Politique Nationale/Internationale

les candidats américains ont recours à l'hébreu


Les candidats à la présidentielle américaine ayant quelque chance ont recours à l’hébreu pour draguer des électeurs juifs par Raphael Ahren in Haaretz, 13 juillet 2008


Mercredi 16 Juillet 2008

http://www.haaretz.coml
traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier






Les badges de campagne électorale en hébreu sont un moyen populaire de draguer des votes juifs – mais, parfois, le message se perd (ou vient se superposer), en cours de traduction (am. « lost in translation », ndt).
Quand le démocrate John Kerry était candidat, en 2004, son nom translittéré en hébreu fit son apparition sur des milliers de badges, d’autocollants et de ‘mugs’ à café.

Au grand amusement de ceux qui connaissent l’hébreu talmudique, « keri », phonétiquement, cela signifie : « décharge séminale »…

« Je ne le savais pas, et pourtant, je suis Républicain », s’esclaffa Kory Bardash, chef de la section israélienne de ce parti américain. Pourtant, lui non plus n’est pas timide, quand il s’agit de dauber les noms des candidats afin de faire passer le sien, de message. Pour la campagne actuelle, il a pensé à un jeu de mot, qui entrelace les mots hébreux pour « oui » et « non » dans les noms de John McCain et de Barack Obama… Respectivement : « McKen » et « Lo-bama » ! [Comprendre : McCain : Oui ! et [O]Bama : Non !, ndt]

La propagande électorale en hébreu ne vise pas seulement les électeurs juifs, aux Etats-Unis, mais aussi les quelque 250 000 Américains qui vivent en Israël, a expliqué Bardash. La secrétaire des Démocrates à l’Etranger – branche israélienne, Joanne Aron, a ainsi expliqué que son association n’avait pas les moyens de diffuser un matériel de campagne qui lui soit propre.

Barack Obama, toutefois, vend des badges de campagne en hébreu, de
2,25 pouces de largeur, sur son site ouèbe officiel (à 3 dollars l’unité, et 5 dollars les deux), a indiqué Mme Yaron. Jusqu’ici, son opposant républicain se contente de proposer des badges en anglais, où l’on peu lire : « Jewish Americans for McCain » [Les juifs américains votent McCain. Ouais ! Ouais !].


L’idée de recourir aux caractères hébreux pour influencer les électeurs juifs n’est pas nouvelle. De fait, elle est en circulation depuis le début du vingtième siècle, a expliqué Brian Krapf, juif orthodoxe et président des Collectionneurs américains de Matériel Politique. « Cela correspond à la grande immigration [aux Etats-Unis] de juifs venus d’Europe.
Fondamentalement, ces messages politiques disent la même chose que leurs équivalents en anglais ».

L’histoire du badge politique commence en 1789. De [véritables] boutons [de vêtements], en métal, furent fabriqués pour commémorer l’élection de George Washington. Les petits pins que l’on connaît aujourd’hui furent utilisés pour la première fois lors de la campagne présidentielle américaine de 1896. « Une entreprise, Whitehead and Hoag, confectionna les premiers pins », explique M. Krapf, « ayant pris conscience qu’il était possible de produire une image de masse d’un candidat pour très peu cher, sur un petit article que les gens pourraient très facilement mettre sur leurs vêtements et porter ». Quatre ans seulement après cette apparition des pins politiques, des pins écrits en langue yiddish, et en caractères hébreux, furent mises sur le marché.

Pourtant, l’importance politique des badges électoraux a décliné fortement, au cours des décennies. La plupart de ceux qui ont été confectionnés en vue de la campagne actuelle ont été produits en ayant à l’esprit des classeurs ; ils ont perdu de leur importance pour le succès d’un candidat, dit Harvey Goldbert, président de l’Association des collectionneurs américains de matériel politique. « Une campagne, en particulier une campagne présidentielle, donc d’ampleur nationale, peut atteindre un nombre infiniment plus élevé d’électeurs au moyen de spots publicitaires télévisés que des gens arborant des badges, même s’il y en a des milliers », explique-t-il. C’est d’autant plus le cas à l’ère de Facebook et des campagnes sur Internet…

Certains de ces articles politiques relevant des ‘judaica’ sont extrêmement précieux : voici tout juste un mois, de cela, un badge fut ainsi vendu aux enchères pour un prix de 21 000 dollars. Le spécimen est petit et très simple – « Eddie’s Friend : Truman in ‘48 » : voilà ce qu’il y a d’écrit, et c’est tout… Mais cette inscription est chargée d’une « importance historique extraordinaire », explique M. Krapf. « Eddie fait allusion à l’ami de Truman, Eddie Jacobson, qui s’assit à sa table de cuisine et écrivit au président une lettre manuscrite, argumentant les raisons pour lesquelles Truman se devait de soutenir la création de l’Etat d’Israël. Ainsi, les « Eddie’s friends », les « amis d’Eddie », c’était les juifs américains, qui appréciaient énormément la bonne volonté de Truman… »

Toutefois, les pièces les plus précieuses ne sont pas nécessairement les plus anciennes. Classiquement, les collectionneurs sont prêts à débourser de 5 à 300 dollars pour chaque badge, nous a confié M. Krapf, qui habite à Savannah, en Géorgie, et qui s’intéresse aux « politicaica » depuis l’âge de dix ans. Sa collection personnelle comporte un assortiment de badges antérieurs à 1948 prônant les causes juive, ainsi qu’un poster en hébreu à la gloire de Winston Churchill, datant de la Seconde guerre mondiale, lequel avait été utilisé afin de recruter des hommes pour la Brigade Juive en Palestine [une armée de « libération » qui allait servir immédiatement après à l’épuration ethnique des Palestiniens désarmés, grâce à ses armes lourdes et à ses blindés, ndt].

Jusqu’en 1964, les badges et autres pins étaient officiellement estampillés par les partis en campagne. Depuis lors, de plus en plus de commerciaux se sont mis à produire leurs propres badges et à les mettre en vente. Les objets non officialisés par les organisateurs de campagnes électorales peuvent parfois être plus créatifs et plus colorés que les originaux. Mais ils ne seront jamais aussi hautement appréciés par les collectionneurs.

Certains de ces articles politiques sont créés par des gens qui ne peuvent même pas voter aux Etats-Unis. Shahar Golan, un fan d’Obama résidant à Rehovot, a créé un poster avec la transcription en hébreu du slogan : « Nous pouvons changer ! » Après une campagne de dénigrement dénonçant le sénateur de l’Illinois au motif qu’il est musulman, Golan a eu le sentiment qu’il devait proclamer publiquement son soutien à « Baruch Obama », comme il l’appelle [l’affublant d’un prénom hébreu, ndt]. « En tant qu’Israélien natif d’Israël et ayant grandi ici, mon intérêt pour les élections aux Etats-Unis tient principalement au fait que les présidents américains ont tendance à avoir une influence sur le monde entier », nous a dit ce photographe et graphiste âgé de 31 ans. « Et, étant donné que je ne peux pas voter, personnellement, je crée des œuvres graphiques qui, du moins je l’espère, sont susceptibles d’attirer l’attention au profit d’un candidat pour qui il vaut le coup de voter… » Actuellement, Golan travaille à une nouvelle affiche, avec une version en hébreu du slogan d’Obama : « Oui, nous pouvons » [Yes, we can !]

Golan sait parfaitement que les traductions, c’est parfois casse-gueule. Sur son blog, il a explicité son choix de mots. « Traduire : « Le changement, nous pouvons y croire », cela fut un véritable défi… se rengorge-t-il, étant donné que le mot hébreu pour « nous pouvons » (nuchal) est quasiment identique à celui qui signifie « escroc » (nochel) ». Désireux de ne pas réitérer certaines erreurs funestes du passé, il a ajouté que « la moindre connexion subliminale peut avoir un effet négatif… »


Mercredi 16 Juillet 2008

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