Politique Nationale/Internationale

Vent mauvais sur l’Italie

Régionales : la Ligue du Nord étend son ombre verte



Olivier Bonnet
Jeudi 1 Avril 2010

Vent mauvais sur l’Italie

Alliée à Berlusconi depuis 2001, l’extrême droite poursuit sa montée en puissance

Le constat de L’Humanité, basé sur les chiffres, est implacable : "Sans la progression de l’extrême droite, Silvio Berlusconi ne serait pas sorti vainqueur des régionales italiennes. Sa formation, le Peuple de la liberté (PDL), n’obtient que 26,7%, soit 6,6 points de moins qu’aux législatives de 2008. Mais la progression de son alliée, la Ligue du Nord (LN), lui assure la victoire dans les régions septentrionales. Cette formation xénophobe et séparatiste pèse aujourd’hui 12,7% des voix, contre 9,5% en 2008." Libération confirme : "la Ligue du Nord sort grande gagnante du scrutin", comme L’Express, qui la qualifie de "grand vainqueur des élections italiennes". Ainsi, derrière Silvio Berlusconi s’avancent les chemises vertes. Avant de lui passer devant, comme sur la photo ci-dessus où le tribun de la Lega Nord, Umberto Bossi, figure au premier plan, avec un cavaliere tout sourire derrière lui ? "C’est moi, l’arbitre de la situation", triomphe Bossi. A la faveur de ces élections, son parti "obtient pour la première fois de son histoire les présidences régionales de la Vénétie et du Piémont", expose Le Monde. Le riche Piémont, dont Turin est la capitale, avec ses 25 400 km² pour 4 291 000 habitants - dixit Wikipedia - est la deuxième plus grande région d’Italie (après la Sicile) ! Parlant de "triomphe", le quotidien évalue l’ensemble des forces de la formation d’extrême droite : "La montée en puissance de la Ligue, forte d’une soixantaine de députés, de 350 municipalités et de 14 provinces, lui a déjà valu quatre ministères lors de la formation du gouvernement, en 2008. Force d’appoint des victoires du PDL, la Ligue est devenue une formation pilier." Grâce à sa victoire aux régionales, elle revendique désormais la mairie de Milan. Xénophobe, séparatiste et populiste sont les termes couramment utilisés pour la qualifier. Mettons les points sur les i : il s’agit de fous furieux !

Il y a quatre ans, dans Berlusconi : les liaisons dangereuses, tirant la sonnette d’alarme, nous posions la question suivante : "Qui sont-ils vraiment, ces partenaires [d’extrême droite] qu’ Il cavaliere veut inviter à diriger l’Italie à ses côtés ?" En voici un extrait significatif : « Mussolini n’a jamais tué personne ! Tout au plus, il se contentait d’envoyer des opposants en vacances... » Qui est l’auteur de cette invraisemblable citation, qui balaie d’un revers du coude les milliers de militants politiques et syndicalistes victimes du fascisme, emprisonnés, blessés ou assassinés ? Qui est ce révisionniste à l’italienne ? Silvio Berlusconi lui-même ! En septembre 2003, il accordait une interview conjointe à l’hebdomadaire britannique The Spectator et au quotidien La Voce di Rimini et répondait ainsi aux journalistes qui lui suggéraient un parallèle entre la dictature du Duce et celle de Saddam Hussein. « J’ai accordé une interview qui devait être relue et amendée, j’ai parlé à bâtons rompus », se justifiera Il cavaliere. Un peu court. Mais ce n’est pas d’hier que Berlusconi montre sa sympathie envers l’extrême ubdroite. Lorsqu’elle remporte les législatives de 2001, sa coalition s’appuie entre autres sur la Ligue du Nord d’Umberto Bossi, ce dernier étant nommé ministre de la Réforme du premier gouvernement Berlusconi de l’histoire, poste qu’il occupera jusqu’en juillet 2004, lorqu’il est victime d’un accident cardiaque. La Ligue du Nord revendique l’autonomie régionale d’une région mythique baptisée Padanie, pour éviter que ne soient versées des aides au Sud du pays, qualifié de "véritable Tiers-Monde italien". Xénophobe obsédé par l’immigration, Bossi a proposé l’érection d’un mur le long des côtes italiennes, pour empêcher les clandestins d’arriver. Ses troupes en chemises vertes, la "garde nationale padane", diffusent des tracts au contenu sans équivoque : lega_nord1"Usines de la Padanie, n’embauchez pas de Méridionaux". Bossi lui-même vitupère le "nazisme rouge né de l’alliance entre banquiers et francs-maçons [qui] tient l’Europe avec le lobby des gays". Marqué par un nouveau souci de santé, un accident cérébral, il a pourtant fait son retour sur la scène politique à la fin de la campagne, pour tenter d’apporter à Berlusconi les 4% de voix que peut mobiliser la Ligue, ce qui lui vaudrait de conserver des ministères."

Parenthèse avant de poursuivre la citation de notre billet d’avril 2006 : notons que les 4% sont aujourd’hui devenus 12,7% ! Où s’arrêtera une formation berlu   teeshirtcapable de plus que tripler son score en quatre ans ? En s’alliant à l’extrême droite dès 2001, Berlusconi n’a-t-il pas joué à l’apprenti sorcier ?

"Dans le gouvernement sortant lui appartenaient en effet les portefeuilles du Travail, de la Justice et de la Réforme, du moins jusqu’à la démission du titulaire de ce dernier, Roberto Calderoli. Ce roi de la provocation proposait l’année dernière : "Pour chaque journée de captivité d’un otage italien, il nous faut expulser et renvoyer chez eux mille musulmans vivant en Italie et originaires des États voyous." Le 16 février, un ultime dérapage entraîne son départ du gouvernement : il ouvre sa chemise pendant le "20 heures" de la première chaîne de la RAI pour montrer un tee-shirt qu’il s’est fait confectionner, représentant les fameuses caricatures de Mahomet.calderoli Le lendemain, en Lybie, se déroule une violente manifestation devant le consulat d’Italie de Benghazi, qui est incendié, et les affrontements entre protestataires et policiers font onze morts. Berlusconi lui demande sa démission le soir-même et il obtempère le 18 février."

Les sinistres membres de la Ligue du Nord aujourd’hui, qui vont gouverner deux régions italiennes, sont loin de s’être calmés. En témoigne l’opération suivante, à laquelle Celestissima consacrait un billet le 19 mars dernier : "Toujours à l’avant-garde de la xénophobie (et pourtant la concurrence est rude) la Lega Nord a inventé une nouvelle ignominie. Dans la province d’Arezzo, ses militants distribuent aux passants des échantillons de savon liquide en leur recommandant de les utiliser après avoir touché un (ou une) immigré(e). Indigné, à juste titre, Alfio Nicotra, chef de file de la Fédération de gauche et membre de Rifondazione Comunista s’est étonné que Maroni, le ministre de l’Intérieur, n’intervienne pas pour lutter contre cette « apologie du racisme » : « Ce qui se passe dans la Province d’Arezzo est très grave (…) le message délivré est dévastateur : il signifie que, parce qu’ils sont étrangers, des êtres humains sont sales et porteurs de maladies. N’ayant pas la moindre proposition politique pour combattre la crise qui frappe aussi dans notre région et dont le gouvernement Berlusconi est responsable, les dirigeants de la Ligue du Nord, qui appartiennent au gouvernement, préfèrent distraire l’opinion publique en prenant des initiatives répugnantes qui doivent être immédiatement et sans restriction, condamnées par toutes les forces politiques. Qu’attend le ministre de l’Intérieur qui doit appliquer la loi interdisant l’apologie et la diffusion du racisme pour alerter les montageforces de l’ordre afin de mettre fin à cette honte ?" Un coup d’oeil au journal ou à la propagande électorale de la Ligue du Nord parachève la démonstration : l’extrême droite italienne décomplexée est encore pire que notre Front national ! Il faut se souvenir qu’au plus fort de sa puissance, ce dernier n’a jamais contrôlé "que" quatre ville du Sud de la France (terre de racisme), avec des scores électoraux comparables au plan national - voire plus élevés. La leçon à en tirer nous semble claire : voilà où conduit l’alliance entre droite parlementaire et extrême droite. A méditer du côté de l’UMP, si jamais la minorité présidentielle, de plus en plus aux abois, cédait d’aventure à la tentation, hypothèse qui ne paraît pas invraisemblable. L’autre enseignement concerne l’opposition, parfaitement résumée par le patron du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, s’exprimant à propos des primaires proposées par le PS : "Si c’est pour régler le problème de la diversité à gauche par un système de primaires, les socialistes ne se rendent même plus compte de l’énormité de leur prétention ! Une élection se gagne par des dynamiques, pas par des procédés administratifs. Pas question qu’une toute petite partie de l’opinion fixe le plus petit commun dénominateur des forces de gauche avant même qu’ait commencé une campagne contre la droite. On a vu le résultat tragique de cette méthode en Italie : toute la gauche officielle a rendu les armes au centre gauche, qui les a rendues à la droite. Résultat, il n’y a plus un élu de gauche au Parlement. Le but des socialistes, c’est de niveler autour d’eux ; le nôtre, c’est d’additionner." Nous l’écrivions encore récemment et la situation italienne l’illustre à merveille : face à la droite et plus encore à son extrême, l’alliance au centre est une impasse. Pour mettre fin notamment à l’hémorragie du vote ouvrier, il convient d’afficher haut et fort ses couleurs et de défendre ses valeurs : à gauche toute !

P.-S.

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Jeudi 1 Avril 2010


Commentaires

1.Posté par Alif le 01/04/2010 17:49 | Alerter
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Il était une fois un pays qui s'appellait l'Italie .Depuis plus d'un demi siecle,il est devenu une colonie de l'empire americain.
Le vent qui vient de soufler sur l'Italie est celui de l'extréme droite americaine et son allié le sionisme juifs.L'extrême droite Italienne a toujours été finacé par la CIA,allant jusqu'à commettre des actes terroristes en Italie pour le compte de cette derniére dans le cadre du célébre projet " Gladio ".Il suffit de taper ce terme sur un moteur de recherche internet pour acceder à des information authentiques le concernant et qui font froid au dos.

Mais aprés la chute du communisme les americains ont attribué un nouveau rôle à la droite italienne debile à l'image de son leader,Umberto Bossi .Le nouveau rôle est soutenir la presence sur le sol italien,une sorte d'occupation moderne,des bases militaires americaines que rien je justifie la presence puisque l'URSS n'existe plus,mais surtout que ces bases militaires conservent le statut juridique de " l'extar-territorialité " c.a.d qu'ils sont soumises aux droit americain et non italien.

Comment chasser l'occupant militaire de l'Europe par Manuel de Dieguez :

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