Politique Nationale/Internationale

Washington et le Pakistan : paradoxes

Il y a les dictatures et puis, il ya les régimes autoritaires. Nuance !






AUTEUR: Juan GELMAN

Traduit par Gérard Jugant, révisé par Fausto Giudice


Juan GELMAN
Vendredi 27 Juillet 2007


Musharraf : un dictateur ? Non, juste un président "autoritaire"Le président W. Bush menace d'une intervention militaire au Pakistan. Surprenant: le général dictateur Parviz Musharraf - toujours encouragé à violer les droits humains des Pakistanais - a été et est le meilleur allié de la Maison Blanche dans la région. Mais la menace ne naît pas de la volonté d'imposer « la démocratie et la liberté » ici aussi: les dictatures sont une chose et les régimes autoritaires une autre, comme on disait à Washington durant les dictatures militaires du Cône Sud. Il s'agissait de régimes autoritaires, bien sûr, et rien de plus. Il se trouve que le Conseil National du Renseignement (CNI), composé des 16 organismes d'espionnage des USA, a fait connaître le mardi 17 des extraits de l'Évaluation Nationale du renseignement sur la « guerre antiterroriste » qui souligne une conséquence imprévue des invasions de l'Irak et de l'Afghanistan: les zones tribales du nord-est du Pakistan sont devenues le sanctuaire des Talibans et d’Al Qaïda, « qui a réorganisé des éléments clés de sa capacité d'attaque » contre les USA (www.dni.gov/press, juillet 2007). S'il il en est ainsi, l'argument de Bush selon lequel l'Irak est la source principale du terrorisme universel est faux. Ce ne serait pas une nouveauté.

Le Waziristan, zone montagneuse pakistanaise qui est contigüe à l'Afghanistan, est habité par environ 800.000 Pachtounes qui vivent dans des hameaux dirigés par des leaders des différents clans de la tribu dont beaucoup sympathisent avec les Talibans afghans, lesquels appartiennent dans leur majorité à la même société tribale. Le massacre de la Mosquée Rouge à mi-juillet, que Musharraf a ordonné, a amené les Pachtounes à rompre l'accord d'octobre 2006: ils s'étaient engagés à ne pas attaquer les militaires pakistanais et à empêcher les passages de frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan, et ce dernier s’était de son côté engagé à retirer les troupes qu'il avait envoyé dans la zone sous pression de la Maison Blanche. Michael McConnell, directeur du CNI, a indiqué que les USA n'excluent pas une incursion militaire au Waziristan (CNN, 22-7-07) et cela a provoqué une réponse irritée des autorités pakistanaises: elles ont qualifié l'idée de « mal conçue, irresponsable et dangereuse » (Herald Sun, 24-7-07). En fin de compte, Musharraf a appuyé W.Bush depuis le 11 septembre et ses troupes sont parvenues à arrêter et exécuter plus de terroristes d'Al Qaïda que tous les services d'espionnage occidentaux réunis.

L'aide usaméricaine au Pakistan a atteint la somme de 10.000 millions de dollars depuis les attentats contre les Tours Jumelles, soit la seconde place après Israël. W.Bush fait pression pour que le Congrès approuve 300 millions de dollars supplémentaires afin de transformer les corps frontaliers pakistanais, un héritage colonial, en une force contre -insurrectionnelle moderne. Mais la majorité de leurs 80.000 hommes sont pachtounes et aident les Talibans et les membres d'Al Quaïda à passer d'un pays à l'autre (Boston Globe, 22-7-07). Les dirigeants démocrates et républicains accusent Musharraf de ne pas prendre les mesures nécessaires pour l'empêcher et omettent le fait que l'occupation de l'Irak et de l'Afghanistan est à l'origine de ce fait. Il est plus facile de critiquer les politiques des autres que les siennes propres. Une manoeuvre typique de déplacement de responsabilités.

Envahir le Pakistan, ou même seulement bombarder le Waziristan, aurait des répercussions prévisibles. « Cela provoquerait plus de désordres dans tout le Pakistan et augmenterait dans le monde arabe l'insurrection contre les troupes des USA », indique Seth Jones, un spécialiste du Rand Institute, un think tank qui abrite des «bébés faucons» (IPS, 20-7-07). Le contexte est clair; l'occupation de l'Irak a fragilisé tous les régimes arabes du Moyen-Orient qui appuient les USA - la Jordanie, le Liban, l'Arabie Saoudite- et même en Égypte et en Turquie le ressentiment de l'opinion publique contre la superpuissance monte. Il y a donc des signes que la Maison Blanche ne bombardera pas les Pachtounes ni ne réduira son appui à une dictature militaire qui, coup d'État aidant, s'est installée au pouvoir en 1999. On dit à Washington que Muasharraf se propose de démocratiser le Pakistan et qu'il a promis des élections libres et transparentes pour la fin de cette année, mais peu croient que le général s'abstiendra de tripatouiller les urnes (Financial Times, 23-7-07).

Le jeudi de la semaine dernière, Tony Snow, le porte-parole de la Maison Blanche, a approuvé l'estimation du CNI et a indiqué: « Il n'y a pas de doute qu'il est nécessaire de prendre des mesures plus agressives » au Pakistan (Reuters, 19-7-07). Le lundi de cette semaine, le ton baissait : « Je crois qu'il y avait dans l’air l’idée, ou en tous cas une intention ou une tendance, que nous allions envahir le Pakistan » (New York Times, 24-7-07). Et d'ajouter : « Nous avons toujours l'intention d'attaquer des cibles criminelles, mais nous sommes aussi conscients que le Pakistan a un gouvernement souverain ». Pour la Maison Blanche le respect de la souveraineté étrangère est un concept d'application variable.


Source : www.pagina12.com.ar/diario/contratapa/13-88713-2007-07-26.html

Article original publié le 26 juillet 2007

Sur l’auteur

Gérard Jugant et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=3429&lg=fr



Vendredi 27 Juillet 2007

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