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Une voix mélodieuse pour un coup bas ...


Surgi subitement dans mon esprit ces tout derniers jours, un incident, peut-être passé inaperçu en son temps, a pris une dimension de révélation à posteriori en ces temps de discordances nationalo-régionalo-idéologiques en Algérie. Révélation d’une déloyauté intellectuelle envers le peuple algérien dans sa diversité historico-culturelle.


saidab
Mercredi 11 Décembre 2019

Une stratégie douce de dépossession des Algériens de leur historique commune

Une voix mélodieuse pour un coup bas ...
Il y a une vingtaine d’années de cela, le chanteur Idir s’est produit à Épinal, Vosges, France. Quelle joie ! J’allais écouter en direct des consonances quasi maternelles produites par une voix familière mais lointaine, qui me ramenait à mes années universitaire. Surprise !

Un propos de ce chanteur sublimé à cette époque prend aujourd’hui une signification politique en rapport avec des berbéristes engagés dans une confrontation avec le reste de la population algérienne, non moins berbère mais pas berbériste. Arabisée en majorité, fondamentalement musulmane, croyante dans l’absolu et pratiquante en toute relativité, dans une approximation qui frise l’obscurantisme par rapport à la doctrine originelle. Mais pas plus que les autres pratiques religieuses dans le monde. Une population qui se vit simplement algérienne dans son rapport au pays et à son histoire, et collectivement et farouchement révoltée par le système en place depuis l’indépendance. En cela, personne ne peut prétendre battre personne. Bien que … S’opposer en dissimulant ses armes peut-il être comparé à s’opposer sans armes dans la rue ...

En introduction à son spectacle, ce monsieur s’est fendu d’un mensonge subliminal invraisemblable pour une personne appréciée dans le pays sans distinction de régions. Au mépris de sa propre stature d’artiste algérien de renommée mondiale, il a proféré un mensonge dont il ne pouvait pas ignorer la portée. Parlant de sa chanson « idhurar » (les montagnes ou massifs montagneux), il a ajouté mine de rien : « Les Kabyles connaissent bien ce mot ». Glup !! Un faux de faux en termes de réalité sociolinguistique qu’un spectateur dans la salle lui a immédiatement signifié à haute et intelligible voix : « Les Kabyles ne sont pas les seuls à bien connaître le mot idhurar en Algérie ! ».

Or, ce terme des plus insignifiants en France et sans doute chez les Occidentaux en général fait référence dans l’imaginaire national algérien au maquis, aux maquisards. A la résistance. A la révolte. Venant d’un homme cultivé voyageant dans le monde entier, donc bien informé, et polyglotte (berbère, arabe, anglais, français), le message analysé aujourd’hui ne pouvait être qu’une reconnaissance sous cape d’une fraternité de lutte avec les partisans du régionalisme kabyle. Une prise en otage lâche de l’ensemble des spectateurs pris au piège de sa propagande para-culturelle. Des berbères non kabyles comme de ses fans non conscients du message sous-traité. Le tout avec un sourire chaleureux.
La réaction de cet artiste international a été piteuse : il a esquivé le piège dans lequel il s’était jeté lui-même. Éludant la réprobation, il a fait de la récupération diplomatique : « Toi, tu es chaoui » (autres berbères parmi d’autres berbères algériens), ajoutant qu’il leur a dédié une chanson (mon frère chaoui). Un aveu de la nature de son message, qui m’avait juste fait l’effet d’une mesquinerie décevante à cette époque lointaine. D’après ma traduction actuelle, il disait aux autres berbères dans la salle : « On veut bien vous concéder une proximité historico-culturelle. Mais les vrais, c’est nous, les combattants ».

Effectivement, les Chaouis pas plus que les autres berbères du pays, bien que certains se distinguent véritablement par leur mode vie et leur organisation sociale topographie oblige, ne sont pas des berbéristes. Ni plus ni moins que les autres Berbères en Algérie ; parmi lesquels la majorité des Kabyles. Qu’en dire ?

Le sentiment d’une spécificité kabyle ne peut gêner personne. Chaque région en Algérie se sent spécifique en quelque chose, et personne ne contraint personne au mélange. Mais ce sentiment ne se matérialise pas dans des positions politiques affirmées, qui parlent de révolution quand le peuple ne veut pas de révolution. Là se creuse le fossé entre ceux qui veulent uniquement un changement de système de gouvernance et ceux qui veulent changer la société tout entière : la berbériser en même temps que l’internationaliser (libéralisme, laïcité, altermondialisme). Avec l’aide financière, idéologique et structurelle d’organismes étrangers ennemis (Ahmed Bensaada, https://www.alterinfo.net/Ahmed-Bensaada-Auteur-de-Arabesque-americaine-video_a151568.html) ! Il se trouve que l’Algérie est arabo-berbère depuis son appellation El-Djaza’ir par un berbère authentique portant un nom arabo-berbère ; amazigh si on veut mais algérien … « L’appellation Algérie provient du nom de sa capitale Alger. Le toponyme de cette dernière serait issu de la transcription française du mot, provenant du nom de la ville en arabe, signifiant «les îles », https://www.alg24.net/decouvrez-lorigine-nom-algerie/. Wikipedia en dit plus.

Que des berbères actuels, descendants d’ancêtres datant de quelques siècles avant l’ère chrétienne, revendiquent aujourd’hui une reberbérisation altérée par des concepts et des néologismes de l’époque actuelle, parmi lesquels l’universalisation de la berbérité, fait un peu conte de fée. Pour être conséquents, les berbéristes d’aujourd’hui doivent se montrer loyaux et exposer sans ambiguïté le fond de leurs pensées en même temps que l’histoire de l’Algérie, qui concerne tous les Algériens. Berbères ou pas n’est pas la question ! La question est quelle Algérie pour tous, avec tous ? Parmi les vérités à exposer : les « Algériens » existent depuis la fondation d’ Al Djazaïr vers 960. Pour être conséquents, les berbéristes actuels doivent faire un choix entre une amazighité arabo-musulmane algérienne, pas internationale, et œuvrer pour un bien vivre commun ; ou une internationale amazigh, libertaire, qui n’a pas de moelle algérienne. Leur position actuelle ressemble à s’y méprendre à un néo colonialisme par algériens interposés ; si toutefois les mots veulent encore dire quelque chose. En tout cas, ni l’une ni l’autre ET les deux à la fois, c’est pas possib’. Pas plus que l’eau ne peut être à la fois liquide, gazeuse et solide.

Quant à la démocratie libérale, à la liberté d’expression et de manif, aux droits de l’homme que l’on veut instaurer en Algérie, que l’on considère ceci : « N’hésitez pas à percuter ceux qui sont à votre contact, à proximité, ça fera réfléchir les suivants». Avec plus d’un millier de personnes placées en garde à vue, des centaines de blessés et quatre éborgnés, l'acte 4 des Gilets jaunes fut l'un des plus violents. Une enquête du Monde révèle ce qui a basculé lors de cette journée. », Acte 4 des Gilets jaunes : zoom arrière sur la journée la plus sanglante du mouvement, 08/12/2019, https://www.alterinfo.net/notes/Acte-4-des-Gilets-jaunes-zoom-arriere-sur-la-journee-la-plus-sanglante-du-mouvement_b40566766.html

Il reste une option : les pics et les vallées du majestueux Djurdjura offrent à tout homme éperdu de beauté sauvage et de liberté des sites imprenables pour un refuge tranquille. Allez-y, Berbères révoltés par la compromission des pouvoirs illégitimes et l’exploitation indigne des populations dépouillées de leurs droits élémentaires à une vie décente ; privés des bénéfices d’une indépendance acquise au prix de combien de sacrifices, de combien de forêts brûlées, de villages déracinés, de terres devenues des lacs de cailloux non cultivables. En particulier pour une jeunesse frétillante livrée aux rêves d’évasions mortelles par mer ou par pilules … Allez-y. Personne ne viendra vous en déloger. Vivez-y une vie de liberté non violente. Non dépersonnalisée. Non contaminée.

Je sais que mon raisonnement peut être bancal ; je peux avoir tout faux, ou juste avoir loupé une marche … Votre participation à une réévaluation de la valeur de l’équation posée est la bienvenue.


Mardi 10 Décembre 2019


Commentaires

1.Posté par issa le 11/12/2019 13:53 | Alerter
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Il me semble que le nom Al Jazayr fut donné par Abd Allah Ibn Saad, l'un des commandants de l'armée de la Conquête envoyée par le Calife Uthman Ibn Affan, Allah l'agrée.
En outre, je pense que la genèse de la crise actuelle et qui s’amplifiera sans doute est le reniement aux idéaux portés par les Chouhadas de la Révolution et que Malek Bennabi avait si bien résumer; une vision islamique de l'indépendance ( valeurs de justice par exemple ). Or, à part imiter l'ancienne puissance coloniale, même dans le nom des ministères jusqu'au moindre document administratif, l'état " algérien " n'a rien su faire ( parenthèse pour Boumédienne et encore ).
Un Majliss Al Choura dès l'indépendance muni d'un vrai pouvoir, aurait changer la face de notre pays.
bien à vous Saidab

2.Posté par saidab le 11/12/2019 20:56 | Alerter
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Merci pour votre contribution issa
Nous avons tout fait faux depuis le début, même hélas avec Boumédienne. Non parce qu'il a failli mais parce qu'il était seul contre tous pour ainsi dire à vouloir une Algérie souveraine et le bien être du peuple, et que les circonstances en ont un quasi dictateur dans le sens où il dirigeait seul. Zéroual de son côté a tenté de rassembler, mais les forces dissidentes dites "démocrates" se sont dressées, avec une virulence qui ne semble pas s'être atténuée ...

Mais tout cela est normal : l'Algérie avait un potentiel de vie et d'espoir débordant mais pas les moyens; NI institutionnels ni éducatifs, économiques, stratégiques. Ni même politiques. Nous sommes partis avec rien ; et des dissidences armées dès les premiers mois de l'indépendance. Ce qui signifie qu'elles couvaient bien avant. Sans nommer personne, l'appel du pouvoir en a aveuglé quelques uns, les rendant imprévisibles. Mohammed Khémisti, ministre des affaires étrangères du premier gouvernement algérien, n'a-t-il pas été assassiné à 33 ans en mai 1963 ? Par qui ? Le sait-on ? Mais l'Algérie a continué à tenir.

Concernant l'origine du nom Algérie, wikipedia et le site http://www.algerie-dz.com/forums/archive/index.php/t-228571.html l'attribue à Bologhine ibn ziri : "Le nom d'Alger est une déformation française du catalan Alguère8, lui-même tiré de Djezaïr du nom donné par Bologhine ibn Ziri, fondateur de la dynastie ziride, lorsqu'il bâtit la ville en 960 sur les ruines de l'ancienne ville romaine Icosium ; Djezaïr Beni Mezghanna. Plusieurs explications cependant sont données quant à la signification du nom donné par Bologhine ibn Ziri."

Il faut que les Algériens maintenant cessent d'espérer pour se nourrir non plus de souhaits ou de revendications, mais mais de leurs erreurs. Si on ne sait pas apprerndre de ses erreurs, on ne sait pas apprendre. Voyons comme en France, on refait le même scénario d'une alternance guache-droite fictive, tous les partis jouant la même carte, au point que les Français ne croient plus ni ne participent à la vie politique dans leur pays. Les Algériens vivent dans l'expectative depuis l'indépendance ; aujourd'hui ils doivent mettre la main à la ... pelle !
Cordialement

3.Posté par Karim le 12/12/2019 08:33 | Alerter
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Les berbéristes rejettent le choix pour une amazighité arabo-musulmane algérienne. Leur but c’est de dépouiller d’abord les Kabyles de leur profondeur arabo-musulmane, pour s’attaquer ensuite à tout le peuple algérien. Ceci est devenu visible dans la scène culturelle occupée par les franco-berbéristes ou tout ce qui porte une originalité arabo-musulmane est occulté. Cette acculturation soutenue outre mer n’est que la continuité de la mission coloniale qui a trouvé dans ces néo-Harkis de fervents défenseurs

4.Posté par issa le 12/12/2019 09:44 | Alerter
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@ Saidab,

Le redressement national en Algérie et pas seulement est d’offrir à ses enfants un modèle authentiquement islamique car notre Seigneur, loué soit il, nous a clairement enseigné que la voie du salut est conditionné a cela. L'application d'une vraie justice basée sur la dignité des femmes et hommes, le partage équitable des richesses et une vision anthropologique qui consiste à vivifier un modèle original de relations sociales et d’éducation.
Les " élections " actuelles malheureusement, n'offrent aucun débat de fond.
cdt

5.Posté par saidab le 12/12/2019 14:38 | Alerter
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A Karim :
Peut-être qu'il faut faire un effort et juste OUBLIER les berbéristes ; ne plus les mentionner. D'un côté, ça leur fera moins de pub ; ce sera toujours ça en moins comme "arme" offensive pour eux. Ensuite, ce mouvement étant sans contestation possible soutenu par des pouvoir obscurs qui rêvent de récupérer les richesses nationales, et dont ils sont peut-être (sans doute ?) le fer de lance, ne plus en parler préservera les kabyles nationaux non partisans de l'ignominie que représente la référence constante dans les médias à ses mouvements traîtres.

issa
"ACTUELLEMENT" est le mot principal. Les Algériens n'ont pas eu l'occasion de vivre dans la dignité et la justice. Ils se sont montrés dignes dans leur capacité à encaisser les coups les plus durs, les plus sournois ; mais pas de justice, pas de confiance ; pas de recours. Pas de gouvernance digne de leur dignité. Pas sur une période suffisamment longue et stable pour que ça devienne une façon naturelle d'être algérien : des acteurs confiants. Ils ont dû se débrouiller dans un climat d'incertitudes, de dérèglements économiques, de coups bas de trop de côtés à la fois (multipartisme de façade SUR INJONCTION DES PUISSANCES ETRANGERES, pénuries, scolarité et études supérieures anarchiques, absence de débouchés ...

Il appartient aux Algériens, A PARTIR DE MAINTENANT, de décider qu'il en soit autrement. Critiquer, faire du chantage, accuser, n'est pas un acte politique. Il faut CONSTRUIRE.

Que cette journée du 12/12/19 soit une première pierre du pilier de soutènement pour une mentalité nouvelle en Algérie ...

6.Posté par saidab le 14/12/2019 20:56 | Alerter
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A Nacer pour son message qui n'apparaît pas sur cette page : "@SAIDAB, Je t'invite à lire les journaux presque tous détenus par ces kabylo racistes déverser leu…" https://www.alterinfo.net/Une-voix-melodieuse-pour-un-coup-bas_a151666.html?com#com_7058452

Ton message, reçu par mail mais absent de cette page, est incomplet mais ce début me suffit pour y donner suite.
La question qui me vient à l'esprit est : comment se fait-il (se ferait-il) que se soit des Kabyles qui détiendraient une majorité d'organes d'information ? Si c'est le cas, il serait utile d'y mettre de l'ordre. Si ce n'est pas le cas, pour quelle raison c'est ce sentiment-là qui prévaut chez les Algériens ? Car tu n'es pas le seul à exprimer cette pensée.

Dans tous les cas, espérons que la nouvelle donne en Algérie va mettre fin aux pratiques hégémoniques des médias en général, et que les organes de presse soient contraints, je dis bien CONTRAINTS sous peine de poursuites judiciaires, à honorer la fonction de journaliste, qui doit rimer avec qualité : respect des réalités, des personnes, et des sensibilités. Ce qui exclut la diffamation, l'allusion mensongère, la provocation, le détournement de sens, la publicité
mensongère, la publicité à l'attention des mineurs et avec des mineurs. Et ... Et la presse dite "people".

Liberté totale d'expression oui, mais pas foire à empoigne ! Sans règles, sans morale, sans colonne vertébrale ! Nous ne voyons que trop la débandade dans la presse occidentale et ses effets pervers sur les esprits pour ne pas souhaiter que l'Algérie ne prenne pas cette direction. Comme en politique ou dans les mœurs, que l'Algérie reste algérienne. Ou le redevienne plutôt. Les évènements liés au mouvement populaire dont on ne sait plus s'il est de dedans ou de dehors doivent ouvrir les yeux et les esprits sur un usage sain de la fonction "presse" par des journalistes qui se respectent et appliquent de façon rigoureuse les règles de déontologie propres à leur métier. Et que la société civile y veille !

Il faut que les Kabyles qui ont participé de façon volontaire ou pas à la création de l'image que se font d'eux des concitoyens fassent un effort d'hygiène intellectuelle. Qu'ils ne supportent pas l'Algérie dans sa diversité ethnique et culturelle, c'est leur affaire. Mais qu'ils cessent de semer une discorde qui nuit d’ailleurs en premier lieu aux kabyles non activistes, qui vivent normalement partout sur le territoire national.

Pourvu que la raison prenne le dessus chez tout le monde.

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