Géopolitique et stratégie

Yémen : Derrière le scénario Al-Qaïda, un goulet d’étranglement géopolitique de l’Eurasie



Jeudi 7 Janvier 2010

Yémen : Derrière le scénario Al-Qaïda, un goulet d’étranglement géopolitique de l’Eurasie

Rense.com, F. William Engdahl, 4 janvier 2010


      Le 25 décembre 2009, à bord du vol d'Amsterdam à Detroit de la Northwest Airlines, les autorités étasuniennes ont arrêté le Nigérian dénommé Abdulmutallab sur charge de tentative de destruction d'avion par explosifs de contrebande. Depuis lors, CNN, le New York Times et d'autres médias diffusent dans leurs articles qu’il est " suspecté " d'avoir reçu sa formation terroriste au Yémen. Ce à quoi le monde a été exposé depuis, c'est à l'apparition d'une nouvelle cible de la guerre " contre le terrorisme " des États-Unis, c’est-à-dire un État désolé de la Péninsule Arabique, le Yémen. Un examen plus attentif du contexte suggère que le Pentagone et le Renseignement étasunien ont un ordre du jour caché au sujet du Yémen.


Un Nigérian de 23 ans, prétendument formé au Yémen, a imprimé un nouvel élan à l’imposture de la guerre contre le terrorisme


      Le monde assiste depuis quelques mois à une escalade régulière de l'engagement militaire étasunien au Yémen, un pays lamentablement pauvre, adjacent au nord avec l'Arabie Saoudite, avec la Mer Rouge à l'ouest, le Golfe d'Aden au sud, ouvert sur la Mer d'Oman, en face d’une autre terre désolée ayant fait récemment les gros titres, la Somalie. L'évidence suggère que le Pentagone et les services de renseignement étasuniens s'orientent vers la militarisation d’un point de contrôle stratégique pour les flux pétroliers mondiaux, Bab el-Mandeb. Ils se servent des incidents de piraterie en Somalie, et de l’affirmation d'une nouvelle menace d'Al-Qaïda provenant du Yémen pour militariser l’une des plus importantes voies de transit pétrolier du monde. En outre, sur le territoire entre le Yémen et l'Arabie Saoudite, les réserves pétrolières inexploitées seraient parmi les plus importantes du monde.


      Le Nigérian de 23 ans accusés de l'attentat à la bombe manqué, Abdulmutallab, aurait affirmé avoir été envoyé en mission par Al-Qaïda de la Péninsule Arabique (AQPA) basée au Yémen. Cela a opportunément dirigé l'attention du monde sur le Yémen en tant que nouveau centre de la présumée organisation terroriste Al-Qaïda.


      Notamment, Bruce Riedel, un vétéran depuis 30 ans à la CIA qui a conseillé le Président Obama sur la politique conduisant au renforcement des troupes en Afghanistan, a écrit dans son blog sur les liens présumés du kamikaze de Detroit avec le Yémen, " La tentative de détruire le Vol 253 de la Northwest Airlines en route d'Amsterdam à Detroit le jour de Noël, souligne l'ambition croissante en l’immunité d’Al-Qaïda au Yémen, qui a grandi sur un dessein en grande partie yéménite pour devenir dans la dernière année un acteur du djihad islamique mondial. La faiblesse du gouvernement du Président yéménite, Ali Abdallah Saleh, qui n’a jamais complètement contrôlé le pays et affronte désormais une foule de problèmes grandissants, aura besoin d’un important soutien des États-Unis pour vaincre AQPA. (1)



Quelques éléments de géopolitique au Yémen


      Avant que nous puissions en dire davantage sur le dernier incident, il est utile de regarder de plus près la situation au Yémen. Ici, plusieurs choses paraissent bizarres lorsqu'on les compare aux allégations de Washington sur la résurgence de l’organisation Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique.



Le Yémen couvre l'un des itinéraires pétrolier les plus stratégiques, Bab el-Mandeb


      Début 2009, les pièces d’échec ont commencé à bouger sur l’échiquier du Yémen. Tariq al-Fadhli, un ancien leader du djihad originaire du Sud Yémen, a brisé une alliance de 15 ans avec le gouvernement du Président yéménite, Ali Abdullah Saleh, et a annoncé qu'il se joignait à la large coalition de l'opposition, connue sous le nom de Mouvement du Sud. Al-Fadhli avait été membre du mouvement Moudjahidin en Afghanistan à la fin des années 80. Sa séparation du gouvernement a été signalée dans les médias arabes et yéménites en avril 2009. La rupture d’Al-Fadhli avec la dictature du Yémen a donné une nouvelle énergie au Mouvement du Sud. Il est devenu une figure de proue de l'alliance.


      Le Yémen lui-même est un agglomérat artificiel, créé après la débâcle de l'Union soviétique en 1990, quand, au sud, la République démocratique populaire du Yémen (RDPY) a perdu son principal sponsor étranger. L’unification de l’État du Nord, la République arabe du Yémen, et de l’État du Sud, la RDPY, a donné lieu à un optimisme éphémère qui s'est terminé par une brève guerre civile en 1994, car des factions de l'armée du sud ont organisé une révolte contre le Président Ali Abdullah Saleh de l'Etat du Nord, qu'ils considéraient comme un dirigeant corrompu par le copinage. Le Président Saleh tenait un gouvernement personnel depuis 1978, d'abord comme Président du Nord Yémen (République arabe du Yémen), et depuis 1990 en tant que Président du nouveau Yémen unifié. La révolte armée du sud avait échoué car Saleh avait engagé Al-Fadhli et d’autres Yéménites salafistes, adeptes d'une interprétation conservatrice de l'Islam, et des djihadistes pour combattre les forces autrefois marxistes du Parti socialiste du Sud Yémen.


      Avant 1990, pour tenter de contrôler le Sud communiste (2), Washington et le Royaume Saoudien appuyaient et soutenaient Saleh et sa politique d'islamisation. Depuis lors, Saleh s'est appuyée sur un fort mouvement de djihad salafiste pour conserver son régime égocentrique dictatorial. La rupture d’Al-Fadhli avec Saleh et son ralliement au groupe d'opposition du sud, à ses anciens ennemis socialistes, a marqué une déconvenue majeure pour Saleh.


      Peu de temps après qu’Al-Fadhli ait rejoint la coalition du Mouvement du Sud, le 28 avril 2009, les manifestations se sont intensifiées dans les provinces du Sud Yémen, Lahj, Dalea et Hadramout. Il y a eu des manifestations de dizaines de milliers de militaires et d’employés civils qui réclamaient de meilleurs salaires et avantages sociaux, des manifestations qui se sont déroulées en nombre croissant depuis 2006. Les manifestations d'avril ont donné lieu pour la première fois à l’apparition publique d’Al-Fadhli. Sa venue a permis de transformer l’interminable mouvement du sud socialiste moribond en une plus vaste campagne nationaliste. Elle a aussi galvanisé le Président Saleh, qui a alors appelé à l'aide l'Arabie Saoudite et les autres États du Conseil de coopération du Golfe, en avertissant que la totalité de la Péninsule Arabique subiraient des conséquences.


      Pour compliquer la situation dans ce que certains appellent un État en déliquescence, Saleh a affronté dans le nord une rébellion chiite al-Houthi Zaydi [une ramification chiite, ndt]. Le 11 septembre 2009, dans une interview sur Al-Jazeera TV, Saleh a accusé Moqtada al-Sadr, le leader de l'opposition chiite en Iraq, et aussi l'Iran, de soutenir les rebelles chiites houthistes au Nord Yémen. Au Yémen, Saleh a déclaré : " Nous ne pouvons pas accuser le camp officiel iranien, mais des Iraniens nous contactent en disant qu'ils sont prêts à une médiation. Étant donné qu'ils veulent servir de médiateurs entre le gouvernement yéménite et eux [les Houthistes], cela veut dire que des Iraniens ont des contacts avec eux. Par ailleurs, à Nadjaf en Iraq, Muqtada al-Sadr demande d'être accepté comme médiateur. Cela signifie qu'ils ont un lien. " (3)


      Les autorités yéménites affirment avoir saisi des caches d'armes fabriquées en Iran, alors que les Houthistes affirment s’être emparés d’équipements yéménites, avec des marques saoudiennes, et accusent Sanaa (capitale du Yémen et site de l'ambassade des États-Unis) de se comporter en mandataire saoudien. L'Iran a rejeté les affirmations de découvertes d’armes iraniennes au Nord Yémen et qualifie de sans fondement les dires de soutien aux rebelles. (4)



Et Al-Qaida ?


      Le tableau qui émerge est celui d'un dictateur désespéré soutenu par les États-Unis, du Président Saleh du Yémen en train de perdre progressivement le contrôle après vingt ans de pouvoir despotique au Yémen unifié. Les conditions économiques du pays ont pris une tendance au déclin drastique en 2008, quand le prix mondial du pétrole s'est effondré. Environ 70% des recettes de l'État viennent de la vente du pétrole yéménite. Le gouvernement central de Saleh siège à Sanaa, dans l’ancien Nord Yémen, alors que le pétrole se trouve dans l’ancien Sud Yémen. Saleh contrôle cependant le flux des recettes pétrolières. L’insuffisance du revenu pétrolier a rendu tout simplement impossible l'option coutumière de Saleh, acheter les groupes de l'opposition.


      Dans ce panorama national chaotique, bien en évidence sur les sites Internet de bon goût, est apparue en janvier 2009 une annonce disant qu’Al-Qaïda, l'organisation mondiale présumée terroriste, créée par un saoudien formé par la CIA, feu Osama Ben Laden, aurait ouvert une nouvelle annexe de première importance au Yémen, pour les opérations à la fois yéménites et saoudiennes.


      Le 20 janvier 2009, Al-Qaïda au Yémen a publié sur des forums djihadistes en ligne un communiqué du leader du groupe, Nasir al-Wahayshi, annonçant la création dans la Péninsule Arabique d'un groupe unique d’Al-Qaïda sous son commandement. Selon Al-Wahayshi, le nouveau groupe, Al-Qaida dans la Péninsule Arabique, consisterait en son ancien Al-Qaida au Yémen ainsi que les membres du défunt groupe saoudien Al-Qaïda. De façon plutôt intéressante, le communiqué de presse affirmait que c'est Abu-Sayyaf al-Shihri, un ancien détenu saoudien de Guantanamo (numéro 372), qui servirait d’adjoint à Al-Wahayshi.


      Quelques jours plus tard, une vidéo en ligne d'Al-Wahayshi a paru sous le titre alarmant, " Nous partons d'ici et nous nous retrouverons à Al-Aqsa. " Al-Aqsa fait allusion à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, que les Juifs connaissent sous le nom de Mont du Temple, le site du Temple de Salomon détruit, et que les Musulmans appellent Al Haram Al Sharif. La vidéo menace les dirigeants musulmans, en particulier le Président Saleh du Yémen, la famille royale saoudienne, et le Président égyptien Moubarak, et promet de porter le djihad du Yémen en Israël, de " libérer " les lieux saints musulmans et Gaza, un truc qui pourrait faire éclater la Troisième Guerre mondiale si quelqu'un était assez fou pour le faire.


      En plus de l'ancien détenu de Guantanamo Al-Shihri, il y a aussi dans la vidéo une déclaration d'Abu-al-Harith Muhammad al-Awfi, identifié comme un commandant de terrain dans le clip, et prétendument ancien détenu n° 333 de Guantanamo. Comme il est bien établi que les méthodes de torture sont sans valeur pour obtenir des aveux authentiques, certains ont émis l'hypothèse accusatrice difficile à prouver ou à réfuter, selon laquelle le véritable but des interrogateurs de la CIA et du Pentagone à la prison de Guantanamo depuis septembre 2001, consiste à utiliser des techniques bestiales pour former ou recruter des terroristes dormants, qui pourront être activés sur commande par les services secrets étasuniens. La présence de ces deux diplômés de haut rang de Guantanamo dans le nouvel Al-Qaïda du Yémen est certainement une raison de s’interroger.


      Al-Qaïda au Yémen est apparemment une malédiction pour Al-Fadhli et le Mouvement du Sud basé sur une vaste majorité. Dans une interview, Al-Fadhli a déclaré : " J'ai des relations étroites avec tous les djihadistes du nord et du sud et de partout, mais pas avec Al-Qaïda. " (5) Cela n'a pas empêché Saleh de prétendre que le Mouvement du Sud et Al-Qaida sont une seule et même chose ; un moyen commode pour s’assurer le soutien de Washington.


      Selon des rapports du Renseignement étasunien, il existerait au grand maximum environ 200 membres d'Al-Qaïda au Sud Yémen. (6)


      Al-Fadhli a donné une interview pour se distancer d’Al-Qaïda en mai 2009. Il a déclaré, " Nous [au Sud Yémen] avons été envahis il y a 15 ans, et nous sommes sous une occupation agressive. Nous sommes donc très occupés par notre cause et aucune autre dans le monde ne nous intéresse. Nous voulons notre indépendance et mettre un terme à cette occupation. " (7) Comme par hasard, le même jour, Al-Qaïda a fait l’actualité en déclarant son soutien à la cause du Sud Yémen.


      Le 14 mai, dans une cassette audio diffusée sur l'Internet, Al-Wahayshi, chef d'Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique, a exprimé sa sympathie envers le peuple des provinces du sud et sa tentative de se défendre contre leur " oppression. " Il a déclaré : " Ce qui se passe dans les provinces Lahaj, Dhali, Abyan et Hadramaout et ailleurs au Sud, ne peut pas être approuvé. Nous devons soutenir et aider [les gens du Sud]. " Il a promis des représailles : " L'oppression contre vous ne restera pas impunie. Le massacre des Musulmans dans les rues est un grand crime injustifié. " (8)


      La curieuse émergence d'un Al-Qaïda minuscule mais bien médiatisés dans le Sud Yémen, au milieu de ce que les observateurs appellent un front du Mouvement du Sud basé sur une large assise populaire qui fuit l'ordre du jour mondial radical d'Al-Qaïda, sert à donner au Pentagone une sorte de casus belli pour intensifier les opérations militaires étasuniennes dans cette région stratégique.


      En effet, après avoir déclaré que le conflit interne du Yémen était ses propres affaires, le Président Obama a ordonné des frappes aériennes là-bas. Le Pentagone prétend que ses attaques du 17 et 24 décembre ont tué trois principaux dirigeants d'Al-Qaïda, mais rien ne l’a encore prouvé. Maintenant, le jour de Noël, le drame du kamikaze de Detroit réanime au Yémen la campagne de " guerre contre le terrorisme " de Washington. Obama propose à présent son aide militaire au gouvernement yéménite de Saleh.



Comme par hasard, le piratage somalien s’intensifie



      Comme sur un signal, au même moment, les gros titres de CNN ont diffusé que les nouvelles menaces terroristes en provenance du Yémen, les attaques longtemps à l’affiche des pirates somaliens contre la navigation commerciale dans le Golfe d'Aden, et même en mer d'Arabie en face du Sud Yémen, ont augmenté de façon spectaculaire après avoir été réduites par des patrouilles multinationales de navires.


      Le 29 décembre, RIA Novosti de Moscou a signalé que les pirates somaliens se sont emparés d’un cargo grec dans le Golfe d'Aden au large des côtes de la Somalie. Plus tôt, le même jour, un chimiquier battant pavillon britannique et ses 26 membres d'équipage ont aussi été capturés dans le Golfe d'Aden. Faisant montre d’une compétence sophistiquée en matière de maniement des médias occidentaux, le commandant pirate Mohamed Shakir a déclaré par téléphone au journal britannique The Times, " Tard, hier soir, dans le Golfe d'Aden, nous avons détourné un navire avec [un] drapeau britannique. " Le dossier Stratfor du renseignement étasunien rapporte que le Times, qui appartient à Rupert Murdoch, le bailleur de fonds des néo-conservateurs, sert parfois aux services secrets israéliens pour répandre des histoires utiles.


      Les deux derniers événements ont porté à un nombre record les attaques et les détournements en 2009. À compter du 22 décembre, les attaques de pirates somaliens aux abords du Golfe d'Aden et de la côte est de la Somalie s'élèvent à 174, avec 35 navires détournés et 587 membres des équipages pris en otage. Jusqu’ici, en 2009, selon le Bureau central international de la piraterie maritime, quasiment toute l'activité pirate a été couronnée de succès. Question non tranchée : Qui fournit aux " pirates " somaliens les armes et les moyens logistiques nécessaires pour esquiver les patrouilles internationales de nombreux pays ?


      Le 3 janvier, notamment, le président Saleh a reçu un appel téléphonique du Président somalien, Sheikh Sharif Sheikh Ahmed, qui l’a informé des dernières péripéties en Somalie. Sheikh Sharif, dont le propre siège est à Mogadiscio, est si impuissant qu'il est parfois qualifié de Président de l'aéroport de Mogadiscio. Il a déclaré à Saleh qu’il partagerait avec lui ses informations sur toute activité terroriste qui pourrait être lancée à partir du territoire somalien pour s’attaquer à la stabilité et à la sécurité du Yémen et de la région.



Le Yémen et la Somalie forment une mâchoire d’étau capable d’étouffer les flux pétroliers des Chinois et des autres Asiatiques



Points d’étranglement et autres affaires pétroliers


      La portée stratégique de la région entre le Yémen et la Somalie devient un centre d'intérêt géopolitique. Le site de Bab el-Mandeb est l'un de ceux que le gouvernement étasunien catalogue parmi les sept goulets d'étranglement stratégiques sur les voies mondiales d’acheminement du pétrole. L’US Government Energy Information Agency déclare que " la fermeture de Bab el-Mandeb empêcherait les pétroliers venant du Golfe Persique d'atteindre le Canal de Suez et le complexe du pipeline de Sumed, les forçant à contourner la pointe sud de l'Afrique. Le détroit de Bab el-Mandeb est un goulet d’étranglement entre la Corne de l'Afrique et le Moyen-Orient et un lien stratégique entre la Mer Méditerranée et l'Océan Indien. " (9)


      Bab el-Mandeb, entre le Yémen, Djibouti, et l'Érythrée, relie la Mer Rouge au Golfe d'Aden et à la Mer d'Oman. Les exportations pétrolières et autres en provenance du Golfe Persique doivent traverser Bab el-Mandeb avant d'entrer dans le Canal de Suez. En 2006, le ministère de l'Énergie à Washington a indiqué que 3,3 millions de barils de pétrole sont estimés transiter chaque jour à travers cette voie maritime étroite en destination de l’Europe, des États-Unis et de l’Asie. La majorité du pétrole, soit quelque 2,1 millions de barils par jour, va au nord à travers Bab el-Mandeb vers le Canal de Suez et le complexe de Sumed en Méditerranée.


      Tout prétexte à la militarisation par les États-Unis ou l'OTAN des eaux autour de Bab el-Mandeb offrirait à Washington un autre chaînon important dans la quête du contrôle des sept goulets d'étranglement pétrolier les plus critiques du monde, une pièce majeure pour toute future stratégie étasunienne visant à priver de flux pétrolier la Chine, l’UE ou tout autre région ou pays qui s'opposerait à sa politique. Étant donné l'importance des flux pétroliers saoudiens traversant Bab el-Mandeb, le contrôle militaire étasunien servirait à décourager le Royaume Saoudien de devenir sérieux à propos des futures transactions pétrolières avec la Chine ou d’autres pays qui ne se feraient plus en dollars, comme cela a été rapporté récemment par le reporter Robert Fisk du journal britanique, The Independent.


      Cela rendrait aussi possible de menacer le principal lien vital de la Chine relatif à ses besoins énergétiques nationaux, son transport pétrolier en provenance de Port Soudan, sur la Mer Rouge, juste au nord de Bab el-Mandeb.


      En plus de sa position géopolitique comme principal goulet d’étranglement du transit pétrolier mondial, le Yémen est dit détenir quelques-uns des plus grands gisements pétroliers inexploités. Les compagnies pétrolières internationales signalent que les bassins de Masila et de Shabwa au Yémen contiennent des " découvertes de classe mondiale. " (10) La française Total et plusieurs petites compagnies pétrolières internationales sont engagées dans le développement de la production pétrolière au Yémen. Il y a environ quinze ans, on m'a dit lors d’une réunion privée avec une personne bien informée de Washington, que le Yémen contenait " assez de pétrole inexploité pour combler la demande pétrolière du monde entier pendant les cinquante prochaines années. " Peut-être que les dernières préoccupations de Washington avec le Yémen concernent autre chose qu'un Al-Qaïda hétéroclite dont l'existence même en tant qu’organisation terroriste mondiale est mise en doute par des experts en Islam chevronnés.



Notes

1) Bruce Riedel, The Menace of Yemen, 31 décembre 2009 :
www.thedailybeast.com/blogs-and-stories/2009-12-31/the-menace-of-yemen

2) Stratfor, Yemen: Intensifying Problems for the Government, 7 mai 2009.

3) Cité dans Terrorism Monitor, Yemen President Accuses Iraq’s Sadrists of Backing the Houthi Insurgency, Jamestown Foundation, Volume: 7 Issue: 28, 17 septembre 2009.

4) NewsYemen, 6 septembre 2009; Yemen Observer, 10 septembre 2009.

5) Albaidanew.com, 14 mai 2009, cité dans Jamestown Foundation, op.cit.

6) Abigail Hauslohner, Despite U.S. Aid, Yemen Faces Growing al-Qaeda Threat, Time, 22 décembre 2009 :
www.time.com/time/world/article/0,8599,1949324,00.html

7) Tariq al Fadhli, in Al-Sharq al-Awsat, 14 mai 2009, cité dans Jamestown Foundation, op. cit.

8) Interview d’Al-Wahayshi, al Jazeera, 14 mai 2009.

9) US Government, Department of Energy, Energy Information Administration, Bab el-Mandab :
www.eia.doe.gov/cabs/World_Oil_Transit_Chokepoints/Full.html

10) Adelphi Energy, Yemen Exploration Blocks 7 & 74 :
www.adelphienergy.com.au/projects/Proj_Yemen.php



      F. William Engdahl a écrit plusieurs ouvrages dont deux sont sortis en français : OGM : Semences de destruction : L’arme de la faim et Pétrole, une guerre d'un siècle : L'ordre mondial anglo-américain. Il est joignable par l’intermédiaire de son site, www.engdahl.oilgeopolitics.net.



Original : www.rense.com/general89/yem.htm
Traduction copyleft de Pétrus Lombard




Jeudi 7 Janvier 2010


Commentaires

1.Posté par Djé le 07/01/2010 10:27 | Alerter
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c'est quoi...sniff...vous sentez cette odeur? Putain! Ca pue la 3ème Guerre Mondiale!!

2.Posté par nassim le 07/01/2010 11:49 | Alerter
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sinon comment expliqué la présence de la sioniste force d'Al-qaida dite "sunnite et ennemi son condition de tout chéite" au Yémene chéite. plus trouble encore, l'Iran chéite tente de defendre Al qaida saoudite de l'offensive Saoudienne. sur commande un pirate de l'air originaire du sahel lié au yémene vient d'engleterre...... c'est un autre 9 11 criminel et ridicule....

3.Posté par nassim le 07/01/2010 11:58 | Alerter
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une crise financière engendre une crise économique qui provque une crise sociale qui est certainement une crise politique qui aboutie obligatoirement à une guerre la crise financière est mondiale la guerre sera aussi mondiale, Djé ça sera surement à partir de 2012.

4.Posté par brigitte le 07/01/2010 17:16 | Alerter
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Oui, ils nous préparent la guerre, mais nous qui ne la voulons pas, nous devons dénoncer les impostures par tous les moyens dont nous disposons.

5.Posté par secretgoystory le 07/01/2010 23:18 | Alerter
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Ca sent le coup monté des américano sionistes c'est sur et certain, ils préparent un sale coup comme peut etre vouloir envahir l'iran cette fois ci, ca se voit trop que cest une mise en scène américaine, le soit disant terroriste qui rate son coup et l'homme européen qui sauve les passagers de l'avion et il est représenté comme un héros pfff tu parles c"est encore un sale coup pour RENFORCER les fouilles, le surveillage dans les avions et restreindre les libertés!

6.Posté par moussa le 08/01/2010 11:21 | Alerter
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c'est un véritable scenario hollywoodien quelque soit les objectifs des états-unis ,ya toujours des complices qui soutiennent leurs projets parce qu'ils trouvent leurs comptes et qui du coup continuent à nous manipuler à leur guise car on a aucun moyen de nous défendre si ce n'est qu'à nous remettre au tout puissant.

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