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21- LE RACISME EN GÉNÉRAL


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Pour les dictionnaires le racisme est une « idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les races, les unes étant vues comme supérieures, les autres inférieures ».


Mercredi 1 Mars 2006








C’est dire, d’une part que c’est l’inspiration qui « fait » le racisme, d’autre part que le racisme met en jeu deux sortes de personnages : des « racisants » (ou « racistes ») et des « racisés », les premiers nourrissant une hostilité systématique à l’égard des seconds non pas pour ce qu’ils font mais toujours pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire en tant que membres d’une communauté considérée à la fois comme étrangère et inférieure.

Le concept transporte en somme dans les esprits trois notions essentielles : « race », « étranger », « hostilité-violence ».



La "Race"

Remarquons tout d’abord que ce terme de « race » a été créé au XVe siècle pour désigner diverses catégories d’hommes suivant deux critères essentiels : leur aspect extérieur et l’hérédité. On le trouve donc dans la littérature écrite depuis cette période, mais aussi, bien entendu, dans les traductions et les travaux divers relatifs au Moyen-Âge et à l’Antiquité grecque, romaine et juive. Quant au terme de "racisme" créé en 1932 il fut d’abord appliqué aux théories nazies appliquées aux Juifs. Comme le terme précédent de "race", nous l’appliquerons ici, suivant la pratique la plus courante chez les auteurs, à des réalités passées quelque soit leur situation dans le temps : un mot moderne en somme pour un phénomène ancestral.

Schématiquement, le concept de « race » revête deux sens très distincts :

Dans son sens propre, strict, étroit, plein, le concept de race réunit un ensemble d’individus présentant en commun une ou deux sortes des éléments suivants :

- un élément héréditaire réel ou supposé, c’est-à-dire une référence à des ancêtres où vont entrer les notions de lignée, de patrimoine génétique, de "sang" ;

- un élément physique portant sur l’aspect du corps : couleur de la peau, forme du visage, taille, mimique, gestuelle… aspect qui, d’emblée à la simple vue, permet de distinguer les groupes humains.

Lorsque cette conception de la race est présente dans les esprits, le racisme susceptible d’en découler peut être qualifié de vrai ou de biologique[165].



Dans son sens figuré ou large, le terme de « race » s’applique à une catégorie d’individus qui n’ont en commun que des traits tels que la nationalité, l’âge, la classe sociale, la religion, la culture, la langue (ou les langues d’une même famille), le comportement. Ici, tout élément héréditaire (la filiation d’ordre biologique, le sang, la couleur de la peau, la taille…) est inexistant dans l’esprit des individus qui l’utilisent… C’est un racisme "sans race" où le terme de race, pris dans son sens métaphorique, a perdu l'intégralité de son contenu originel. Il est utilisé dans des contextes très divers. C’est ainsi, par exemple, que l’on va parler de la race française ou de la race allemande, de la race des jeunes ou de la race des patrons… et, partant, de racisme anti-français, anti-allemand[166], anti-jeunes, de racisme de classe…



À côté des deux grandes formes de racisme - racisme au sens propre et racisme au sens figuré - disons aussi qu’il peut y avoir des formes associées. Le nazisme en est un exemple particulièrement caractéristique : il a éliminé massivement les Juifs et les Tziganes en tant qu'héritiers d'une certaine race indépendamment de tout autre critère mais aussi une foule d'opposants, de handicapés, d’asociaux ou d'individus déclarés seulement inférieurs (Untermenschen) par une assemblée de seigneurs (Herrenvolk) indépendamment de toute notion de race.



La "race" : un "signifiant" non sans défauts mais néanmoins incontournable

Si le concept de "race" désigne généralement, de la part des utilisateurs, des réalités assez contrastées, il convient de remarquer toutefois que son sens peut être fort ambigu. Ainsi, chez les auteurs de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, époque où ce concept a été largement utilisé, il y a parfois un passage inconscient des éléments somatiques héréditaires aux éléments culturels acquis. Comme on le sait, ce glissement de sens entre les deux catégories a fait couler beaucoup d’encre puisque l’interaction entre le somatique et le culturel ne saurait à la fois être niée dans son principe au nom de l’unicité de la personne et ne saurait non plus, tant les données sont multiples et complexes, déboucher sur quelque conclusion valable du point de vue scientifique.

Et d’autres défauts apparaissent à ce concept de race : son caractère indéfinissable lui enlevant toute valeur scientifique (la distance génétique qui sépare les individus de même « race » est en effet comparable à celle qui sépare les individus de « races » différentes), sa fâcheuse capacité de métamorphoser une hostilité banale en racisme caractérisé, son utilisation rattachée particulièrement, dans la culture occidentale de notre époque, à l’expérience nazie…

Pour remédier à ces difficultés, son remplacement par celui d’« ethnie »[167] a été suggéré par plusieurs auteurs lorsque le groupe décrit est assez bien localisé dans un territoire. En fait, restant toujours fort imprécis et témoignant lui aussi d’une certaine croyance en un déterminisme biologique, croyance selon laquelle les formes physiques déterminent les formes culturelles, ce concept d’ethnie ne saurait être substitué à celui de race qui reste pourvu, en pratique, de valeurs essentielles. D’abord en tant que marqueur des différences entre les individus, le concept de race traduit, dans tel domaine précis, supériorité ou infériorité potentielle. Ainsi se révèle-t-il utile et opérationnel, par exemple, dans l’art vétérinaire ou dans l’art médical de la procréation assistée pratiquant, l’un et l’autre, la sélection de certains individus dans une perspective jugée à tel moment comme « de progrès ». Car, il se saurait y avoir de hiérarchie que dans des domaines déterminés de la nature et de l’activité humaines. Il est clair, par exemple, que les sujets de grande taille sont a priori supérieurs à des sujets de petite taille dans le domaine de la course ou que les populations au mode vie nomade ou pastoral ont des capacités de perception du milieu naturel supérieures à celles d’un villageois moderne. C’est véritablement en droit que « tout homme en vaut un autre ». Pour le raciste l’inégalité naturelle fonde l’inégalité de droit.

Surtout, le concept de race véhicule dans les esprits des notions telles que l’« hérédité », le « sang », la lignée, le patrimoine génétique qui revêtent une importance capitale dans une perspective sociologique par leur pouvoir de conditionnement. Car, si la « race » est plus une donnée virtuelle qu’une réalité concrète, elle reste toujours un signifiant à la fois efficace et incontournable dont il convient d’appréhender au mieux les implications. Comme l’écrit Michel Wieviorka[168] : « il est rare qu’un acte ou un discours raciste, aussi isolé qu’il puisse paraître, n’en appelle à une communauté d’appartenance où la race est associée d’une façon ou d’une autre, à d’autres référents identitaires ». Dans un rapport de 1951 intitulé Le racisme devant la science, l’UNESCO précise ainsi que « les anthropologues sont tous d’accord pour considérer que la notion de race permet de classer les différents groupes humains dans un cadre zoologique propre à faciliter l’étude des phénomènes d’évolution ». L’historien André Pichot[169] peut même écrire à ce sujet que :« Nier l’existence des races ou remplacer pas un synonyme en espérant un quelconque résultat en matière de racisme relève de la niaiserie ou de la mauvaise foi ».

En définitive, la « race » est manifestement un concept défectueux et redoutable,car qui dit « race » dit aussi « frontière », « opposition » et « racisme » potentiel, mais il est en même temps absolument irremplaçable.[170]


L’Étranger

À la base de tout racisme, il y a un personnage-cible (et un mot-clef pour le désigner) : « l’Étranger ». Tout racisme est dirigé vers le différent, l’autre, l’étranger. Cet Étranger, victime en puissance par l’animosité qu’il suscite, peut être multiple et se décliner à l’infini : il y a l’étranger de nation, de pensée, de culture, de religion, de profession, de catégorie sociale, de voisinage, d’âge mais en premier lieu, largement dominant dans les esprits, il y l’étranger de « race », cette victime du « vrai » racisme[171].

Tout racisme commence, en effet, par la désignation de « l’étrangèreté » vue comme une donnée absolue, stable, immuable, irréversible. Ainsi que l’écrit Pierre-André Taguieff[172], « le racisme consiste à interpréter la distinction entre Nous et Eux, ou entre Nous et les Autres, comme une distinction entre deux espèces humaines, la première espèce – celle de l’énonciateur de la distinction – étant jugée plus humaine que la seconde, voire la seule véritablement humaine des deux. »

Primo Levi, de son côté, vient appuyer à la fois la notion d’ « étranger » comme personnage-cible du racisme et la banalité, voire la « naturalité », du phénomène : « Beaucoup d’entre nous, écrit-il, individus ou peuples, sont à la merci de cette idée, consciente ou inconsciente, que "l’étranger, c’est l’ennemi". Le plus souvent, cette conviction sommeille dans les esprits comme une infection latente […] Mais lorsque le dogme informulé est promu au rang de prémisse majeure d’un syllogisme, alors, au bout de la chaîne logique, il y a le Lager »…[173] Certes, il n’y a pas toujours de « Lager » mais à coup sûr une forme de racisme.

Racisme « naturel » et racisme « culturel »

En fonction de leurs sources deux formes de racisme doivent, en effet, être distinguées.
Le racisme « naturel »

Dans le cadre d'un instinct primordial d'auto-conservation dont la base est manifestement génétique - notre cerveau reptilien - il est logique de penser, à la suite de divers biologistes et généticiens, que la préférence communautaire, ou l’ethnocentrisme, « ce point de vue suivant lequel le groupe auquel on appartient est le centre du monde et l'étalon auquel on se réfère pour juger les autres »[174], puissent être rattachés à la « nature ». « Certains phénomènes de dégénérescence du comportement social humain, phénomènes qui montrent des parallèles très poussés avec certaines modifications de comportement chez les animaux domestiques reposent manifestement sur une base génétique » a écrit l’éthologue Konrad Lorenz[175]. Lévi-Strauss a, lui aussi, montré que cet « égocentrisme appliqué à l’ethnie ». était une caractéristique universelle des sociétés humaines dont les membres possèdent un penchant plus ou moins prononcé à s’agréger à quelque groupe, à y puiser leur identité et, parallèlement, à exclure les autres. Le paléontologue américain S.J. Gould avait tendance à penser de même que les préjugés raciaux étaient « aussi anciens que l’histoire connue ».

C’est dire que cette tendance peut s’appliquer à bien des groupements humains : groupements familiaux, politiques, religieux, associatifs, sportifs… avec, bien entendu, des conséquences diverses. Il est humain et … « normal » de préférer sa vie à celle des autres ; il est humain de préférer ses parents à ses voisins ! Mais remarquons dès maintenant que la poursuite de ce raisonnement vers la tribu, la patrie, la nation, le parti, la religion, la race… peut s’avérer vite infirme, terriblement infirme et contestable. La solidarité intracommunautaire que génère ce sentiment de préférence va, en effet, dans certaines circonstances, s’exercer à l’encontre d’une autre communauté humaine. Il y aura de façon banale des solidarités abusives, agressives, voire criminelles.

Comme le constate Albert Memmi[176], « il y a en nous un terrain préparé pour recevoir et faire germer les semences du racisme pour peu que nous n’y prenions garde ». La banalité du phénomène, « son omniprésence dans l’histoire » semble bien confirmer ce point de vue selon lequel il s’agit d’une disposition (ou d’une tare) originelle des hommes, ces animaux sociaux qui, au sein de leur groupe, de leur clan, de leur tribu, de leur « communion »[177], ont tendance spontanée à développer quelque mépris à l’égard des autres communautés, mépris qui dans les cas extrêmes peut être qualifié de xénophobie. La généralisation abusive, donnée immédiate toujours présente dans la moindre forme de « racisme » : « tous les Anglais sont… tous les Arabes sont… » n’est-elle pas particulièrement banale ? Certes, ainsi que l’écrit Delacampagne[178], « une réaction subjective et momentanée n’est ni toujours évitable ni automatiquement dangereuse » mais il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une tentation permanente pour tout individu, tentation à laquelle il succombe souvent et d’abord par paresse de langage.


Le racisme culturel

Les données précédentes d’ordre héréditaire, comme ce qui sommeille en chaque individu, ne sauraient à l’évidence suffire pour expliquer les sentiments et les manifestations xénophobes et racistes qu’on peut observer dans l’histoire. Le conditionnement des hommes est aussi de l’ordre de l’acquis : l'homme n'est pas seulement un être « de nature » avec des comportements génétiquement déterminés mais aussi un être « de culture ». Il va théoriser tel sujet et, comme toujours, peuvent en résulter des réalités très contrastées : le meilleur et le pire. La « civilisation », la culture - où les religions représentent l’élément essentiel - sont venues, en effet, modifier et faire évoluer profondément les dispositions « naturelles » des hommes. « Le religieux est à la fois ce qui permet aux hommes de vivre, d’aimer et se donner et ce qui les pousse à haïr, à tuer et à prendre » constate Régis Debray[179]. C’est dire qu’à partir de leurs textes sacrés permettant bien souvent de justifier des opinions contradictoires et justifier des comportements opposés, les religions tantôt vont contribuer par l’éducation à réduire les oppositions et affrontements naturels, tantôt au contraire vont les promouvoir en fonction des « valeurs » qu’elles véhiculent dont les principales ont été jusqu’ici la Vérité, l’Élection divine, le Paradis terrestre (par la Révolution), la Race… Fait notable, ce racisme rationalisé sinon rationnel s’exprime et se véhicule dans des textes d’ordre religieux ou philosophique, textes qui, d’une part peuvent être capables par leur cohérence de s’élever à la hauteur d’une idéologie, d’autre part vont permettre, de par leur pérennité, de situer l’invention de ce racisme dans le temps et de suivre son évolution à travers les siècles.



Le devenir des deux formes de racisme conditionnant schématiquement leur gravité n’est évidemment pas semblable. Il est clair que le racisme naturel n’a pas la gravité potentielle du racisme culturel dans lequel la notion de race est inscrite dans des traditions ancestrales, mieux dans des textes contraignants ayant la prétention d’exprimer une vérité scientifique ou religieuse. Le racisme naturel peut entraîner, certes, de sauvages et durables conflits mais un espoir de tolérance entre les antagonistes, voire de réconciliation est toujours permis avec les progrès de l’humanisation qui réduit la composante instinctuelle, de la civilisation et de la démocratie.. Quand, par contre, la notion de « race » fait partie intégrante de la culture d’un belligérant, l’évolution d’un conflit ne peut, hélas, qu’être tout autre.



Les acteurs du racisme : racisants et racisés.

En suivant une complexité croissante, trois catégories de racisants (ou de racistes) peuvent être retenues. Tout d’abord l’Individu en tant que tel. Ensuite le Groupe. Sous ce terme générique retenons particulièrement le groupe religieux (la confession), le groupe politique (le parti), le groupe professionnel (la corporation), le groupe familial. Enfin, troisième catégorie : la Société plus ou moins structurée et institutionnalisée (au sommet, l’État)

Quant aux racisés, tous les individus peuvent, bien entendu, un jour ou l’autre rentrer dans cette catégorie malheureuse.



Face à ce phénomène, une question essentielle pour l’Histoire se pose : Quels sont les critères pratiques qui permettent d’attribuer légitimement le qualificatif de « raciste culturel » à un groupe, une communauté, un régime ?



À cette question, et en suivant l’avis de divers auteurs, on peut répondre que ces critères sont représentés par l’existence de règles, théories, commandements, lois, règlements… pérennisés dans des textes promouvant, au sein d’un groupe et au nom d’une notion de « race » par définition irréversible, un système de Séparation basé sur le rapport supérieur/inférieur ou/et sur celui du pur/impur.

La règle la plus emblématique d’un tel système est sans nul doute le rejet des unions mixtes et la promotion du mariage endogamique.

À ce système d’autres dispositions sont toujours associées : d’une part des contraintes à l’égard des personnes racisées telles que l’exclusion de certains emplois, charges, lieux de résidence, l’établissement de quelque frontière matérielle ou morale ou l’expulsion d’un certain territoire, d’autre part des sanctions pour les membres contrevenants de la communauté.

Il s’ensuit qu’un certain nombre de régimes ou de communautés peuvent légitimement être qualifiés de « racistes ». Dans le champ d’influence occidental, disons que ceux que l’Histoire a retenus avant la guerre de 1939-1945 sont essentiellement le régime sous lequel ont vécu les Juifs dans l’Espagne catholique du XVe siècle, les Noirs des États du Sud des États-Unis soumis aux lois ségrégationnistes de Jim Crow, le régime appliqué aux colonisés sous le Code noir, le régime de l’Apartheid pour les Noirs et les Métis d’Afrique du Sud, le régime nazi pour les Juifs et les Tsiganes d’Allemagne..



En définitive, deux critères sont nécessaires et suffisants pour qualifier de « raciste » une société, une communauté, un groupe humain. Ce sont :

1° - une conscience (ou un esprit) de race chez les membres du groupe

2° - une loi orale ou écrite interdisant dans ce groupe les unions inter-raciales.



Quant à son expression chez les racisants disons que le racisme revêt schématiquement deux formes :

1° - une forme purement spirituelle et discrète faite essentiellement de sentiments (suspicion, mépris, hostilité, haine, aversion…), de représentations, d’attitudes, de conduites de mise à part en fonction des origines réelles ou supposées des personnes racisées

2° - une forme plus ou moins visible et spectaculaire caractérisée par des violences morales ou physiques, violences que peuvent traduire notamment les mots de ségrégation, de discrimination, de séparation, d’infériorisation, de différenciation, d’exclusion, d’oppression, de domination…

C’est aux violences physiques, celles du bras armé, que l’on pense généralement tant elles sont présentes dans le quotidien des hommes. Elles donnent lieu à des récits historiques relativement objectifs rapportant des destructions de biens, des brutalités, des agressions, des expulsions, des assassinats, des tueries, des guerres, des génocides. Mais, ces violences physiques ne sont pas seules en cause. Á côté d’elles, non moins pernicieuses, sont les violences morales. Avant le coup de poing, le poignard et le fusil, associés à ces gestes ou pratiqués isolément, inventés parfois par tel individu dans l’intimité de sa personne mais bien plus souvent par un groupe d’individus solidaires dans quelque rencontre discrète, sont les actes verbaux qui prévoient de tuer au sens propre ou au sens figuré... C’est la (pré)méditation avant l’acte brutal… Remarquons aussi que ce type de violences, qu’il soit individuel ou collectif (dans ce dernier cas on parle parfois de complot ou de conspiration) est toujours subtil, si subtil même que les victimes peuvent ne pas identifier leurs agresseurs, voire ne pas être conscientes de l’agression elle-même. Cette violence morale obligatoirement multiforme et qui se joue éventuellement des frontières n’est guère connue sur le champ que de quelques initiés, lesquels garderont assez souvent leur secret que des historiens laborieux, un jour plus ou moins lointain, s’appliqueront peut-être à dévoiler...



En résumé :

1° - la notion de « race » est le substratum du « penser race », de la conscience ou de l’esprit de race et… du racisme. C ‘est dire aussi - problème majeur pour tous - que l’utilisation du mot « race », que nous avons vue, malgré ses défauts, incontournable pour désigner l’appartenance à une certaine lignée d’individus, est en même temps potentiellement dangereuse puisqu’en biologisant un groupe, tout à la fois elle conditionne et expose ses membres au racisme. Car une conception biologisante ne peut pas ne pas faire le lit d’une conception racisante.

2° - le racisme « culturel », qu’il convient de distinguer du racisme « naturel », peut être légitimement vu comme une maladie de l’esprit et, à peine métaphoriquement, comme une maladie infectieuse acquise. La notion de « race » est son agent causal lequel, à la manière d’un virus informatique pour le « cerveau » des ordinateurs, pollue l’esprit des humains. On peut ajouter que la présence de ce « virus » entraîne deux scénarios possibles. Tantôt le virus reste latent : il y a des porteurs "sains" (lesquels, néanmoins, peuvent être contagieux en transmettant le virus, voire la "maladie"), tantôt le virus, activé avant tout par l’environnement culturel et notamment religieux, devient virulent : il y a des porteurs "malades" et éminemment contagieux.



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Samedi 1 Avril 2006

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