Ceux qui prédisent la guerre contre l'Iran ou une forme d'attaque surprise du tandem Bush-Cheney sur Téhéran sont constamment à la recherche de signes de préparatifs militaires tels qu'un bombardier B-52 qui décolle par erreur du Dakota du Nord armé de missiles de croisière nucléaires, un deuxième ou un troisième porte-avions qui entre dans le golfe Persique ou encore, un bombardier B-1 qui se crash au Qatar.
Étant donné que la manière la plus probable d'une guerre contre l'Iran ne sera pas un débarquement de Marines sur la plage, mais plutôt une attaque sur les installations nucléaires et sur des cibles du « régime, » des signes comme ceux-ci pourraient simplement n'être que des mirages. La véritable attaque ne surviendra pas nécessairement à la suite d'un avertissement et l'armée US a mis au point tout un système appelé «attaque globale » pour exécuter une telle attaque préventive.
Une mission secrète réalisée en août dernier au-dessus de l'Afghanistan a attiré mon attention, car elle nous dévoilait tout ce qu'il nous faut savoir sur la capacité de l'armée US à réaliser une attaque surprise contre l'Iran. Cette mission nous a également démontré jusqu'à quel point une telle attaque pourrait être inefficace.
Le 12 août 2007, quatre avions F-16CJ ont pris leur envol de l'Irak vers l'est de l'Afghanistan pour une mission d'une durée de 11 heures, en traversant l'espace aérien de six pays différents, avant de lancer plus d'une douzaine de bombes téléguidées sur des cibles des Talibans. Les équipages de ce vol qui ont fracassé tous les records ont reçu en 2007 le « Clarence MacKay Trophy, »un trophée très convoité et remis annuellement pour « le vol le plus méritant » de l'année.
Selon l'US Air Force, la mission secrète n'avait auparavant jamais été expérimentée et les pilotes se sont vus attribués une période de deux minutes pour réaliser l'attaque à la fin de leur vol de 2,100 milles. Le tout sans escale, ayant nécessité 13 remplissages aériens des réservoirs pour un vol équivalent à un aller-retour entre New York et Los Angeles.
Selon l'US Air Force, la mission a été un succès: Il en est résulté « une frappe directe » qui a permis à la coalition des forces terrestres de « conduire des raids sur les positions des Taliban. »
Toutefois, une vérification de l'actualité en Afghanistan pour la semaine du 12 août permet de constater que l'on ne parle pas d'une véritable attaque aérienne d'importance. Le 12 août, les fils de presse ont signalé des combats à proximité de la frontière pakistanaise de même que la mort de trois soldats US et de leur interprète afghan dans l'explosion d'une bombe. D'autres combats ont été signalés le 13 et le 14 août, mais pas de missions de bombardement en support aux Forces US ou afghanes. Le 15 août, le gouvernement afghan a annoncé une opération à grande échelle de trois jours dans la région de Tora Bora, une opération lancée en réponse à l'assassinat des trois soldats américains par un engin explosif improvisé au début de la semaine. Les officiels ont déclaré que près de 50 suspects militants pakistanais et talibans ont été tués lors d'opérations aériennes et terrestres. Pour sa part, un officiel afghan a déclaré que des avions de combat de la coalition ont effectué deux sorties pour attaquer les positions des Taliban dans cette région.
Je ne doute pas que la mission de nuit des avions F-16CJ était complexe et historique, de même qu'elle était physiquement et mentalement exigeante. Selon l'US Air Force, les équipages ont travaillé avec de nouvelles instructions et ils étaient dans l'inconnu. Le commandant de l'escadron a eu seulement 18 heures pour planifier et pour préparer l'attaque. De plus, la mission était si secrète qu'elle n'était pas inscrite sur le journal « Air Tasking Order, » le programme quotidien distribué dans toute l'armée US, ce qui compliquait les opérations de remplissage aérien des réservoirs et les survols.
Si le 12 août 2007 les États-Unis avaient tué Osama ben Laden ou réalisé de grandes victoires en Afghanistan, on pourrait apprécier pleinement la mission et l'attribution du Trophée MacKay. Mais je suppose que ce qui est important ici est que la mission s'est déroulée avec la précision d'une horloge et non pas parce que quelque chose d'important en Afghanistan a été détruit.
Rien de tout ceci ne vient ternir l'effort ni ce qui a été réalisé. Mais si c'était réellement une répétition d'une attaque contre l'Iran, alors c'était une mission où positionner les avions au-dessus de la cible avait plus d'importance que ce qui a réellement été bombardé.
Traduit par Dany Quirion pour
Alter Info
Source :
http://blog.washingtonpost.com