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Economie et pouvoir financier

Vers l'état d'urgence alimentaire en Amérique Centrale




Vers l'état d'urgence alimentaire en Amérique Centrale
Il y a quelques jours, les ministres de l’Agriculture de l’Amérique Centrale se sont retrouvés à San José au Costa Rica pour étudier des mesures d’urgence qui permettraient d’augmenter la production régionale de céréales. Selon José Grazianao, dirigeant régional de la Food and Agriculture Organization (FAO) des Nations Unies, des millions d’habitants de l’Amérique Centrale sont menacés par des pénuries et des prix très élevés. Il a avertit que les choses iraient en s’aggravant ; la famine risque de s’intensifier au Guatemala, au Nicaragua, au Honduras et à El Salvador parce que ces pays n’ont ni les moyens de produire assez de nourriture, ni l’argent pour payer des produits importés dont les prix s’envolent.

Tandis que le ministre guatémaltèque de l’agriculture souligne la folie qui consiste à nourrir les voitures en produisant des biocarburants au lieu de nourrir les hommes, ses collègues affirment qu’ils ont bêtement suivi les conseils des agences de prêt internationales qui avaient préconisé de réduire la taille des terres cultivables. Un économiste de l’Association des centres de recherche et d’études du Guatemala (ASIES) a dit que le Guatemala se trouvait « sans défense » devant la montée du prix des denrées alimentaires qui composent le panier mensuel de la ménagère qui a augmenté de 22 quetzales depuis le mois de janvier.

Le responsable du programme alimentaire mondial au Salvador, Carlos Scaramella, a averti que la population de ce pays risque de perdre rapidement « l’accès » à la nourriture. Suite à des augmentations du prix du lait, des légumes, du bœuf, du poulet et de l’huile alimentaire, une grève générale a éclaté le 9 avril en République Dominicaine pour protester contre la cherté des prix de l’alimentation et du carburant et pour réclamer des augmentations immédiates de salaires.

Haïti, un pays que Franklin Delano Roosevelt avait réussi à rendre autosuffisant sur le plan alimentaire en 1941, est également secoué depuis plusieurs jours par des émeutes de la faim. Depuis le début des émeutes, au moins cinq personnes ont été tuées par balle et on compte une quarantaine de blessés. Ce pays est devenu le pays le plus pauvre des Amériques, 80% de ses habitants gagnent moins de 2 dollars par jour et ne peuvent pas faire face au doublement des prix du riz, de l’huile, des haricots et des céréales, pourtant des produits qui sont la base de leur régime alimentaire. Le Brésil vient d’annoncer qu’il enverra 14 tonnes de nourriture pour aider Haïti à calmer la crise.

La situation est tellement instable dans toute la région que les ministres des Affaires étrangères de l’Amérique Centrale ont décidé de se retrouver le 19 avril pour faire le point sur la situation.


Vers l'état d'urgence alimentaire en Amérique Centrale
Egypte et Yemen : le pain de la discorde


Frappé de plein fouet par l'explosion des prix des denrées alimentaires de base, des troubles sociaux prennent le devant de la scène en Asie du Sud Ouest. Après la Jordanie, c'est au tour de l'Egypte et du Yemen de voir des milliers de manifestants dénoncer la cherté de la vie au quotidien.

En Egypte, dans la ville symbole de l'industrie textile, Mahalla al-Koubra, 7000 manifestants ont piétiné le portrait du président Hosni Moubarak, du jamais vu dans un pays qui vit sous état d'urgence depuis 1981. La police est intervenue avec des grenades lacrymogènes et a ouvert le feu sur les manifestants avec des balles en caoutchouc tuant deux personnes et provoquant des dizaines de blessés.

Les ouvriers réclament de meilleurs salaires pour la simple raison que leur rémunération actuelle ne permet plus de s'offrir la nourriture de base. Des pans entiers du secteur du textile en Egypte, dans le cadre de la mondialisation, ont été privatisés. Ce processus les a livré à des spéculateurs comme le milliardaire anglais Georges Soros et les salaires ont été revus à la baisse pour « améliorer » la compétitivité du textile égyptien avec celui d'Asie.

Un gros tiers d'égyptiens se débrouille avec moins de deux dollars par jour. Les 80 millions d'égyptiens, dont 95% vivent sur seulement 5% du territoire, sont les plus gros consommateurs de pain au monde, avec 400 grammes par jour et par personne. Le baladi, le pain subventionné, se vend à un prix qui reste 13 fois en dessous de celui du marché libre, mais il faut six heures d'attente pour pouvoir acquérir le maximum d'une dizaine de galettes par jour et par famille. En plus, la farine subventionnée est parfois coupée avec de la sciure… Les politiques égyptiennes en direction de l'autosuffisance alimentaire, grâce à l'irrigation et le développement de l'énergie nucléaire, furent systématiquement sabotées, sous prétexte de surpopulation. L'aide alimentaire fournie par les Etats-Unis a été une arme de chantage permanent sur la politique égyptienne.

Profitant du mécontentement général, le parti islamiste des Frères musulmans inféodé aux anglais (interdit mais toléré dans les faits) a annoncé lundi soir son boycott des élections municipales. Moubarak pour sa part prépare son fils Jamal à prendre sa succession.

Au Yémen, c'est essentiellement dans le sud du pays que des manifestations ont eu lieu et les contestataires proposent de revenir sur l'union entre le Yémen du sud (ex-communiste) et le Yémen du nord, réunifiés en 1989. Une marche d'enfants a eu lieu en guise de protestation contre la hausse des prix. Les manifestants présentent la séparation comme la « solution » à tous leurs problèmes. Si on ne dispose pas de chiffres précis sur le nombre de victimes des affrontements, certains avancent le chiffre de cinquante à soixante-dix blessés. Le gouvernement a même encerclé plusieurs villes avec des tanks et la situation risque de dégénérer rapidement.

Vendredi 11 Avril 2008

http://www.solidariteetprogres.org http://www.solidariteetprogres.org


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