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Vers un Liban sans État ?


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L’ambassadeur des États-Unis au Liban, Jeffrey Feltman, a exprimé le souhait que le vide constitutionnel se déroule dans le calme, une allusion on ne peut plus clair au fait qu’un compromis sur l’élection présidentielle est peu probable. Mais la presse libanaise et régionale rapporte les propos du président de l’Assemblée nationale, Nabih Berry, qui reste optimiste envers et contre tout. Perdus entre ces deux positions contradictoires, les analystes éprouvent de sérieuses difficultés à prévoir la suite des événements.


Jeudi 22 Novembre 2007

Vers un Liban sans État ?

Tendances et événements au Liban

Malgré l’annonce du report de la séance de l’élection présidentielle, pour la quatrième fois en l’espace de deux mois, les contacts et les efforts, locaux, régionaux et internationaux, se poursuivent d’arrache-pied pour tenter de trouver un compromis de dernière minute entre la coalition au pouvoir et l’opposition. Des solutions médianes sont à l’étude dans les coulisses de Beyrouth et des capitales concernées par la crise. On reparle d’un président pour une période transitoire de deux ans, qui serait chargé d’élaborer une nouvelle loi électorale et d’organiser des législatives anticipées. On évoque aussi la formation d’un gouvernement de transition dirigé par le commandant en chef de l’Armée, le général Michel Sleimane.
Les contacts fébriles des dernières 24 heures ont enregistré les développements suivants :
- 1. Le président français, Nicolas Sarkozy, s’est entretenu au téléphone avec son homologue syrien, Bachar al-Assad, avant de dépêcher à Damas ses deux plus proches conseillers, Claude Guéant et Jean-David Levitte. Cette prise de contact direct entre les deux présidents marque officiellement la fin de la rupture des relations et l’échec de la politique d’isolement et d’endiguement de la Syrie. Paris et Damas ont décidé de coordonner leurs efforts pour tenter de trouver une issue consensuelle à la crise libanaise.
- 2. Le Premier ministre Fouad Siniora et d’autres personnalités politiques agissent comme si le vide constitutionnel —c’est-à-dire l’échec de l’élection présidentielle— était le scénario le plus probable. Selon eux, ce vide sera rempli par le gouvernement actuel dont la légitimité et la constitutionnalité, sont contestées par l’opposition et par une grande majorité de Libanais. C’est ce à quoi s’emploient l’ambassadeur états-unien à Beyrouth, Jeffrey Feltman, et le représentant de Ban Ki-Moon au Liban, Geir Pederson, ainsi que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa. Ils prônent dans les coulisses et les salons « un vide constitutionnel géré dans le calme ». Mais en réalité, cette perspective signifie que la crise libanaise est ouverte à toutes les options, auxquelles l’Armée libanaise se prépare à travers un déploiement sans précédent sur l’ensemble du territoire pour éviter d’éventuels clashs et débordements. Dans un message adressé aux miliaires, le général Michel Sleimane qualifie de « traîtres » ceux qui utiliseraient leurs armes à l’intérieur du Liban.
- 3. Un flou total entoure les intentions du président sortant Emile Lahoud. À deux jours de la fin de son mandat, on ne sait toujours pas quelle sera la nature des dispositions constitutionnelles que le chef de l’État va prendre, sachant qu’il refuse de remettre le pouvoir à un président élu à la majorité simple ou au gouvernement de Fouad Siniora qu’il considère comme anticonstitutionnel. On évoque deux scénarios : soit Emile Lahoud décide de rester au palais présidentiel pour éviter toute vacance à la tête de l’État, soit il remet le pouvoir au conseil militaire, composé de hauts gradés de toutes les communautés libanaises. Il est peu probable qu’il forme un second gouvernement, comme le souhaitent plusieurs partis de l’opposition. Cependant, des sources généralement bien informées affirment qu’Emile Lahoud pourrait tout simplement quitter ses fonctions à la fin de son mandat sans prendre aucun mesure, faisant assumer au gouvernement de Fouad Siniora qui, à ses yeux, n’existe pas, la responsabilité du vide constitutionnel.
- 4. La voie reste ouverte à un éventuel accord sur une formule provisoire avant la séance de vendredi. Le retour de Saad Hariri à Beyrouth après deux brèves visites à Moscou et Riyad et sa rencontre avec Nabih Berry, pourraient s’inscrire dans ce cadre. En Russie, Saad Hariri a tenté en vain d’obtenir de Vladimir Poutine que son pays reconnaisse un président élu à la majorité simple. Devant le refus du maître du Kremlin, Hariri s’est contenté de réclamer le soutien de la Russie aux efforts d’entente inter-libanaise.
- 5. Le 14-mars n’a toujours pas abandonné l’option de l’élection d’un président à la majorité simple, même après la fin du mandat d’Emile Lahoud. L’opposition, qui aura perdu la carte du second gouvernement, se trouvera alors dans une position inconfortable. Certains milieux de l’opposition écartent cette éventualité. Mais d’autres l’estiment plus que probable après la conférence d’Annapolis, dans le cadre d’un plan états-unien visant à mélanger toutes les cartes dans la région.

Presse libanaise

AN-NAHAR (QUOTIDIEN PROCHE DU 14-MARS)
La majorité parlementaire (14-mars) refuse la réédition des scénarios de 1988 et 2004, lorsque le candidat à la présidence avait été imposé par l’extérieur. Le président Nabih Berry navigue à contre-courants et fait preuve de son optimisme et fixe à vendredi 13 heures la séance de l’élection présidentielle.

AS-SAFIR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Le député Walid Joumblatt affirme qu’il ne souhaite pas mettre en œuvre les résolutions internationales sur les cadavres des Libanais.
Le président sera élu vendredi après un compromis inter-maronite.
Le président Nicolas Sarkozy appelle Bachar al-Assad et lui envoie son conseiller Claude Guéant.
L’Arabie saoudite soutient n’importe quel candidat dont le nom figure sur la liste du Patriarche Nasrallah Sfeir, y compromis l’ancien ministre Michel Eddé.

AL-AKHBAR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Plus la date de la fin du mandat d’Emile Lahoud approche, plus les pressions s’accentuent sur les parties libanaises. Mardi, la résidence du général Michel Aoun a vu défiler un grand nombre d’émissaires internationaux et arabes.

Audiovisuel libanais

AL-MANAR (HEZBOLLAH)
Le dernier report de la séance de l’élection présidentielle a été annoncé officiellement. D’ici à vendredi, les Libanais n’attendent qu’une seule nouvelle : Soit il y aura un nouveau président, soit le pays restera sans chef d’État.

NTV (PROCHE DES THESES DE L’OPPOSITION)
Le 24èmer jour du mois sera comme le 34ème, sans accord et sans compromis, tant que les maronites ne se seront pas entendus sur un candidat, afin qu’ils ne soient pas responsables, devant l’Histoire, de la catastrophe du vide constitutionnel.

OTV (TELEVISION DU CPL DU GENERAL MICHEL AOUN)
Les données actuelles montrent que le pays se trouve devant trois possibilités : un président transitoire, le vide constitutionnel ou la formation d’un gouvernement transitoire, une option qui a vu ses chances augmenter ces dernières heures.

LBC (PROCHE DU 14-MARS)
L’échéance présidentielle libanaise se trouve dans la salle arabe des soins intensifs. La faible lueur d’espoir a été prolongée jusqu’à vendredi, à l’aide d’un système de respiration artificielle.

FTV (APPARTIENT A LA FAMILLE HARIRI)
Que va apporter le dernier quart d’heure aux Libanais : le président d’une République libre et démocratique ou le vide constitutionnel dont nous menace la Syrie et ses outils locaux ?

Tendances et événements au Proche-Orient

Les États arabes membres du groupe de Charm el-Cheikh, plus connu sous le nom de l’axe des pays « modérés », sont dans l’embarras. Trois d’entre eux, la Jordanie, l’Égypte et l’Arabie saoudite, ne savent pas quelle attitude adopter face à la Conférence d’Annapolis.
De nombreux analystes pensent que cette rencontre, si elle a lieu, distribuera deux lots de consolation.
- Le premier à George Bush et à son administration, cibles de sévères critiques pour sa politique moyen-orientale, principalement motivées par l’échec en Irak et le blocage au niveau du volet israélo-palestinien. Ces critiques émanent de centres influents à l’intérieur de l’establishment états-unien, et se sont clairement exprimées dans les recommandations de la commission Baker-Hamilton.
- Le deuxième lot ira à Israël et son Premier ministre, qui traverse des moments difficiles après la défaite de son armée au Liban en 2006 et ses interminables démêlés avec la justice de son pays pour des affaires de corruption et d’abus de pouvoir. Ehud Olmert espère que cette conférence permettra à Israël d’élargir l’éventail de la normalisation avec les Arabes, lui offrant ainsi une victoire devant l’opinion publique israélienne.
La Jordanie et l’Égypte, deux pays liés démographiquement, politiquement et géographiquement aux Territoires palestiniens, sont très embarrassés. Ils ne peuvent pas supporter les conséquences d’un éventuel abandon du droit au retour des cinq millions de réfugiés palestiniens. L’Arabie saoudite, elle, subit de forte pressions US pour normaliser ses relations avec l’État hébreu et se trouve dans l’incapacité de justifier une telle mesure devant les opinions publiques arabes et musulmanes, alors que le royaume s’est présenté pendant des décennies comme le protecteur des droits des Palestiniens. La Syrie, elle, semble se diriger vers une non-participation à la conférence tant que sa principale condition, à savoir l’examen de la question du Golan, n’est pas satisfaite par les États-Unis.
Dans de telles circonstances, Annapolis sera une opération de relations publiques destinée à redorer le blason de deux dirigeants affaiblis, Bush et Olmert, et à ternir davantage l’image des pays arabes pro-US.

Presse et agences internationales

LIBERATION (QUOTIDIEN FRANÇAIS)
Dans une interview accordée au quotidien, le chef chrétien de l’opposition libanaise, le général Michel Aoun, pose les critères auxquels doit répondre un président de la République. « Il doit avoir une assise populaire, de l’expérience et être apte à diriger ce pays dans la situation de crise qui prévaut actuellement. Je suis la personne la plus qualifiée pour occuper ce poste. Non seulement je suis le chef du principal bloc chrétien au Parlement, mais je suis également soutenu par une large partie de la population musulmane. J’ai une dimension nationale. Enfin, étant donné mon parcours politique, je peux faire le pont entre les différentes forces de ce pays pour ressouder l’unité intérieure. Cette majorité a accédé au pouvoir en 2005 grâce à une loi électorale frauduleuse. Nous sommes dans une « kleptocratie ». Si demain elle nomme un président de la République sans que le quorum de deux tiers des députés ne soit réuni, ce sera un coup d’État. On paiera de la même monnaie. Peut-être un autre président. Peut-être un autre gouvernement. Peut-être des manifestations. Nous avons mille moyens ».

AL-WATAN (QUOTIDIEN QATARI)
- Walid Al-Samour
Malgré le refus profond de rentrer dans le jeu politique libanais, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a quand même présenté une liste de candidats qui lui ont démontré des aptitudes suffisantes à garder la maison et à permettre à un quorum des deux tiers du Parlement d’élire un président conformément à la Constitution, qui aura fait l’objet d’un accord préalable entre loyalistes et opposition représentés par Saad Hariri et Nabih Berry. Trois issues peuvent résulter de cette initiative catalysée par la France. Soit les deux négociateurs Berry et Hariri s’entendent sur un candidat qui sera élu par l’ensemble des députés, soit ils s’entendent sur deux candidats qui seront départagés par le scrutin parlementaire, soit ils ne s’entendent sur aucun nom, et à ce moment-là, toutes les portes seront ouvertes.
- Amin Moustapha
Le consensus est la seule clé de la crise libanaise. Certains avaient parié sur la capacité de Ban Ki-Moon à faire progresser le dossier libanais, en tous cas, à lui donner une issue positive basée sur le respect et l’application des résolutions internationales votées par le Conseil de sécurité. Mais les responsables libanais ont été gavés, ces derniers jours, par les conseils diplomatiques aussi avisés, soient-ils. Si Ki-Moon considère le Liban comme un membre de plein exercice de l’Organisation des Nations unies, pourquoi ne fait-il jamais l’allusion aux violations quotidiennes de l’espace aérien libanais commises par l’aviation israélienne ? Pourquoi ignore-t-il l’occupation israélienne des fermes de Chebaa ? Parce que tant que la Finul fera acte de présence sur le terrain, l’Onu estimera que la souveraineté et l’indépendance du Liban ne sont pas en danger. »

AL-HAYAT (QUOTIDIEN SAOUDIEN BASE A LONDRES)
- Moustapha Zein
Le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, fait tomber la langue de bois de la scène politique libanaise quand il traite de la question de la présidence. Il a renvoyé le débat à la racine du conflit. La question, pour lui, n’est pas une question d’élection, conformément aux principes constitutionnels ou aux principes du Pacte national. Il va au-delà de ce qui suit : un accord sur la stratégie de l’État et le régime, et sur les relations régionales et internationales du Liban. Il considère que le Pacte national ne garde plus à équidistance le monde arabe de l’Occident. Ce jeu a été invalidé au cours de la guerre civile et des divisions internes après le retrait syrien et après la guerre de juillet. L’émergence de l’Iran cherche à s’affirmer comme une puissance régionale qui a son plan et sa stratégie dans une région dépourvue de tout projet arabe, à l’exception de la réaction et l’abandon à la puissance états-unienne. Dans le discours de Nasrallah, l’élection présidentielle fait partie de sa conception de l’avenir du Moyen-Orient.

http://www.voltairenet.org/article153176.html http://www.voltairenet.org/article153176.html



Jeudi 22 Novembre 2007

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