Mali: le gouvernement démissionne après une série de violences et de manifestations  19/04/2019

Mali: le gouvernement démissionne après une série de violences et de manifestations




























Le Premier ministre malien Soumeylou Boubèye Maïga a démissionné jeudi soir avec son gouvernement, moins d'un mois après la tuerie de quelque 160 civils peuls dans le centre du pays et des manifestations contre la gestion de l'Etat.

M. Maïga, nommé en décembre 2017 par le président Ibrahim Boubacar Keïta, avait été reconduit en septembre 2018 après la réélection du chef de l'Etat. Sa démission intervient à la veille de l'examen par l'Assemblée nationale d'une motion de censure du gouvernement déposée par des députés de l'opposition mais aussi de la majorité.

Depuis des semaines, la personnalité de M. Maïga cristallisait les critiques, notamment sur des questions sociétales, d'influents dirigeants religieux musulmans réclamant son départ. M. Keïta "a accepté la démission du Premier ministre et celle du gouvernement", a annoncé jeudi soir la présidence dans un communiqué. "Un Premier ministre sera nommé très prochainement et un nouveau gouvernement sera mis en place, après consultation de toutes les forces politiques de la majorité et de l'opposition", selon le texte.

M. Keïta a reçu tout au long de la semaine dernière dignitaires religieux, dirigeants politiques et représentants de la société civile, pour discuter de la situation du pays et leur remettre l'avant-projet de loi de révision constitutionnelle qui lui a été présenté le 1er avril par un comité d'experts. Ces rencontres faisaient suite à une manifestation de dizaines de milliers de personnes à Bamako le 5 avril contre "la mauvaise gestion du pays", notamment les violences intercommunautaires dans le centre, selon les organisateurs et des participants.

Depuis l'apparition en 2015 dans le centre du Mali du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé leurs "groupes d'autodéfense". Malgré une série de visites du Premier ministre dans le centre du pays depuis plus d'un an pour prêcher la réconciliation entre communautés et "désarmer les milices", ces violences se sont intensifiées. Elles ont culminé le 23 mars avec la tuerie d'Ogossagou, près de la frontière avec le Burkina Faso, de quelque 160 villageois peuls par des membres présumés de groupes de chasseurs dogons.

'Entendu toutes les colères'
Depuis mars 2018, les "agressions intercommunautaires" dans la région de Mopti (centre) ont fait quelque 600 morts et des milliers de déplacés, a indiqué le 26 mars le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme (HCDH).
Dans le centre du pays, "les activités de groupes extrémistes violents et l'intensification des violences intercommunautaires constituent les deux principales menaces pesant sur les civils" souligne dans son dernier rapport trimestriel sur le pays le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.
Depuis le début de l'année, ces violences ont fait plus de 220 morts parmi les civils dans cette région, selon le rapport, rédigé avant la tuerie d'Ogossagou.

Au lendemain de la tuerie, le gouvernement a prononcé le 24 mars la dissolution de l'association de chasseurs "Dan Nan Ambassagou", qui selon lui "s'est écartée de ses objectifs initiaux, en dépit des mises en garde répétées des autorités administratives locales". Le groupe a démenti toute implication dans la tuerie mais son chef militaire, Youssouf Toloba, a rejeté cette dissolution et refusé de "déposer les armes".

Et le 13 mars, des soldats maliens venus arrêter un membre de ce groupe dans un village du centre du pays en ont été empêchés par des habitants selon des témoins. Le 24 mars, le gouvernement a également remplacé les principaux chefs d'état-major, des limogeages qui font également suite à une attaque jihadiste le 17 mars contre un camp de l'armée à Dioura (centre), au cours de laquelle 26 soldats ont péri. Cette attaque avait entraîné une série de manifestations de familles de militaires.

Lors d'une allocution radiotélévisée mardi soir, le président Keïta a assuré avoir "entendu toutes les colères, décodé tous les signaux, compris tous les messages remontant" du pays.
Sans évoquer directement le Premier ministre ni son gouvernement, il a annoncé l'ouverture d'une "concertation nationale" du 23 au 28 avril avec "les forces politiques et sociales" sur le projet de révision constitutionnelle qui doit être prochainement soumis à référendum.

https://www.lorientlejour.com/article/1167220/mali-le-gouvernement-demissionne-apres-une-serie-de-violences-et-de-manifestations.html

Nouveau commentaire :



Publicité

Brèves



Commentaires