Néolibéralisme et conséquences

Viva o Lulla !


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Dimanche 4 Novembre 2018 - 15:00 Morale et pouvoir : le temps des manipulations


te chronique, éditée le 9 février 2006 dans Le Soir d'Algérie, est republiée en signe de solidarité avec Lulla, le président brésilien ami des travailleurs, des démunis et des marginalisés qui se trouve actuellement en prison. L’impérialisme ne lui a pas pardonné d’avoir été ce président-là !


Maâmar FARAH
Vendredi 4 Mai 2018

Viva o Lulla !
Viva o Lulla !

L'homme d’Etat que notre pays a accueilli cette semaine vient d’une terre que les Algériens ont appris à aimer et à respecter. Et pas seulement pour son football et ses légendaires dribleurs sortis des Favelas. Entre nos deux pays, il y a tant de ressemblances, tant de luttes communes et beaucoup d’espoir à partager avec les autres peuples du Tiers-Monde ! Du fin fond de la jungle amazonienne, véritable poumon de la planète, aux immensités ocres du Sahara, le rêve est le même : bâtir un monde de justice et de fraternité, se donner la main, par delà les océans et les distances, pour avancer ensemble sur la voie de la justice et du progrès. Cette route, déjà difficile, est aujourd’hui rendue impraticable par l’appétit féroce du grand Capital mondial, monstre croisé qui a une extraordinaire capacité à muter, à changer de couleur pour tromper les peuples ; mais c’est sa voracité qui le trahit : il mène les guerres pour contrôler le pétrole, saccage des réserves naturelles de la planète, perce l’ozone, développe les armes nucléaires et propage la misère aux quatre coins du monde. Insatiable, il ne laisse que des miettes aux peuples du Tiers-Monde qui sombrent dans l’ignorance, le sous-développement, la misère, parfois même la famine, la maladie, etc.

Pourtant, ce nouvel impérialisme qui croit triompher, n’est qu’un « tigre en papier », comme son prédécesseur. A sa première tentative néocoloniale, il s’embourbe déjà en Mésopotamie où les élites éclairées du peuple irakien refusent d’abdiquer face à la terreur des envahisseurs ! Qu’on les appelle terroristes, comme les fois précédentes, ne change rien à la donnée du problème, ni à l’issue inéluctable de cette nouvelle guerre de libération !

Ce nouvel impérialisme, soutenu par une pharamineuse puissance financière et un prodigieux arsenal militaire, absolument unique dans l’histoire de l’humanité, n’est même pas capable d’assurer la sécurité des villes qu’il occupe. Son plan initial pour la région du Moyen-Orient, qui était, après l’occupation de l’Irak, d’imposer sa loi à l’Iran et à la Syrie, est en train de prendre eau de toutes parts. Le régime de Bachar El Assad, accusé de tous les maux, résiste courageusement à toutes sortes de pression alors que l’Iran s’avère intraitable sur les questions de souveraineté nationale. Bien que ne partageant pas la même conception de la démocratie que les Mollahs de Téhéran, nous ne pouvons cependant qu’être d’accord avec eux quant au droit, pour chaque nation libre, de posséder sa propre industrie nucléaire !

Le nouvel impérialisme, mis en déroute en Irak, acculé en Syrie, impuissant face à la détermination iranienne, perd tout le terrain qu’il a gagné dans sa propre arrière-cour, en Amérique latine, là où souffle de nouveau le vent de la révolution. Alors que Cuba, symbole de la résistance héroïque aux assauts répétés du monstre, continue d’afficher la même détermination et le même enthousiasme révolutionnaire, voici venu le temps du réveil des peuples latino-américains ! Hugo Chavez et Castro ne sont plus seuls : la vague d’émancipation a fouetté la Bolivie et continue d’avancer jusqu’à la pointe chilienne, sur les terres du brave Allende, président démocratiquement élu, abattu par les hordes de Pinochet !

Alors, si l’on n’a pas là tous les ingrédients pour mijoter un plat bien optimiste, si ces reculs du nouvel impérialisme et toutes les avancées des peuples ne suffisent pas à justifier ce sentiment d’espoir qui pousse comme un plant hivernal à la veille de l’épanouissement printanier, que faut-il donc pour réveiller les consciences engourdies ? Faut-il donc citer aussi le sursaut des peuples européens qui ont rejeté les choix de l’ultralibéralisme et mis en lumière les échecs répétés des grands argentiers et du capitalisme continental à imposer leur politique antisociale ?

Justement, le président Brésilien qui nous rend visite est l’exemple parfait des nouvelles tendances altermondialistes qui arrivent à trouver une voie, étroite mais bien réelle, entre les appétits féroces du Capital et le nécessaire besoin de justice sociale dans des pays où l’Etat ne doit pas abandonner son aide et son soutien multiforme aux couches les plus défavorisées. Confronté à la dure réalité économique d’un pays émergeant dont la prospérité repose sur le développement d’une puissante industrie privée, Lulla se présente beaucoup plus comme un réformateur que comme un révolutionnaire décidé à en découdre avec le capitalisme. Dans cette époque floue où les grandes écoles s’épuisent à définir les nouvelles orientations économiques, laissant apparaître leurs limites et leur impuissance à comprendre les flux profonds qui remodèlent le monde, il n’est pas aisé de classer les démarches des uns et des autres, d’autant plus que le dérèglement idéologique a tout brouillé. Et dans ce sac d’embrouille, il est encore plus compliqué, pour les pays du Tiers-Monde, de trouver leur voie.

Mais, si les temps ne sont plus à la collectivisation et à la dictature du prolétariat, il faut savoir faire la différence entre les intérêts nationaux bien compris et ceux du grand capital étranger ; autrement dit avoir le courage de s’opposer aux multinationales, éviter le bradage des entreprises, encourager l’investissement productif, s’opposer à l’exploitation des ouvriers, augmenter les salaires des travailleurs, mener une politique hardie en termes de protection sociale et d’aide aux plus démunis. C’est aujourd’hui, le minimum vital que l’on peut exiger des gouvernements du Tiers-Monde.

Les nouveaux bourgeois qui ont vendu leur âme au Capital étranger et à qui il manquera toujours le talent et le génie des anciennes classes possédantes, n’ont aucune perspective, ni stratégie. Amasser le maximum de sous, polluer tous les marchés, tous les secteurs pour en tirer du profit, et rien que du profit, voilà leur seule démarche. Et puis, comme il sont incapables de tout sentiment patriotique, ils chercheront à investir le produit de leur rapine à l’étranger, attendant pour cela de quitter le pouvoir – ou d’être poussés en dehors du cercle des décideurs- pour aller vivre leur vie de pacha ailleurs, et qui n’est en fait qu’une vie de honte et de déchéance.

La seule alternative à cette politique de la terre brulée est la mobilisation des élites honnêtes et attachées au pays, ces centaines de milliers de cadres marginalisés et réduits au silence parce qu’ils refusent les courbettes et les baisemains, ces braves patriotes qui n’ont pas quitté l’Algérie au moment où elle sombrait sous les coups des intégristes armés, préférant une mort digne à la fuite avilissante ! C’est dans le regard de ces intrépides que je lis l’avenir de mon pays ! C’est dans leur résolution à rester ici coûte que coûte que je comprends les pulsations de cette terre que nous n’abandonnerons jamais ! Les voleurs partiront lorsque le compte en Suisse sera bien rempli ! Nous resterons ici pour rebâtir ce qu’ils auront détruit et pour redessiner, sur les visages défaits de nos enfants, un sourire nouveau qui donnera de belles couleurs au siècle.

M.F.



Vendredi 4 Mai 2018


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