Société

Vestiaires


Al Gore reçoit le prix Nobel de la paix. Ché Guevara devient plus que jamais l’icône du romantisme révolutionnaire promu par Olivier Besancenot. L’image du « bébévore » Chabal tient lieu de référence patriotique. Ainsi, l’homme qui spécule sur les droits à la pollution, l’épurateur sanguinaire de la cabana et la caricature de bête humaine occupent tous trois le devant de la scène médiatique. Le dénominateur commun de leur promotion est de fourvoyer un sentiment juste : la responsabilité vis-à-vis du monde futur, la volonté de combattre l’injustice sociale et la nécessité de reprendre en main notre destin d’Etat-nation. Cependant, sans projet, sans analyse de la situation économique et sociale, sans vision claire du bien commun, cette circulation d’images gêne aussi peu l’injustice en place que les héros des films hollywoodiens ou franchouillards. Au sein du cirque romain dans lequel nous sommes plongés, ils sont les sous-produits culturels, les monstres engendrés par le sommeil de la raison, que les élites refilent au peuple pour le distraire de l’essentiel.


Jacques Cheminade
Mercredi 17 Octobre 2007

  Vestiaires
Les éditoriaux de Jacques Cheminade sont publiés tous les quinze jours dans le journal Nouvelle Solidarité, sur www.solidariteetprogres.org ainsi que www.cheminade-le-sursaut.org.



Qu’arrive-t-il en effet pendant que « le spectacle continue » ? Le libéralisme sévit. Un libéralisme qui nie l’existence de principes dans l’univers et leur substitue la loi d’une opinion publique suicidaire qu’il a lui-même façonnée.

A la circulation d’images correspond une circulation devenue folle de l’argent et une extension de l’oppression rendue fatale par la logique du système.

Au stade actuel de la désintégration financière, la spéculation porte aujourd’hui sur les ressources naturelles : énergie, alimentation, minerais stratégiques. Le krach est dans nos assiettes, dans nos maisons et dans nos vies. De nouveaux « instruments financiers », les Collateralized Commodity Obligations, vont permettre de multiplier ces spéculations avec un effet de levier. Et l’on arrose le tout d’argent : la masse monétaire de la zone euro, M 3, augmente ainsi au rythme de plus de 11 % depuis cet été, alors qu’elle ne s’accroissait que de 4,7 à 5,4 % en 2000-2001. La Banque centrale européenne sauve, par son dirigisme financier, des spéculateurs qui réclament la privatisation de tout : on marche sur la tête.

Chez nous, les scandales (délits d’initiés à EADS, recours scandaleux aux tests d’ADN en matière d’immigration, dessous de table de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie...) sont révélateurs de l’effondrement du système.

C’est dans cette situation qu’un Dick Cheney aux abois peut déclencher à tout moment, s’il n’est écarté du pouvoir, une intervention militaire contre l’Iran. Chez nous, après le regroupement des services intérieurs et extérieurs autour de Nicolas Sarkozy, avec Claude Guéant et Jean-David Levitte, l’on prépare des drones, les « mouettes Elsa », pour surveiller banlieues et manifestations à partir de « commissariats du futur ».

Le scénario orwellien, derrière les images de Gore, Guevara et Chabal, se trouve ainsi mis en place. Le roi est nu. Notre tâche est de convaincre que nous sommes très nombreux à voir sa nudité et que nous avons un projet permettant de le renvoyer aux vestiaires pour se faire rhabiller.


Mardi 16 Octobre 2007

Politique française | Société

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