Religions et croyances

Victor Hugo


Tout le monde sait que Victor Hugo, dont on a célèbre le bicentenaire de la naissance en cette année 02 (« Ce siècle avait deux ans… »), fut un extraordinaire visionnaire et un virtuose merveilleux dans l'art de mettre en valeur la fantastique puissance des mots. C'est sans doute parce que, de nos grands écrivains classiques, il fut l'un de ceux qui perçurent le mieux l'immense pouvoir de la parole humaine. Que le lecteur, après avoir lu ces poème de Victor Hugo, reconnaisse que, par moments, ce poète était réellement plongé dans la Lumière de la Vérité…


Patriote
Dimanche 11 Mars 2012

Victor Hugo
"Jeunes gens, prenez garde
aux choses que vous dites !"

Jeunes gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes.
Tout, la haine et le deuil ! Et ne m'objectez pas
Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.

Ecoutez bien ceci: Tête à tête, en pantoufles,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l'oreille au plus mystérieux
De vos amis de cœur, ou, si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d'une cave, à trente lieues sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.

Ce mot que vous croyez qu'on n'a pas entendu,
Que vous disiez si bas, dans un lieu sourd et sombre,
Court, à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre ;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes comme l'aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place et cetera,
Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.

Il sait le numéro, l'étage, il a la clé,
Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe,
Entre, arrive, et railleur, regardant l'homme en face,
Dit: - « Me voilà ! Je sors de la bouche d'un tel. »
Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel !

Victor Hugo

Première rencontre du Christ
avec le tombeau

En ce temps-là, Jésus était dans la Judée ;
Il avait délivré la femme possédée,
Rendu l'ouïe aux sourds et guéri les lépreux ;
Les prêtres l'épiaient et parlaient bas entre eux.
Comme il s'en retournait vers la ville bénie,
Lazare, homme de bien, mourut à Béthanie.
Marthe et Marie étaient ses sœurs ; Marie, un jour,
Pour laver les pieds nus du maître plein d'amour,
Avait été chercher son parfum le plus rare.[1]
Or, Jésus aimait Marthe et Marie et Lazare.
Quelqu'un lui dit : « Lazare est mort. »

Le lendemain,
Comme le peuple était venu sur son chemin,
Il expliquait la loi, les livres, les symboles,
Et, comme Élie et Job, parlait par paraboles.
Il disait : « Qui me suit, aux anges est pareil.
Quand un homme a marché tout le jour au soleil
Dans un chemin sans puits et sans hôtellerie,
S'il ne croit pas, quand vient le soir, il pleure, il crie,
Il est las : sur la terre il tombe haletant ;
S'il croit en moi, qu'il prie, il peut au même instant
Continuer sa route avec des forces triples. »
Puis il s'interrompit, et dit à ses disciples :
« Lazare, notre ami, dort ; je vais l'éveiller. »
Eux dirent : « Nous irons, maître, où tu veux aller. »
Or, de Jérusalem, où Salomon mit l'arche,
Pour gagner Béthanie, il faut trois jours de marche.
Jésus partit. Durant cette route souvent,
Tandis qu'il marchait seul et pensif en avant,
Son vêtement parut blanc comme la lumière.

Quand Jésus arriva, Marthe vint la première,
Et, tombant à ses pieds, s'écria tout d'abord :
« Si nous t'avions eu, maître, il ne serait pas mort. »
Puis reprit en pleurant : « Mais il a rendu l'âme.
Tu viens trop tard. » Jésus lui dit : « Qu'en sais-tu, femme ?
Le moissonneur est seul maître de la moisson. »

Marie était restée à la maison.

Marthe lui cria : « Viens, le maître te réclame. »
Elle vint. Jésus dit : « Pourquoi pleures-tu, femme ? »
Et Marie à genoux lui dit : « Toi seul es fort.
Si nous t'avions eu, maître, il ne serait pas mort. »
Jésus reprit : « Je suis la lumière et la vie.
Heureux celui qui voit ma trace et l'a suivie !
Qui croit en moi vivra, fût-il mort et gisant. »
Et Thomas, appelé Didyme, était présent.

Et le Seigneur, dont Jean et Pierre suivaient l'ombre,
Dit aux Juifs accourus pour le voir en grand nombre :
« Où donc l'avez-vous mis ? » Ils répondirent : « Vois. »
Lui montrant de la main, dans un champ, près d'un bois,
A côté d'un torrent qui dans les pierres coule,
Un sépulcre.

Et Jésus pleura.

Sur quoi, la foule
Se mit à s'écrier : « Voyez comme il l'aimait !
Lui qui chasse, dit-on, Satan, et le soumet,
Eût-il, s'il était Dieu, comme on nous le rapporte,
Laissé mourir quelqu'un qu'il aimait de la sorte ? »

Or, Marthe conduisit au sépulcre Jésus.
Il vint. On avait mis une pierre dessus.
« Je crois en vous, dit Marthe, ainsi que Jean et Pierre ;
Mais voilà quatre jours qu'il est sous cette pierre. »

Et Jésus dit : « Tais-toi, femme, car c'est le lieu
Où tu vas, si tu crois, voir la gloire de Dieu. »
Puis il reprit : « Il faut que cette pierre tombe. »
La pierre ôtée, on vit le dedans de la tombe.

Jésus leva les yeux au ciel et marcha seul
Vers cette ombre où le mort gisait dans son linceul,
Pareil au sac d'argent qu'enfouit un avare.
Et, se penchant, il dit à haute voix : « Lazare ! »

Alors le mort sortit du sépulcre ; ses pieds
Des bandes du linceul étaient encore liés ;
Il se dressa debout le long de la muraille ;
Jésus dit : « Déliez cet homme, et qu'il s'en aille. »
Ceux qui virent cela crurent en Jésus-Christ.

Or, les prêtres, selon qu'au livre il est écrit,
S'assemblèrent, troublés, chez le préteur de Rome ;
Sachant que Christ avait ressuscité cet homme,
Et que tous avaient vu le sépulcre s'ouvrir,
Ils dirent : « Il est temps de le faire mourir. »

Victor Hugo

Autre Poème « Vous prêtez au Bon Dieu... » La "Théologie" de Victor Hugo diffère considérablement de celle des théologiens "professionnels", en particulier de ceux de certaines églises dites chrétiennes.

Dans le poème suivant, il s’agit du dogme de la Rédemption. La façon dont Victor Hugo fait ressortir le caractère proprement aberrant du dogme encore en vigueur aujourd’hui et auquel adhèrent toujours de nombreux "croyants" ou "fidèles" de différentes églises a quelque chose d’imparable.

L’image d’un Dieu capable d’agir de façon aussi arbitraire, Victor Hugo la repoussait loin de lui, et c’est aussi ce que, assurément, fera chaque chercheur sérieux portant en lui une véritable Intuition de Justice : Le Dieu de Perfection, de Pureté, d’Amour et de Justice ne pouvait ni ne pourra jamais agir ainsi !!!

Une telle imperfection, seule la pensée proprement humaine pouvait la porter en elle et l’imposer ensuite, pendant tant de temps, à des centaines de millions de "fidèles croyants", porteurs de la "foi du charbonnier"… Mais si celle-ci est aussi noire que son charbon, pas étonnant que le dogme paraisse souvent, lui aussi, tellement obscur…

Vous prêtez au Bon Dieu ce raisonnement-ci :
« J’ai, jadis, dans un lieu charmant et bien choisi,
Mis la première femme avec le premier homme…
Ils ont mangé, malgré Ma Défense, une pomme… !
C’est pourquoi Je punis les hommes "à jamais" !
Je les fais malheureux sur Terre et leur promets,
En enfer où Satan dans les braises se vautre,
Un châtiment sans fin pour la faute d’un autre…
Leur âme tombe en flamme et leur corps en charbon…
Rien de plus juste… Mais, comme Je suis très bon,
Cela m’afflige ! … Hélas, comment faire ? … Une idée :
Je vais leur envoyer Mon Fils dans la Judée…
Ils Le tueront… Alors, c’est pourquoi - j’y consens -,
Ayant commis un crime, ils seront innocents !
Leur voyant faire, ainsi, une faute complète,
Je leur pardonnerai celle qu’ils n’ont pas faite.
Ils étaient vertueux… Je les rends criminels…
Donc, Je puis leur ouvrir Mes vieux bras paternels… !
Et, de cette façon, cette Race est sauvée,
Leur innocence étant, par un forfait, lavée !
L’homme étant la souris dont le Diable est le chat,
On appelle ceci : "Rédemption", "Rachat",
"Salut du Monde"… Et Christ est mort, donc l’homme est libre,
Et tout est, désormais, fondé sur l’équilibre
D’un vol de pomme avec l’assassinat de Dieu ! »

Victor Hugo





Dimanche 11 Mars 2012


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