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MOYEN ORIENT
L’étreinte dure... s’éternise
Samir sort du véhicule. Des youyous fusent de partout. La foule scande "Avec notre sang, avec notre âme, nous te sommes fidèles... Résistance, résistance, résistance !"
La foule l’enserre et l’emporte. Il est porté en triomphe. Des drapeaux rouges, jaunes et verts fendent l’air. Des bras se tendent, des mains tentent de le toucher, des cris, des appels, des chants... Il salue tout le monde d’un signe de la victoire. Son regard embrasse la foule. Ses yeux inondent de bonheur. Tous ces inconnus sot ses frères et soeurs. Les jeunes sont venus nombreux. Ils sont beaux. Il reçoit des pétales de roses et du riz blanc. C’est comme à un mariage. Soudain, on le dépose à terre. La foule s’écarte et ouvre la voie à une femme qui avance vers lui. Le silence gagne la foule. La femme avance toujours... Il reconnaît ses pas, puis sa silhouette, puis son sourire, puis son regard, puis ses yeux, puis son visage, puis sa bouche, puis sa voix qui dit : "Mon fils !" Vingt neuf années les séparent, c’est comme si c’était hier. Elle le fixe d’un air tranquille et lui tend les bras. Il s’y engouffre. "Maman !" "Mon enfant" La foule scande : "Résistance, résistance, résistance..." L’étreinte dure... s’éternise, comme pour rattraper les années d’absence. La vieille femme repousse le géant pour le fixer dans les yeux. "Comme t’as grandi !" La foule scande toujours : "Résistance, résistance, résistance..." D’un regard circulaire, il fait le tour de la foule, il la salue avec le signe de la victoire. Son sourire est radieux. D’un pas assuré, il avance avec la vielle femme vers la place du village. La foule est en délire. Le lieu manque d’espace. Des chants fusent. Des danses s’improvisent. Le temps ne compte plus. Tout est en-dehors du temps, comme dans un rêve. "Résistance, résistance, résistance..." Le fils se penche vers sa mère : "ça n’a pas beaucoup changé..." La mère sourit : "On attendait ton retour !" Une petite fille les accueille sur le seuil d’une porte et lui tend un bouquet de jasmins. C’est le retour du printemps ! Le géant s’empare de l’enfant, la soulève et se retourne vers la foule. Des youyous fusent. La maison est modeste. La porte grande ouverte invite à entrer. La mère et le fils s’y engagent, suivis de la foule qui refuse à les abandonner. L’espace manque. L’extérieur franchit la porte et pénètre dans la minuscule maison... "Résistance, résistance, résistance..." "Viens voir... ils sont tous là... il y a Samira, Hanane, Raïda, Lamis, Abdallah et Bassam... ils t’attendent tous !" Ce sont ces quatre soeurs et ces deux frères. Il ne les a pas vus depuis le 22 avril 1979. Il avance lentement derrière Siham... à peine deux pas à faire et il va les voir tous... son coeur bat vite et fort tout près du poumon où loge encore une balle reçue il y a 29 ans ! Al Faraby E’biyeh, nuit du 16 au 17 juillet 2008 Jeudi 17 Juillet 2008
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