Palestine occupée

l’État d’Israël est contraire à la Torah


Pour les religieux de « Neturei Karta », l’État d’Israël est contraire à la Torah
« Juifs et arabes peuvent vivre ensemble », assurent des rabbins ultraorthodoxes à Beyrouth

Le rabbin Aron Cohen de Grande Bretagne, aux côtés du secrétaire général
de l’Union internationale des parlementaires pour la défense de la cause palestinienne.
une image plutôt insolite.


Jeudi 24 Février 2005

Le rabbin Aron Cohen de Grande Bretagne, aux côtés du secrétaire général
Le rabbin Aron Cohen de Grande Bretagne, aux côtés du secrétaire général
La salle de conférences de l’hôtel « Safir Heliopolitan » à Raouché a été le théâtre hier d’une scène pour le moins rarissime à Beyrouth : la présence, côte à côte, de représentants du Hamas, de députés iraniens et palestiniens, de représentants du Hezbollah ... et de rabbins. Des rabbins d’un genre un peu particulier toutefois puisqu’il s’agissait de cinq religieux ultraorthodoxes venus apporter leur soutien à la cause palestinienne dans le cadre d’une conférence sur le droit au retour des Palestiniens.
Difficile de les rater entre les turbans et les abayas avec leurs papillotes, leurs longs manteaux noirs et leur chapeau. Hier, cinq rabbins venus des États-Unis et de Grande-Bretagne, à l’invitation du forum organisé par l’Union internationale pour la défense de la cause palestinienne, ont créé l’événement. Membres du mouvement « Neturei Karta » (« Gardiens de la cité »), ces juifs ultraorthodoxes étaient porteurs d’un message assurément doux aux oreilles des autres participants, à savoir une condamnation en bonne et due forme du sionisme.
« Nous sommes ici pour corriger l’idée répandue à travers le monde selon laquelle Arabes et juifs sont en conflit. C’est une erreur tragique ! Nous avons vécu ensemble pendant des milliers d’années en paix et en harmonie. Juifs et Arabes peuvent vivre ensemble ! C’est le sionisme qui a créé, voilà une centaine d’années, cette rupture entre juifs et Arabes. Or le sionisme est diamétralement opposé au judaïsme », déclare Yisroel Dovid Weiss, un rabbin de Monsey, dans l’État de New York, aux États-Unis. « En tant que juifs, nous avons été envoyés en exil. Et selon la Torah, il nous est interdit d’avoir notre propre État. Leur terre doit être rendue aux Palestiniens, Jérusalem doit devenir leur capitale et bien sûr, ils doivent pouvoir revenir sur leurs terres », ajoute-t-il, arborant sur son manteau un autocollant où l’on peut lire « Juif n’est pas sioniste ».
Étant donné les conditions actuelles, quelle est alors la solution ? « L’État israélien doit être démantelé car c’est la voie prescrite par Dieu. Nous devons vivre dans un État en nous soumettant aux règles palestiniennes. Nous étudions et nous prions pour cela, et cela arrivera un jour. Oslo n’a pas marché, et rien ne marchera, car Dieu interdit l’établissement d’un État juif », assure-t-il.
Des juifs ultraorthodoxes, notamment ceux du parti Shass, ont toutefois participé à des coalitions gouvernementales israéliennes. « Ils ont rejoint ces coalitions pour des raisons pratiques, pour ne pas être misérables. Ils nous ont dit qu’ils lutteraient contre le sionisme de l’intérieur. Mais nous les avions prévenus qu’ils seraient pris au piège. Et beaucoup d’entre eux aujourd’hui sont tombés sous l’influence de la propagande qui vise à faire croire que si les Arabes récupèrent leurs terres, ils tueront les juifs ».
Concernant leur visite à Beyrouth, les rabbins se disent ravis. « C’est un grand honneur pour nous d’être à Beyrouth. Le Liban a toujours été une terre de refuge pour nous, et ce depuis l’Inquisition en Europe. Nous remercions les pays musulmans pour leur hospitalité », a conclu le rabbin Weiss.
L’arrivée du groupe à Beyrouth n’a toutefois pas été des plus aisées. « On nous avait expliqué qu’un visa nous serait donné à l’aéroport de Beyrouth. Mais la Middle East Airlines n’a pas voulu nous laisser embarquer. Ensuite, Air France nous a orientés vers la Lufthansa. Mais quand nous sommes finalement arrivés à Beyrouth, nous avons reçu un traitement de VIP », s’exclame le rabbin Aron Cohen, venu de Grande-Bretagne. Symbole de leur engagement aux côtés des Palestiniens, des représentants de « Neturei Karta » rendaient de fréquentes visites à Yasser Arafat, auprès duquel ils s’étaient également recueillis lors de son hospitalisation à Paris.
Les participants à la conférence semblent également heureux de cette présence. « Nous n’avons rien contre les Juifs en tant que peuple et que religion », assure Abdallah Kassir, député du Hezbollah. « Nous sommes opposés aux sionistes en tant que représentants d’une pensée raciste visant à asservir les Palestiniens. Mais les juifs appartiennent à une religion divine et sont une communauté comme n’importe quelle autre communauté dans le monde que nous respectons et avec laquelle nous pouvons coexister », ajoute-t-il.
« Notre conflit à nous Palestiniens n’est pas avec les Juifs, renchérit Oussama Hamdane, représentant du Hamas à Beyrouth. Notre problème concerne l’occupation sioniste. »
Présents pour une semaine à Beyrouth, les rabbins devraient visiter le camp de réfugiés de Sabra et Chatila.

Émilie SUEUR


''l'orient le jour''


Jeudi 24 Février 2005


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