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Vingt membres du LTTE condamnés en France



Athiyan Silva
Vendredi 11 Décembre 2009

Vingt membres du LTTE condamnés en France
La condamnation et l'emprisonnement récents de 20 membres et sympathisants des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) en France est une attaque flagrante contre les droits démocratiques. C'est aussi un encouragement pour le gouvernement sri lankais à poursuivre sa répression incessante des minorités tamoules sur l'île.
Parmi les personnes condamnées par un tribunal français le 23 novembre on compte Nadaraja Matinthiran, dirigeant de l'organisation de soutien au LTTE en France, le CCTF (Comité de coordination tamoul en France.) Il a écopé de la peine la plus lourde, sept ans de prison ferme, pour des allégations d'extorsion de quelque 5 millions d'euros (7,4 millions de dollars) de la communauté immigrée tamoule en France qui compte près de 75 000 personnes.
Deux autres sympathisants du LTTE se sont vus infliger quatre ans de prison ferme et un troisième six ans tandis que les autres ont eu des peines allant de trois ans et demi à six mois avec sursis. Un des prévenus a été acquitté.
Le tribunal a aussi ordonné la dissolution du CCTF au motif que c'est une vitrine légale du LTTE. Le CCTF fonctionne légalement en France depuis 1983.
Les représentants du LTTE en France n'ont à aucun moment, ni lors de leur arrestation ni après le verdict sévère du tribunal, émis la moindre déclaration de protestation contre la répression de l'Etat français à l'encontre de leurs sympathisants. Dans leurs déclarations du 27 novembre, Jour des Héros, ils n'ont pas dit un mot sur ces condamnations. Ces condamnations n'ont pas non plus été mentionnées dans les médias français. Ni même non plus dans les publications de la « gauche. »
Mais le LTTE a néanmoins saisi l'opportunité du Jour des Héros pour réitérer sa subordination aux puissances impérialistes, en déclarant que la diaspora tamoule devrait en appeler à «la sollicitude et au conseil de ces pays dans le monde qui se soucient de notre communauté. A travers ces structures il faut chercher à rallier le soutien de la communauté internationale et consolider notre lutte pour nos droits de par le monde. »
Ces condamnations sont étroitement liées aux intérêts de l'impérialisme français en Asie du sud. En avril dernier, les ministres des Affaires étrangères britannique et français David Miliband et Bernard Kouchner s'étaient rendus au Sri Lanka prétextant des inquiétudes sur le sort des civils tamouls déplacés par la guerre. En fait ce n'était qu'une couverture politique à une tentative d'étendre les liens militaires avec le Sri Lanka et contrer l'influence grandissante de la Chine. Dans un discours récent, l'ambassadeur sri lankais en France a fait remarquer: « L'escale récente à Colombo du navire militaire français 'Le Var' a été l'occasion de renouer la coopération entre la marine des deux pays. »
Le soutien de la France pour le soi-disant processus de paix a toujours été une question de tactique. La préoccupation primordiale du gouvernement Sarkozy pour mettre fin à la guerre au Sri Lanka est que cette guerre a une influence déstabilisatrice constante en Asie du sud, notamment en Inde, où la France a des intérêts économiques et stratégiques grandissants. La France et l'Inde maintiennent aussi un « dialogue stratégique » discret qui recouvre une coopération commune contre le terrorisme. Les deux pays ont pour objectif d'accroître le commerce bilatéral de 6,5 milliards d'euros aujourd'hui à 12 milliards d'ici 2012.
Suite au tsunami asiatique de 2004, l'Agence française pour le développement avait accordé un prêt de 64 milliards d'euros au gouvernement de l'époque de Chandrika Kumaratunga au Sri Lanka. Un accord d'octobre 2005 impliqua un engagement de 112 millions d'euros de la part de la France auprès du Sri Lanka pour y développer l'infrastructure, dont le port stratégiquement important de Trincomalee.
Le 4 août 2006, 17 travailleurs humanitaires sri lankais (16 Tamouls et un musulman) qui travaillaient pour l'association humanitaire internationale Agir contre la faim (ACF) basée à Paris, furent sommairement exécutés dans leur bureau à Mutur, dans le district de Trincomalee. « Les forces de sécurité du Sri Lanka sont largement et de façon consistante tenues pour responsables de cet incident. » selon une déclaration faite par la Sri Lanka Monitoring Mission (mission de surveillance du Sri Lanka.) L'élite dirigeante française n'a jamais condamné ni pris de mesures contre l'assassinat de ces travailleurs humanitaires. Le gouvernement de Mahinda Rajapaksa n'a jamais été tenu pour responsable ni n'a dû rendre de comptes pour ces meurtres perpétrés de sang-froid.
La répression des sympathisants du LTTE en France en avril 2007 était en droite ligne avec l'interdiction du LTTE dans les pays où se trouvent d'importantes communautés tamoules ayant fui la répression d'Etat et la guerre au Sri Lanka. Le LTTE a été officiellement interdit dans l'Union européenne et en France en 2006. Cela avait coïncidé avec la campagne du gouvernement de Rajapaksa visant à neutraliser les opérations du LTTE dans le monde entier et notamment en Europe. Les arrestations de 2007 furent une première: les autorités françaises n'avaient pas agi aussi ouvertement contre le LTTE auparavant.
La plupart des personnes condamnées avaient été arrêtées en avril 2007, accusées d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, financement du terrorisme et extorsion de fonds en relation avec une entreprise terroriste. Ces arrestations avaient été conduites par la «sous-direction antiterroriste de la police judiciaire » et ordonnées par une commission rogatoire émise par le juge antiterroriste bien connu, Jean-Louis Bruguière. Ce dernier s'était présenté aux élections législatives cette année-là pour le parti de Sarkozy, l'UMP (Union pour un mouvement populaire.)
Hormis le fait que cette initiative de Bruguière servait les intérêts géopolitiques de l'impérialisme français en Asie du sud, elle faisait aussi partie de l'agenda politique de la bourgeoisie française, exprimée par Sarkozy, et consistant à renforcer les pouvoirs de l'Etat. Ces pouvoirs seront utilisés pour réprimer la résistance de la classe ouvrière et des jeunes face aux mesures d'austérité imposées pour renforcer la capacité à générer des profits et la compétitivité des grandes entreprises françaises. Ces arrestations avaient aussi été calculées à ce moment afin de gagner à Sarkozy les voix d'extrême-droite de Jean-Marie Le Pen aux élections présidentielles de mai de cette année-là.
Les deux années qui ont suivi l'élection de Sarkozy à la présidence ont vu de graves attaques contre les droits sociaux de la classe ouvrière française, qui ont provoqué des grèves et des manifestations impliquant des millions de travailleurs et de jeunes. Les attaques contre des immigrés font partie intégrante de ces développements. La législation toujours plus répressive de Sarkozy contre les minorités ethniques (dont l'interdiction du port du voile islamique dans les établissements scolaires et maintenant la commission sur la burqa), contre les immigrés et notamment les sans-papiers et ceux qui leur viennent en aide, affecte les Tamouls et a conduit à des rapatriements forcés.
Condamner la répression du LTTE ne signifie pas soutenir sa perspective en faillite. Au début de 2009, le projet nationaliste bourgeois du LTTE s'est effondré, et a conduit à la défaite militaire du LTTE. Plus de 250 000 civils tamouls ont été mis dans des camps par Rajapaksa et vivent dans des conditions terribles, avec la complicité des Nations unies et de l'Union européenne, dont la France.
Le LTTE et ses organisations de soutien ont fait usage de violence physique contre leurs opposants politiques, dont des membres et des sympathisants du Parti de l'Egalité socialiste et du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI.) A plusieurs reprises des sympathisants du LTTE ont attaqué des travailleurs distribuant des tracts mettant en avant une perspective socialiste et internationaliste pour défendre les droits démocratiques des Tamouls.
En France, le Comité de coordination tamoul en France a eu recours aux menaces et à la violence, s'emparant par la force de tracts afin d'empêcher des travailleurs immigrés tamouls vivant en France depuis plus de 25 ans, de rejoindre leurs frères et soeurs de classe, la classe ouvrière française, pour lutter ensemble contre le capitalisme français. Par contre le CCTF a invité les conseillers municipaux du Parti communiste français et du Parti socialiste à prendre la parole lors de leurs rassemblements.
Le 1er mai 2009, le LTTE avait révélé sa vraie nature de classe. Lorsque des centaines de milliers de travailleurs français manifestaient contre les attaques de Sarkozy, des contingents du LTTE qui participaient à la même manifestation tenaient des banderoles avec le slogan « Aidez-nous » et des pancartes portant de grandes photos de Sarkozy et d'autres représentants des puissances impérialistes tels Obama et la chancelière allemande Angela Merkel.
Les travailleurs immigrés tamouls d'Europe et d'ailleurs doivent s'unir avec leurs frères et soeurs de classe dans les pays où ils résident sur la base de la perspective socialiste internationaliste avancée par le Comité international de la Quatrième Internationale et son organe, le World Socialist Web Site.

http://www.wsws.org http://www.wsws.org



Vendredi 11 Décembre 2009


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