Reflexion

Université de Vincennes : Un rêve est passé



georges zeter
Mercredi 31 Juillet 2019

Pas de bac pour y être admis, pas de note, des cours dispensés presque jour et nuit, 32 milles personnes qui s’investissent comme enseignants et étudiants de tous horizons, mais surtout ceux que l’on appelait à l’époque les prolos. Cela n’a duré que 12 ans, puis un jour de 1980, Giscard et son gouvernement en bout de course envoyait des centaines de CRS, des bulldozers qui en 3 jours rasèrent tout. Aujourd’hui, il ne reste absolument aucune trace des bâtiments, du campus, juste une clairière entourée d’arbres. Les joggeurs, promeneurs, en suivant le chemin qui traverse cette trouée, ne se doute pas, que là, à faillit se réinventer le monde de l’éducation, la manière de transmettre, de devenir un citoyen indépendant et pensant...Une dalle commémorative aurait fait tache, et puis le pouvoir fort, n’aime pas laisser de trace ; c’est un criminel qui commet l’assassinat parfait...et s’enfuit en faisant table rase. Il n’y a plus rien, plus-plus Rien !
1968...sous les pavés ; la fac !
Créée à l'automne 1968 sur décision du ministre de l'éducation nationale Edgar Faure avec pour objectif de répondre aux conséquences universitaires du mouvement étudiant de mai 1968. (et oui, à l’époque le pouvoir en place entendait... pas comme macron de nos jours)
L’idée : « d'être un foyer d'innovation, se caractérisant par son ouverture sur le monde contemporain, ce qui impliquait son ouverture aux salariés non bacheliers, des disciplines jusque-là non enseignées à l'université (arts, urbanisme, etc.), de nombreux cours en soirée, une pédagogie reposant sur des groupes restreints, une large liberté de choix offerte aux étudiants pour définir leur parcours... Dotée d'un statut dérogatoire qui lui permettrait d’autogérer son découpage disciplinaire, cette université expérimentale, ouvrit en janvier 1969, après trois mois de concertations pour former les équipes d'enseignants-chercheurs s'appuyant sur de nombreuses personnalités intellectuelles en vue... » Henri Weber enseignait la "Structure de l'extrême gauche en France", Daniel Bensaid : "De la nature des États ouvriers", André Glucksmann : "l’Écriture politique", Alain Badiou : "La science dans la lutte des classes", Gilles Deleuze : "Nihilisme et contestation", il y eu aussi la normalienne Jeannette Colombel, Michel Foucault et Jacques Lacan, et puis, Cixous, Châtelet, et encore...Ce ne sont que quelqu’un et une de l’intelligentsia de l’époque qui se lancèrent dans l’aventure...D’un élan de renouveau, de progressisme non-conformiste : « suppression des cours magistraux », « des limites d’âge », « ouverture aux paysans et aux bacs moins 3 », « création d’un cours du soir pour les ouvriers ». Tous aspirant à penser, grandir, ressortir de l’université « plus intelligent », bien loin de l’aspiration au simple « job » d’aujourd’hui ; à croire que le lycée et la fac ne sont que les antichambres de pole emploi...
Dans le documentaire ci-joint « Vincennes, l’université perdue. Ou la redécouverte de l’Education », un témoignage frappe particulièrement, celui d’un livreur qui un jour est entré dans cette université, l’esprit dragueur, et qui quand il en fut sorti, devint titulaire d’une chaire universitaire d’histoire. Lui sans diplôme, fut qu’il se découvrit une passion, et se mit à la tache d’arrache pied auprès des plus grands.
De tout ce rêve passé qu’en reste-il ?
Pour les protagonistes ? Un éclatement dans toutes les directions de ces étudiants qui encore aujourd’hui « mènent le combat », entre autres, le conférencier Frank Lepage qui usa ses fonds de bermuda sur les bancs de l’amphi ; Comme prof, Alain Badiou que j’admire, et tant d’autres entrés dans les livres d’histoire du XXème siècle.
Quant à la fac ? C’est devenu l’Université de Vincennes - Saint-Denis, dans le 93. Loin de la verdure du bois de Vincennes, l’université ne propose plus de crèche ni d’école élémentaire pour les enfants des étudiants. C’est devenu un lieu...Commun. Des policiers et des vigiles font le tri à l’entrée, les élèves doivent présenter leur carte d’étudiant, et les journalistes ne sont pas autorisés à y pénétrer. Raison invoquée ? Des étudiants ont accueilli des migrants au dernier étage, et la présidence de l’université a reçu l’injonction par le préfet, d’empêcher de nouvelles visites. Drôle d’ambiance… Drôles de temps, surtout quand on songe à ce qu’était Vincennes, une université ouverte à tous, pour tous, même à des migrants...
Au moindre signe d’utopie, de changements, le pouvoir écrase et broie, puis, fait place blanche, comme dans une clairière...Pourtant aux beaux jours, dans le bois de Vincennes seul les grillons se souviennent, et dans leurs cricris perçants, en dressant bien l’oreille, un murmure de concert, qui tel le jet d’eau du bassin au centre du parvis, glougloute sournoisement « qu’il est interdit d’interdire » « qu’il faut jouir sans entrave », et « qu’il faut prendre ses désirs pour des réalités »...
Aujourd'hui, il paraitrait que l’on cherche à répandre le savoir, mais qui sait si, dans un jour prochain, on ne créera pas une université afin de rétablir ce qui fut considéré comme d'anciennes ignorances...Qui sait ?


vidéo : Vincennes, l'université perdue 1- 2 - Arte (2016)


Vidéo de Franck Lepage :


Vidéo de Franck Lepage complète:


Georges Zeter/juillet 2019


Mardi 30 Juillet 2019


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