Palestine occupée

Vers l’accomplissement, puis la fin, du ghetto sioniste



Lundi 15 Décembre 2008

Vers l’accomplissement, puis la fin, du ghetto sioniste

L'intérêt de John Mearsheimer pour l'entité sioniste et les relations des USA avec cette dernière n'a pas faibli. En témoigne cette analyse percutante qui se veut prospective et complète utilement un post antérieur sur la bombe démographique qui menace l'entité..


Mearsheimer prédit tout simplement l'évolution de l'entité sioniste vers une situation d'apartheid officielle et l'accession au pouvoir des rabbins. C'est précisément cette perspective du pouvoir rabbinique conjugué à celui des militaires qui a poussé Avraham Burg à écrire un livre qui fait du bruit.


Cette évolution du pouvoir vers le rabbinat ne saurait pourtant surprendre tant elle est dans la logique d'une entité sioniste qui, à force d'hésiter entre une définition raciale du judaïsme et une définition religieuse a finalement les deux.

Et dans le cas de la définition religieuse, le judaïsme ne se conçoit qu'avec le pouvoir des rabbins sur la société dans ses diverses composantes.

Mearsheimer pointe un certain nombre de conséquences de cette perspective d'un pouvoir rabbinique. Il évoque notamment ces ressortissants sionistes qui aimeraient pouvoir quitter l'entité mais sont dans l'incapacité de le faire.

Qui sont ces derniers ? Pour l'essentiel, ce sont ces déclassés qui forment une part non négligeable du peuplement de l'entité : peu instruits, peu qualifiés, leurs chances de s'en sortir à l'étranger sont proches de zéro.

Mearsheimer souligne le fait que les Juifs ultra orthodoxes sont la seule fraction de la population juive à connaître un essor démographique. S'il le signale, je pense qu'il convient d'insister sur le fait qu'en majorité les ultra orthodoxes ne travaillent pas, ne font pas le service militaire et que leurs enfants fréquentent des écoles religieuses.

En eux-mêmes ces faits sont lourds de conséquences pour l'entité sioniste : non travail signifie nécessité de recourir à une main d'œuvre extérieure (palestinienne ? philippine ? non juive de toutes manières) ; non service militaire signifie à terme problèmes d'effectifs dans l'armée (consolation, il y aura pléthore de rabbins pour bénir les bombes et autres missiles) ; non fréquentation des écoles publiques signifie impossibilité de détourner les gamins de l'ultra orthodoxie de leurs parents ; cela signifie aussi des études centrées sur le Talmud loin des besoins d'une économie et d'une armée qui se veulent à la pointe de la technique.

D'autre part, si les ressortissants sionistes les plus qualifiés continuent à partir et si le flux d'immigrants qualifiés venait à se tarir complètement, on ne donnera pas cher des prouesses technologiques de Sion qui sont d'abord dues à l'importation de cerveaux formés aux USA, en Russie et ailleurs et guère à un système éducatif à côté duquel personne n'oserait plus décrier le système français.


Le visage changeant d'Israël

Par John Mearsheimer, TPMCafe (USA) – 12 décembre 2008 traduit de l'anglais par Djazaïri


Avraham Burg croit à l'évidence que l'occupation a eu un profond effet corrupteur sur Israël. Mais un autre phénomène qui est en cours à l'intérieur d'Israël l'inquiète beaucoup : le changement de nature de cette société. Il dit par exemple que « la société israélienne est fondamentalement divisée, » et même s'il ne précise pas les détails de cette division, elle semble avoir une dimension politique et religieuse. Il pense que le centre de gravité politique d'Israël s'est déplacé sensiblement à droite. En fait, il pense que la gauche « a vu sa base s'effriter et est devenue marginale. » Il considère aussi que l'équilibre entre les Israéliens tenants du sécularisme et les religieux a basculé en faveur de ces derniers, et c'est pourquoi il écrit que « l'avènement d'un Etat dirigé par des rabbins et des généraux n'est pas un cauchemar impossible. »

Je vais tenter d'étayer l'analyse de Burg en précisant quelques tendances internes de la société israélienne qui ont eu et continueront à avoir un effet profond sur l'Etat juif avec le temps, mais qui dont les médiats traditionnels ici en Amérique ne parlent guère. Plus précisément, je voudrais me concentrer sur le renforcement des ultra-orthodoxes ou Haredi en Israël, et de l'émigration hors d'Israël qu'on pourrait appeler « Aliyah à l'envers. »

Au moment de sa fondation en 1948, Israël comportait seulement un petit nombre de Juifs ultra orthodoxes. En fait, les Haredis étaient profondément opposés au sionisme qu'ils percevaient comme un affront à la tradition juive. Cependant, leur nombre s'est accru par à coups ces dernières années comme l'a fait leur proportion dans la population israélienne. La raison en est simple : en moyenne, chaque femme Haredi a 7,6 enfants, ce qui représente à peu près le triple de ce qu'on observe dans l'ensemble de la population juive israélienne. Ainsi le magazine Forward rapportait en août 2007 que « En quinze ans, de 1992 à 2007, la proportion d'enfants juifs fréquentant des écoles élémentaires publiques profanes est passé de 67 % à 55 % ; cette proportion devrait tomber à 51 % en 2012. Le pourcentage d'élèves qui fréquentent les écoles ultra orthodoxes est passé entre temps de 12 ,4 % en 1992 à 26,7 % en 2007 et devrait atteindre 31 % en 2012. »

La croissance rapide de la communauté ultra-orthodoxe a des conséquences significatives pour Israël, parce que seulement 30 % des hommes ultra orthodoxes travaillent et très peu parmi eux effectuent le service militaire. Plus généralement, elle implique que cette communauté jouera probablement un rôle politique important en Israël dans les décennies à venir. Il vaut la peine de noter que lors de la dernière élection municipale à Jérusalem, le candidat ultra-orthodoxe, Meir Porush a déclaré que « Encore quinze années et il n'y aura plus un seul maire non religieux dans aucune ville d'Israël, excepté peut-être dans un petit village perdu ». Il exagérait, c'est certain, mais ses propos montrent l'orientation prise par Israël et pourquoi Burg s'inquiète du contrôle de l'Etat par les rabbins.

La deuxième tendance réside dans le grand nombre d'Israéliens qui ont émigré en Amérique du nord et en Europe, et qui ne rentreront probablement pas. Selon la plupart des estimations, il y a approximativement 5.3 millions de juifs Israéliens et 5.2 millions de Palestiniens habitant le grand Israël [c.à.d. l'ensemble de la Palestine]. Il y a également environ 300.000 individus habitant en Israël que le Bureau central de la statistique définit en tant que «autres. » La plupart sont des parents d'immigrés ou les individus juifs qui ont des ancêtres juifs, mais pas une mère juive, et ne sont donc pas classés dans la catégorie des juifs par le gouvernement israélien. Si on compte ces « autres » comme juifs, alors il y a 5.6 millions de juifs israéliens, et non 5.3 millions. Procédons ainsi, ce qui signifie qu'il y a 5.6 millions de juifs israéliens et 5.2 millions de Palestiniens. Cependant, tous ces juifs n'habitent plus toujours en Israël. Il est difficile d'obtenir des chiffres fiables sur le nombre d'Israéliens qui vivent à l'étranger, parce que le gouvernement a cessé de les publier au début des années 70. En me basant sur divers articles sur le sujet et des conversations que j'ai eues quand j'étais en Israël en juin dernier, il semble raisonnable de supposer qu'au moins 750.000 Israéliens vivent à l'étranger. Ceci signifie qu'il y a maintenant moins de juifs que de Palestiniens habitant le grand Israël, même en comptant les 300.000 «autres» comme juifs.


En outre, de nombreux indices montrent qu'un nombre substantiel de juifs israéliens voudrait quitter Israël s'il en avait la possibilité. Dans un article qui vient de paraître dans National Interest, John Mueller et l'Ian Lustick rapportent que « une étude récente indique que seulement 69 % d'Israéliens juifs disent vouloir rester dans le pays, et un sondage de 2007 montre qu'un quart des Israéliens envisagent de partir, pourcentage qui inclut presque la moitié de l'ensemble de la jeunesse. Ils signalent également que, «selon une autre étude, 44 % des Israéliens disent qu'ils seraient prêts à partir s'ils pourraient obtenir un meilleur niveau de vie ailleurs. Plus de 100.000 Israéliens ont acquis les passeports européens. « * je suis prêt à parier que la plupart de ces Israéliens qui ont choisi de vivre dans la Diaspora sont non religieux et modérés politiquement, au moins par rapport au contexte israélien. Il est également utile de noter que l'immigration en Israël est faible depuis le début des années 90, et que certaines années, le nombre des émigrants dépasse celui des immigrants.

Ces données semblent confirmer le point de vue de Burg selon lequel la société israélienne devient plus religieuse et moins séculière, et que le centre de gravité politique va beaucoup plus loin vers la droite qu'à l'accoutumée. Je pense que l'évolution de cette situation a cinq conséquences possibles.

Premièrement, ces tendances rendront certainement moins probable une évacuation de la Cisjordanie par Israël et la création d'un Etat palestinien viable. Le Grand Israël deviendra un fait accompli, si ce n'est déjà le cas.

En second lieu, il semble clair que les juifs vont être nettement dépassés en nombre par les Palestiniens dans le Grand Israël. Le fait démographique fondamental que je n'ai pas évoqué antérieurement est que la femme palestinienne a en moyenne approximativement 4.6 enfants, contre environ 2.6 enfants pour la femme israélienne. Le Grand Israël sera un Etat de ségrégation.

Troisièmement, les jeunes Israéliens qui pensent comme Burg sont susceptibles de se sentir de plus en plus mal à l'aise en Israël, et de trouver l'idée de vivre en Europe ou en Amérique du nord de plus en plus attrayante. Et l'Europe, qui devra face dans un proche avenir à de sérieux problèmes démographiques réservera probablement un accueil favorable - peut-être même tentera-t-elle de l'attirer - aux Israéliens qui voudront immigrer.

Quatrièmement, il risque de devenir de plus en plus difficile pour les forces pro-Israël aux Etats-Unis d'arguer que Washington devrait maintenir ses « relations spéciales " avec l'Israël, parce que les deux pays ont « des valeurs communes. « Il n'y a pas beaucoup de similitude en termes de valeurs fondamentales entre cet Israël émergent l'Amérique contemporaine.

Cinquièmement, il semble également évident qu'il va être de plus en plus difficile pour les juifs américains, particulièrement les plus jeunes, de s'identifier à Israël et de ressentir un attachement profond envers cet Etat, attachement essentiel pour maintenir les relations spéciales.

En somme, Israël est en difficulté et c'est pourquoi les Américains de toutes convictions – particulièrement ceux qui prétendent être les amis d'Israël – devraient lire le livre important de Burg et commencer à en parler.

http://mounadil.blogspot.com/


Lundi 15 Décembre 2008


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