Economie et pouvoir financier

Une vision scientifique de l'économie.



Jean-Paul Devos
Mercredi 17 Mai 2017

Une vision scientifique de l'économie.
« Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été pêché, alors on saura que l'argent ne se mange pas. »
Ceux qui ont pour habitude de fréquenter les réseaux sociaux et de parcourir les sites Internet ont pu croiser ce proverbe souvent attribué au chef Sioux Sitting Bull (1831-1890), mais que l'on dit avoir également été cité par le chef Apache Geronimo (1829-1909) ; il pourrait en fait être un proverbe indien antérieur à ces deux chefs.
Ce proverbe a une signification profonde que le niveau des connaissances scientifiques de la fin du XVIIIe siècle ne permettait pas d'appréhender.
En effet, la vie elle-même et a fortiori un système économique reposent sur la consommation d'un flux continu d'énergie disponible s'écoulant du monde inanimé vers le monde animé. Les êtres vivants vivent grâce à l'énergie contenue dans les aliments qu'ils consomment. Cette énergie provient du rayonnement solaire et est stockée dans les plantes via le processus chimique de photosynthèse. Les aliments humains sont faits de végétaux qui contiennent directement l'énergie du rayonnement solaire, ou bien de viande d'animaux qui se sont eux-mêmes nourris de plantes ou d'autres animaux, ou encore de poissons qui se sont nourris de plancton ou d'autres poissons (auxquels s'ajoutent crustacés et coquillages).
Dans les sociétés primitives toute l'économie était une économie de survie reposant sur le seul travail humain puis, avec la domestication et l'élevage d'animaux, sur celui de bêtes de somme venant partiellement alléger le travail physique des hommes. En y ajoutant le bois utilisé comme combustible de chauffage, toute l'énergie disponible consommée provenait de l'énergie du rayonnement solaire capturée par les plantes.
Avec la spécialisation de l'activité dans des communautés urbaines et le développement du commerce vint la domestication de la force du vent pour propulser des bateaux à voiles.
C'est au temps de l'Empire romain que remontent les premières roues à aubes utilisant l'énergie cinétique d'un courant d'eau pour faire tourner une meule. La plus ancienne description connue a été faite par l'architecte Vitruve au Ie siècle avant J.‑C.
Qu'il s'agisse de l'énergie solaire stockée dans les plantes ou dans le bois des arbres, de la force du vent ou de l'énergie hydraulique, ce sont là des sources d'énergie renouvelable, qui a été la seule forme d'énergie disponible utilisée pour les activités humaines jusqu'au début, au XVIIIe siècle, de ce qui a été appelé la révolution industrielle.
Marco Polo signala toutefois, au retour de son voyage en Chine, que les Chinois chauffaient leur maison et cuisaient leurs aliments en faisant brûler d'étranges pierres noires. Mais c'est en Angleterre, au XVIIIe siècle, que va se développer l'exploitation minière qui va conduire à l'invention de la machine à vapeur par James Watt, car seul le charbon permettait de libérer l'énergie suffisante pour produire de la vapeur vive. Après les améliorations apportées par Benjamin Thompson, la machine à vapeur moderne permit de remplacer le travail physique de quelque chose comme 30 000 hommes, et ce non pas 8 ou 10 heures par jour, mais infatigablement, 24 heures sur 24.
C'est la maîtrise d'une telle nouvelle source d'énergie et l'invention de la machine à vapeur qui s'en est suivie qui explique l'avènement de la révolution industrielle.
Mais nous ne sommes plus là face à une source d'énergie renouvelable mais une source d'énergie fossile qui renferme de l'énergie solaire qui fut stockée, dans les entrailles de la Terre, à l'ère du carbonifère il y a plus de 300 millions d'années. Nous connaissons la suite de l'histoire des nouvelles sources d'énergie non renouvelables : le pétrole, puis le combustible de fission nucléaire.

Cette rapide rétrospective de la maîtrise de sources d'énergie disponible par l'homme illustre bien que le véritable moteur d'un système économique est le flux continu d'énergie qu'il consomme et sans lequel il est incapable de fonctionner, sans lequel la vie elle-même ne peut se maintenir.

L'énergie est donc la grandeur de base qui permet de qualifier la santé d'un système économique. Si les ressources d'énergie disponible sont insuffisantes par rapport aux besoins, l'activité économique déclinera. Bien sûr l'aspect « par rapport aux besoins » a lui aussi toute son importance, mais ce sera le sujet d'articles ultérieurs.

L'énergie, et non la monnaie, est ainsi la grandeur fondamentale sur laquelle repose une approche scientifique de l'économie, une approche permettant d'anticiper l'avenir, car au bout du compte, ce sont les lois naturelles qui ont toujours le dernier mot lorsque l'homme ne s'y conforme pas.

Précisons les choses sur un exemple concret.
Un gisement de pétrole ne constitue pas de l'énergie disponible. L'énergie disponible est celle contenue dans l'essence ou le gas-oil que l'on achète à la station-service. Avant que ces carburants ne nous parviennent sous cette forme utilisable il faut avoir réalisé des prospections pour trouver les gisements, avoir procédé à des forages pour en extraire le pétrole, puis avoir réalisé des processus chimiques de raffinage du pétrole brut pour en tirer l'essence, le gas-oil et autres sous-produits. Toutes ces opérations - auxquelles il faut rajouter le transport et la réalisation d'un réseau de stations-service pour la vente - sont des activités qui, comme toute autre, demandent une consommation d'énergie pour être effectuées.

Quand il vient d'être dit que c'est l'énergie, et non la monnaie que l'économie scientifique considère comme la grandeur permettant d'évaluer l'efficacité et la santé d'un système économique, cela se traduit encore par le fait que ce n'est pas le PIB qui nous renseigne le mieux sur la santé d'une économie et ses perspectives de prospérité future, mais le retour d'énergie sur l'investissement (REI) qui, dans notre exemple du pétrole, est le rapport de la quantité d'énergie brute produite par la source d'énergie que sont les gisements de pétrole sur la quantité d'énergie dépensée dans les processus d'extraction, de raffinage et de distribution[1].

La monnaie (hormis la monnaie ancienne de métal précieux) a une valeur imaginaire de nature psychologique qui repose sur la confiance que les esprits humains lui accorde. L'énergie a une valeur qui se mesure en Joules (anciennement calories) et elle est soumise aux lois de la physique du monde réel, les lois qui entretiennent la vie et tous les processus mécaniques de l'activité économique.

[1] « Richesse, Énergie et Valeurs Humaines » de Thomas Wallace, 2009, traduction française par Jean-Paul Devos, édition Persée, en cours de parution, pp. 85-86.


Mercredi 17 Mai 2017


Commentaires

1.Posté par Adam le 17/05/2017 12:18 (depuis mobile) | Alerter
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Bientôt l''argent opaque n''aura plus de valeur, car automatisé (électronique) Le savoir étant ouvert à tous, le pouvoir changera de main et la peur de camp, les malheurs avec.....

2.Posté par Bina le 17/05/2017 16:44 | Alerter
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Avoir une approche scientifique sur l'économie est d'une aberration mais alors une vision.....c'est.....

J'attendrai le p'tit Robert ou le p'tit Larousse 2018 pour trouver le mot adéquate..

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