Néolibéralisme et conséquences

VIDONS LE BOCAL !


Texte proposé par Michel Peyret avec l'aimable autorisation de son auteur.


ALAIN ACCARDO
Mardi 20 Avril 2010

VIDONS LE BOCAL !

Au soir des élections régionales, comme il est de tradition pour l’ensemble des participants, je me suis déclaré satisfait des résultats. Certes, j’avais bien quelques petites raisons d’être dépité : la bigoterie alsacienne avait conservé à la droite sa seule et unique région ; le racisme fascisant avait repris des couleurs ; l’opportunisme cohn-bendiste faisait encore illusion et surtout l’imposture socialiste se voyait encouragée à tromper de nouveau les Français.

Mais cette déconvenue était plus que compensée par le triomphe éclatant de mon propre parti, celui des abstentionnistes : « plus d’une moitié de l’électorat a boudé les urnes », comme on le coassait dans la mare médiatique, sans d’ailleurs se préoccuper d’analyser plus profondément l’embarrassant phénomène. Il est tellement plus excitant de spéculer sur les futurs présidentiables ! Des commentateurs moins chabotisés que nos journalistes et nos politologues auraient pu faire quelques remarques instructives. Essayons de suppléer à leur défaillance.

Il est clair qu’une part croissante de l’électorat, qui sera un jour largement majoritaire, a enfin compris que le système du parlementarisme bourgeois est un stratagème qui consiste, sous apparence de démocratie, à faire avaliser par les petits et moyens salariés des politiques favorables, à tous les niveaux, aux intérêts des gros possédants, des affairistes et des spéculateurs, toutes catégories de profiteurs que les politiciens comme Mme Lagarde appellent « les forces vives de la nation », mais que nous sommes de plus en plus nombreux à appeler des maffias. Au train où vont les choses il n’y aura bientôt plus que les fétichistes de l’urne et du bulletin de vote pour répondre aux convocations électorales. Les gens avertis, désormais indifférents à la question de savoir s’il vaut mieux se faire pendre à un croc de boucher par la vraie droite ou écorcher vifs par la fausse gauche, s’abstiendront d’aller bêler leur soumission à leurs égorgeurs.

« Mais, m’objectera-t-on, n’est-ce pas là faire le jeu des forces réactionnaires ? » De grâce, qu’on m’épargne cette rhétorique éculée ! Où et quand avez-vous vu, depuis plus de vingt ans que dure la contre-révolution néolibérale, de Reagan et Thatcher en Bush et Blair, de Mitterrand et Jospin en Fillon et Sarkozy, que des élections prétendument démocratiques aient abouti, dans les sociétés occidentales, à autre chose qu’à renforcer la spoliation et l’asservissement des peuples en leur extorquant leur consentement dans un isoloir ? Quand par extraordinaire une population a réussi à exprimer massivement son opposition à l’entreprise de démolition sauvage de notre civilisation par la mondialisation capitaliste, comme lors du référendum sur le projet de constitution européenne, tous les pouvoirs en place se sont carrément assis dessus. Croyez-vous sérieusement que nos aïeux se sont farouchement battus pour la démocratie, pour laisser s’instaurer au bout du compte la mascarade à laquelle nous persistons à donner ce nom ?

Etant donné qu’aujourd’hui, à tort ou à raison, nous répugnons à répondre par la violence à la violence des institutions capitalistes, le refus de jouer les comparses ou les benêts dans la sempiternelle farce électorale cesse d’être une coupable abstention pour prendre une signification proprement révolutionnaire : puisque le capitalisme est comme un poisson dans l’eau trouble de la manipulation électorale, alors ôtons-lui l’eau de son bocal. « Mais dans ce cas, insistera-t-on, le Pouvoir de l’Argent pourra continuer à exercer ses méfaits avec simplement le soutien d’une infime minorité de complices ! » Peut-être bien, mais il ne pourra plus, avec le soutien d’une majorité de dupes, prétendre être le pouvoir du peuple et il n’y aura plus lieu de parer du nom de démocratie la dictature avérée du Capital. On en aura fini avec le mensonge du régime actuel qui lui permet, de toute manière, de gouverner au nom du peuple contre le peuple. Cette clarification est la seule voie pour mettre un peu de clarté et d’honnêteté dans un jeu politique complètement perverti par les maffias régnantes de droite et de « gauche ». On verra alors où et qui sont les véritables partisans de la démocratie, et la lutte des classes retrouvera son vrai visage. 



Chronique pour La Décroissance (mai 2010



( 1 )Présentation de Alain Accardo, selon Wikipédia
Après des études secondaires au Lycée Saint Augustin de Bône, aujourd'hui Annaba, il rencontre Pierre Bourdieu à l'université d'Alger et participe à ses travaux sur la Kabylie.
Professeur honoraire à l'Université Bordeaux III, il travaille à fournir des présentations pédagogiques du travail de Pierre Bourdieu, notamment dans Initiation à la sociologie de l'illusionnisme social : invitation à la lecture des œuvres de Pierre Bourdieu , en 1983, et La sociologie de Bourdieu - Textes choisis et commentés, en collaboration avec Philippe Corcuff en 1986. Il anime le travail d'un groupe de journalistes proposant une auto-analyse critique du journalisme, avec notamment Journalistes au quotidien, pour un socioanalyse des pratiques journalistiques. Alain Accardo collabore à La Misère du monde.
Il tient une chronique dans le mensuel La Décroissance.
Publications:

  • Initiation à la sociologie de l'illusionnisme social : invitation à la lecture des œuvres de Pierre Bourdieu , Le Mascaret, 1983 ; réed. 1991

  • La sociologie de Bourdieu. Textes choisis et commentés, avec Philippe Corcuff, Le Mascaret, 1986 ; réed. 1989.

  • Journalistes au quotidien : essais de socioanalyse des pratiques journalistiques, avec G. Abou, G. Balbastre et al., Le Mascaret, 1995.

  • Journalistes précaires, avec G. Abou et al., Le Mascaret, 1998. Réédité en poche chez Agone en 2007.

  • Introduction à une sociologie critique. Lire Bourdieu, Le Mascaret, 1997. Réédité en poche chez Agone en 2006

  • Le petit-bourgeois gentilhomme. La moyennisation de la société, Labor, 2003.

  • De notre servitude involontaire. Lettre à mes camarades de gauche, Agone, 2001.

  • Sous la direction de Pierre Bourdieu, La Misère du monde, Seuil, 1993.

  • Le petit bourgeois gentilhomme. Sur les prétentions hégémoniques des classes moyennes, Agone, 2009


Mardi 20 Avril 2010


Commentaires

1.Posté par joszik le 21/04/2010 10:24 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Vraiment c'est du grand n'importe quoi ces soit disant abstent-sionniste.
Laisser gagner les fachos pour, après, raconter leur mito à deux balles.
Eh mec,
Tu devrais relire l'origine des manipulations abstentionnistes de type: babacoolisme, Raëliemne, Jéhovaienne, mormonienne, et anarchistienne(des quartiers bourges), avant d'ouvrir ton cornet à popcorn.

2.Posté par Queste le 21/04/2010 10:31 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Le meilleur des votes n'est pas l'abstentionnisme, mais la décroissance....la simplicité volontaire.

No désirs, no problèmes ;)


3.Posté par YoM le 21/05/2010 19:31 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Désolé Joszik mais je ne suis pas le seul à ne plus vouloir entendre ces discours moralisant sur un mode d'expression qui a perdu toute signification réelle de nos jours dans notre pays comme dans tant d'autres... c'est d'ailleurs bien dit dans le texte ("ces rhétoriques éculées") parce que de toute façon, ne nous leurrons pas : le jeu estbien ficelé et joué d'avance.
En outre, s'il y a manipulation, elle n'est pas abstentionniste mais plutôt généralisée, mais attention, l'autre "rhétorique" que l'on me sort souvent est que je serais partisan d'une sorte de théorie du complot... que nenni! Point de manichéisme, on n'en a déjà plein le nez de ces oppositions simplistes : le rapport de force est simple et je ne vais pas en donner les chiffres, mais une minorité largement enrichie matériellement décide pour une écrasante majorité, en limitant de plus en plus son champ d'action et de pensée, dans les dictatures comme dans nos pseudo-démocraties.
Pour en revenir au vote, on trouve localement peut-être des choses à faire, même en continuant à voter, mais c'est rarissime ; les meilleures expériences en la matière sont une forme de pouvoir qui n'est pas accaparé par un individu qui de toute façon en voudra toujours plus, presque naturellement. Je vous conseille de regarder Viva Zapata! avec Marlon Brando si vous ne l'avez pas vu, ça illustre bien ce que je dis.
Sur ce, bien le bonjour!

Nouveau commentaire :

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires