger », cet élément princeps de tout racisme, est celui qui n’est pas élu de Dieu, qui n’est pas de race juive, qui est soit un ennemi, soit un opposant, soit celui que l’on tolère par condescendance, voire celui que l’on reçoit par bonté et générosité (comme en témoignent divers textes cités précédemment), mais qui est fondamentalement un « autre ». Les deux éléments de base que nous trouvons ici sont toujours les mêmes : le mythe fondateur de l’Élection divine et la loi fondant la judéité sur le « sang », éléments qui, au cours des temps, se sont confortés mutuellement.

Les crimes que le christianisme et l’islam ont commis au nom de la Vérité qu’ils pensaient détenir peuvent être vus aujourd’hui comme des manifestations caractérisées d’un racisme « ordinaire » : les Indiens d’Amérique n’étaient-ils censés être dépourvus d’humanité avant l’ardent plaidoyer de Las Casas ? Mais les dites traditions religieuses n’ont jamais perdu de vue très longtemps que les populations étrangères qu’elles oppressaient étaient faites de gens destinés avant tout - quels qu’ils soient - à être convertis (par la persuasion ou la force) et à devenir des frères. Pour les chrétiens, un musulman est toujours un chrétien potentiel et réciproquement. Pour le judaïsme au contraire - sauf exception – le non-Juif reste l’« étranger » en vertu du mythe de l’Alliance et de la loi rabbinique qui fondent à tout jamais deux catégories d’individus, les Juifs et les Autres : toute société, toute nation, tout pays ne comporte, en effet, que deux composantes essentielles : la composante juive, la composante non-juive.

Les Tables de la Loi confirment cette donnée essentielle. Régis Debray[180] remarque fort pertinemment que « le Décalogue met en avant le singulier. "Tu ne tueras point." Autrui n’est pas les autres. Interdit est l’homicide, non la guerre. Caïn est coupable de meurtre, il a tué son frère, mais Josué est un héros, il a exterminé les Cananéens par milliers. Tu ne tueras point (un coreligionnaire). Mais tu tueras outre-mont, derrière la dune (les faux frères idolâtres, les apostats, et, bien sûr, les philistins). C’est le double mandat du manuel de Qumram (1, 9) : "Vous aimerez les fils de Lumière, et vous haïrez les fils des ténèbres". »

Les Juifs et les Autres ! Mais cette distinction qu’opère le judaïsme va bien entendu être adoptée logiquement par les « antisémites » de la fin du XIXe siècle et, plus tard, par les nazis. Édouard Drumont[181], au début de La France juive, écrit ainsi : « Demandons à un examen attentif et sérieux les traits essentiels qui différencient le Juif des autres hommes et commençons notre travail par la comparaison ethnographique, physiologique et psychologique du Sémite et de l’Aryen, ces deux personnifications de races distinctes irrémédiablement hostiles l’une à l’autre dont l’antagonisme a rempli le monde dans le passé et le troublera encore davantage dans l’avenir ».

Mais il y a bien plus grave encore : ce sont tous les individus qui-ne-sont-pas-juifs sans exception qui, face au monde juif, sont contraints de se considérer comme « non-Juifs ». La constatation de Edgar Morin selon laquelle « il persiste dans l’inconscient français des vestiges ou des racines de l’étrangeté du juif »[182] est fort pertinente mais l’auteur ne se rend manifestement pas compte que c’est le judaïsme qui impose chaque jour depuis plus de deux millénaires, d’abord chez « les siens » et obligatoirement chez « les autres », cette notion de l’Autre vu sous l’angle de la race à la base de tout racisme, notion autrement plus polluante pour les esprits des hommes qu’une différence de couleur de peau.



La « race » dans le judaïsme : une chape de plomb, un piège pour les Juifs et les non-Juifs et le fondement d’un racisme spécifique

Si le christianisme, l'islam, le bouddhisme... peuvent chacun se définir essentiellement comme une tradition spirituelle et plus précisément une tradition religieuse liée aux relations avec quelque divinité, le judaïsme quant à lui, représente bien une tradition de ce type avec ses mythes de la Création, du Paradis terrestre, du Péché originel, de l'Espoir messianique... mais il lui associe obligatoirement, comme nous l'avons vu, une notion apportée au seuil du premier millénaire par la loi rabbinique et relevant d'un tout autre ordre : une notion de «race». Le judaïsme n’est pas une religion au sens courant mais une « religion-race ou une « culture-race » : « le Juif n'est pas uniquement le dépositaire du message hébraïque originel, il est aussi, par le sang, par la généalogie, descendant d'Abraham » (J.C. Attias[183]). Pour Kant, dans son ouvrage La Religion dans les limites de la raison, le judaïsme est une « religion ethnique » opposée à la religion chrétienne, confession universelle par excellence.

Chez les Juifs du XIXe siècle, voire au début du XXe, il est très souvent question de la « race juive ». « Quand on lit des textes juifs, écrit Attias[184], les Juifs eux-mêmes se disent appartenir à la race juive ». Dans une lettre à Albert Einstein, Freud après avoir réaffirmé son athéisme, parlé de sa détestation de la religion et critiqué le projet sioniste parle néanmoins des sionistes comme de ses « frères de race » Pour Hermann Cohen[185] : « La race juive témoigne, par sa vitalité même, de la sainteté qui la caractérise ». Wieviorka[186] de son côté, en précisant qu’il s’agit d’un « problème immense » constate que « la façon même dont les Juifs conçoivent le plus souvent la judéité (par la mère) est d’ordre biologique » et que « l’on rencontre encore, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, des intellectuels juifs développant une pensée raciale relative aux Juifs ».

Pour J.C.Milner[187], aussi, la race est un élément d’importance pour désigner les Juifs. À propos des immigrés maghrébins il écrit : « Leur affection pour ceux qui allaient vers eux, les conduisait bien souvent à ne pas pouvoir croire que certains de ces français généreux fussent Juifs, je veux dire : Juifs de race. »



Cet élément racial présent dans le judaïsme suffit pour faire du racisme juif un racisme « vrai » mais on doit ajouter qu’il est non seulement particulier mais inédit. En témoignent notamment l’obsession du métissage et du contact avec l’étranger, avec les représentations toujours sous-jacentes de souillure ou de contamination. « La phobie du mélange des "races", des lignées ou des "couches", la mixophobie, est au cœur du racisme », écrit Taguieff[188]. Et, il poursuit par ailleurs[189], « la phobie du mixte ou de l’hybride, porte principalement sur la descendance : ce qui est rejeté, c’est une descendance métissée, perçue comme interruption de la continuité de la lignée, perte de ressemblance, dissolution de la continuité transgénérationnelle ».

Tandis que E. Benbassa[190] nous dit que, pour nombre de Juifs occidentaux, religieux ou non : « l’exogamie est apostasie, adultère et prostitution », Shmuel Trigano quant à lui, traduit fort bien son anxiété face à la souillure du lignage juif qu’entraînent les mariages mixtes. « La question la plus inquiétante, écrit-il, est de savoir si nous n’allons pas assister à la constitution de statuts inégaux dans la « citoyenneté » juive. Il va y avoir des Juifs ethniques, non halakhiques, que l’on ne pourra pas épouser et qui pourront plus facilement se marier à des non-Juifs qu’à des Juifs […] Certaines catégories de Juifs n’auront pas les mêmes droits que nous. Ceux-ci seront inférieurs parce que ces gens n’auront pas la même pureté de lignage ou un statut reconnu »[…] Sommes-nous prêts à voir se constituer des castes dans ce qu’il est convenu d’appeler le "peuple juif" » [191] ?



Car l’étranger, dans la tradition juive, c’est la menace absolue. Alors que le prophétisme juif s'était donné une honorable mission universaliste (mission certes très impure car traduisant un esprit de domination du judaïsme sur les autres religions, mais qui devait ensuite être prolongée par le Christianisme en héritier du monde grec), la loi rabbinique au contraire, en aggravant le racisme « naturel » d'une population par un racisme spécifique d’origine religieuse, et ceci d'autant plus que cette loi confortait elle-même le mythe du Peuple élu, a joué comme un élément de civilisation hautement régressif.



Dans son ouvrage Sur l’antisémitisme[192], Hannah Arendt, à propos de l’homme politique anglais que fut Disraeli écrit ceci : « Disraeli n’était pas le seul "juif d’exception" à se croire choisi sans croire à Celui qui choisit et rejette, mais c’est le seul qui ait tiré de ce concept vide d’une mission historique une véritable doctrine raciale. Il n’hésitait pas à affirmer que l’élément sémitique "représente toute la spiritualité de notre nature (juive)", que "les vicissitudes de l’histoire trouvent leur principale solution dans la race qui est un tout" ; que la race est " la clé de l’histoire" sans considération de "langue et de religion", car "seule une chose fait une race et c’est le sang" ; qu’il n’y a qu’une seule aristocratie, l’"aristocratie de la nature" ; à savoir "une race pure et parfaitement organisée" ». « Il est inutile de souligner, poursuit Hannah Arendt, l’étroite relation entre ces théories et les idéologies racistes modernes ».

Le « sang » est, en effet, dans cette tradition, une composante essentielle de la notion de « race » intimement liée à l’être-juif.

Pour l’éminent philosophe juif que fut Martin Buber (1878-1965) : « Le sang est une force qui constitue nos racines et nous vivifie, les couches les plus profondes de notre être sont déterminées par lui, notre pensée, notre volonté lui doivent leur plus intime coloration »[193]. On peut d’ailleurs noter que dans le court chapitre (8 pages) d’où est extraite cette citation, le sang revient 14 fois dans des expressions telles que « confluence du sang », « communauté de sang », « la patrie du sang », « le sang, le plus profond substrat de l’âme », « le sang, force créative de notre vie »…

Jabotinsky, le grand théoricien de la conquête sioniste de la Palestine dont nous avons déjà parlé, aborde, lui aussi, dans sa Lettre sur l’Autonomie ce sujet du « sang » : « Il est impossible à un homme, écrit-il, de s’assimiler à un peuple dont le sang est différent du sien. Pour être assimilé il faudrait qu’il change son corps et devenir leur par son sang. Il ne peut pas y avoir d’assimilation. Nous n’autoriserons pas de choses du genre des mariages mixtes parce que la préservation de notre intégrité nationale est impossible autrement que par le maintien de la pureté de la race et pour ce faire nous aurons ce territoire dont notre peuple constituera la population racialement pure .»[194]

Roger Cukiermann, président du CRIF, confirmant que cette notion de sang suffit à elle seule pour distinguer les Juifs des autres, ne déclare-t-il pas à propos d’un journaliste ayant un patronyme juif qui l’avait critiqué « qu’il n’est même pas juif »[195] ?



Puisque la notion de « race » véhiculée par une loi essentielle du judaïsme fait partie intégrante de cette tradition, et qu'elle a réussi à s'imposer par-dessus les nombreuses « races» que les siècles ont introduites dans les populations juives, il est logique de la retrouver au cœur de l'idéologie sioniste. Cette notion, avec l'antagonisme systématique vis-à-vis des « Autres » que l'on qualifie aujourd'hui de racisme, a souvent été dans le passé un puissant ressort au service de la volonté de puissance des hommes. Or, l'idéologie sioniste ne s'est-elle pas donné une mission de domination a priori « impossible » à l'époque moderne : une conquête territoriale déterminée et une massive éviction humaine ?

On peut ajouter que, dans ce complexe de religion-race, c’est la dimension ethnique qui est primordiale : la filiation est en effet nécessaire et suffisante pour définir le « Juif », voire le «demi-Juif », ou le « quart-de-Juif ». Que ce soit pour l’admission des Falashas d’Éthiopie en Israël ou pour celle des ressortissants de l’ex-URSS en Allemagne, la judéité est toujours basée sur le sang. Alors que toutes les autres traditions religieuses intègrent des croyants plus ou moins « bons », dans la tradition judaïque, au contraire, la croyance est secondaire et accessoire, le critère héréditaire prépondérant : il n'y a pas de bons ou de mauvais Juifs mais des Juifs et des non-Juifs. Au sens de la Loi juive, en effet, un agnostique, voire un opposant doctrinal (tel un chrétien dont la mère est juive, serait-il théologien protestant comme Jacques Ellul ou évêque catholique comme J.M. Lustiger), reste un Juif pour la vie[196]. Comme le dit Sartre, « il ne peut pas choisir de ne pas être Juif » !

Mais en inculquant aux Juifs « l’étrangèreté » des non-Juifs, en leur enseignant à se voir Juifs parmi les non-Juifs, comment la loi raciale rabbinique pourrait-elle réciproquement ne pas conditionner les non-Juifs à penser « race », à voir « l’Autre » dans le Juif, bref à avoir des Juifs une perception également racisante et à développer un racisme réactionnel ?

Même Sartre qui s’est toujours montré favorable aux Juifs est fortement contaminé par cette notion de race au point de participer lui-même, en toute bonne conscience, au racisme anti-Juifs qu’il a l’ambition de combattre. Alors que pour lui le Juif n’existe pas en tant que juif (puisqu’il n’y a de juif que pour l’antisémite) il reconnaît simultanément qu’il y a une race juive ! « Quand je vivais à Berlin, dans les commencements du régime nazi, j’avais deux amis français dont l’un était juif et l’autre non. Le Juif présentait un type "sémite" accentué ; il avait un nez courbe, les oreilles décollées, les lèvres épaisses… »[197]. Et il écrit encore : « Je ne nierai pas qu’il y ait une race juive » […] « Ce que j’appellerai, faute de mieux, caractères ethniques, ce sont certaines conformations physiques héritées qu’on rencontre plus fréquemment chez les Juifs que chez les non-Juifs »[198]. « Par caractères ethniques nous entendons ici les données biologiques héréditaires que nous avons acceptées comme incontestables »[199].

Contaminé par cette notion de race, il en sera de même pour cet ardent partisan de l’émancipation des Juifs et l’ami sincère que fut l’abbé Grégoire ! Dans son ouvrage Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs, ne dresse-t-il pas un catalogue assez effrayant de leurs tares biologiques, ne suggère-t-il pas chez eux quelque malheureuse dégénérescence ?



C’est ainsi, malencontreuse disposition de la tradition judaïque, que le nom ou le qualificatif de « juif » pollué par la notion de race peut piéger à la fois ceux qui l'emploient et ceux qui sont désignés : les premiers peuvent être accusés de penser race - ne suffit-il pas la plupart du temps à un individu d'être né dans une famille où il y a des Juifs pour qu'il soit qualifié d'emblée de juif indépendamment de toute croyance ou de culture juives - les seconds peuvent se sentir méprisés d'être vus à partir de ce seul critère héréditaire, critère que l'on sait, de plus, à la source des préjugés et stéréotypes anti-juifs de l'époque moderne. ? Lorsque la philosophe Simone Weil découvrit en 1940 qu’elle était israélite lors de la publication par le gouvernement de Vichy du Statut des Juifs, ne constata-t-elle pas que certains de ses collègues professeurs pouvaient se conduire à son égard en se basant exclusivement sur qu’elle appelle « les présomptions d’origine israélite attachée à mon nom » ?



Dans le racisme anti-Noirs - racisme qui s’attaque à un groupe racisé mais traditionnellement non racisant - la notion de race est présente chez l’acteur et non chez la victime, dans le racisme anti-Juifs au contraire, radicalement différent de tous les autres racismes, c’est la victime elle-même qui, de par sa tradition culturelle, est le vecteur conscient ou non de cette notion potentiellement capable de transformer un simple opposant, ou un banal ennemi, en « raciste » caractérisé. La sottise ou la culpabilité de ce dernier n’en sont pas moins grandes que celles du raciste anti-Noirs mais n’y a-t-il pas là quelque chose de pathétique dans ce singulier phénomène victimal quand est présent à l’esprit la pérennité du racisme anti-Juifs ?

Alors que, avec le monothéisme dont il s'est fait le champion, le judaïsme a pu enseigner par certains de ses prophètes que Yahvé n'était pas seulement le dieu de la tribu des Hébreux mais celui de tous les hommes de la terre - ce qui impliquait leur égalité foncière et représentait une avancée vers l'humanité universelle, avancée qu'amplifieront le christianisme et le socialisme - il considère parallèlement, pour le malheur des siens et des « autres », qu’un individu dès la naissance, de par son sang, appartient à jamais à une certaine race, quelles que soient ses futures options philosophiques ou religieuses et ses pratiques d'ordre culturel. Et si l'Histoire montre que ces deux options opposées ont toujours subsisté au sein de la tradition judaïque, on doit constater que l'option communautariste est restée largement dominante par rapport à l'option universaliste, comme le signifie, et avec quel éclat, l'expérience moderne du sionisme.



Dans son orientation majoritaire, en conditionnant ses adeptes à voir deux catégories différentes d'hommes : les Juifs et les non-Juifs séparés par un critère qui s'est voulu précis, le judaïsme, avec l’appui du christianisme[200], établit ainsi une opposition foncière entre ces catégories. C'est dire que le Juif conscient de son statut particulier n’est jamais parfaitement libre face à un non-Juif, et que celui-ci ne l'est pas non plus s'il sait son interlocuteur tributaire d’un tel statut. Une frontière leur est imposée qui pourra parfois s’estomper mais rarement disparaître. Même s'il récuse la foi et la culture juives, le Juif "ordinaire" n’en est pas moins marqué à jamais dans son esprit et dans sa chair et conditionné à vivre dans quelque ghetto dont les deux conséquences seront toujours, d’abord de supporter avec peine au sein de sa famille de race des individus très éloignés de lui par la pensée et par l’action, ensuite de s’opposer de quelque manière aux non-Juifs, condamné qu’il est à souffrir des siens et des « autres ». Seule une minorité d’individus maniant l’humour et une indépendance d'esprit non commune est vraiment capable de dominer cette notion raciale qui lui a été inculquée à la naissance, que l’on continue d’autorité à lui imposer parfois contre sa volonté expresse et que certains payeront même de leur vie. Hitler et les siens, en envoyant systématiquement à la mort des Juifs, et notamment des enfants – ces « purs sujets de l’Alliance »[201] – n’ayant de "juif" que l’hérédité, n'ont-ils pas suivi à la lettre cette malheureuse disposition du judaïsme ?

Rejetant à la fois l’assimilation des Juifs dans les communautés de non-Juifs (au nom du mythe de l’Élection) et l’assimilation des non-Juifs dans les communautés de Juifs (au nom de la loi de pureté du sang), le judaïsme condamne, en effet, les siens à aller de ghetto en ghetto, que ce ghetto soit territorial ou spirituel. Lorsque les murs de pierres sont abattus, la désorientation des Juifs qui s’en suit - désorientation que traduit excellemment Martin Buber en parlant de déchirure - va être suivie inexorablement de l’établissement d’une nouvelle frontière, frontière spirituelle celle-là mais qui restera néanmoins celle d’un ghetto. « Lorsqu’enfin nous avons franchi les murs du ghetto et sommes entrés dans le monde, une calamité pire que celles qui nous avaient atteintes de l'extérieur nous ravagea intérieurement. Le fondement originel, l'unité incomparable du peuple et de la religion, subit une déchirure profonde ».(Judaïsme, p. 164)

Theodor Herzl, avant de fonder le mouvement sioniste, a songé un certain temps – non sans une grande naïveté – à résoudre la "question juive", c’est-à-dire l’éternelle hostilité anti-Juifs, par la conversion massive des Juifs au christianisme[202]. Pour lui, qui était parfaitement assimilé comme l’étaient alors nombre de Juifs du monde germanique, le judaïsme, en tant que tradition religieuse et culturelle, n’était point porteur de valeurs spécifiques à conserver. Il ne représentait guère qu’un certain handicap héréditaire …! Où l’on mesure ce qu’a de pervers la transmission de cette notion de race et d’hérédité !

La barrière que le judaïsme établit entre les Juifs et les non-Juifs a pu être comparée par certains auteurs à celle qui a prévalu pendant plusieurs siècles entre les Blancs et les Autres, entre « Nous » et « Eux » (Noirs, Indiens, Maures...). Cette comparaison n’est pas juste. Dans ce dernier cas l’opposition « raciste » n’avait que des bases « naturelles ». Avec les progrès de la civilisation elle devait s’atténuer, voire disparaître comme le temps a pu le montrer. Avec le judaïsme le problème est tout différent du fait qu’il institue une altérité radicale entre les deux catégories d’hommes, disposition fondée sur une Écriture sacrée de statut divin avec ses deux éléments conjoints de race et d’Élection. « Le juif sait qu’il est une figure irréductible de l’altérité et que son refus d’être "normal" constitue sa spécificité » écrit Gilles Zenou[203]. Pour André Amar[204] : « Le peuple juif n’est pas un peuple quelconque parmi les autres, il est une catégorie ontologique. Cela signifie qu’il est à soi seul un mode d’être irréductible à toute autre entité, politique, nationale, sociale, ou culturelle. L’homme juif touche à l’universel humain, non point par similitude, mais par sa spécificité même ». Benny Lévy[205], en désignant, lui aussi, le Juif, parle de même de « l’irrémissibilité de son être ».

C’est dire que la barrière qu’établit le judaïsme entre les Juifs et les non-Juifs, parce que d’une tout autre nature que celle existant entre les Blancs et les Autres, revêt une tout autre prégnance, une tout autre longévité, une tout autre malignité.





2) Les violences suscitÉes

Les deux types de violences inhérentes au racisme dont nous avons parlé ont été générées par le judaïsme mais de façon très contrastée selon les temps. Dans la longue période allant de l’an 135 (date de l’expulsion par les Romains des Juifs de Palestine) jusqu’à la fin du XIXe siècle on peut dire qu’elles ont été presque exclusivement d’ordre moral ; depuis l’avènement de l’aventure sioniste en Palestine - et plus particulièrement depuis la création en 1947 de l’État sioniste où le pouvoir est « juif » pour la première fois depuis quinze siècles[206] - les violences en question sont à la fois d’ordre moral et d’ordre physique. On peut même ajouter - comme en témoigne l’histoire quotidienne en Israël - qu’elles ont explosé. De multiples expressions en témoignent avec éloquence... Rabin, Premier ministre, lançait en 1975 la politique de "la main de fer" (Hayad Barzel), Raphaël Eitan, son successeur comme chef des armées, imposait le "bras d’airain" (Zrdaa Barzel), l’opération de purge des camps de Sabra et Chatila fut appelée le "cerveau d’acier" (Moah Barzel ).

D’ailleurs, le nom même d’Esra-El qui signifie "que notre Dieu soit fort et qui évoque la lutte de Jacob avec l’Ange, ne nous fait-il pas rentrer d’emblée, écrit Régis Debray[207], dans une "épreuve de force" ?

Il faut bien voir que les violences inhérentes au judaïsme, notamment celles qui sont d’ordre moral, relèvent pour l’essentiel des solidarités agressives générées par les éléments culturels fondamentaux que sont le mythe de l’Élection et la Loi avec le phénomène de ghettoïsation en résultant. S’exerçant en réseaux au sein des nations et par-delà les frontières, elles sont d’une efficacité remarquable. Leur estimation objective est par contre difficile compte tenu de la complexité des éléments en cause, sans parler du fait que leur caractère volontiers occulte les font tour à tour surestimer ou sous estimer par les populations agressées.

C’est dire que résumer ce type de violences morales du passé, d’autant plus que les historiens ne s’appesantissent guère sur elles, relève d’une entreprise apparaissant à la fois impossible et peu souhaitable. L’époque moderne, avec la malheureuse histoire du sionisme en Palestine, nous apporte des données particulièrement caractéristiques et concrètes des violences tant morales que physiques de type raciste suscitées par les éléments pernicieux du judaïsme retenus dans l’idéologie sioniste et se donnant libre cours en Israël. On peut dire que cet Etat est, de ce point de vue, un laboratoire expérimental absolument unique et irremplaçable.

Après les violences de tous ordres rapportées dans ces pages, notamment les violences d’ordre moral, verbal ou juridique, revenons seulement sur le racisme d’Israël en tant qu’État…

Dans son ouvrage déjà signalé, Wieviorka[208] décrit avec pertinence quatre niveaux au racisme. Il voit ainsi le quatrième : « Un dernier niveau est atteint à partir du moment où l’État lui-même s’organise à partir d’orientations racistes, développe des politiques et des programmes d’exclusion, de destruction ou de discrimination massive, en appelle aux savants ou aux intellectuels pour qu’ils contribuent à cet effort, mobilise les ressources du droit pour affirmer les catégories sociales, structure les institutions en fonction de ces catégories. Le racisme devient total si ceux qui dirigent l’État parviennent à tout lui subordonner : la science, la technique, les institutions, mais aussi l’économie, les valeurs morales et religieuses, le passé historique, l’expansion militaire ; s’il informe tous les domaines de la vie politique et sociale, et à tous les degrés, sans débat ni contestation possible. »

Si le racisme de l’État sioniste est loin d’être « total » au sens que l’auteur donne à ce qualificatif - sens très théorique d’ailleurs que l’État nazi, lui-même, n’a pas atteint - on peut néanmoins constater que nombre de ses caractéristiques, sont bien présentes dans la description et qu’elles font du racisme institutionnel israélien structuré par le mythe religieux un racisme autrement plus stable et durable que les racismes d’État anti-Noirs, racismes « ordinaires » qui ont sévi aux États-Unis ou en Afrique du Sud jusqu’à des périodes récentes et qui ont amorcé - avec succès - leur disparition progressive.



B. Michaël, juif pratiquant, éditorialiste du Yediot Aharonot, après qu’on eut découvert que les soldats israéliens numérotaient les bras des Palestiniens arrêtés, a décrit à sa manière le caractère impitoyable du régime engendré par l’idéologie sioniste. Ce texte intitulé "De marqué à marquant" commence ainsi :

« En soixante courtes années – de marqué à marquant et numérotant ;

En soixante ans – d’enfermé dans des ghettos à enfermant ;

En soixante ans – de dépossédé à dépossédant ;

En soixante ans – de celui qui défile en colonne les mains en l’air, à celui qui fait défiler en colonne les mais en l’air ;

En soixante ans – d’écrasé au nom d’un nationalisme cruel, à celui qui écrase au nom d’un nationalisme cruel ;

En soixante ans – de victime d’une abjecte politique de transfert, au soutien de plus en plus enthousiaste à une abjecte politique de transfert ;

En tout et pour tout soixante ans, et nous n’avons rien appris. Rien intériorisé. Nous avons tout oublié[209].



Qu’Israël soit devenu ce concentré de haine d’ordre racial et de violence – « La violence est devenue l’essence de l’État d’Israël » écrit Y. Leibovitz[210] - est dans la logique des choses: parmi toutes les grandes traditions spirituelles, seul le judaïsme porte cette tare que d’avoir inventé et promu deux « races » humaines : les Élus et les Autres, les Juifs et les non-Juifs...[211] Tous les ingrédients sont là, réunis, en Israël, pour que s’épanouissent dans les esprits et dans les faits, et une hostilité des Juifs envers les non-Juifs - hostilité à laquelle va répondre une hostilité réactionnelle des non-Juifs envers les Juifs - et une hostilité des Juifs entre eux. Comme le montre ce terrain extraordinaire que représente l’État d’Israël dans sa volonté de poursuivre jusqu’à son terme la ghettoïsation juive de toute une région, jamais la souffrance psychologique des Juifs d'Israël et d'ailleurs n’avait atteint un tel degré. Ainsi qu'en témoigne l'histoire quotidienne, nombre de Juifs réprouvent, détestent ou haïssent foncièrement nombre de personnes de leur "race" s’opposant à l’entreprise sioniste. Traitée de « sale Juive » et accusée d’ « incitation à la haine raciale », Michèle Manceaux[212] ne nous dit-elle pas que « les menaces téléphoniques, les injures par courrier ne proviennent pas d’antisémites venimeux mais d’excellents Juifs qui se désignent comme tels » ? Et l’on sait d’expérience qu’il peut s’agir d’une haine à mort : c’est Yigal le juif qui tue Rabin le juif.



Les violences réciproques entre Israéliens et Palestiniens sont-elles de même nature ?

Dans la qualification de toutes les violences il convient, indépendamment de leur niveau d’intensité, de tenir compte de la vision qu’ont les agresseurs des agressés, c’est-à-dire de la prime raison qui motive et sous-tend l’action violente, celle qui englobe et transcende toutes les autres et qui conditionne largement l’avenir et notamment la réconciliation possible ou la non-réconciliation des antagonistes.

À propos du nazisme, J. Ricot, à la suite de Alain Finkielkraut, a fait remarquer fort justement qu’ « entre ceux qui furent victimes de traitements inhumains parce qu’ils s’étaient déclarés les ennemis du nazisme, et ceux qui furent victimes des mêmes violences parce qu’ils étaient simplement nés, il n’y a pas de commensurabilité possible. La qualification éthique et juridique de l’inhumain n’est pas la même, bien que l’horreur et la douleur vécues soient de même intensité »[213]

Avec le nazisme il y avait, en effet, pour retenir une donnée exemplaire, deux grandes catégories de victimes : les unes s’étaient opposées au nazis d’une manière ou d’une autre par leurs actes, il s’agissait d’ « ennemis » ; les autres étaient victimes du seul fait de leur appartenance à une certaine race, celle des Juifs ou celle des Tsiganes. (Aux premiers s’adressaient les camps de concentration où l’on mourrait en grand nombre, aux seconds les camps d’extermination où l’on mourrait encore plus).

Mais en Palestine quelle est donc la raison fondamentale qui guide chacun des protagonistes dans l’exercice des violences qu’il exerce à l’encontre de l’autre, notamment dans ses actes de guerre ou ses actes de terrorisme envers des civils. Quelle est, en somme, la vision que chacun a de l’autre, vision qui permet de parfaire la qualification des violences basée habituellement sur le seul critère de l’intensité ?

En ce qui concerne les Palestiniens, compte tenu de ce que nous avons vu précédemment concernant les données historiques et notamment la quasi absence de contentieux religieux entre l’islam (auquel ils appartiennent en grande majorité) et le judaïsme, compte tenu surtout de l’absence de tout élément d’ordre raciste dans l’islam, il est clair qu’à leurs yeux, les Israéliens ne sont que des agresseurs et des oppresseurs, brefs de banals ennemis, comme ont pu l’être dans le passé les Allemands pour les Français entre lesquels la réconciliation est possible.

En ce qui concerne les Israéliens, le problème est tout autre. Les Israéliens sont en Palestine en tant que Juifs porteurs d’une idéologie héritière du judaïsme, le sionisme, suivant laquelle cette terre appartient aux Juifs, en tant que constituant de la race juive, et à eux seuls. Si les Palestiniens étaient des chrétiens, des bouddhistes, des athées ou autres, la vision des Juifs sionistes à leur égard ne serait pas différente de celle qu’ils ont des musulmans : toutes ces personnes auraient à souffrir et à expier leur naissance, celle de n’être que des non-Juifs, des hommes moins « humains » que les Juifs.



3) un racisme largement mÉconnu et des Juifs et des non-Juifs

Ce qui fait aussi la spécificité du racisme porté par le judaïsme c’est qu’il est resté jusqu’ici largement méconnu.

Le monde non-juif - tout au moins par nombre de ses constituants, tels les chrétiens catholiques avec leur hiérarchie - a manifestement intégré depuis un certain nombre d'années qu'il pouvait être raciste et a formulé repentance. Le monde juif dans son ensemble n'a pas encore réalisé que, non seulement il pouvait l'être lui aussi, mais qu'il y était particulièrement prédisposé par certains éléments fondamentaux de sa tradition.

Dans la littérature consacrée au racisme citée en référence de ce texte, littérature d’une certaine importance, nous avons trouvé néanmoins plusieurs exemples caractéristiques d’auteurs de souche juive abordant franchement ce sujet du racisme inhérent au judaïsme. Ce sont tout d’abord Hannah Arendt, Haïm Cohen et Moshe Zimmermann dans les textes cités précédemment. Puis Henri Korn[214] qui, en rappelant l’invasion du Liban et les bombardements de Beyrouth par les Israéliens en 1982, événement dont il était témoin, écrit : « J’avais rejoint quelques groupes de Juifs opposés à cette invasion : je soutenais qu’on ne pouvait pas faire l’économie d’une réflexion sur le racisme dans la pensée et la tradition juives, et sur la déchéance qui en a résulté quand il s’est démasqué sous forme de raison d’État ».

Chez les auteurs non-Juifs le sujet du racisme chez les Juifs est tabou absolu… On peut même ajouter que, sauf exception, toute critique du judaïsme semble inexistante [215]. Le christianisme en tant que culture religieuse est parfois dénoncé – Wieviorka, par exemple, dit à juste titre qu’ « il joua un rôle considérable dans l’expansion coloniale de l’Europe et qu’il alimenta des pratiques souvent racistes bien avant la lettre » - mais il n’évoque en aucune manière le judaïsme. Il semble bien que les multiples ouvrages sur le racisme publiés jusqu’ici concentrent leurs propos avant tout sur le racisme anti-Juifs et accessoirement sur le racisme anti-Noirs, en méconnaissant totalement le racisme lié au judaïsme. Alors que Taguieff, dans son ouvrage déjà cité, peut écrire par exemple (p.38) : « Un critère pratique du racisme est qu’il institue des catégories d’inconvertibles ou d’inassimilables, condamne sans exception tous les représentants supposés d’un groupe « impur » à être rejetés du groupe « pur », érige une barrière absolue entre « Nous » et les « Autres » ou bien encore (p. 68) : « La déshumanisation de l’ennemi, démonisé ou animalisé, produit la distanciation psychologique entre bourreau et victime », il ne se rend manifestement pas compte que cette description s’applique parfaitement à l’État sioniste où, comme l’écrit Eric Hazan[216], « il est possible de présenter des projets de loi ouvertement racistes à l’encontre d’une minorité qui représente le cinquième du pays ».



Trois raisons essentielles peuvent être mises en avant pour expliquer cette méconnaissance apparemment surprenante. La première d’entre elles réside sans nul doute dans les violences subies par les Juifs pendant près de deux millénaires de la part des non-Juifs, violences dont le caractère spectaculaire a éclipsé le racisme spécifique du judaïsme. Et puis, à la suite de l’expérience nazie et sous le couvert de la lutte contre l’« antisémitisme », l’immense littérature consacrée presque exclusivement depuis des décennies au racisme anti-Juifs et la puissante orchestration médiatique auquel il donne lieu en même temps que le chantage à l’ « antisémitisme » de diverses organisations communautaires juives, ont manifestement perpétué cet état de fait à la faveur de la complicité largement inconsciente de la chrétienté occidentale, tributaire de la culture juive et particulièrement pusillanime. Enfin, si le judaïsme engendre un nationalisme extrême et un racisme spécifique il convient de remarquer aussi que l’universalisme, tout à l’opposé, est largement présent chez nombre de penseurs du XXe siècle de souche juive (même si le plus grand nombre d’entre eux se sont largement désolidarisés de leur héritage religieux). Cet universalisme est venu, d’une certaine manière, estomper ou occulter le racisme en question.



Malgré l’influence de son fondateur et de ses premiers théoriciens, tous très éloignés du judaïsme en tant que religion avec ses dogmes et ses pratiques et qui n’avaient guère pour souci que la protection des Juifs, on peut dire que le sionisme a progressivement abandonné - avec l’entrée en scène des religieux - tous les éléments respectueux des non-Juifs pour ne garder pratiquement, depuis 1947 et la création d’Israël, que le contenu potentiellement pernicieux du judaïsme. C’est en ce sens que l’on peut qualifier le sionisme de fondamentalisme juif ; c’est avec cette perspective que l’on ne saurait être surpris du racisme explosant en Israël depuis plus d’un demi-siècle[217].



En définitive, c’est l’aventure israélienne qui, par delà tous les malheurs engendrés, aura permis, d’une part de faire prendre conscience de la composante raciste du judaïsme restée jusqu’ici largement ignorée, d’autre part d’apporter enfin une réponse à cette obsédante question jamais satisfaite : « Pourquoi l’hostilité anti-juive de type raciste se renouvelle-elle sans cesse depuis plus de deux millénaires ? »



4) UN RACISME DONT LA RÉGRESSION NE PEUT ÊTRE QUE PARALLÈLE AU DÉCLIN DU JUDAÏSME



Compte tenu des trois types d‘éléments qui fondent ce racisme : le mythe de l’Alliance, la loi rabbinique instituant l’hérédité juive et les données scripturaires, toute évolution, en effet, ne peut être que très lente. Comme nous l’avons vu précédemment les mythes qui ont structuré les grandes religions ont une longue existence faite de plusieurs phases avant de perdre leur caractère sacré avec leur immense capacité d’inspiration des hommes. Or, en ce XXIe siècle, il est manifeste que le mythe, pour les juifs religieux et nombre de chrétiens, en est encore à la première phase : Yahvé est le dieu du monde, les Juifs forment le Peuple élu, la Palestine est la Terre des Juifs, le Messie reviendra sur cette terre centrée sur Jérusalem. Quant aux juifs incroyants ils se divisent sur le sujet en deux catégories. La majorité d’entre eux en sont à la seconde phase du mythe : ils ont bâti l’idéologie sioniste avec cette référence, tandis que, seule, une minorité faite de Juifs incroyants a acquis une totale liberté vis-à-vis du mythe fondateur. C’est dire que ce mythe est loin d’avoir terminé son évolution : des siècles, sans doute quelques millénaires, seront-ils nécessaires pour qu’il puisse perdre son immense influence.
En ce qui concerne la loi rabbinique fondant la judéité on peut logiquement penser, notamment avec la croissance progressive du taux des mariages mixtes, que cette donnée s’estompera avec le temps. Mais, là encore, un élément péjoratif à l’extrême est à considérer : avec l’institution de cette loi, le judaïsme s’est donné, il y a deux mille ans, une dimension nouvelle tandis que les « israélites » (les croyants d’alors) sont devenus en bloc les « juifs » par modification de leur statut et que le terme de « juif », désormais intimement associé et « pollué » par la notion de « race », allait ancrer dans les esprits (et pour combien de siècles ?) cette notion maléfique.
Quant aux éléments scripturaires que nous avons vu fonder une xénophobie caractérisée, n’est-il pas évident a priori, compte tenu de leur caractère sacré intouchable et, par ailleurs de l’absence, dans le judaïsme, de toute autorité centralisatrice (analogue à celle de la Papauté dans le catholicisme) que leur capacité inspiratrice soit également pérenne ?

Cependant l’horizon n’est jamais totalement noir ! Malgré tous les éléments péjoratifs que l’on peut accumuler à l’époque moderne quant à une régression spectaculaire du racisme chez les Juifs (et partant du racisme réactionnel chez les non-juifs comme de l’avenir de la paix en Palestine) – il n’est peut être pas utopique de croire néanmoins (ou dérisoire de vouloir croire) que l’esprit démocratique continuera - lentement certes et avec des phases de régression - à faire quelques progrès dans la longue durée au sein des populations juives de Palestine. Dans cette perspective suscitée par un non-désespoir total en la nature humaine il y a des signes, bien petits signes certes, mais qui ne sont pas sans quelque valeur pronostique Parmi ces signes signalons le fait que la Cour suprême israélienne à la demande des Juifs venus d’URSS – migrants qui, conformément à la loi du sang en vigueur en Israël sont devenus automatiquement juifs (de nationalité) et israéliens (de citoyenneté) mais qui n’avaient au mieux de « juif » qu’un peu de sang – a autorisé en juin 2004 la consommation de porc interdit par la loi juive. En voyant dans cette évolution « un nouveau clou dans le cercueil d’Israël », les Juifs orthodoxes ne se sont sans doute pas trompés quant à la régression de l’identité « juive ».



En résumé, le judaïsme, par ses deux éléments fondamentaux que sont le mythe de l’Alliance et la loi fondant la judéité sur l‘hérédité, a établi dans les esprits l’existence de deux catégories d’hommes. Et dans ces catégories l’une est plus « humaine » que l’autre.



C’est dire, contrairement à une idée courante mais fausse suivant laquelle il serait paradoxal d’être juif et raciste (au prétexte que les Juifs ont toujours souffert du racisme des non-Juifs) il faut tenir que le judaïsme, parce qu’il associe notion de « juif » et notion de « race », prédispose d’emblée ses membres au racisme culturel plus que toutes les autres traditions religieuses.



Ceci étant, il ne faut pas occulter les éléments scripturaires du judaïsme appelant au respect des non-Juifs et à la miséricorde (nous en avons cité un certain nombre et notamment le Tu aimeras le prochain comme toi-même). Ces éléments qui s’opposent aux facteurs xénophobes vont, chez nombre de Juifs, tempérer, atténuer, neutraliser les inspirations et attitudes précédemment décrites. Chez d’autres encore influencés depuis deux millénaires par le christianisme en héritier du monde grec, par les philosophes du XVIIIe siècle et la Révolution française, ils vont être à la source d’une réaction hautement salutaire. Comme chacun le sait, le socialisme initial et généreux, où nombre de Juifs, non croyants pour la plupart, furent présents, s’est bâti sur ce riche héritage.



C’est dire aussi qu’il convient de distinguer, d’une part le racisme anti-"non-Juifs" que les éléments pernicieux du judaïsme peuvent inspirer aux Juifs et, d’autre part, le racisme effectif, concret, en actes, pouvant se manifester chez certains d’entre eux. Il va de soi que les deux ne se recouvrent pas. C’est dire aussi que le racisme réactionnel anti-Juifs, s’il va toujours de pair in fine avec sottise ou/et méchanceté, peut n’être initialement que le fruit d’une contamination par la notion de race répandue par le judaïsme dans sa sphère d’influence. Si la responsabilité du judaïsme dans les deux racismes conjoints est toujours directement en cause et reste largement à instruire – persécuteurs des Juifs et Juifs persécutés ont en fait la même vision du monde où « l’autre » est doté d’une essence indépassable – il est évident, d’une part que la responsabilité des Juifs, en tant que vecteurs passifs de la notion de « race » et du mot « juif », n’est nullement à incriminer, d’autre part que les Juifs seront les perpétuelles victimes de cette notion qui suffit, de par la tradition juive, à faire d’eux des « Juifs ».



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Samedi 1 Avril 2006

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