Palestine occupée

Voeux pieux


Alors que l'Autorité Palestinienne est euphorique suite aux promesses de dons de 7 milliards de dollars pour aider à reconstruire l'économie palestinienne ravagée lors de la conférence des donateurs de Paris, de nombreux Palestiniens demeurent sceptiques quant à savoir si un tel objectif est possible sous occupation militaire.

Par Khaled Amayreh


Khaled Amayreh
Mardi 25 Décembre 2007

 Voeux pieux
La conférence des donateurs de lundi a réuni des représentants de plus de 90 pays. Cependant, les camps islamistes et de Gauche en Palestine considèrent les promesses de Paris comme une tentative destinée à acheter des concessions politiques à un gouvernement palestinien presque entièrement tributaire de l'aide internationale.

Leur scepticisme a été renforcé par la poursuite des assassinats de Palestiniens par l'armée israélienne : 10 Palestiniens ont été assassinés rien que lundi -- et par l'expansion ininterrompue des colonies en Cisjordanie, en particulier dans et autour de Jérusalem-Est.

L'économiste basé à Ramallah, Adel Samara, rejette l'espoir d'une véritable relance économique sous l'occupation israélienne. "C'est comme tenter d'élever des poissons dans de l'eau toxique", dit-il, faisant allusion aux restrictions imposées par l'armée israélienne à la libre circulation des personnes, des biens et des services en Cisjordanie et du blocus hermétique de la bande de Gaza.

"Israël et non l'Autorité Palestinienne ou même la communauté internationale détient la clef de la réussite ou de l'échec du plan de redressement économique de la Palestine. Et Israël ne coopérera que si l'Autorité Palestinienne fait des concessions politiques."

Le Président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, jouissant maintenant d'un soutien international sans précédent, reconnaît cette réalité, un peu à contrecoeur. En s'exprimant lors de la Conférence de Paris, il n'a pas cherché à dissimuler ses craintes qu'Israël pourrait facilement "tout démolir" s'il continuait à entretenir un climat de terreur et de répression en Cisjordanie.

Rien n'indique qu'Israël va revoir ses mesures répressives contre les Palestiniens, que ce soit en Cisjordanie, contre le régime de l'Autorité palestinienne, ou dans la bande de Gaza, où un million et demi de Palestiniens ont été réellement coupés du monde extérieur.

Dans une interview à Paris avec l'agence de presse, Maan News, le Premier ministre d'Abbas, Salam Fayyad, a souligné qu'Israël permettra la réussite ou l'échec du plan économique de l'Autorité Palestinienne.

"L'économie palestinienne est entièrement sous le contrôle de l'occupation israélienne", a-t-il dit. "Israël contrôle toutes les frontières et les points de passage frontaliers des territoires palestiniens occupés. Pas une aiguille ne peut entrer ou sortir de la Cisjordanie, sans un consentement israélien."

Malgré les appels répétés pour mettre fin aux restrictions paralysantes, Israël s'est montré réticent à lever l'un des 650 barrages routiers en Cisjordanie qui rendent impossibles une activité économique normale. Couplé avec le siège à Gaza, que beaucoup d'observateurs décrivent comme un lent génocide, le plan économique palestinien pourrait facilement se révéler être mort-né.

Selon l'agence Reuters, le Hamas, qui a réuni près d'un demi million de personnes pour célébrer le 20e anniversaire du groupe, a qualifié la Conférence de Paris de "déclaration de guerre contre le Hamas".

Les dirigeants du Hamas ont critiqué l'Autorité Palestinienne pour une répétition des mêmes erreurs d'Oslo.

"Avec tout l'argent du monde, vous ne pouvez rien faire si vous n'avez pas de contrôle sur le terrain, si vous ne pouvez pas voyager librement et circuler librement. On ne peut même pas transporter un chargement de pommes de terre de Jénine à Hébron," a déclaré un chef du Hamas.

Le député palestinien, Hanan Ashrawi, n'est pas tellement convaincu. Elle a déclaré à Al-Ahram Weekly que le sort du Plan économique palestinien ne dépend pas automatiquement de ce qu'Israël fera ou non. "Si nous jouons nos cartes intelligemment, nous pourrions générer suffisamment de pression internationale sur Israël. Par ailleurs, Israël nous fait déjà chanter et nous tue quotidiennement. Il n'a pas besoin de subvention économique pour le faire."

Ashrawi souligne que la paix et la stabilité en Palestine sont en haut de la liste sur l'agenda international, et elle croit que le monde ne restera pas sans rien faire et laissera Israël faire échouer tous les espoirs d'un règlement.

Fait intéressant, selon elle, Israël est depuis quelque temps poussé à accorder plus d'attention à l'économie palestinienne. Cela ne reflète pas une réelle préoccupation pour la prospérité des Palestiniens. Au contraire, Israël espère que les généreuses contributions annoncées à la Conférence des donateurs mèneront éventuellement à l'un de ces deux scénarios.

Les responsables israéliens, dont le ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, espèrent que tout coup de pouce à l'économie dans les territoires occupés pourrait éventuellement inciter les dirigeants palestiniens à faire preuve de plus de "souplesse politique" dans les discussions de statut final, qui comprendront des questions comme le futur statut de Jérusalem, les frontières définitives d'un Etat palestinien et le droit au retour de cinq millions de réfugiés palestiniens.

Dans le lexique israélien, "souplesse politique" est synonyme de volonté palestinienne à renoncer à leurs revendications d'un retrait israélien total de la Cisjordanie et un règlement équitable au sort des réfugiés.

Dans le second scénario – rien à voir avec un repas gratuit -- Israël espère que la communauté internationale fera pression sur l'Autorité Palestinienne pour qu'elle montre "la flexibilité nécessaire" grâce des aides financières.

Si de nombreux Palestiniens doutent de la possibilité d'un redressement économique, ils sont aussi préoccupés par le fait qu'en l'absence d'une totale transparence, la plus grande partie de l'argent promis s'évaporera dans les couloirs du régime de l'Autorité palestinienne notoirement corrompu.

Peut-être la seule assurance contre une récidive de la corruption généralisée qui est devenue le mode de fonctionnement de l'Autorité Palestinienne durant les années 1990 est la personne de Fayyad, qui a gagné le respect pour sa bonne administration des finances de l'Autorité Palestinienne. Cependant, Fayyad fait face à une pression croissante de l'organisation du Fatah pour qu'il démissionne ou, au moins, qu'il agisse avec plus de complaisance quand il s'agit des revendications du Fatah.

La corruption a été au coeur des tensions croissantes entre Fayyad et le Fatah. Il y a quelques mois, Fayyad a viré des milliers d'employés et de militants du Fatah, qui percevaient depuis de nombreuses années des salaires alors qu'ils restaient chez eux à ne rien faire ou qu'ils organisaient occasionnellement des activités publiques pour le Fatah dans les territoires occupés.

Il n'est pas certain que Fayyad réussisse à sevrer ces militants de salaires de la fonction publique. La seule chose que ses tentatives ont permis de rendre évident, c'est que la transparence financière n'est pas facile à imposer en l'absence d'une véritable démocratie. Ce qui amène les Palestiniens à se poser la question : Que peut signifier la démocratie en l'absence d'un État?

Source : http://weekly.ahram.org.eg/
Traduction : MG pour ISM


Lundi 24 Décembre 2007

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