Politique Nationale/Internationale

Zimbabwé: Coup de tonnerre dans un ciel d’été


Le coup de tonnerre dans un ciel serein que fut le véto russo-chinois sur la question du Zimbabwe a mis fin à un interminable suspense : le transfert du pouvoir, en Russie, est achevé ; l’illusion dont se berçait l’Occident, de pouvoir n’en faire qu’à sa tête, c’est terminé.


Mercredi 16 Juillet 2008

Coup de tonnerre dans un ciel d’été

par Israël Shamir

on Shamireader, 14 juillet 2008

shamireaders@yahoogroups.com

traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier


En Russie, depuis l’élection du président Medvedev et le passage de Vladimir Poutine au poste moins prestigieux de Premier ministre (et même, quelque temps avant cela), la politique étrangère russe était une énigme. Prévalait l’opinion très largement partagée selon laquelle M. Medvedev adopterait une politique plus conciliante vis-à-vis des Etats-Unis et de l’Occident, et même qu’il finirait par renoncer aux positions prises par son puissant prédécesseur. La Russie étant le principale obstacle au rêve le plus fou de Bush – conquérir l’Iran –, il ne s’agissait nullement, en l’occurrence, d’une question théorique, et beaucoup d’observateurs, dans le monde entier (dont le scripteur de ces lignes), observaient les initiatives de la Russie avec une extrême appréhension.



Les derniers développements les ont tout-à-fait rassurés (ou, pour certains, désillusionnés…) La Russie de Medvedev & Poutine est encore plus indépendante et cohérente que la Russie telle que nous la connaissions l’année dernière ! Le transfert du pouvoir était resté suspendu, tel un nuage noir, dans les cieux russes, durant très longtemps, et ce n’est que maintenant, avec le coup de tonnerre en plein mois de juillet qu’a représenté le véto russo-chinois sur la question du Zimbabwe, que l’on sort de l’incertitude. Cela fut précédé par un petit avertissement : la Russie exigea que l’on démantelât le Tribunal pour la Yougoslavie, cet ultime vestige de la guerre menée par l’Otan contre ce malheureux ci-devant indépendant des Balkans.



C’était là une exigence éminemment symbolique. La Yougoslavie fut, en effet, l’arène d’un terrible crime, mais ce crime, ça n’était pas un « génocide » inventé par l’Otan et bidouillé avec Photoshop. Les nombreuses années de fonctionnement du Tribunal en question n’ont produit strictement aucune preuve, les « fosses communes » et les « millions de victimes de l’Holocauste bosniaque » s’avérant des vues de l’esprit. Non : le [véritable] crime, ce fut l’intervention de l’Otan, l’embargo et les bombardements qui aboutirent, en fin de compte, à la balkanisation des Balkans, et à des souffrances infinies pour tous les habitants de cette région du monde. Le crime avait été rendu possible par l’absence de la Russie de l’arène internationale. Après 1991, brisées, appauvries, mentalement épuisées et spirituellement colonisées, les républiques croupions nées de l’éclatement de l’URSS devinrent des objets, et non plus des sujets, dans les relations internationales.



Avec ce trou noir géant, à la place de l’URSS, l’Occident pouvait agir à sa guise, pour la première fois depuis 1920, et c’est ce qu’il fit, en renouant avec ses politiques colonialo-impérialistes du XIXème siècle. Le viol brutal de la Yougoslavie et la première guerre bushienne contre l’Irak furent les deux paroxysmes des années 1990.



Mais, une fois encore, le peuple russe a prouvé sa résilience, comme il l’avait fait après l’invasion allemande, en 1941. Dessaoulée de ses sentiments initiaux, idiotement pro-américains, par les bombardements sur Belgrade, la Russie a recouvré la place qui lui revient légitimement dans le monde. Elle n’a pas approuvé l’agression anglo-américaine contre l’Irak, contre l’Afghanistan, et (maintenant) contre l’Iran. Elle fournit des armes à Chavez. Les dirigeants russes rencontrent très régulièrement le Hamas, le parti palestinien le plus démonisé – bien que démocratiquement élu – qui soit. Grâce à ses relations d’amitié avec la Chine, la Russie pourrait bien remodeler entièrement les relations politiques mondiales…



Mais il est une région du monde, où les calamiteuses années 1990 continuaient à rôder : l’Afrique. Le Continent noir est dans une situation terrible, et la résolution proposée par les Etats-Unis au sujet du Zimbabwe, si par malheur elle avait été adoptée, aurait rendu cette situation encore bien pire, en réitérant le fiasco somalien.



En Somalie, c’est le désastre : l’invasion éthiopienne sponsorisée par les Etats-Unis a virtuellement entièrement détruit l’infrastructure économique. Les Somaliens sont affamés, et un flot de réfugiés s’écoule sans fin, de l’Afrique du Sud à la Suède. Les Ethiopiens ont envahi le pays alors que les Somaliens se remettaient à peine de l’intervention américaine de la veille, sous drapeau de l’Onu, et mettaient en place un pouvoir relativement stable de corps constitués autonomes locaux, appelés les Tribunaux Islamiques. Cette invasion éthiopienne – et le désastre qui s’en ensuivit – ne se serait pas produite, sans la résolution du Conseil de Sécurité.



Salim Lone, éditorialiste du quotidien kényan Daily Nation, et ex-porte-parole de la mission de l’Onu en Irak, a écrit :



« Les Etats-Unis ont imposé une résolution effroyable, en décembre 2007, affirmant que la situation en Somalie représentait une menace « pour la paix et la sécurité internationales », et ils ont quasiment donné le feu vert à l’Ethiopie, pour qu’elle envahisse ce pays. Cette résolution n’était pas très différente, dans sa rédaction et dans son intention, de celle que l’administration Bush vient d’échouer à imposer au bulldozer au Conseil de Sécurité, au sujet du Zimbabwe. Malheureusement, pour la Somalie, ni la Russie, ni la Chine, n’étaient intervenues, à l’époque, ce qui avait abouti à une résolution outrageusement fallacieuse, ouvrant le pays à une invasion soutenue par les Etats-Unis, entraînant des pertes inévitables, dont le déplacement de millions de civils. »



Cette fois-ci, la Russie et la Chine se sont unies, imposant leur véto à cette résolution, et soutenant l’opinion de la quasi-totalité des pays africains et asiatiques, dont le voisin-même du Zimbabwe, l’Afrique du Sud. Pas la peine d’être un expert ès-questions africaines pour bénir ce véto. Nous en avions plus qu’assez des interventions néocoloniales, depuis l’ère Gorbatchev : Irak, Panama, Nicaragua, Yougoslavie, Somalie, Erythrée, Congo, et que sais-je encore ?...



Que ce raz-de-marée ait été brisé, au Zimbabwe, c’est une excellente nouvelle. Le principe de la souveraineté a été défendu. Si, aujourd’hui, les maîtres coloniaux étaient autorisés à vadrouiller au Zimbabwe, demain, l’Iran suivrait, et tôt ou tard, Moscou et Pékin seraient assiégés. Désormais, nous pouvons espérer que la Russie et la Chine vont utiliser leur droit de veto plus souvent, et qu’elles stopperont toute tentative colonialiste, qu’il s’agisse d’étrangler l’Irak ou d’écraser la Birmanie…





Pendant trop longtemps, la Russie et la Chine ont hésité à utiliser leur droit de veto ; ce droit a été utilisé principalement par les Etats-Unis, afin de servir les intérêts de son porte-avion proche-orientale, j’ai nommé Israël. Désormais, les British et les Amerloques enragent de voir la Russie et la Chine utiliser ce droit. Laissons-les crever de rage, découvrir que le monde a changé, encore une fois, et se dessaouler de l’illusion que l’opportunité dont ils bénéficiaient depuis 1990 serait éternelle, dont ils se berçaient.



Qu’est-ce qu’il se passait, au juste, au Zimbabwe ? En résumé : une « révolution colorée » foireuse, comme celle que les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont instiguées en Ukraine et en Géorgie, et qu’ils ont échoué à déclencher tout-à-fait en Birmanie et en Mongolie. Des forces pro-occidentales tentèrent d’évincer le président légitime, Robert Mugabe. Mugabe a remporté les élections, comme Milosevic en Yougoslavie, comme Yanukovich en Ukraine, ou comme Haniéh en Palestine, mais l’Occident ne reconnaît jamais des élections, dès lors que le résultat n’en est pas à son goût.



Stephen Gowans a écrit : « Au cœur du conflit, il y a un clash entre deux droits : le droit des colons blancs à jouir des terres volées, contre le droit des propriétaires légitimes à recouvrer leurs terres. » Ce n’est pas tout-à-fait exact. Il ne s’agit pas d’une lutte Blancs contre Noirs. Les colons blancs peuvent être un élément utile et important de l’économie nationale zimbabwéenne, mais ils ont fait un mauvais choix.



Notre ami sud-africain Joh Domingo a expliqué la situation : « Il y avait une opportunité, pour des fermiers blancs indépendants, d’utiliser leur expérience et de se fondre dans le tissu de la société africaine, mais ils ont choisi de se compromettre avec le gros agrobusiness, ainsi qu’avec l’exploitation des ressources minières du Zimbabwe ».



Reflétant les campagnes menées en Biélorussie, en Ukraine, au Kirghizstan et au Venezuela, les articles relatant des fraudes électorales remplissent nos médias. « L’opposition est affamée, elle est agressée, et les élections sont bidonnées », dit le refrain. En même temps, des groupes progressistes déplorent leur triste sort, et se demande pourquoi ils sont incapables de promouvoir des saints, en lieu et place de sauvages ? Ils feraient mieux de se demander pourquoi tous ceux qui sont en délicatesse avec les superpuissances Globales sont toujours des ‘sauvages’ : Mugabe, Saddam, Milosevic, Aristide, Castro… (je vous laisse compléter la liste) ».



Les Blancs du Zimbabwé feraient bien de ne pas s’allier à l’Occident impérialiste. S’ils s’en abstiennent, leurs problèmes, ainsi que bien d’autres problèmes locaux, trouveront assurément une solution.


Mercredi 16 Juillet 2008


Commentaires

1.Posté par wizard Oz le 16/07/2008 13:49 | Alerter
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tres bel article, eclairé l'auteur !!

2.Posté par Ambre le 16/07/2008 16:32 | Alerter
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Les pays africains sont les plus affaiblis de par leur épisode colonial, et postcolonial qui engendrèrent le génocide des gens de bien. Période qu’ils subissent toujours et qui retarde le développement de leur structure et leurs chances de se faire respecter. Le continent Africain est très riche. Tous les pays occidentaux exploitent ces richesses, et plus ils les exploitent, plus les populations locales sont démunis. Il est une question à se poser ; la balance des produits inutiles dont les occidentaux inondent ce continent par rapport aux produits de première nécessité pris aux Africains par les occidentaux. Les volés, sont ceux qui restent pauvres parce-que leurs bergers broutent et leur barre l’accès vers l’herbe est mise hors de portée des moutons et que les commanditers sont des assassins.

3.Posté par vae victis le 16/07/2008 23:43 | Alerter
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