Sciences et croyances

Zones d'ombres sur la couche d'ozone


Il y a vingt ans, le 16 septembre 1987, un protocole était signé à Montréal en vue de mettre fin à la production de gaz nocifs pour la couche d'ozone. La Russie et beaucoup d'autres pays ont respecté tous leurs engagements dans le cadre du protocole. Mais cela valait-il la peine?


Tatiana Sinitsyna
Vendredi 21 Septembre 2007

Zones d'ombres sur la couche d'ozone
Par Tatiana Sinitsyna, RIA Novosti



Pendant les années 1980, une déclaration des chercheurs a inquiété la communauté internationale. "La couche d'ozone est en train de s'amincir. La radiation solaire menace la vie sur Terre". Les spécialistes britanniques travaillant au Pôle Sud avaient été les premiers à faire état de ce phénomène en 1985. Ils avaient remarqué que le taux d'ozone dans l'atmosphère diminuait considérablement au printemps antarctique. On a qualifié ce phénomène de "trou" dans la couche d'ozone. D'ailleurs, il s'agit plutôt d'un amincissement de la couche d'ozone qui protège la Terre contre les rayonnements ultraviolets du Soleil au niveau de la stratosphère (20-30 km d'altitude).

Toute transformation de ce "parasol" est inquiétante, d'autant plus que des "trous d'ozone" moins importants ont été également découverts au-dessus du Pôle Nord. Les chercheurs se sont mis à étudier ce dangereux processus. C'était le premier problème écologique global à attirer l'attention de la communauté internationale.

Les coupables ont été très vite désignés. C'étaient les chlorofluorocarbones (les CFC) et les hydrocarbures bromofluorés inventés par l'homme pour être utilisés dans les réfrigérateurs, les climatiseurs, les aérosols, la production de matières plastiques et de mousses, etc. Il fallait renoncer à ces technologies.

Le 22 mars 1985, une Convention-cadre sur la protection de la couche d'ozone a été signée à Vienne. Mais l'adoption de ce document plein d'avertissements et d'appels ne suffisait pas pour régler le problème. Le 16 septembre 1987, un document plus concret - le Protocole sur les substances qui appauvrissent la couche d'ozone - à été signé à Montréal. Tout comme la Convention de Vienne, le Protocole de Montréal appelait à préserver la couche d'ozone pour éviter les conséquences néfastes pour la santé et l'environnement. Les parties signataires, y compris l'URSS, se sont engagées à arrêter la production, l'utilisation, le transport et les autres opérations liées aux substances détruisant l'ozone.

Est-ce que ces promesses ont été tenues? "Le problème a été complètement réglé, nous avons trouvé des substituts aux substances néfastes pour l'ozone dont la production a été lancée dans le monde entier", a annoncé Victor Danilov-Danilyan, membre-correspondant de l'Académie des sciences de Russie et ancien ministre russe de l'Écologie. "Les pays développés et en développement ont renoncé aux opérations liées aux substances néfastes pour la couche d'ozone", selon lui.

Ces mesures ont-elles permis d'améliorer l'état de la couche d'ozone? "Le processus a été inversé, c'est sûr. La couche d'ozone reste mince par rapport à son état d'il y a 30 ans, mais elle commence à se reconstituer. Les trous observés pendant les années 1990 n'existent plus", a indiqué l'académicien Danilov-Danilyan.

Toutefois, certains chercheurs ne partagent pas cet avis. D'aucuns estiment que la campagne contre les trous d'ozone a été lancée pour promouvoir les nouvelles technologies. D'autres affirment que l'amincissement de la couche d'ozone s'inscrit dans les fluctuations atmosphériques naturelles.

"Il faut disposer d'informations comparatives sur l'état de la couche d'ozone pendant les époques précédentes", a dit M.Danilov-Danilyan. "Pour le moment, nous n'avons pas de données paléogéologiques, paléontologiques, paléobotaniques et d'autres signes permettant de juger des fluctuations historiques de la couche d'ozone. Nous faisons des conjectures", a-t-il ajouté.

Grigori Kroutchenitski, chef du laboratoire pour le suivi de la couche d'ozone auprès de l'Observatoire central d'aérologie, a exprimé la position la plus radicale à RIA-Novosti. "Les spécialistes de ce problème ont des preuves convaincantes attestant que l'apparition des "trous d'ozone" est d'origine naturelle. Les anomalies de la couche d'ozone au-dessus des territoires habités de la Terre sont très rares et passagères et représentent des fluctuations naturelles. L'état de la couche d'ozone change surtout sous l'effet du vent équatorial. L'ozone - un gaz très instable - se dégrade dans certaines régions, avant tout dans les lieux d'accumulation des nuages stratosphériques polaires, sous l'action directe du vent sur les nuages". La couche d'ozone reste toujours variable et l'humanité doit s'attendre à la formation de nouveaux "trous", selon le chercheur.

La Russie, qui avait enregistré des trous d'ozone de la Crimée à la Tchoukotka à la fin du XXe siècle, a respecté ses obligations stipulées par le Protocole de Montréal avec retard en 2001. "La Russie est victime du Protocole de Montréal. Les fonds débloqués pour la transformation de l'industrie chimique ont servi à démanteler le secteur chimique de l'industrie de défense nationale", a estimé M.Kroutchenitski. Le chercheur qualifie le Protocole de Montréal de "document scientifiquement non fondé et de mensonge grandiose mis en place pour des raisons financières".

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Vendredi 21 Septembre 2007

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