Propagande médiatique, politique, idéologique

Une thèse qui suscite réflexion et fait débat: Comment le Djihad est arrivé en Europe


Juan Gelman, mars 2007

Traduit par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice


Juan Gelman
Mercredi 14 Mars 2007

Une thèse qui suscite réflexion et fait débat: Comment le Djihad est arrivé en Europe
C'est le titre du livre le plus récent de l'écrivain et journaliste allemand Jürgen Elsässer (Editions Xenia, Suisse, 2006, avec une préface de Jean-Pierre Chevènement pour l'édition française) et sa conclusion est perturbatrice : Ben Laden est venu en Europe par les bons soins de la CIA durant la guerre dans ce qui était alors la Yougoslavie (1992/95). L'auteur est un journaliste reconnu qui durant des années a enquêté sur le sujet et a récolté des informations et des témoignages de sources diverses – y inclus d'espions préoccupés par la situation – en particulier de l'ex- Yougoslavie, des Pays Bas et d'Allemagne. Il en conclut que les Djihadistes recrutés par la CIA en Afghanistan furent à l'origine des attentats terroristes du 11 septembre et de ceux qui eurent lieu ensuite à Londres et à Madrid. D'autres livres ont enregistré la présence de Ben Laden dans les Balkans durant la guerre, mais celui-ci est le premier qui établit un tel lien. Un pareil développement s'est produit par étapes.
La première est notoire, celle qui suit moins connue. Une fois que Moscou eut retiré ses troupes d'Afghanistan, les services usaméricains et britanniques aidèrent Oussama à regrouper les moudjahidines qui avaient chassé les Soviétiques dans ce qu'ils baptisèrent « Al Qaïda », et à les entraîner sur le terrain dans le cadre de la guerre civile en Bosnie et au Kosovo. Elsässer signale que les USA ont toléré – en réalité ce fut plus que cela – la relation avec Ben Laden du premier président de la Bosnie-Herzégovine, le fondamentaliste musulman Alija Izetbegovic, et qu'en 1994 ils ont commencé à lui envoyer des armes -dont beaucoup passeront aux mains d'Oussama – dans une opération clandestine et conjointe avec l'Iran. Un autre délice du pragmatisme dans la politique et dans la guerre.
En novembre 1995 furent signés les accords de Dayton (Ohio, USA) qui mirent fin à la guerre civile. Une des clauses stipulait que tous les combattants étrangers devaient abandonner le pays. Beaucoup de main d'oeuvre terroriste est venue grossir les rangs des chômeurs. Ceux qui devaient partir ne savaient où aller. Ceux qui pouvaient rester parce qu'ils avaient obtenu des passeports bosniaques, n'avaient non plus ni travail ni argent. Il n'est pas rare que beaucoup acceptèrent l'offre d'entrer dans l'armée bosniaque pour trois mille dollars mensuels. Seulement ceux qui les recrutaient étaient des émissaires de la CIA pour servir les intérêts des USA. Le réseau djihadiste ne fut pas démantelé quand s'acheva la guerre dans l'ex-Yougoslavie. Ce fut plutôt le contraire. Ses membres poursuivirent « le travail » en Tchétchénie.
Jürgen Elsässer a enquêté en particulier sur la trajectoire d'Ayman Al Zawahiri, le second de Ben Laden, qui fut son chef des opérations dans les Balkans et ensuite en Irak : celui qu'on appelle Docteur Mort « a voyagé au début des années 90 aux USA en compagnie d'un agent du commando spécial usaméricain pour récolter des fonds destinés au Djihad. Il savait, bien entendu, que les USA appuyaient cette activité ». Le résultat est que le réseau de terroristes établi durant la guerre dans l'ex-Yougoslavie créa une réserve qui fut ensuite impliquée dans les attentats de New York, Madrid et Londres. Le journaliste allemand informe que Mohammed Atta, - le terroriste suicide qui fracassa le vol 11 d'American Airlines contre les Tours Jumelles -, entre autres, intégra ce réseau. Il précise que l'intervention de l'OTAN en Bosnie-Herzégovine n'avait pas, bien sûr, comme objectif de préparer les attentats du 11 septembre : ils furent la conséquence de l'installation, de l'entraînement et de l'activité de djihadistes organisés par Ben Laden dans la région.
Elsässer analyse le pourquoi de l'intervention militaire dans l'ex-Yougoslavie quand elle était la Yougoslavie, apparemment incompréhensible. Le gouvernement de Belgrade refusait systématiquement de faire partie de l'OTAN et son territoire avait une importance stratégique pour la route de l’énergie provenant d'Asie Centrale. « L'Occident avait un intérêt commun à détruire la Yougoslavie, à la démembrer, parce que, après la fin du bloc soviétique, elle aurait été un modèle de combinaison intelligente entre éléments capitalistes et socialistes. Mais l'Occident voulait imposer le modèle néolibéral à tous les pays » du dénommé socialisme réel. Les terroristes que forma Ben Laden avec l'aide de la CIA jouèrent un bon rôle dans cette entreprise. Comme actuellement en Irak. Il semblerait que la conception de la liberté et de la démocratie de la Maison Blanche consiste dans le développpement de guerres civiles à l'étranger.
Le Conseil de Sécurité des Nations Unies avait interdit la vente d'armes à n'importe quel camp qui s'affrontait en Yougoslavie. Les USA violèrent cet embargo en finançant les djihadistes. Le gouvernement démocrate-chrétien d'Allemagne fournit le fondement idéologique de l'intervention : il s'agissait de défendre l'autodétermination ethnique en Yougoslavie, la même argutie qu'utilisa Hitler pour annexer la Tchécoslovaquie. « Le terrorisme existe au Kosovo et en Macédoine, mais Ben Laden ne contrôle pas la majorité (des terroristes), son contrôle est aux mains des services secrets des USA », lit-on dans le livre d'Elsässer. Dans un entretien qu'il accorda à la journaliste suisse Silvia Cattori, cette dernière lui demande : « Doutez-vous de l'existence d'Al Qaïda ? ». Sa réponse : « Oui, c'est de la propagande fabriquée par l'Occident ».


Original : Página/12

Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non commercial ; elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2218&lg=fr



Mercredi 14 Mars 2007


Commentaires

1.Posté par NESS le 14/03/2007 21:15 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Il y-a une partie de vrai mai le reste sent la manipulation, Ce que je trouve bizarre c'est que à aucun moment il ne juge crédible l'implication d'agents Sionistes dans les évènements du 11 septembre, malgré les nombreux éléments et preuves ainsi que l'influence et la manipulation du Lobby Sioniste dans la politique des Etats-Unis et de nombreux pays Occidentaux !

A la question

Silvia Cattori : Dans votre enquête, Israël n’est jamais mentionné. N’avez-vous pas minimisé l’importance des néoconservateurs pro-israéliens qui, à l’intérieur du Pentagone, serviraient davantage les intérêts d’Israël que ceux des États-Unis ?
Il répond
Jürgen Elsässer : Il y a des Israéliens qui ont collaboré avec les néoconservateurs, c’est un fait. Mais je ne suis pas sûr du rôle joué par Israël dans cette affaire. Sharon était contre le soutien des Albanais du Kossovo par l’OTAN. Et, en 1998, il a exprimé sa crainte à l’idée que l’OTAN soutienne la mise en place d’éléments pro-islamiques dans les Balkans. Je crois également qu’il n’était pas favorable à cette guerre l’année suivante.
A la question
Silvia Cattori : Vous ne voyez pas non plus de lien entre les services secrets israéliens et les attentats du 11 septembre 2001 ?
Il répond
Jürgen Elsässer : Il y a des liens, mais je n’ai pas analysé le caractère de ces liens. Par exemple, immédiatement après le 11 septembre, un certain nombre d’agents israéliens ont été arrêtés aux États-Unis. Ils étaient présents sur les lieux où se préparaient les attentats. Il y a des analystes qui disent que c’est là une preuve qu’Israël était directement impliqué dans ces attentats. Mais cela pourrait également signifier autre chose. Il se pourrait que ces agents observaient ce qui se passait, qu’ils étaient au courant que les services secrets américains soutenaient ces « terroristes » dans la préparation de ces attentats, mais qu’ils garderaient leur savoir pour s’en servir au moment opportun, et pouvoir exercer un chantage le moment venu : « Si vous ne soutenez pas davantage Israël, nous allons livrer ces informations aux médias ». Il y a même une troisième possibilité, à savoir que ces espions israéliens voulaient prévenir les attaques mais ont échoué. En ce moment, nous savons seulement que ces types étaient sur place et qu’ils ont été arrêtés. Des investigations supplémentaires sont nécessaires.
A la question
Silvia Cattori : Youssef Asckar a très bien décrit cet État dans l’État auquel vous donnez crédit [1]. Israël n’est-il pas le premier pays intéressé par cette stratégie du chaos, donc par la manipulation des attentats terroristes ? La propagande du lobby pro-israélien ne tend-t-elle pas à faire croire qu’Israël est menacé par des Arabes fanatisés ?
Il répond
Jürgen Elsässer : Ce n’est pas certain que cette stratégie puisse servir les intérêts d’Israël car, si les choses continuent de la sorte, tout le Proche-Orient sera en flammes, y compris Israël. On s’est servi du même procédé durant la guerre en Bosnie. Pour diaboliser les Serbes, les médias de l’Ouest ont inventé les histoires de camps de concentration et fait des montages photographiques pour comparer les Serbes à des nazis. Cette propagande visait à gagner l’opinion à la guerre contre la Serbie mais, en ce qui concerne les États-Unis, elle n’était pas forcément alimentée par le lobby juif mais par des stratèges chrétiens et athées. Ces stratèges jouent la carte « juive ». C’est ma thèse. On voit cela actuellement avec la propagande contre l’Iran ; les stratèges de la guerre jouent la carte « juive » pour impressionner les gens qui ont plus de morale que d’intelligence.
A la question
Silvia Cattori : Les manipulations récentes viennent confirmer, en partie, votre thèse : au même moment où les États-Unis voulaient faire passer au Conseil de Sécurité des sanctions contre l’Iran, un journal canadien a écrit que l’Iran voulait contraindre les juifs iraniens à porter l’équivalent d’une étoile jaune [2]]]. Mais je me référais à ces personnalités ouvertement pro-israéliennes qui, en France par exemple, jouent un rôle important dans la formation de l’opinion car elles occupent des positions médiatiques stratégiques, et dont le parti pris communautaire les conduits toujours à appuyer la politique d’Israël et des États-Unis, peut importe si elle est criminelle. Souvenez-vous du soutien actif apporté à Izetbegovic en Bosnie par Bernard-Henri Lévy et Bernard Kouchner. Une fois la Serbie à genoux, ils ont tout de suite dirigé leur propagande contre les Arabes et les musulmans ; il s’agissait cette fois de mobiliser l’opinion en faveur de la « guerre des civilisations ». Quand ils ont parlé de « camps de concentration » pour associer les Serbes à Hitler, n’ont-ils pas participé aux manipulations de l’OTAN ?
Il répond
Jürgen Elsässer : Nous avons assisté au même phénomène en Allemagne. Les journalistes juifs qui soutenaient la guerre contre la Yougoslavie avaient accès aux plateaux télévisés. Mais les journalistes qui étaient contre, qu’ils fussent de confession juive ou pas, ont été écartés du débat. Je pense que les médias et les politiques se servent des voix juives pour des enjeux géostratégiques.
A la question
Silvia Cattori : Vous soulignez à juste titre le caractère religieux extrémiste de la Bosnie-Herzégovine sous Izetbegovic mais, alors que vous doutez du soutien d’Israël à cette espèce d’ébauche de l’émirat des Taliban, ne surévaluez-vous pas le rôle de l’Iran et de l’Arabie saoudite ? Richard Perle était le principal conseiller politique d’Izetbegovic. Les Iraniens et les Saoudiens n’ont-ils pas fait de la surenchère islamique en espérant prendre le contrôle d’un régime musulman qui ne tenait ses ordres que de Tel-Aviv et Washington. En fait, Izetbegovic n’était-il pas un agent d’Israël ?
Il répond
Jürgen Elsässer : Le Mossad a aidé les Serbes bosniaques, ils leur ont même fourni des armes. Il n’y a rien qui indique que le gouvernement israélien ait aidé Izetbegovic. Il a été soutenu par les Américains, et Clinton s’appuyait sur le lobby sioniste aux États-Unis, mais ce lobby n’avait pas le soutien du gouvernement israélien pendant la guerre de Bosnie.
A la question
Silvia Cattori : En ce qui concerne certaines de vos sources, peut-on accorder crédit aux assertions de Yossef Bodanski, directeur de Groupe de travail sur le terrorisme et la guerre non conventionnelle près du Sénat américain ?
Il répond
Jürgen Elsässer : Je ne fais confiance à personne. On prétend que Bodansky a des liens avec des sources du Mossad et cela rend nombre de ses conclusions suspectes. D’un autre côté il porte à notre connaissance beaucoup de faits intéressants qui contredisent la propagande officielle. Dans mon livre, je montre les contradictions au sein des élites dominantes des États-Unis et, à cet égard, Bodansky, est très intéressant.

Jürgen Elsässer essai-t-il de brouillé la piste Sioniste où bien est-ce ses sources qui le manipulent ? La question reste posé!


2.Posté par NESS le 14/03/2007 21:16 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Jürgen Elsässer : « La CIA a recruté et formé les djihadistes »
par Silvia Cattori*

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires