Histoire et repères

16 - QUELLE « GUERRE DE LIBÉRATION » ?




LA DÉ-SIONISATION, condition nécessaire de la paix en Palestine


Mercredi 1 Mars 2006









En posant un regard d'ensemble sur l'Histoire de la Palestine depuis un siècle, on peut manifestement considérer que les malheurs de cette région découlent essentiellement du développement et de la mise en application sur le terrain de l'idéologie sioniste. C'est dire que son extinction - ou de façon plus réaliste sa neutralisation - aboutissant à la destruction des structures politico-sociales d'Israël est la condition nécessaire à la paix.

Mais il faut bien voir tout d'abord que la dé-sionisation ne suppose rien de moins qu'une révolution avec l'évanouissement d'un des mythes fondateurs du judaïsme, le mythe de la Terre promise. C'est ce mythe, véritable matrice de la pensée sioniste qui, en s’associant à l'élément racial, l'autre composante fondamentale du judaïsme, sous-tend l’ensemble de l'idéologie. Or les mythes dont nous parlons défient le temps, les siècles, voire les millénaires ! Ils n'ont pas seulement une dimension religieuse, qui peut être plus ou moins éphémère, mais aussi une dimension culturelle imprégnant profondément les peuples à leur insu et de façon pérenne. Le sionisme est un exemple particulièrement caractéristique de cette donnée : le plus grand nombre de ses fondateurs et de ses supporters n'est-il pas composé d'athées théoriquement indifférents à la dimension religieuse ?

Dire qu'un mythe ne meurt pas, c'est dire aussi que les idéologies qu'il suscite ne peuvent pas s'éteindre spontanément. Seuls les conflits qui en résultent sont susceptibles de réduire ses effets si les éléments antagonistes sont capables de s'imposer par une force supérieure qui peut être de nature fort diverse.



Cette force antisioniste peut-elle être d'essence démocratique ?



Théoriquement - suivant certains textes - ce n'est pas exclu puisque Israël se dit un État démocratique dont les citoyens non-Juifs ont en principe « les mêmes droits sociaux et civiques » que les Juifs. Actuellement, en Israël, les citoyens non-Juifs (Arabes pour la plupart) sont au nombre approximatif de 970 000 ce qui représente 17 % de la population ; dans 25 ans leur nombre représentera entre 21 et 26 %, voire de 41 à 45 % selon des projections démographiques récentes.

À terme plus lointain les non-Juifs peuvent donc théoriquement représenter le groupe majoritaire et vaincre pacifiquement l'idéologie sioniste. À plus forte raison en serait-il ainsi si les réfugiés palestiniens, parqués dans leurs camps depuis des dizaines d'années, revenaient en Israël conformément au droit international, ce droit dont le rappel exaspère les Israéliens...

Néanmoins, deux données conjointes, témoignant des effets délétères spécifiques de l'inspiration sioniste, sont à prendre en compte. Comme le veulent lois ou règlements de l'État :

1 - les droits sociaux et civiques des non-juifs par rapport à ceux des juifs sont à la fois identiques, comme il est dit plus haut, et partiels ;

2 - les partis qui ne reconnaissent pas le caractère juif de l'État ne peuvent pas participer aux élections.

C’est dire que ces dispositions ne sont pas sans rappeler les anciennes démocraties populaires où l’on distinguait les membres du parti et les autres. Même si la croissance démographique permet théoriquement aux citoyens non-Juifs de former un jour le groupe dominant, il est donc exclu qu'Israël puisse respecter une évolution qui signifierait sa mort en tant qu'État sioniste et puisse devenir spontanément un État démocratique, suivant le sens généralement donné à ce qualificatif dans la mentalité occidentale. Y aurait-il d’autre choix que celui de la discrimination ethnique pratiquée par des Juifs ou celui de la démocratie ?



Cette force capable de contrer les forces oppressives du sionisme ne peut être représentée que par l'ensemble des nations



Le sionisme, parce que bien plus complexe que les grandes idéologies du passé et parce qu'il n’a pas seulement une dimension locale ou régionale, ne peut manifestement être neutralisé que par des forces diverses à l'échelon mondial. En premier lieu il ne peut s'agir que des forces démocratiques agissant au sein des partis et des associations diverses, en union avec celles qui existent ou qui doivent se faire jour au sein des populations palestiniennes. Comme l'écrivait le dirigeant marocain Ben Barka en 1965 quelques mois avant son assassinat : « La question palestinienne [...] n'est pas une affaire entre Juifs et Arabes, mais un mouvement de libération nationale qui doit être considéré sans aucun chauvinisme racial. C'est en raison de sa dimension humaine et rationnelle que la cause palestinienne est en droit de compter sur la solidarité et l'appui des forces progressistes dans le monde ».

Il appartient ensuite à l'ONU, d'une part de prendre véritablement conscience de la portée de son vote du 29 novembre 1947, d'autre part d’arrêter par la contrainte l'entreprise sioniste avant qu'elle entraîne de nouveaux malheurs pour la communauté humaine, et notamment pour la communauté juive.



Mais le rapport de forces actuelles est terriblement inégal...



Il suffit, pour se convaincre de cette inégalité, de constater l'incapacité de l'ONU depuis plus de cinquante ans à faire respecter ses propres et multiples résolutions et d’envisager des sanctions capables d'arrêter les agressions d'Israël. Ne parlons pas d'un régime doté de l'armement nucléaire, d'une armée puissante, d'un service d'espionnage sophistiqué, de moyens de propagande efficaces et bénéficiant de la coopération économique, technologique, militaire et culturelle du monde occidental. Que sont les droits d'un petit peuple face au sionisme qui imprègne et conditionne une part notable du comportement extérieur des États-Unis, de la France, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de tant d'autres nations aveugles, tributaires avant tout de leurs intérêts immédiats ? Les États arabes eux-mêmes ne sont-ils pas incapables de rompre leurs simples relations diplomatiques ou économiques avec Israël qui pourtant écrase l'un des leurs ?


UN COMBAT DE LIBÉRATION INÉDIT



Beaucoup de stratèges pensent que la paix est possible au Proche-Orient entre Israéliens et Palestiniens du fait que des pays très divers l’ont établie entre eux après des affrontements durables comme l'Histoire en a toujours connus. De multiples plans sont ainsi élaborés émanant non seulement des deux parties en cause mais de nombre d’organismes occidentaux, voire d’essayistes généreux. Tous passent en revue avec application les conditions d’ordre économique, diplomatique, culturel, militaire... de la réconciliation sincère et profonde entre Israéliens et Palestiniens devant aboutir progressivement à la paix dans cette partie du monde avec deux États, l'un juif, l'autre palestinien. Ainsi, par exemple, Michael Ben Leir, conseiller du gouvernement israélien de 1983 à 1988, période durant laquelle il justifiait légalement la colonisation, écrit en novembre 2000 : « Comme toutes les guerres modernes de libération, celle-ci s’achèvera par une victoire des Palestiniens. Reste à savoir combien de temps et de sang s’écouleront jusque-là. Voilà pourquoi notre obstination à conserver des colonies illégales qui empêchent la conclusion d’un accord de paix n’a pas de sens ».



Ce qui frappe d’emblée quand on examine les travaux des spécialistes du Proche-Orient c’est que les analyses des facteurs de conflit avec leurs multiples interférences sont poussées très loin dans les détails et souvent avec une grande pertinence, mais qu’il manque dans la plupart des cas une vision d’ensemble allant à l’essentiel : l’idéologie sioniste (avec ses trois piliers mythique, racial et scripturaire), moteur de ce conflit où s'affrontent non seulement des Israéliens et des étrangers, des Juifs et des non-Juifs avec l'apartheid irréductible qui en résulte, mais des laïcs et des religieux, des démocrates et des « fascistes », des universalistes et des nationalistes, des libéraux et des fanatiques.



C'est dire, par exemple, que le démantèlement des multiples colonies israéliennes dans les « territoires occupés » - démantèlement qui est loin d'être acquis - ne peut être lui-même qu'une étape d'un combat qui n'est que très accessoirement un problème de frontières (contrairement aux cas habituels de l'Histoire) mais un combat idéologique.


La désislamisation de l'État palestinien fait également partie de ce combat

Il s'agit là de la seconde condition indispensable pour que, par delà les différences ethniques ou religieuses et les frontières actuelles, puisse s'établir une démocratie par la réunion - élément incontournable de la paix - de toutes les forces démocratiques de la Palestine mandataire. Et ce combat pour la laïcité à l'intérieur de la société palestinienne ne peut être que celui de ses habitants, habitants des territoires occupés ou exilés. Inutile de préciser que lui aussi ne peut être que fort difficile dans une société traditionnelle marquée par l'Islam réticent à embrasser la modernité et profondément divisé entre ses deux grandes composantes le sunnisme et le chiisme.

C'est dire aussi que ce conflit inédit du Proche-Orient ne concerne pas seulement les deux parties qui s'affrontent actuellement sur le terrain et qui ne peuvent en aucune manière résoudre seules ce qui les oppose, mais l'ensemble de la communauté internationale. Or cette communauté qui, par sa méconnaissance du potentiel pervers de l'idéologie sioniste lui a permis de s'épanouir sur le terrain à partir de 1947, n'a fait depuis un demi-siècle que des progrès fort minimes dans l'intelligence de cette idéologie. Certes des crises aiguës comme les Intifadas récentes ont permis - à la vue des multiples exactions israéliennes et des attentats terroristes réactionnels qui se sont multipliés - un certain réveil des opinions publiques par l'intermédiaire de la Presse, mais on sait bien que des émotions de ce genre ne sont que fort éphémères lorsque les forces en présence sont si différentes.

Malgré tout, en cinquante ans, un nouveau peuple est né, ce qui n'est pas rien. Et, depuis plus de cinquante ans, seul, profondément isolé, il tient tête à la plus formidable et impitoyable puissance oppressive que le monde ait connue. Que l’on en juge par cette énumération où l’on trouve notamment : le gouvernement israélien, l’Organisation sioniste mondiale ; beaucoup de grandes organisations juives puissantes comme l’Anti-Defamation League, la Conférence des Présidents des Grandes Organisations Juives américaines et le Centre Simon Wiesenthal ; des organismes moins considérables comme le Bureau des Députés Britanniques et des associations analogues dans tous les pays où vivent des Juifs… tous organismes auxquels l’écrasante majorité des Juifs fait acte d’allégeance.



Il faut ajouter que la mémoire des peuples s'est singulièrement allongée : désormais aucun combat pour la démocratie et la laïcité n'est jamais totalement vain... tandis que la Palestine, restera dans l’esprit des hommes ce qu’elle désigne depuis plusieurs millénaires - malgré les multiples envahisseurs et occupants qui, dans ce lieu de passage privilégié entre l’Asie et l’Afrique, se sont succédé dans la guerre[118] - la contrée du Moyen-Orient délimitée à l’Ouest par la Méditerranée et schématiquement à l’Est par la vallée du Jourdain et la mer Morte.

Restera aussi dans la mémoire l’ignominieux plan de partage de 1947 où des nations, subjuguées par le lobby sioniste et qui avaient honte d’avoir laissé massacré les Juifs d’Europe par les nazis, se sont donné bonne conscience au mépris des habitants non-Juifs de la Palestine.




Les non-Juifs de Palestine : avenir des Juifs !



Soumise avant 1947 à l’autorité de la Grande-Bretagne qui avait succédé elle-même à l’empire ottoman, la population arabe de Palestine composée en majorité de populations pauvres et peu instruites ne formait pas un peuple à proprement parler. C’est la persécution sioniste qui a présidé à la naissance et au développement d'une nouvelle identité nationale, d’un nouveau peuple arabisant, le peuple palestinien. La répression sanglante qui fit 6 morts et des dizaines de blessés lors de la journée pour la défense de la terre du 30 mars 1976, ainsi que celle perpétrée contre des Arabes israéliens lors de l’Intifada 2000 avec ses 13 morts et ses centaines de blessés, auront été le véritable catalyseur d’un processus longtemps invisible. Par delà les frontières, les Arabes d’Israël et ceux de la Palestine occupée - comme l’ont montré clairement les manifestations de fraternisation lors de la commémoration de la Naqba en 2001 - sont maintenant solidaires et revendiquent tous l’identité palestinienne. Unis à leurs frères des territoires occupés, les premiers sont désormais des Palestiniens avant d’être des Israéliens.

Pour nombre de Juifs d’Israël et d'ailleurs ces Arabes ne sont désormais que des suspects, des ennemis ou traîtres potentiels, « le ver dans le fruit », « une cinquième colonne »... Leur transfert massif hors de Palestine est parfaitement évoqué par les politiques et commentateurs et souhaité par un grand nombre de Juifs israéliens (selon un sondage de mars 2002, 46 % d'entre eux sont pour l'évacuation des Palestiniens des « territoires occupés », 31 % pour l'évacuation des Arabes israéliens, en dehors des frontières de la Palestine historique). Dans un article du Al-Ahram Weekly (hebdomadaire égyptien) du 16 mai 2002, Ilan Pappe précise même que : « le transfert est d’ores et déjà l’option officielle, morale, recommandée par l’un des centres universitaires les plus prestigieux d’Israël, le Centre pour les Études Interdisciplinaires d’Erzliya, lequel conseille le gouvernement ».

C'est pourtant sur cette population que réside l'espoir de la fin de l'imposture sioniste et le salut des Juifs de cette région !



Vers l’épuisement de l’idéologie sioniste



Le sionisme – que l’on peut considérer comme la troisième grande idéologie (ou utopie) du XXe siècle - repose sur une idée aberrante, en la circonstance le mythe de l’Alliance, avec comme objectif final, à la fois monstrueux et dérisoire, celui de réaliser un État juif pour les Juifs. Certes, il y a un « monde juif » et des « populations juives » mais il est évident qu'il n'y a pas - en dehors de la spécifique notion de « race » (sur laquelle nous reviendrons) - un élément spirituel ou culturel qui soit une valeur commune à ceux que le judaïsme considère comme juifs. Nous voyons aussi qu'Israël est acculé simultanément à admettre en son sein des populations non-juives (faute de pouvoir faire autrement sous le regard des nations) et à les maintenir sous une tutelle implacable eu égard à son idéologie fondatrice. Les succès et réalisations spectaculaires de l'État d'Israël, voire ses triomphes dans de nombreux domaines et la continuelle fuite en avant de sa politique, ne peuvent occulter que cet « édifice bâti sur l’insensibilité à la souffrance d’autrui est appelé à s’effondrer avec fracas » [119], tandis que le judaïsme, gangrené par le nationalisme et le racisme qu’il nourrit en lui depuis deux millénaires, est entré - comme le pensent nombre de Juifs - dans la phase la plus critique de son histoire.





revenir au sommaire


Samedi 1 Avril 2006

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences


Publicité

Brèves



Commentaires