Histoire et repères

2 - LA BASE DE L'IDÉOLOGIE SIONISTE


L'idéologie sioniste, avec le mouvement qu’elle a suscité, s'est donné pour mission de rassembler en Palestine tous les Juifs du monde (Juifs dits, par une habile fiction, « de la diaspora »)[6], d'établir un territoire peuplé exclusivement de Juifs, dans la perspective de leur assurer, compte tenu des persécutions dont ils furent souvent victimes, une sécurité définitive. Bien que précédée d'initiatives diverses qui, au cours des siècles, avaient pour but une ré-appropriation de la Palestine, elle ne s'est vraiment structurée qu'à la fin du XIXe siècle avec Theodor Herzl qui considérait, avec bien d’autres Juifs, que l'antisémitisme était « éternel », consubstantiel en quelque sorte au judaïsme. Elle s'est développée pendant la première moitié du XXe siècle malgré l'opposition prolongée de la grande majorité des Juifs et, à la suite de la seconde guerre mondiale, s'est concrétisée avec la création de l'État d'Israël en Palestine.


Mercredi 1 Mars 2006



Le sionisme repose sur deux données fondamentales et conjointes du judaïsme :

- une donnée d'ordre religieux : le mythe biblique de la "Terre promise" à un "Peuple élu" ;

- une donnée d'ordre juridique : la loi établissant la transmission héréditaire de la judéité.

À ces données, il convient d'associer :

- une donnée d'ordre scripturaire : les textes exaltant la « race » juive.



1 - Le mythe biblique de « la Terre promise » et du « Peuple élu » est le premier pilier de l'idéologie sioniste



Selon ce mythe, les Hébreux et leur dieu, Yahvé, ont élaboré, voici quelque trois mille ans, un contrat (l'Alliance) selon lequel les Hébreux, moyennant obéissance à ce dieu, constituent son peuple privilégié, le Peuple élu, et reçoivent en héritage une terre particulière, la Terre promise. (Gen. IX, 18)

Associant les deux notions fondamentales pour le judaïsme de « race » et de « Terre promise », la Bible met dans la bouche de Yahvé ces paroles : « J’ai octroyé à ta race ce territoire du torrent de l’Égypte jusqu’au grand fleuve de l’Euphrate » (Gen. XV, 18).

C'est sur les données de ce mythe fondamental du judaïsme qu'est bâtie tout entière l'idéologie sioniste et que s'est fondé pour les Juifs leur « droit historique » sur la Palestine. Même les sionistes non religieux et athées, tels les Pères fondateurs et la majorité des Israéliens actuels, ont exploité et exploitent toujours ce mythe originel de la Terre promise par un dieu qui, pourtant, n'existe pas pour eux. Il ne faut pas être surpris de cet apparent paradoxe car le statut des mythes ne se modifie que très lentement avec le temps. Dans un premier stade, en effet, le mythes sont vus comme des événements authentiques, c’est la phase théologique où leur prégnance est maxima, puis dans un second stade (atteint après un certain nombre de siècles d’évolution, voire de millénaires), ils rentrent dans la phase mythologique proprement dite : c’est la phase que l’on peut qualifier de culturelle où leur influence se réduit mais garde longtemps encore une capacité d’inspiration et de conditionnement plus ou moins importante... Malgré l'émergence dans les esprits de leur caractère légendaire, ils continuent à imprégner durablement la civilisation qui les a portés, à meubler son imaginaire collectif et, partant, à mobiliser des énergies colossales et aveugles. « Lors même qu’il s’éloigne de la religion, écrit Cioran[7], l’homme y demeure assujetti ; s’épuisant à forger des simulacres de dieux, il les adopte ensuite fiévreusement : son besoin de fiction, de mythologie, triomphe de l’évidence et du ridicule ». Car l’on sait, contrairement à ce qui a pu être professé pendant longtemps, que les croyances ne sont pas solubles dans la connaissance. Ainsi que l’écrit Régis Debray[8] : « La vérité est l’ennemie de l’erreur, soit, mais elle ne peut rien contre l’illusion ». André Chouraqui[9], traducteur de la Bible, du Nouveau Testament et du Coran, ne nous dit-il pas, quant à lui, que « La vraie mission d’Israël est de réaliser l’Alliance » entre les juifs, les chrétiens et les musulmans ?

À noter que le mythe de l’Alliance conclue entre un dieu et un peuple - comme les autres mythes hébreux (la Création, le Paradis terrestre, le Péché originel, l’Espoir messianique...) - a été adopté aussi par les chrétiens dont la doctrine conforte l'idéologie sioniste. Conformément à la doctrine catholique - « Le salut vient des Juifs » proclame l’Évangile de saint Jean (Jn IV, 22) - J. M. Lustiger[10], archevêque de Paris, peut écrire : « Les juifs ne sont ce qu’ils sont que dans la mesure où ils sont d’abord les témoins de l’Élection ». Quant aux chrétiens millénaristes des États-Unis, Mormons, Évangélistes, Baptistes, Pentecôtistes…, estimés entre 40 et 80 millions de personnes, ils voient toujours la naissance de l'État d'Israël et son expansion territoriale comme une étape nécessaire aux projets de Dieu pour l'humanité. Les prophéties bibliques ne peuvent s’accomplir que si le peuple juif possède toute la terre promise. 60% d’entre eux, conformément à l’annonce faite dans le livre de l’Apocalypse, affirment que le monde prendra fin lors de la bataille d’Armagedon opposant Jésus et Satan avec, cette fois-ci, la conversion des Juifs au christianisme et le retour de Jésus le Messie dans sa parousie[11].On peut noter aussi que plusieurs peuples du Proche-Orient[12] ont reçu de leur dieu des promesses semblables à celles des Hébreux. En Égypte, sur la stèle de Karnak, dressée par Toutmosis III (au XVe avant notre ère) pour célébrer ses victoires, le dieu déclare : « je t’assigne, par décret, la terre de long en large ». Dans le Poème babylonien de la création (du XIe siècle avant notre ère) il est dit aussi que le dieu Mardouk « fixe à chacun son lot » et qu’il ordonne pour sceller son Alliance avec le peuple « de construire Babylone et son temple ». Quant aux Hittites, ils célèbrent et chantent Arinna, la déesse solaire qui : « veille sur la sécurité des cieux et de la terre… et établit les frontières du pays ».

À propos du mythe fondateur chez les Hébreux, mythe qui nous intéresse particulièrement ici, il est intéressant d'évoquer ici la thèse de Messod et Roger Sabbah[13]. Selon ces chercheurs juifs le peuple hébreu ne serait autre que le peuple égyptien d'Akhet-Aton, la capitale du pharaon monothéiste Akhenaton ! En fait, cette thèse semble elle-même dépassée : il est maintenant parfaitement établi que la Bible a été écrite en grande partie au VIIe siècle av JC après la destruction du royaume d’Israël par les Assyriens et que le texte qui a fondé le peuple juif, à côté de données historiques certaines et fort importantes, est très largement légendaire. Il n’y a plus de débat scientifique sur cette question. Comme l’écrit Pierre Stambul en rappelant les travaux de Finkelstein et de Silberman (La Bible dévoilée) : « L’histoire des premiers juifs est "merveilleuse" mais c’est une légende qui a été fétichisée par toutes les religions monothéistes ».

Quand on a mesuré les gigantesques conséquences que la croyance au mythe de la Terre promise a entraînées dans l'Histoire, notamment depuis un siècle avec le mouvement sioniste et si, par ailleurs, on suit l'hypothèse de divers historiens contemporains selon lesquels les Juifs du Maghreb sont des Berbères judaïsés à l'époque romaine tandis que les musulmans de la Palestine arabe sont des Juifs convertis à l'islam dans les premiers temps de la conquête, comment ne pas évoquer les abysses où peuvent conduire les illusions humaines !



Car, ainsi que l’écrit Eli Barnavi[14] : « On a beau vouloir évacuer Dieu de l’histoire juive, le retour à Sion reste, quoi qu’on en ait, une idée religieuse ».



2 - La loi rabbinique de transmission héréditaire de la judéité



Alors que les adeptes de la plupart des religions n'ont que le lien d'une croyance et de pratiques communes et que chacun peut prétendre à une telle adoption, le judaïsme établit un lien particulier d'ordre héréditaire. Fait rare dans l'Histoire de l'humanité, la naissance est le vrai critère d'appartenance : la loi établit, en effet, que le caractère de juif est transmis par le sang maternel[15]. Ainsi que le précise M. Wieviorka[16], « la transmission de la judéité, selon la loi juive, relève d’un principe biologique ». Ce caractère est de plus indélébile : même en cas d’apostasie du judaïsme ou de mariage mixte (qui équivaut à une apostasie), tout sujet reste juif selon le Talmud et l’histoire rabbinique. Le critère d'appartenance est binaire : on est juif ou l'on ne l'est pas. (À noter que pour l'Église aussi, tout au moins en Espagne du XVe au XVIIIe siècle, un juif baptisé reste un juif, c'est-à-dire un « fils de Satan » ; ce principe sera également suivi par les nazis).

Certes, la Loi fondamentale de l'État d'Israël, conformément à la loi juive, prévoit des apports étrangers par conversion (« est considérée comme juive une personne née d'une mère juive ou convertie ») mais les conditions exigées concrètement par les rabbins sont telles - notamment celle de pratiquer les 613 commandements de la Torah - que, sauf exception, un goy ne devient pas juif, conformément d'ailleurs à la thèse majoritaire selon laquelle « la volonté ne saurait suffire pour faire partie du peuple élu ». À noter que le terme de goy - dont le féminin goya est associé à l’impur, au souillé - fut appliqué initialement aux chrétiens, ensuite à tous les étrangers. Le judaïsme, en effet, non seulement ne fait aucun prosélytisme mais pratique une dissuasion maximale près de tout candidat éventuel à la conversion[17] : ce rejet systématique est, bien entendu, l'élément premier du communautarisme allant volontiers à la ghettoïsation, cette donnée fondamentale du judaïsme. Certes, il a pu exister ici ou là un certain prosélytisme juif au cours de l’histoire mais le phénomène est resté très marginal. Traduisant une négation des données essentielles du judaïsme, il fut toujours combattu vigoureusement par les autorités religieuses. De toutes façons, après les exceptionnelles conversions légitimées par les rabbins, la loi du sang en vigueur s’applique dès la première génération pour les descendants du converti.



Il convient d'ajouter que ce marquage identitaire par le sang institué par la loi de transmission héréditaire de la qualité de juif se trouve complété et aggravé par un marquage dans la chair : la circoncision. Dans le judaïsme, en effet, la circoncision n’est pas seulement une pratique archaïque - malgré les tentatives de lui donner une justification médicale au siècle dernier - elle revêt une signification précise : c’est le signe de l’Alliance éternelle d’un individu avec Yahvé le dieu de la mythologie hébraïque. Même sur un enfant mort avant l’ablation du prépuce le mohel effectue son travail rituel.



Le judaïsme va ainsi comporter, par rapport aux autres traditions religieuses, une dimension qui lui est pratiquement spécifique : la dimension raciale. Désormais cet enfant qui vient de naître comme juif ne sera plus - quelles que soient ses futures options spirituelles - tout à fait libre : à moins d’acquérir une indépendance d’esprit non commune, les séquelles de son sexe mutilé lui rappelleront chaque jour de sa vie qu’il fait partie d’une « race » à part, qu’il n’est pas comme les autres (à moins qu’il se voie « normal » parmi les « anormaux », « supérieur » parmi les « inférieurs »).



Alors que, comme le dit le philosophe israélien Y. Leibowitz[18], « la notion de "juif" n'était à l'origine ni raciale, ni nationale mais religieuse », une évolution s'est produite : la condition raciale (l'hérédité) est suffisante pour être juif et citoyen d'Israël, la condition religieuse (la croyance) absolument facultative.[19] Quant à J.C. Attias[20], après avoir constaté que nombre de juifs « n'observent plus le shabat », « s'habillent comme tout le monde », que «les traits discriminants dont l'histoire les avait affublés sont en train de disparaître », il dit de son côté qu '« il ne reste plus que la race » comme élément distinctif entre un Juif et un non-Juif, cette race qui se transmet par la femme malgré son statut inférieur à celui des hommes, ceux-ci se réservant la transmission du savoir et des valeurs du judaïsme.

Certes, ce même auteur constate que le judaïsme réformé aux États-Unis, comme le judaïsme libéral de France, accepte l’identité juive des enfants nés d’un père juif et d’une mère non juive mais, de toute façons poursuit-il, « la généalogie n’en demeure pas moins quelque chose de fort dans la tradition juive, qui insiste sur la valeur du lignage »[21]. On n’est pas juif par la géographie ou la croyance comme on peut être chrétien ou musulman mais essentiellement par le sang. « On ne devient pas juif, on naît juif ».

L’identité juive par filiation s’est donc imposée sur l’identité par adhésion. Une frontière a été établie qui la volonté ne saurait franchir. On peut ajouter que cette notion de « race juive», de « sang juif », omniprésente dans les écrits du judaïsme depuis deux millénaires, transcende les multiples races « naturelles » que comportent les populations juives. Fait unique dans l’Histoire de l’humanité, alors qu’il n’y a pas plus de « race juive » objective que de « race française » objective, avec le judaïsme, la notion subjective de « race juive » s’impose comme le dénominateur commun de l’être juif.



3 - Les textes de la Bible exaltant la « race » juive

Alors que nombre d'écrits du judaïsme comportent une dimension universaliste hautement respectueuse de l'étranger : « N'humilie pas l'étranger, ni l'opprimé, car vous avez été étrangers en Égypte ! N'humilie jamais la veuve ni l'orphelin » (Ex. XXII, 20) ; « N'aie aucune pensée de haine pour ton frère… Tu aimeras ton prochain, il est comme toi »... « Tu aimeras l'étranger qui s'installe chez toi comme toi-même » (Lévitique XIX, 17-18 et 34) ; «Ma maison sera une maison de prière pour tous les peuples » (Isaïe VXI, 7) ; « vous et l’étranger serez égaux devant l’Éternel. Même loi et même droit existeront pour vous et pour l’étranger parmi vous » (Nombres XV, 15-16), alors que le monothéisme intransigeant du judaïsme a pu contribuer dans un certain courant de pensée à promouvoir l’égalité entre les hommes tous créés à l'image de Dieu, à réduire la barbarie de l’Antiquité et à susciter la générosité qui a pu guider les pionniers du socialisme, les sionistes "de la seconde heure" ont occulté délibérément ces données pour ne retenir que celles qui exaltent l'ethnocentrisme et où le non-Juif, qu'il soit étranger ou résidant en Israël, est toujours un gentil, un goy[22]. C’est dans ce sens que nous pourrons dire que le sionisme est un intégrisme ou un fondamentalisme juif.



Découlant directement du mythe de l’Alliance et de la loi raciale instituant le peuple juif comme un peuple différent des autres et séparant les hommes en Juifs et non-Juifs, bien de ces écrits antiques confortent les sionistes dans leur entreprise de retour en terre de Palestine et d'accaparement de cette terre au bénéfice des seuls Juifs....
« Race d'Israël, son serviteur, Enfants de Jacob, ses élus ! » (Chroniques XVI,13).

« C’est un souvenir pour les enfants d’Israël, afin qu’aucun étranger à la race d’Aaron ne s’approche pour offrir du parfum devant l’Éternel » (Nombres XVI, 40)

« Toi, Éternel, Tu les garderas, Tu les préserveras de cette race à jamais » (Ps 12, 8)

« Tu n'auras pas d'autres dieux face à moi » dit Yahvé aux Hébreux (Ex XX, 3). Et à ce dieu exclusif s'adresseront les supplications et prières de son peuple : « Dieu ! si tu voulais massacrer l'infidèle ! Hommes sanguinaires, éloignez-vous de moi... Seigneur, comment ne pas haïr ceux qui te combattent ? Je les hais d'une haine parfaite, ils sont devenus mes propres ennemis (Ps. 139, 19-22). « Par ta fidélité tu extermineras mes ennemis et tu feras périr tous mes adversaires, car je suis ton serviteur » (Ps. 143, 12).

Ainsi parle le Seigneur Dieu : « Aucun étranger, incirconcis de cœur et incirconcis de chair, n'entrera dans mon sanctuaire, aucun étranger qui demeure au milieu des fils d'Israël » (Ez. XLIV, 9).

Le Deutéronome précise le sort qu'il convient de réserver aux idolâtres : « Si ton frère, fils de ta mère, ou ton fils ou ta fille ou la femme que tu serres contre ton cœur, ou ton prochain qui est comme toi-même, vient en cachette te faire cette proposition : "Allons servir d'autres dieux" - ces dieux que ni toi ni ton père vous ne connaissez, parmi les dieux des peuples proches ou lointains qui vous entourent d'un bout à l'autre du pays - tu n'accepteras pas, tu ne l'écouteras pas, tu ne t'attendriras pas sur lui, tu n'auras pas pitié, tu ne le défendras pas ; au contraire, tu dois absolument le tuer. Ta main sera la première pour le mettre à mort, et la main de tout le peuple suivra ; tu le lapideras, et il mourra pour avoir cherché à t'entraîner loin du Seigneur ton Dieu. » (Deut. XIII, 7-11)

Yahvé n'est pas tendre pour les opposants à son peuple : « Je vais punir Amalec de ce qu'il a fait à Israël en s'opposant à lui quand il remontait d'Égypte. Va maintenant, tu battras Amalec et vous vouerez à l'anathème tout ce qui est à lui : tu n'auras pas pitié de lui et tu mettras à mort hommes et femmes, enfançons et nourrissons, bœufs et moutons, chameaux et ânes » (Samuel XV, 2-3). « Verse ta colère sur les peuples qui t’ont offensé » lit-on aussi dans le livre de Jérémie (XVIII, 20)



Et puis, n'est-il pas écrit dans la Torah : « qu'Israël vivra en solitaire et ne se confondra pas avec les nations » (Nombres, XXIII, 94) ?

N'est-il pas défendu à un Juif de boire du vin versé par un non-Juif ou d'épouser une non-Juive ?

N'est-il pas dit que le Juif religieux doit, chaque matin, bénir Dieu de l'avoir créé Juif et non autre ?

N'est-il pas écrit, dans la Halakha, qu'un Juif peut transgresser le Shabbat pour sauver la vie d'un autre Juif, mais non de celle d'un non-Juif ?

N'est-il pas prescrit au Juif pratiquant de prononcer chaque matin les paroles de la prière du Shaharit : « Béni soit l'Éternel qui ne m'a pas fait goy, Béni soit l'Éternel qui ne m'a pas fait femme. Béni soit l'Éternel qui ne m'a pas fait esclave » ?



N'étaient-ils pas dans leur droit ces Hébreux emmenés par Josué lorsque, comme le recommande la Torah, ils ont exterminé les populations de Canaan lors de la conquête de la Terre promise : « Vous chasserez devant vous tous les habitants du pays car c'est à vous que je le donne à titre de possession... Si vous ne dépossédez pas à votre profit tous les habitants, ceux que vous aurez épargnés seront comme des épines dans vos yeux et vous harcèleront sur le territoire que vous occuperez » (Nombres, XXXV, 53-55)

Et dans le psaume 137, n’est-il pas dit : « Fille de Babylone…Heureux qui saisira tes nourrissons pour leur broyer la tête sur le roc » ?

Dans la Bible, on lit aussi : « Lorsque le Seigneur ton Dieu t'aura fait entrer dans le pays et qu'il aura chassé devant toi les nations nombreuses, tu les voueras totalement à l'interdit (Deut. VII, 1-2) « et tu les supprimeras » (Deut. VII, 24).

« Qu'Israël se réjouisse en son Créateur, que les enfants de Zion se réjouissent en leur Roi [...] Qu'ils chantent pour la joie sur leurs couchettes ! Que les louanges élevées vers Dieu ne quittent pas leurs gorges et que les sabres à deux pointes ne quittent pas leurs mains, afin de faire descendre la vengeance dévastatrice sur les nations et le châtiment sur les peuples » (Ps.149).
Le grand mystique juif Moshe Luzzatto (1706-1746) intégrera parfaitement ces données : «Dans le monde à venir, affirme-t-il sans ambages, aucune nation n'a de place à l'exception d'Israël. N'est-il pas dit d'ailleurs dans le Lévitique (XVI) que : « le plus saint des peuples, est celui d'Israël » ?

À ce propos, Schattner[23] rapporte une donnée tout à fait caractéristique d'une certaine évolution de l'éthique juive. Alors que dans une version ancienne de la Mishna il est dit : « Qui a détruit une vie a détruit tout un monde et qui a sauvé une vie a sauvé tout un monde», les versions imprimées ultérieurement sont devenues : « Qui a détruit une vie au sein d'Israël a détruit tout un monde et qui a sauvé une vie en Israël a sauvé tout un monde ». Le rabbin Ginburg de la yeshiva du tombeau de Joseph (près de Naplouse), quand il affirme qu’ « une vie juive vaut beaucoup plus qu’une vie non juive », vient confirmer cette sentence dont les sionistes, et notamment les religieux, vont se servir pour justifier nombre de leurs actions répréhensibles.



Si nous parlons du sionisme nous ne méconnaissons pas le fait qu’il s'exprime sous des nuances très diverses. On a pu distinguer notamment le sionisme politique, le sionisme religieux, le sionisme socialiste, le sionisme pragmatique… et puis, bien entendu, le sionisme des Juifs israéliens et celui des Juifs des autres pays. Leurs diverses composantes (socialiste, religieuse et plus particulièrement messianique, libérale, nationaliste, fasciste...) peuvent diverger sur les moyens à mettre en œuvre mais elles sont toutes tributaires du mythe de l'Alliance et de la loi fondant la judéité. Leur objectif commun est à la fois simple et précis : la conquête de la Palestine historique considérée comme terre éternelle du peuple juif.



Le « sol », le « sang » et l'élément scripturaire tels sont les trois piliers fondamentaux du sionisme. Puisés dans l'héritage spirituel du judaïsme – héritage qui se veut exclusif et selon lequel le peuple d'Israël a une vocation universelle et spécifique : celle de la rédemption du genre humain en lui apportant la Vérité et la Justice - un certain nombre de concepts et de comportements particulièrement banals leur sont attachés. Des concepts : ceux de « race juive », de « sang juif », de « pureté du sang » par le non-mélange, de « pureté de lignage » par le non-métissage, d’altérité absolue… ; des comportements : le communautarisme, la séparation d’avec les non-Juifs, la domination sur cette catégorie de personnes dans l’espace territorial de la Terre Promise. Mais ce sont aussi de riches ingrédients politiques. Dans un ethnocentrisme exacerbé, ils vont guider toute l'entreprise sioniste.


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Samedi 1 Avril 2006

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