Néolibéralisme et conséquences

« Xerxomanes »



Panagiotis Grigoriou
Samedi 26 Mai 2012

« Xerxomanes »
Décidément Salamine est à l'honneur ce dernier temps. On comprend pourquoi car il y a urgence. Pierre Khalfa dans un article paru au journal Le Monde (édition électronique du 25 mai 2012), souligne l'évidence historique de ce mai-juin 2012 : « (…) Avec ce vote, les Grecs sont en train de mettre de nouveau en œuvre ce que leurs ancêtres avaient découvert : face à ce qui était présenté comme inexorable, ils ont décidé par eux-mêmes. Le peuple grec a commencé à reprendre son destin en main. Jadis, Xerxès, roi des Perses, avait voulu punir les Grecs de leur insolence pour s'être révoltés contre sa domination. Aujourd'hui, la réaction de la plupart des dirigeants européens le rappelle étrangement. Des mesures de rétorsion ont immédiatement suivi le résultat des élections. Le FMI a remis à plus tard une nouvelle tranche de prêt à la Grèce, d'un montant de 1,6 milliard d'euros, qui devait être versée fin mai et l'agence de notation Fitch a abaissé les notes de long terme de la dette d'Athènes. L'annonce de nouvelles élections législatives pour le 17 juin a suscité des déclarations menaçantes. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a ainsi déclaré à propos du Mémorandum : "C'est un programme d'aide préparé de façon très minutieuse, et on ne peut pas le renégocier." La directrice générale du FMI, Christine Lagarde a renchéri : "Si les engagements n'étaient pas tenus, il y a des révisions appropriées à faire." (…) C'est dire que la rupture de la Grèce avec les politiques néolibérales aurait un impact qui dépasserait très largement ce pays. Comme il y a 2 500 ans, les Grecs ont une nouvelle bataille de Salamine devant eux, mais l'ennemi n'est plus à l'extérieur de l'Europe, mais en Europe même, car ce sont les classes dirigeantes européennes qu'il faut vaincre. »


 
Autour du monument de la bataille - Salamine 24/05/2012
 
À Salamine même, et en attendant le dénouement imminent de... l'évidence historique, les habitants jouent aux cartes dans les cafés de bord de mer, à deux pas du monument à la gloire des ces si lointains combattants, de la grande bataille navale. Leur monument, oublié sur sa colline qui domine la baie du chantier naval et des épaves, reçoit parfois la visite des écoliers et de quelques rares touristes. Hier par exemple, trois classes d'un collège publique du Pirée s'y sont rendues, ce qui devient rare en ce moment, car depuis l'arrivée des nouveaux « Perses-Troïkans », nos écoles sont en... cale sèche.

Ces Perses d'aujourd'hui, ne sont pas les Iraniens de Téhéran bien entendu, car cette fois-ci l'invasion serait venue de l'Ouest avec les complicités intérieures et endogènes adéquates. Comme jadis et comme toujours. L'histoire ne se répète pas, sauf qu'elle a un sens. Ainsi, au dernier Conseil de l'U.E. de cette semaine, on a formulé à l'encontre du peuple grec un ultimatum, relevant du néocolonialisme, désormais sans déguisement aucun, et on commence vraiment dans ce pays à y voir Suse du côté de Bruxelles. Surtout que ce chantage bancocrate d'adresse directement aux citoyens grecs, car pour une fois, ils seraient en train de se transformer en électeurs réels : « Vous devez élire le gouvernement de notre choix, afin de poursuivre notre politique, laquelle vous a été imposée déjà par la ruse, le mensonge, la corruption de vos élites dont nous nous en occupons depuis longtemps, et en fin de compte, par ce coup d'État déguisé et permanent, opéré depuis les élections de 2009 que nous avons provoqué, accélérant ainsi, la mise en œuvre de l'EuroTINA chez vous, et chez nos autres sujets, tous piégés dans cet univers concentrationnaire que constitue l'Union Européenne ». Voilà en somme, les termes du chantage en légère paraphrase. Dans la mesure où, toute liberté de la presse n'est pas encore supprimée, telle est également l'analyse sans déguisement non plus, d'une partie de notre presse (Avgi, Iskra.gr, To Pontiki).
Lieux de la bataille - Salamine 24/05/2012
Vers le monument de la bataille - Salamine 24/05/2012
Salamine 24/05/2012
 
Petros Papakonstantinou, éditorialistes à iskra.gr, souligne de même, sans fioritures : « ceux qui croient encore que l'Union Européenne est la solution et non pas le problème, se promènent dans les nuages. Et pour revenir sur terre, il suffit de lire le communiqué du récent Conseil de Bruxelles, imposant une fois de plus, le dictat des gauleiter (sic) au protectorat méditerranéen. Récemment, le Ministre français des Affaires étrangères, le socialiste Laurent Fabius, a sévèrement prévenu les Grecs, que leur souhait de rester dans la zone euro, n'est pas compatible avec un vote en faveur des partis politiques qui les conduiraient hors zone euro. Pour faire court, je dirais que certes, il y a eu le passage de pouvoir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, mais l'hybride franco-allemand Merkozy s'est mué en Merkhollande (sic), sauf que le message adressé aux indigènes rebelles ne change point : Vous devez élire un gouvernement... Samarelos (sic), c'est à dire de Samaras (Nouvelle Démocratie), Venizélos (PASOK) et de toute autre tendance pro-mémorandum possible, dans le cas contraire, préparez-vous à vous faire hara-kiri. » Je tiens à préciser, que le site iskra.gr n'est pas un forum pour illuminés, mais un espace de débat politique ouvert, officiellement lié à l'aile gauche de SYRIZA et créé à l'initiative de son député, Panagiotis Lafazanis, (les hellénophones trouveront d'ailleurs une facette de ma modeste contribution au débat politique en cours, sous forme d'article :  TΟΞΙΚΗ ΠΑΛΗ  - « Lutte toxique »).
Depuis Salamine : 24/05/2012
L'hebdomadaire satyrique To Pontiki (« La Souris », 25/05/2012) note avec un brin d'humour, que « le Président français a offert un cadeau inestimable à Evangelos Venizélos, le recevant de manière quasi-officielle, outrepassant même tout protocole, car François Hollande a reconduit le chef du PASOK sur le perron de l'Élysée, ce qui prouve à quel point, les socialistes français, se considèrent en opposition frontale face à SYRIZA. Les sociaux-démocrates Allemands ont d'ailleurs offert ce même cadeau à Venizélos, se montrant au même moment très sévères vis à vis de SYRIZA, lui refusant toute ouverture possible dans la re-négociation du Mémorandum [contrairement aux cadres du P.S. en France, leurs homologues du SPD, ont reçu Alexis Tsipras et sa délégation à Berlin]. Depuis les instances dirigeantes du PASOK, on fait remarquer que ces dernières semaines, la social-démocratie européenne s'en inquiète de la montée brusque de SYRIZA et de sa gauche radicale en Grèce. Ainsi, et agissant dans l'urgence, on soutient le PASOK coûte que coûte, dans un processus de réaction faisant face à un courant politique en plein essor, et surtout, désormais capable de faire douter sur la possibilité dont disposeraient les partis socialistes, quant à garantir la pérennité de l'édifice de l'Europe sociale. Surtout qu'en France, à la prochaine échéance électorale, les amis d'Alexis, ne doivent pas se renforcer au détriment du vote P.S., c'est aussi une autre évidence. »
Effet « Cipralex » ? - "To Pontiki" - 24/05/2012
 
Maison à vendre - Salamine 24/05/2012
Maison en ruines - Salamine 24/05/2012
Ex-Taverne "Milan" - Salamine 24/05/2012
"Mort aux richez" - Salamine 24/05/2012
Mais voilà que le protectorat se rebiffe, c'est qui est perceptible désormais dans l'air du temps, y compris du côté de Salamine, où on continue certes à jouer aux cartes ou à suivre un match de basket à la télévision au café du coin, comme si de rien n'était, et pourtant... SYRIZA, comme nous le rappelle avec brio notre hebdomadaire satyrique, serait d'abord un antidépresseur à usage collectif, le « Cipralex », avant même toute efficacité politique avérée. C'est un jeu de mots, le médicament existe vraiment, c'est de l'escitalopram, appartenant à la classe des médicaments appelés inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS). Il s'utilise pour traiter la dépression, le trouble obsessif-compulsif (TOC) et l'anxiété généralisée (AG). Car si on y réfléchi bien, c'est aussi cela la gauche réelle, de la bonne humeur aux antipodes de l'austérité et de sa tristesse intraveineuse.
Salamine - côte Est, la dernière épicerie-café à l'ancienne, 25/05/2012
Et... son chat légué par l'épicier - 25/05/2012
Dans cette petite localité de Salamine sur sa côte Est, la dernière épicerie-café à l'ancienne, a fait faillite, se transformant depuis l'hiver dernier en habitation de fortune pour un retraité vivant seul. Il s'agissait bel et bien d'un de ces établissements que l'on trouvait partout en Grèce avant la C.E.E., pour le plus grand bonheur des voyageurs avant-gardistes, des géographes et des ethnologues, toujours amateurs (et inventeurs) d'exotisme. Aux dires des voisins, il semblerait que c'est depuis les élections du 6 mai que ce retraité, à part de nourrir le chat légué par l'épicier, écoute désormais sa musique populaire assez fort, du chant rebetiko, et qu'en plus, mais c'est alors un comble, il se met à danser tout seul. Je ne sais pas si c'est vraiment que depuis les élections, mais en tout cas, c'est exact qu'à la tombée de la nuit, le vieux se met à danser. Effet « Cipralex » ?

Et avec SYRIZA, le vieux de Salamine et nos autres souris et chats, l'Europe se met aussi à danser. Les heures sont graves et on en tire le meilleur profit, entre un verre d'ouzo et deux déclarations de Tsipras ou de Wolfgang Schäuble, c'est selon. Le piège tendu aux peuples par la construction européenne, (celle-ci en tout cas, car nous n'avons pas d'autre sous la main), se referme sur elle. C'est soit les « les marchés », soit la démocratie, il n'y aura plus rien d'autre entre eux. Par un lapsus révélateur lors d'une interview accordée au journaliste Nikos Hadjinikolaou (24/05), Adonis Georgiadis, récent transfuge de l'extrême droite du LAOS au parti de Samaras, s'est demandé si vraiment « devons-nous conserver la démocratie coûte que coûte », pour aussitôt, tenter de noyer son petit pois(s)son fasciste. La question du journaliste était : « Devons-nous conserver l'euro coûte que coûte ? » Notons, que Samaras se vante que son parti, la Nouvelle Démocratie, se présenterait « comme étant la seule force authentiquement pro-européenne en Grèce, garantissant l'avenir européen du pays, ainsi que son maintien, au sein de la famille de l'euro, loin des aventures promises par la gauche irresponsable ». La Nouvelle Démocratie de Samaras, un parti devenu la déchèterie du recyclage politique, entre les libéraux en échec électoral (Dora Bakoyannis), et les ex-députés fascisants du LAOS, ce dernier, étant désormais un parti en voie de disparition, car compromis, depuis son « aimable participation » à la « gouvernance » Papadémienne.
Café avec connexion Internet - Salamine 24/05/2012
La vue en face sur le Pirée - Salamine 24/05/2012
La Troïka et l'Europe des « marchés », ne nous disent plus autre chose que ce piètre politicien, Adonis Georgiadis. La social-démocratie sait que tôt ou tard elle va se voir ôter son dernier masque, se montrant aux yeux de ses électeurs à visage découvert enfin, mais à ses risques et périls. Ou sinon, elle changera, risquant de toute façon sa propre disparition, probablement programmée me semble-t-il de toute façon. C'est déjà le cas du PASOK ici, qui d'ailleurs, il s'apparente davantage à un parti baasiste, qu'au P.S. français ou le SPD allemand, je le précise encore une fois, pour ceux qu'il ne l'auraient pas encore compris. Sous cet angle, SYRIZA demeure la formation politique la plus européenne (par sa culture politique) chez nous... mais acculée, entre Marathon et Salamine. (Marathon-Salamine est aussi une pièce d'opéra, composée en 1888 par Pavlos Carrer, les amateurs apprécieront !)

SYRIZA a aussi sans doute raison de ne pas désirer la sortie immédiate de la Grèce de la zone euro. C'est aussi une tactique qui consisterait à remettre les « Xerxomanes » du systémisme Troïkan et Européen (U.E.) à leur place, c'est à dire, face à leurs propres contradictions, euro compris. D'où sans doute leur rage dans le dénigrement de SYRIZA, mais peut-être aussi, leur désir à poursuivre... la guerre par d'autres moyens (?)

Un homme âgé de 60 ans, musicien au chômage a précipité sa mère (90 ans) dans le vide avant-hier, du 5ème étage de son immeuble, situé dans le quartier de Metaxourgeio à Athènes. Il s'est suicidé aussitôt se précipitant aussi dans le vide. La veille, un autre homme, s'est taillé les veines sur un banc publique, toujours à Athènes, et ainsi retrouvé mort. On évoque desormais un chiffre de 3.000 suicidé(e)s par « Troïkanocide », et 1,5 million de chômeurs dans ce pays. En Italie, on comptabilise plus d'un suicide par jour, lié aussi à la « crise », ce qui ne passe pas inaperçu chez nous non plus. Au FMI, au Conseil de Bruxelles et chez certains sociaux-démocrates européens, (car il y a des exceptions me semble-t-il), on sous-estime ce ultime paramètre : le sang et la mort sont d'excellents catalyseurs politiques, et moins contrôlables qu'on ne le pense finalement. Pour le comprendre, il n'y a qu'à poser la question aux journalistes dépêchés lors des obsèques de Dimitri Christoulas, ce pharmacien, qui s'est tiré une balle dans la tête sur la place Syntagma, au matin du 4 avril 2012, j'y étais (voir aussi le billet du 4 avril sur ce blog : « Cadavre du jour »).
 
"Marathon - Salamine" - Opéra d'Athènes 2010 - photo : politismospolitis.org 


http://greekcrisisnow.blogspot.fr/2012/05/xerxomanes.html#more
 


Samedi 26 Mai 2012


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