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Une nouvelle brèche dans le mur israélien d’impunité


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Le rapport Goldstone représente une nouvelle faille importante dans le mur de l’impunité israélienne, qui s’étiole lentement mais sûrement. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’Israël ne soit placé face aux conséquences de ses crimes, écrit Hasan Abu Nimah.

Hasan Abu Nimah - The Electronic Intifada


Hasan Abu Nimah
Jeudi 22 Octobre 2009

Les efforts déployer par Israël pour salir la réputation du juge Richard Goldstone ont échoué à enterrer l’enquête des Nations Unies que celui-ci a dirigée - Photo : Jean-Marc Ferre/UN
Les efforts déployer par Israël pour salir la réputation du juge Richard Goldstone ont échoué à enterrer l’enquête des Nations Unies que celui-ci a dirigée - Photo : Jean-Marc Ferre/UN

Le rapport Goldstone sur les crimes de guerre commis par Israël dans Gaza l’hiver dernier a finalement réussi à passer son premier obstacle important de procédure lorsque Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies à Genève [CDH] a adopté le 16 Octobre une résolution qui l’approuvait.

La résolution appelle « toutes les parties concernées, y compris les organisations des Nations Unies » à mettre en œuvre les recommandations du rapport - qui vont jusqu’à menacer les dirigeants israéliens de passer devant les tribunaux internationaux - et va transmettre le rapport à l’Assemblée générale des Nations Unies pour qu’elle se prononce plus avant.

Les États-Unis ont rejeté la résolution comme étant biaisée car elle ne faisait que critiquer Israël - et pas les groupes armés palestiniens qui sont également accusés dans le rapport Goldstone d’avoir commis des crimes de guerre à cause des tirs de roquettes vers Israël et qui ont tué trois civils israéliens.

Les États-Unis n’ont pas non plus apprécié le fait que la résolution du CDH inclut des questions non liées à Gaza, à savoir l’expansion agressive d’Israël des colonies israéliennes dans Jérusalem occupée et le reste de la Cisjordanie, la construction du mur [d’Apartheid] en Cisjordanie, les ingérences dans les lieux saints, et les tentatives visant à modifier les caractéristiques démographiques de Jérusalem.

Mais cette orientation était tout à fait appropriée car le Hamas, contrairement à Israël, a coopéré pleinement avec les travaux préparatoires au rapport Goldstone, et le Hamas a même déclaré qu’il allait mener des enquêtes sur les actions palestiniennes, comme le demande le rapport.

On peut être sceptique sur la crédibilité de ces enquêtes, mais Israël n’est même pas allé jusque là. Par conséquent, la résolution condamne à juste titre « la non-coopération de la puissance occupante, Israël, avec la mission d’enquête internationale et indépendante », dirigée par Goldstone.

La résolution a été tout à fait équilibrée en ce sens qu’elle replace les questions dans leur véritable contexte : Israël est la « puissance occupante » et les Palestiniens sont le peuple occupé. Ils ne sont pas égaux.

Bien qu’Israël ait refusé de coopérer avec les auteurs du rapport, il est néanmoins préoccupé du fait que ce rapport documente en détail ses crimes de guerre et ses crimes flagrants contre l’humanité. Les efforts d’Israël pour dénigrer la réputation du juge Richard Goldstone - juriste disposant de références inattaquables dans la justice internationale, et juif sioniste sud-africain - n’ont pas réussi à enterrer le rapport.

Depuis sa création Israël a réussi à échapper à toutes les obligations imposées par le droit international et pour l’essentiel de ses six dernières décennies, cet Etat a bénéficié de la protection américaine qui lui a permis d’agir en toute impunité comme un hors la loi.

La saga du rapport Goldstone ne fait pas exception. Au début du mois d’octobre,une très forte pression américaine et israélienne assortie de menaces contre Mahmoud Abbas et son Autorité palestinienne [AP] de Ramallah a fait en sorte que ce dernier retire le soutien [de l’AP] à un projet de résolution approuvant le rapport des Nations Unies. Cela aurait dû avoir pour effet de l’enterrer. Mais une puissante protestation dans l’opinion publique palestinienne face à ce qui était perçu comme une claire trahison d’Abbas, a imposé un changement de cap.

Pour les Palestiniens, habitués depuis longtemps à la duplicité des arrangements de l’AP avec Israël, l’affaire Goldstone, c’était trop. Comment Abbas - qui est censé défendre les Palestiniens - pouvait-il lancer une bouée de sauvetage aux auteurs du massacre de Gaza et leur offrir une échappatoire face à leur responsabilité ? Ni Abbas, ni ses bailleurs de fonds internationaux et israéliens n’ont été en mesure d’ignorer la rébellion populaire grandissante contre l’Autorité palestinienne, ainsi que les appels croissants pour le limogeage d’Abbas et même pour son procès pour avoir trahi son propre peuple.

Après quelques semaines de justifications confuses et contradictoires, Abbas a ordonné à son représentant à Genève de soutenir la résolution, conduisant à son adoption par le Conseil des Droits de l’Homme [CDH] la semaine dernière.

La décision d’Abbas de revenir à Genève et de demander une session spéciale du CDH a été accueillie avec une certaine compréhension par ceux qui l’avaient poussé dans ce gâchis. Tant les Israéliens que les Américains semblent avoir réalisé que sa volte-face à Genève ne servait qu’à réparer les dégâts. L’effort désespéré d’Abbas pour sauver son existence politique est aussi dans l’intérêt de ceux qui le manipulent et qui ont encore besoin de lui.

Tout en autorisant cette retraite tactique d’Abbas, les Israéliens et les Américains ont cette fois redirigé leur pression vers les autres membres du CDH dans l’espoir qu’ils ne votent pas [le rapport]. Certains ont cédé à cette pression, pour s’attirer les bonnes grâces des Etats-Unis et d’Israël, mais la résolution en faveur du rapport a cependant été adoptée par 25 voix contre 6, avec 11 abstentions.

Les États-Unis ont pris la tête du vote opposé, conformément à son habituelle politique de protection d’Israël contre les condamnations internationales. En faisant en sorte que d’autres votent de la même façon, Washington de fait encourage et récompense l’agression israélienne et ses crimes, et détruit toute chance de redevenir crédible dans la région.

Le bref moment d’espoir suscité par l’élection du président Barack Obama a été irrémédiablement perdu car il est clair que la superpuissance américaine se laisse apparemment toujours manipuler par un petit Etat voyou [« rogue state »] plutôt que d’utiliser son pouvoir et son autorité pour empêcher Israël de massacrer les Arabes en Palestine et ailleurs, de voler leurs terres, d’occuper leur territoire, de provoquer une escalade dans la course régionale aux armes de destruction massive, et de menacer ses voisins proches et éloignés.

Israël a longtemps dupé une grande partie du monde, en prétendant être la seule démocratie de style occidental dans la région, entourée d’Arabes sauvages et agressifs et de Palestiniens terroristes qui veulent sa destruction. Un mélange d’hypocrisie occidentale, de peur, de tendances racistes dissimulées, d’ignorance et de complaisance ont trop longtemps mis Israël à l’abri de devoir payer le prix de ses actes.

La condamnation dans la résolution du CDH, des restrictions imposées par Israël aux Palestiniens « sur la base de l’origine nationale, la religion, le sexe, l’âge ou d’autres motifs discriminatoires » comme étant « une violation grave des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels du peuple palestinien », est une reconnaissance internationale bienvenue de la nature raciste de la politique israélienne.

Il est peut-être trop tôt pour espérer que le rapport Goldstone mène directement les dirigeants israéliens à devant les tribunaux internationaux, car il y a encore trop de possibilités pour Israël et ses bailleurs de fonds de bloquer une telle action. Mais le rapport Goldstone représente une nouvelle faille importante dans le mur de l’impunité israélienne qui s’étiole lentement mais sûrement. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’Israël ne soit placé face aux conséquences de ses crimes, et tous ceux qui veulent la paix et la justice devront y travailler avec une vigueur renouvelée.

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* Hasan Abu Nimah est l’ancien représentant permanent de la Jordanie auprès des Nations unies.

The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :

http://electronicintifada.net/v2/ar...
Traduction : Claude Zurbach
http://www.info-palestine.net/


Jeudi 22 Octobre 2009


Commentaires

1.Posté par dik le 22/10/2009 12:01 | Alerter
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Effectivement. Pour illustrer les propos de M. Hasan Abu Nimah, j'imagine un tableau unique et permanent lié à l'existence d'Israël : A chaque vote majoritaire contre Israël, un clou est planté dans le tableau, puis enlevé quand il y a véto en sa faveur. Finalement le tableau est tellement plein de trous qu'il n'y a plus de place pour un nouveau clou, qui est le rapport Goldstone. Autre moralité de cette image, le fait d'enlever le clou n'efface pas le crime, en témoigne le trou!

2.Posté par Nicole le 22/10/2009 20:13 | Alerter
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Je trouve que ça bouge quand même bien. J'ai repris une vidéo de France 24 où la mauvaise foi du vice président de France Israël est frappante,
et par ailleurs, ce que je trouve fabuleux que le juge Goldstone mette au défi Washington de prouver la partialité de son rapport :

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