Analyse et décryptage

Vladimir Poutine au Moyen-Orient : plus qu'une simple visite de courtoisie


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Les 11, 12 et 13 février, le président Poutine est attendu en Arabie saoudite, au Qatar et en Jordanie, un déplacement qui s'annonce historique : jamais auparavant un chef d'Etat russe ne s'était rendu dans ces pays, si ce n'est le président Eltsine venu assister aux obsèques du roi Hussein de Jordanie en 1999. Toutes les parties - aussi bien la Russie que les pays arabes - s'attendent donc à une visite substantielle et fructueuse.


Marianna Belenkaïa
Lundi 12 Février 2007


Marianna Belenkaïa
(RIA-Novosti)


Il est à noter que la coopération entre la Russie et les trois pays susmentionnés n'a connu un développement actif qu'au cours des dernières années, sous la présidence de Vladimir Poutine dont la visite est attendue avec impatience. Le roi Abdallah II de Jordanie s'est rendu en Russie à six reprises depuis 2001. La Russie a également reçu la visite de l'émir du Qatar, Hamad Bin Khalifa Al-Thani, en 2001 et celle du prince héritier et actuellement roi d'Arabie saoudite, Abdallah Ben Abd al-Aziz Saoud, en 2003. C'est à cette période - 2001-2003 - que démarre une coopération économique intense et que se noue un dialogue politique étroit avec la Russie.
Ces années ont marqué un important tournant dans l'histoire du Moyen-Orient. Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, le renversement du régime de Saddam Hussein en Irak, l'échec, depuis 1991, du processus de paix au Proche-Orient... Le monde évolue, on voit évoluer l'équilibre des forces dans la région, les relations entre les pays du Moyen-Orient, leur attitude à l'égard du monde extérieur et - surtout - leur perception de leurs problèmes intérieurs désormais étalés au grand jour. Il s'agit essentiellement des programmes de réforme de l'organisation politique des pays arabes et de la radicalisation de l'islam.
Des processus intéressants ont également touché la Russie : diversification de la politique étrangère et abandon de la ligne exclusivement pro-occidentale des années 1990, aspiration à la stabilité intérieure, y compris grâce au maintien de l'équilibre ethnique et confessionnel où l'islam joue un rôle majeur. La Russie se positionne avec de plus en plus d'insistance en tant que médiateur entre l'Occident et l'Orient. Il est encore trop tôt pour dire si elle réussit ou non dans ce rôle, mais il n'en reste pas moins que la politique russe des dernières années est profondément marquée par un rapprochement sans précédent avec le monde musulman et un souci d'intensifier les relations économiques avec les pays arabes. La Russie suscite la confiance au Moyen-Orient et ce n'est pas un hasard si elle a obtenu en 2005 le statut d'observateur à l'Organisation de la Conférence islamique et si un groupe de réflexion stratégique "Russie - Monde musulman" a été mis en place en 2006.
En réalité, il est question d'une tentative d'élaborer une vision commune des crises régionales, à savoir du conflit israélo-palestinien et de la situation en Irak, en Afghanistan, au Liban et autour de l'Iran. Il s'agit aussi d'harmoniser les intérêts dans le Caucase et en Asie centrale. Moscou salue l'assistance des pays islamiques dont bénéficient les musulmans russes, pourvu qu'ils n'utilisent pas le facteur ethnique et religieux contre la Russie. Le monde musulman a également besoin du soutien de Moscou dans la lutte contre l'islamophobie. Certains souhaiteraient même que la Russie fasse contrepoids à l'influence américaine dans la région.
"Nous n'avons pas l'intention de rivaliser avec tel ou tel Etat dans telle ou telle région, a déclaré le président Poutine. Nous voulons coopérer. La Russie a toujours porté un grand intérêt à la région du golfe Persique et au Moyen-Orient en général, et c'est pourquoi nos relations avec les pays de cette région sont historiquement très fortes et profondes. Avec certains d'entre eux, la coopération est sur le point d'acquérir une dimension qualitativement nouvelle. Nous percevons un intérêt de la part des milieux d'affaires désireux de promouvoir la coopération avec leurs partenaires russes. Nous ressentons aussi que les positions de la Russie et des pays du golfe Persique, comme disent les diplomates, sont très proches ou même coïncident sur toute une série de grands problèmes internationaux aigus."
Cela veut dire que la Russie bâtira ses relations dans cette région, y compris avec des pays historiquement ancrés dans la zone d'influence de l'Occident (notamment, le Qatar, l'Arabie saoudite et la Jordanie), sur une base mutuellement avantageuse aussi bien en politique qu'en économie, quoique ce dernier volet accuse un retard sur la coopération politique.
Le chiffre d'affaires des échanges commerciaux avec le Qatar s'élève à seulement 55 millions de dollars, dont 50 millions proviennent des ventes de camions russes Kamaz. Avec la Jordanie, le volume des échanges n'a rien d'exceptionnel non plus (140 millions de dollars), même s'il a presque triplé en 2005. Le chiffre d'affaires du commerce avec l'Arabie saoudite a atteint le montant record de 250 millions de dollars pour les onze premiers mois de 2006.
Sur les trois pays dans lesquels se rend le président Poutine, c'est l'Arabie saoudite qui offre les perspectives les plus prometteuses sur le plan de la coopération économique. Dans les hautes sphères du pouvoir des deux pays, on espère porter les échanges jusqu'à 2 ou 3 milliards de dollars, même si on n'en parle pas officiellement pour l'instant. Des perspectives de coopération existent aussi avec d'autres pays, et la Jordanie propose déjà aux entreprises russes de grands projets concrets.
Il ne fait aucun doute que le secteur pétrogazier et la coordination de la politique énergétique seront le principal domaine de coopération. Mais des possibilités intéressantes s'ouvrent aussi dans d'autres secteurs, notamment l'électricité, les transports, le bâtiment, la recherche et peut-être même l'Espace. Des contacts technico-militaires, habituels dans les relations avec nombre de pays du Moyen-Orient, dont la Jordanie, pourraient également jalonner les relations avec le Qatar et l'Arabie saoudite.
Ainsi, la visite du président Vladimir Poutine qui suscite beaucoup d'espoirs, n'est donc pas une simple formalité, ni seulement une visite de courtoisie.



Lundi 12 Février 2007

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