Palestine occupée

Vous avez dit un etat juif ? je ne suis pas contre mais pas en palestine SVP ! allez voir ailleurs



flavourose@yahoo.fr
Dimanche 13 Mai 2007

Claude Imbert
Qu'un nouveau-venu, réputé de droite, surgisse sur la scène internationale, et le gros de la jactance française l'accueille avec des quolibets. Voyez Bush junior peint en balourd texan, et Ariel Sharon, en brute bornée ! Deux polymusclés qui ne sont pourtant pas dépourvus de cervelle ! Quitte à les rapprocher, on devrait les trouver plus accordés que prévu sur l'inextinguible conflit israélo-palestinien. Bush comme Sharon enterrent les vertueux « séminaires » Clinton-Barak. Et, plutôt que de rêver encore à une « paix des coeurs » introuvable, vont d'abord s'efforcer de colmater la haine sur des frontières étanches. C'est moins flatteur mais sûrement plus réaliste !

Car enfin il faut beaucoup s'aveugler pour ne pas voir qu'en un demi-siècle l'insertion du minuscule Israël dans l'univers arabe va de rejet en rejet. Et que l'illusion sioniste d'offrir à la promesse hébraïque du grand retour « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » s'est effondrée : la Palestine n'était pas une terre sans peuple, et le peuple sans terre, c'est désormais le peuple palestinien... Le terrible traumatisme de la Shoah a d'abord cimenté les fondations de l'Etat juif, forgé son moral d'acier, son armée trois fois victorieuse, en 1956, en 1967 et en 1973. Il a pu bénéficier des compassions légitimes de l'Occident. Mais rien n'a désarmé l'irrédentisme du peuple palestinien. Ce peuple ne voit toujours pas pourquoi l'Europe coloniale osa « exporter » sur son sol les victimes d'un génocide où il n'eut point de part. Le peuple palestinien est pauvre, végète ici dans des camps, là sur des territoires précaires. Il n'a point d'armée, mais il a pu, derrière Arafat, conquérir un nom, une volonté, des milices et un début d'existence dans une Autorité palestinienne reconnue. Et il sait, désormais, qu'il peut ébranler un Moyen-Orient convulsif d'où le monde tire 20 % de son pétrole.
En cinquante ans s'est resserré sur Israël l'étau d'une détestation arabe multiforme. « Porte-avions de l'impérialisme occidental » aux yeux du tiers-mondisme arabe, îlot trop laïque dans la masse islamique, mais trop biblique quand il s'agit de protéger son Temple sur l'esplanade des mosquées, tout prolonge, voire ranime contre Israël un magma de frustrations inassouvies. C'est ainsi ! Les enfants de l'Intifada arabe apprennent à haïr Israël dans le ventre de leur mère, et le réflexe israélien du fort Chabrol - celui de l'antique Massada - passe de la génération des pionniers à celle des jeunes sabras nés en Israël. Sharon est leur énième recours !

L'échec du processus de paix ouvert il y a huit ans à Oslo achève une époque. Une autre commence. La paix ambitieuse - la « paix des coeurs » - n'est plus de saison. Non que de part et d'autre on se résigne à une impossible guerre ouverte qui embraserait le Moyen-Orient. Mais on se contentera, désormais, de préparer une paix lointaine par une paix rétrécie. Approche graduelle et, je le crois, plus réaliste de la négociation. Celle qui fera entendre jusqu'aux tapis verts l'exécration des foules.

Les concessions de Barak furent extrêmes. Un Yasser Arafat - ébranlé par l'âge, la corruption de ses proches et les jusqu'au-boutistes du Hamas et du Fatah - n'a pu, ou voulu, les saisir. Il faut dire que sur les collines inspirées de Jérusalem pesait toujours la frénétique querelle des barbus de tout poil. De même se trouvait éludée la discorde sur le retour au bercail des réfugiés palestiniens qui menaceraient, à l'évidence, l'identité même de l'Etat juif. Déjà, les Arabes israéliens - qui se font appeler désormais, notez-le, palestiniens d'Israël (20 % de la nation) - ont fait cause commune avec leurs « frères » de l'extérieur. Quant à la poussée démographique arabe, au-dedans et au-dehors, elle constitue, à elle seule, une véritable poire d'angoisse.

Pour tout dire, je crains que l'emportement d'espérance ne nous ait, depuis les accords d'Oslo, doré la pilule. La pilule reste amère. La rêverie, jadis, de la gauche israélienne de voir les frères ennemis se réconcilier soudain dans un commun essor économique ne fut qu'un mirage. Il ne résiste pas à l'enracinement existentiel de l'hostilité arabe. D'autant que l'environnement ne rassure pas : la fourniture de plutonium russe à l'Irak de Saddam inquiète justement Tel-Aviv et Washington.

La France - un peu par calcul proarabe, beaucoup par excès d'espérance - tance volontiers le seul Israël de ne pas concéder plus encore. Mais jusqu'où ? Et voit-on bien, de Paris, que ce petit peuple d'un petit pays vit désormais dans la nausée de la haine qui l'entoure ? Après cinquante ans de désillusions, il s'en remet sans surprise à Sharon. Non pour qu'il entame un « processus de guerre », mais pour qu'en Israël on puisse enfin prendre l'autobus sans trembler


Dimanche 13 Mai 2007

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