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Une guerre contre l’Iran. Le compte à rebours s’accélère


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Les maîtres du monde se préparent pour une autre conquête : une guerre contre l’Iran afin de reprendre le contrôle de ce pays.

Jules Dufour - Mondialisation


Jules Dufour
Lundi 28 Septembre 2009

Barack Obama, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown se sont unis pour dénoncer la construction d’un deuxième site nucléaire par Téhéran. (AFP)
Barack Obama, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown se sont unis pour dénoncer la construction d’un deuxième site nucléaire par Téhéran. (AFP)

Les nombreux gestes posés récemment en ce sens par les grandes puissances nucléarisées, les Déclarations sur le désarmement nucléaire global dans l’enceinte de l’ONU, les justificatifs pour des sanctions additionnelles invoqués tels que la construction en secret annoncée d’une nouvelle usine de production de combustible nucléaire, la poursuite du processus de diabolisation du régime de Téhéran et de son président sont autant d’indices précurseurs d’une mobilisation sans précédent des pays nucléarisés contre l’Iran. Quel est le scénario le plus vraisemblable en préparation ? Une attaque ciblée des installations nucléaires iraniennes ? Une série de raids aériens effectués contre les principales villes du pays afin de détruire les actifs industriels ? Une infiltration dans les milieux politiques afin de déstabiliser les institutions nationales ? Créer une atmosphère propice aux violences urbaines ? L’imposition de sanctions encore plus sévères ? Voilà autant de voies qui sont sans doute susceptibles d’être examinées depuis un certain temps par les stratèges occidentaux.

« Le président Barack Obama, en effet, a sommé vendredi l’Iran de faire toute la lumière sur ses activités nucléaires à une réunion cruciale prévue le 1er octobre et prévenu la République islamique que le monde était plus uni que jamais pour l’empêcher d’avoir la bombe atomique  » (http://www.cyberpresse.ca). Il a déclaré par la même occasion : « L’Iran viole les règles que toutes les nations doivent suivre, mettant en danger le régime de la non-prolifération...et la sécurité du monde » (Le Devoir).

Il a ajouté à l’instar de son prédécesseur à la Maison-Blanche : « J’ai toujours dit que nous n’écartons aucune option quand il s’agit des questions de sécurité nationale américaines, mais je veux à nouveau insister sur le fait que ma préférence va à une solution diplomatique », a-t-il dit lors d’une conférence de presse (Cyberpresse).

Puis, le cortège des menaces a suivi : « Je crois que l’Iran est prévenu : quand nous les rencontrerons le 1er octobre (à Genève), il va falloir qu’ils fassent toute la lumière et il va falloir qu’ils fassent un choix, a-t-il dit  ». Le président a prévenu l’Iran qu’il allait au-devant de nouvelles sanctions s’il ne s’exécutait pas. Il a dit avoir observé cette semaine « une démonstration d’unité sans précédent » à l’Assemblée générale des Nations unies et au sommet des pays avancés et des grandes économies émergentes à Pittsburgh. Une telle « solidarité n’est pas courante. Quiconque a suivi les réponses qu’on faisait à l’Iran aurait douté il y a seulement quelques mois qu’une réaction aussi rapide était possible », a-t-il dit (http://www.cyberpresse.ca/internati...). Les mêmes propos ont été tenus par le président français, Nicolas Sarkozy : « Nous sommes face à un défi lancé à la communauté internationale. Si d’ici au mois de décembre il n’y a pas de changement profond de politique de la part des dirigeants iraniens des sanctions devront être prises. Tout, absolument tout, doit être mis sur la table » (L’Iran s’invite au G20, Le Journal de Québec, le 26 septembre 2009, p. 32).

Pourquoi cette offensive contre l’Iran s’est-elle intensifiée au cours des dernières semaines ? Pourquoi y a t-il urgence d’agir maintenant ? Il est permis de trouver, en partie, une réponse dans les éléments suivants : le retrait des troupes étatsuniennes de l’Irak peut être vu comme une défaite qu’il importe de faire oublier par un détournement de l’opinion publique vers la question du programme nucléaire de l’Iran, la descente aux enfers des contingents de la coalition en Afghanistan et le SOS lancé par le général Stanley A. McChrystal pour des renforts substantiels (entre 10 000 et 15 000 soldats de plus) devant être déployés d’urgence (Secretary of Defense Memorandum 26 June 2009. Initial United States Forces - Aghanistan (USFOR-A) Assessment), la pression exercée par Israël pour une intervention militaire contre l’Iran par les États-Unis à la suite des déclarations répétées du président de l’Iran concernant l’Holocauste et l’existence même d’Israel, la construction d’une seconde usine de production de combustibles nucléaires et, enfin, la mobilisation de ressources considérables pour la guerre pouvant entraîner des retombées significatives sur l’économie des principaux pays producteurs et exportateurs d’armements.

L’Iran. Une menace d’envergure mondiale ?

Cette question est posée depuis des années. En quoi l’Iran peut-il être une menace suffisamment élevée pour l’ensemble des pays du monde pour obliger la conception d’une stratégie en vue de l’anéantir ? Quels sont les fondements de la profonde appréhension de la part des pays occidentaux vis-à-vis du programme de développement nucléaire de l’Iran ? Les enquêtes sur le terrain des inspecteurs de l’Agence internationale de l’Énergie atomique (AIEA) n’ont pas permis d’en arriver à la conclusion formelle que l’Iran était sur le point de construire une bombe atomique. À l’intérieur du débat concernant le bouclier antimissile des craintes ont été formulées par les tenants de ces dispositifs de défense ou d’interception sur les capacités de l’Iran de disposer bientôt d’armements nucléaires. C’est ainsi que ceux-ci, dans le doute, ont recommandé alors d’installer un parapluie protecteur pour contrer cette menace potentielle et ce à n’importe lequel prix.

Cette crainte est alimentée sans cesse par les adeptes de la défense antimissile, mais elle reste au niveau des soupçons. Selon eux, l’Iran possèderait tous les éléments lui permettant de construire une bombe nucléaire et il possède les vecteurs de courte et de moyenne portée capables d’atteindre de nombreuses cibles sensibles de façon efficace, y compris le territoire de l’État hébreu. Ce qu’il importe pour les puissances occidentales c’est de maintenir un doute fondé sur des faits vraisemblables (vérifiés ou non) dans l’esprit de la population des pays nucléarisés. Ce doute pourrait par conséquent être suffisant pour préparer une intervention armée et de la justifier.

Le support de la Russie et de la Chine

L’abandon par les Etats-Unis du projet de bouclier antimissile en Pologne et en République tchèque annoncé le 17 septembre dernier laissant place à un autre dispositif plus souple, soit un bouclier antimissile doté d’intercepteurs de courte et de moyenne portée et l’invitation adressée à la Russie lui demandant de collaborer avec l’OTAN pour mettre au point un système commun de défense antimissile seraient des gestes posés par les Étatsuniens destinés à réchauffer leurs relations avec la Russie et obtenir ainsi de sa part un appui dans la prise de contrôle de l’Asie centrale et éventuellement de celle de l’Iran.

Ce qui a été recherché lors de la dernière réunion du Conseil de sécurité et durant le Sommet de Pittsburgh c’est l’aval tacite de la Russie et de la Chine aux décisions prises par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni concernant la question du nucléaire iranien. Le président de la Russie, Dmitri Medvedev, de même que le Premier ministre de la Chine, Wen Jiabao, ont ainsi exprimé qu’ils n’étaient pas en désaccord avec le principe de l’imposition de sanctions contre l’Iran. C’est ainsi que les forces impériales arrivent à un consensus quand il en va de leurs prérogatives et de leurs intérêts communs. Selon le président Obama « non seulement les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont rendu publics les nouveaux manquements iraniens aux obligations internationales, mais « on a aussi vu la Chine et la Russie publier des communiqués appelant à une enquête immédiate », a-t-il dit ((Cyberpresse).

Conclusion

Si les nombreux reproches faits à l’Iran concernant le volet militaire non dévoilé de son programme de développement nucléaire s’avèrent fondés, si des actes de soumission de la part des Iraniens ne sont pas posés face aux diktats des pays occidentaux la méfiance à l’égard de l’État iranien ne pourra que s’accentuer en Occident au cours des prochains mois. Il est à craindre alors que l’option militaire soit envisagée comme étant la seule voie pour résoudre cette crise générée par les grandes puissances.

Ce qui est sur la table c’est la question globale de la transparence concernant les arsenaux nucléaires. Dans les faits, les membres du Club nucléaire et les autres pays nucléarisés ne présentent pas toutes les composantes de leur programmes de développement de leurs armements nucléaires et de leurs projets de transferts des technologies nucléaires. Cette situation a d’ailleurs été déplorée à plusieurs reprises par le secrétaire général de l’ONU. Ce qui est en jeu est le comportement des pays nucléarisés eux-mêmes qui ne respectent pas les dispositions du Traité de Non Prolifération nucléaire (TNP). Dans un tel contexte, ce qui réclamé par l’Iran c’est d’abord des gestes concrets de la part des grandes puissances concernant le désarmement nucléaire. Un monde sans armes nucléaires sera possible quand le principe de l’équité sera respecté. La politique de deux poids deux mesures préconisée par l’Occident ne peut que nous entraîner tous dans l’impasse et le chaos et c’est la raison pour laquelle l’on souhaite en arriver, le plus tôt possible, à la conclusion d’un « Traité de désarmement général et complet sous strict contrôle international ».

Références

ANONYME. 2009. L’Iran s’invite au G20. Le Journal de Québec, le 26 septembre 2009, p. 32.

AFP. 2009. Nucléaire iranien : une histoire d’espions qui soulève bien des questions. Cyberpresse, le 25 septembre 2009. En ligne : http://www.cyberpresse.ca/internati...

AFP. 2009. Obama n’écarte pas l’option militaire face à l’Iran. Cyberpresse. Le 25 septembre 2009. En ligne : http://www.cyberpresse.ca/internati...

DINUCCI, Manlo. 2009. Israël est en train de préparer l’attaque contre l’Iran. Il Manifesto. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM), le 18 juillet 2009. En ligne : http://www.mondialisation.ca/index....

DUFOUR, Jules. 2009. Une guerre mondiale au secours de l’Empire américain. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 3 mars 2009. En ligne : http://www.mondialisation.ca/index....

DUFOUR, Jules. 2009. Le grand réarmement planétaire. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 5 mai 2009. En ligne : http://www.mondialisation.ca/index....

DUFOUR, Jules. 2009. L’ingérence de l’Occident dans les élections iraniennes. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 23 juin 2009. En ligne : http://www.mondialisation.ca/index....

DUFOUR, Jules. 2009. Washington se dit prêt à négocier avec l’Iran. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 12 juillet 2009. En ligne : http://www.mondialisation.ca/index....

DUFOUR, Jules. 2009. Les États-Unis et le désarmement nucléaire. Appel à l’armistice avant la chute de l’empire ? Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 15 septembre 2009. En ligne : http://www.mondialisation.ca/index....

FELLER, Ben et George Jahn. 2009. Obama, Sarkozy et Brown accusent l’Iran de construire en secret une usine nucléaire. Journal Le Devoir, 26 et 27 septembre 2009, p. A9. En ligne : http://www.ledevoir.com/2009/09/26/...

FRANCE. DIPLOMATIE. 2009. Question nucléaire. Rapport de l’AIEA concernant le programme nucléaire iranien (31 août 2009). En ligne : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pa...

Le MONDE. 2009. Après quatre rendez-vous internationaux la "philosophie" diplomatique de Barack Obama. Journal Le Devoir, les 18 et 19 juillet 2009. En ligne : http://www.ledevoir.com/2009/07/18/...

LÉVESQUE, Claude. 2009. Le nouveau consensus sur le nucléaire. Un nouveau pas vers le désarmement a-t-il été franchi par l’ONU ? Journal Le Devoir, 26 et 27 septembre 2009, p. C2. En ligne : http://www.ledevoir.com/2009/09/26/...

McKRYSTAL, Stanley A. 2009. Secretary of Defense Memorandum 26 June 2009. Subject : Initial United States Forces - Afghanistan (USFOR-A) Assessment. Juin 2009. 66 pages.

NABA, René. 2009. Iran-Israël : Les enjeux sous-jacents de la confrontation. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 11 septembre 2009. En ligne http://www.mondialisation.ca/index....

RUDMIN, Floyd. 2008. Les conséquences des bombardements sur les installations nucléaires de l’Iran. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 30 avril 2008. En ligne : http://www.mondialisation.ca/index....

(JPG)


Jules Dufour, Ph.D., est président de l’Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, professeur émérite à l’Université du Québec à Chicoutimi, membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre chevalier de l’Ordre national du Québec.

27 septembre 2009 - Mondialisation


Lundi 28 Septembre 2009


Commentaires

1.Posté par sharaf le 28/09/2009 20:03 | Alerter
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mais !
ça veut dire quoi " communauté Internationale " !?
--- Qui est visiblement de la communauté dite internationale ?
et qui sont : criminels colonialistes esclavagistes modernes lanceurs de bombes atomiques sur leurs frères humains , pollueurs de l'existence et destructeurs de la Vie et de l'Amour !?
ou alors on ne pas dire la chose en 3 mots -"Communauté Internationale Sioniste "-

2.Posté par Taleb le 28/09/2009 21:21 | Alerter
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L’Iran est un pays mazloum (opprimé) depuis la révolution islamique et le sionisme en vu de préparer une guerre inverse le rôle en présentant l’Iran Zalim (oppresseur), mais en réalité les pays qui accusent l’Iran, possèdent des milliers de bombes nucléaires sont dangereux ou l’Iran qui n’a aucune bombe ??

3.Posté par HELENEMAHILLET le 29/09/2009 11:32 | Alerter
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On chauffe l'opinion en vue d'une attaque, voici la preuve :

Plus les dirigeants israéliens bombent le torse et claironnent leur détermination à mettre fin aux ambitions nucléaires de l'Iran, plus les experts ont tendance à penser qu'ils bluffent. Après tout, si George W. Bush a refusé en 2008 de fournir à Israël les bombes anti-bunker et le ravitaillement en vol nécessaires à la destruction des sites nucléaires iraniens, les chances qu'Obama fasse le contraire peuvent sembler très minces. Surtout si l'on sait que le président américain a réagi à l'annonce d'un test de missile par la Corée du Nord en se contentant d'évoquer son rêve d'un monde sans armes nucléaires.

De nombreux analystes ont mis en évidence les performances catastrophiques de l'armée israélienne pendant la guerre du Liban en 2006 et l'image d'Israël dans le monde s'est encore dégradée suite aux atroces images de destructions commises dans la bande de Gaza. Dans ces conditions, les conséquences diplomatiques d'une attaque réussie contre l'Iran pourraient être pires que celles d'un échec militaire. De plus, personne ne sait vraiment où se trouvent les sites nucléaires iraniens.

Pour toutes ces raisons, des personnes parfaitement censées relativisent les excès rhétoriques des deux parties et estiment qu'il ne se passera rien de bien grave, que l'Iran devienne une puissance nucléaire, ou non. Du point de vue américain, en tout cas, il semble acquis que si l'Iran possédait quelques dizaines de bombes, il pourrait être contenu de manière relativement simple, par les mêmes moyens qui ont permis de contenir un empire soviétique armé de 45.000 ogives. Mais l'erreur de ces experts est de raisonner avec un point de vue américain, alors que c'est Israël qui est menacé par le programme nucléaire iranien. A ce titre, la stratégie de notre allié au Moyen-Orient diffère radicalement de la nôtre.

Les commentateurs moins optimistes, qui estiment qu'Israël ne bluffe pas, se divisent en deux catégories. Ceux qui pensent que les Israéliens sont fous et que les Etats-Unis doivent continuer à les encadrer étroitement pour les empêcher d'aller trop loin. Et ceux qui pensent que les dirigeants iraniens vivent sur une autre planète et sont prêts à utiliser des armes nucléaires contre Israël. Mais est-il vraiment nécessaire de considérer qu'un des deux camps a perdu les pédales pour comprendre qu'Israël a de bonnes raisons d'attaquer?

L'analyse des relations internationales permet de comprendre qu'une attaque contre l'Iran servirait pleinement les intérêts d'Israël, également en tant qu'Etat satellite des Etats-Unis.

Si les fulminations d'Israël font partie d'une stratégie mûrement réfléchie visant à obliger les Etats-Unis à se montrer plus agressifs vis-à-vis de l'Iran, cela ne signifie pas que les Israéliens n'attaqueront pas si la politique d'ouverture pratiquée par Obama laisse la possibilité aux Iraniens d'acquérir l'arme nucléaire. Et plus on envisage la situation sous l'angle de la relation entre Israël et son protecteur, plus l'attaque semble logique, et probable. Au vu des récents succès technologiques de l'Iran, comme le lancement du satellite de communication Omid, et du caractère de plus en plus évident des objectifs du programme iranien, il n'est plus invraisemblable de prévoir une attaque dans l'année qui vient. Pour l'instant, les Russes ne semblent pas pressés de procurer à l'Iran des missiles sol-air S-300, mais si la transaction venait à se préciser, Israël pourrait intervenir encore plus rapidement.

Le fait que les intérêts israéliens puissent diverger radicalement de ceux des Etats-Unis semble surprendre beaucoup d'analystes. Une telle incompréhension est due au fait que les adversaires et les partisans de la relation privilégiée entre les deux pays partagent plus ou moins les mêmes croyances naïves, comme la théorie du lobby israélien tout-puissant ou la soi-disant communauté de valeurs démocratiques qui unirait les deux pays. S'il est indéniable que le soutien des Etats-Unis est en partie motivé par une communauté de valeurs et par le lobbying mené par certains groupes à Washington, ni l'état de la démocratie israélienne ni les pouvoirs secrets de lobby pro-israéliens comme l'AIPAC ne peuvent expliquer les milliards de dollars de crédits militaires consentis à Israël. Crédits qui sont d'ailleurs autant de cadeaux aux fabricants d'armes américains qu'aux militaires israéliens.

Non, si les Etats-Unis défendent aujourd'hui Israël, c'est tout simplement parce que ce pays est le plus puissant du Moyen-Orient. Les adversaires de la fameuse «relation privilégiée» se plaisent à confondre l'attitude adoptée par les Etats-Unis avant et après 1967 en évoquant les dizaines de milliards donnés à Israël «depuis 1948». Mais l'examen des faits prouve que l'accession d'Israël au statut de puissance régionale s'est faite sans aide significative des Etats-Unis.

Le programme nucléaire clandestin a été monté avec l'aide des Britanniques et des Français, qui s'unirent aux Israéliens pour s'emparer du Canal de Suez, et qui furent obligés de le rendre à l'Egypte par Eisenhower. Les pilotes israéliens qui ont détruit au sol les aviations égyptienne, syrienne et jordanienne pilotaient des Mystères français, pas des Phantoms américains. Et le Congrès n'a débloqué des crédits pour aider Israël à accueillir l'afflux de survivants des camps de la mort ou les réfugiés juifs fuyant le Yemen, l'Irak ou l'Egypte qu'après 1973, soit 25 ans après la création d'Israël.

En détruisant l'ancien équilibre des forces au Moyen-Orient grâce à sa spectaculaire victoire dans la guerre des Six jours, Israël est devenu la nouvelle puissance militaire de la région, dont l'influence déstabilisante devait à tout prix être contenue. Or les similitudes entre cette montée en puissance au cours des années 1950 et 1960 et celle de l'Iran aujourd'hui sont réelles.

Comme Israël en 1967, l'Iran est un Etat non-arabe dont les tactiques militaires innovantes font très peur aux Arabes. Mais la ressemblance s'arrête là. L'Iran est vaste et compte plus de 70 millions d'habitants. Israël est un pays minuscule de 7 millions d'habitants, dont les dirigeants ont l'habitude de gouverner à vue. En l'absence de toute stratégie d'expansion ou de diplomatie cohérentes, Israël a décidé, depuis 1967, d'utiliser sa puissance militaire pour s'emparer de territoires qu'il pourrait ensuite échanger contre l'aide de son puissant allié américain.

Israël a gagné sa place d'Etat satellite des Etats-Unis grâce à une série d'exploits accomplis par un pays minuscule, sans réels moyens financiers et acculé à la mer : la prise du canal de Suez en 1956, la victoire en 1967 et le développement de l'arme atomique.

Mais les termes du contrat passés avec le grand frère américain ont relégué ces faits d'arme à un passé aussi glorieux que révolu. En effet, Israël a échangé la liberté de prendre des initiatives risquées mais pouvant rapporter très gros, contre la sécurité militaire et diplomatique garantie par le pays le plus riche et le plus puissant du monde. Le marché était, et est toujours, très simple : l'appui quasi inconditionnel des Etats-Unis contre la soumission d'Israël aux ambitions diplomatique et stratégiques américaines dans la région, et notamment vis-à-vis des nations arabes voisines.

A chaque nouveau traité de paix chapeauté par les Américains, de Camp David à la conférence de Madrid en passant par Oslo et Annapolis, les Etats-Unis se sont servis de leur pouvoir sur Israël comme d'un puissant levier vis-à-vis du monde arabe : «Faites ce qu'on vous dit, et nous forcerons les Israéliens à se calmer.» Et la «relation privilégiée», qui permet à Washington d'imposer sa volonté au Moyen-Orient, repose sur deux piliers. La capacité américaine à imposer des solutions concrètes, comme le retour du Sinaï à l'Egypte ou l'engagement de créer un Etat palestinien. Et l'idée, implicite mais toujours présente, que les Etats-Unis font tout leur possible pour encadrer les énergies belliqueuses israéliennes.

Le succès de cette alliance exige que les deux parties s'engagent dans un perpétuel jeu de langage qui tient largement de la comédie. Les Etats-Unis font semblant de réprimander Israël. Les Israéliens font comme si les Américains les empêchaient de bombarder Damas ou de s'emparer des deux rives de l'Euphrate. Les relations entre les deux pays sont donc forcément instables, car il s'agit de jouer en permanence sur les forces et les faiblesses de l'Etat hébreu. Un Israël qui écraserait ses voisins représenterait un grave problème pour les Etats-Unis, mais un Israël incapable de projeter sa puissance déstabilisatrice dans la région ne leur servirait pas à grand-chose.

Conséquence fondamentale de cet état de fait, plus Israël s'affaiblit, plus ses intérêts et ceux des Etats-Unis vont diverger. Si Israël ne fait plus peur à personne, les Etats-Unis ne tarderont pas à lui demander de rendre le Golan à la Syrie et de laisser exister un Etat palestinien. Sa stature internationale encore diminuée, et sa taille ramenée aux frontières d'avant 1967, l'Etat hébreu sera encore moins utile aux Etats-Unis, qui pourraient alors décider de favoriser un pays davantage capable de maintenir la pression sur les Arabes: l'Iran.

Considéré de manière froidement pragmatique, le caractère intenable d'un tel équilibre permet de comprendre les batailles engagées par Israël contre le Hezbollah et le Hamas, mais aussi l'assassinat de scientifiques iraniens et, en 2007, l'attaque aérienne contre un bâtiment situé en Syrie et abritant probablement des installations nucléaires. Ces tentatives de redonner une certaine crédibilité à la capacité d'initiative israélienne s'adressent autant aux ennemis arabes qu'aux alliés américains. Elles sont le résultat d'une stratégie mise en place par l'ancien premier ministre Ariel Sharon, qui a su alterner des actions militaires imprévisibles et brutales, comme l'opération Bouclier défensif et la mise en quarantaine de Yasser Arafat, avec un discours insistant sur l'importance de la paix et des concessions surprenantes, comme le retrait unilatéral de Gaza en 2005. Sharon a également cherché à contrebalancer ses relations étroites avec le Président Bush par des initiatives diplomatiques dirigées vers la Russie et l'Inde.

Une attaque contre l'Iran est peut-être risquée, mais, dans le cadre de cette stratégie, elle prouverait qu'Israël est toujours capable de bousculer les rapports de force grâce à des initiatives militaires audacieuses. Même sans arme nucléaire, Israël peut mettre l'économie iranienne à genoux en bombardant les raffineries du pays, rendant ainsi très difficile une riposte d'envergure. Et si la guerre de 2006 au Liban a révélé de graves déficiences de l'armée, elle a également montré la capacité de l'aviation à détruire les batteries de missiles à longue portée. On peut être sûr que s'ils attaquaient l'Iran, les Israéliens riposteraient de manière encore plus brutale et efficace à des tirs de missiles ou de roquettes par le Hezbollah ou le Hamas.

A moins d'une débâcle militaire semblable à celle que subirent les Américains en 1980 dans le désert iranien, ou d'un ordre donné par Obama d'abattre les avions israéliens se dirigeant vers Natanz, une attaque aérienne devrait permettre de détruire quantité d'installations et de matériels que les Iraniens ont mis dix ans à construire et qu'ils ne pourraient pas remplacer avant longtemps. Une attaque pourrait donc retarder de deux ans, ou même de cinq ans, la mise au point d'une ogive. Mais surtout, elle mettrait fin à l'impression d'inévitabilité qui entoure désormais le programme nucléaire iranien et a permis à ce pays de devenir une puissance régionale incontournable.

L'idée selon laquelle le monde musulman se soulèverait alors contre Israël a perdu beaucoup de crédibilité. Les pays du Golfe et l'Egypte soutiennent ouvertement Israël contre le Hezbollah et le Hamas. De fait, Israël étant le seul pays capable de tenir tête à l'Iran et à ses satellites, l'Etat hébreu est indirectement devenu le mercenaire des pays sunnites, le gros bras chargé par Washington de protéger ce nectar si prisé par les Américains, le pétrole.

Les parallèles entre l'ascension fulgurante d'Israël au rang de satellite des Etats-Unis et la montée en puissance de l'Iran constituent pour l'Etat hébreu une raison supplémentaire d'agir, et d'agir vite. Le fait que l'Iran soit de plus en plus courtisé inquiète les Israéliens non seulement à cause des propos peu amènes tenus par les dirigeants de ce pays, mais surtout parce que tout rapprochement entre les Etats-Unis et l'Iran menace la «relation privilégiée» entre la superpuissance et son allié. Si on peut penser que l'Amérique mettrait Israël et l'Iran en concurrence afin de tirer le plus de bénéfices possibles de ses relations avec chacun d'eux, on ne voit pas comment les Etats-Unis pourraient contenter les deux pays indéfiniment. Il est par contre tout à fait envisageable que l'Iran, très influent en Afghanistan et en Irak et maître du Hezbollah et du Hamas, devienne un jour le nouveau partenaire «privilégié» des Etats-Unis.

Bombarder l'Iran est donc le meilleur moyen pour Israël de redevenir le forcené imprévisible qui attira l'attention des Etats-Unis à partir de 1967, tout en éliminant l'Iran de la liste des partenaires valables pour les Américains. Certes, cela revient à abattre l'autre fille pour garder votre petit ami, mais cela prouve seulement que les relations internationales n'ont pas grand-chose à voir avec les relations humaines. D'autant qu'en l'occurrence, cela pourrait très bien marcher. Privé de son programme nucléaire et incapable de riposter de manière conventionnelle, l'Iran apparaîtrait comme un tigre de papier, pour le plus grand plaisir des Etats sunnites du Golfe, tous alliés des Américains. Bénéfice supplémentaire, les satellites de l'Iran, comme la Syrie et le Hamas, ne pourraient que prendre leurs distances avec des Perses humiliés, dont tout le monde pourrait voir les installations nucléaires détruites sur Google Earth.

Le seul véritable problème pour Israël serait la réaction de Washington face à la colère de l'opinion publique dans les pays arabes et en Europe, qui ne manqueraient pas d'exprimer leur profonde indignation. Le prix à payer serait alors évident : la création d'un Etat palestinien. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le ministre de la Défense Ehoud Barak estiment que cela représenterait un danger réel pour Israël. Mais ils ont également conscience du caractère inévitable de l'établissement d'un tel Etat.

Et à bien y réfléchir, l'idée selon laquelle le prix à payer pour pouvoir attaquer l'Iran serait la création d'un Etat palestinien légitime encore davantage une telle prise de risque. Les dirigeants israéliens savent que les bénéfices liés au retrait de Cisjordanie dépendent largement des conditions de ce retrait. A ce titre, il est impératif qu'Israël cède ce territoire de son plein gré, après avoir fait la démonstration indiscutable de sa force. Ariel Sharon a pu retirer les troupes de Gaza parce qu'il avait vaincu Arafat et écrasé la deuxième intifada. Tout aussi pressés de se débarrasser de territoires qui posent de graves problèmes diplomatiques et démographiques, les successeurs de Sharon n'ont pas encore réussi à produire une victoire suffisamment éclatante pour légitimer un retrait de Cisjordanie. D'autant que leur pire cauchemar serait de voir l'armée israélienne contrainte de quitter Naplouse et Hébron sous les huées de militants du Hamas, organisation soutenue par... l'Iran. Dans cette optique, le caractère inévitable de la création d'un Etat palestinien devient le meilleur argument en faveur du caractère inévitable d'une attaque contre l'Iran.

Réduire à néant le programme nucléaire de Téhéran apparaît ainsi comme le meilleur moyen de mettre un coup d'arrêt à l'enchaînement des reculades territoriales et des condamnations internationales qui minent de plus en plus l'Etat hébreu, et de renouer avec les brillantes victoires militaires qui ont donné à Israël sa place aux côtés des Américains. Détruire un nombre suffisant de centrifugeuses mettrait également fin, pour un temps, aux ambitions iraniennes dans la région et éliminerait le seul rival potentiel d'Israël dans la course aux faveurs américaines. Enfin, cela permettrait à l'Etat hébreu, grâce à la création d'un Etat palestinien, de sortir par le haut du bourbier cisjordanien.

Certes, la méthode israélienne pour résoudre la question du nucléaire iranien et ramener la paix au Moyen-Orient est plus hasardeuse et violente que celle imaginée par l'administration américaine, avec des sanctions et l'évocation du second prénom de Barack Obama. Mais qui pourrait rejeter d'emblée l'idée d'échanger la bombe iranienne contre un Etat palestinien ? L'Arabie Saoudite serait contente. L'Egypte serait contente. Le Bahreïn, les Emirats Arabes Unis et le Koweït seraient contents. La Jordanie serait contente. L'Irak serait content. Les deux tiers des Libanais seraient contents. Les Palestiniens pourraient construire leur pays et Israël s'offrirait plusieurs décennies de tranquillité en restant la seule puissance nucléaire de la région.

L'Iran ne serait pas content. Mais la paix exige des sacrifices, non ?

Article de David Samuels

4.Posté par JBL le 29/09/2009 11:47 | Alerter
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J'ai honte d'être française et d'être représentée par ce nabot pour qui je n'ai pas voté.
Obama, on nous avait prévenu, on voulait croire que tu étais différent. Voir, car instructif, la prophétie des prophéties sur You Tube. Mais, tu te révèles bien pire que Bush et ça fait mal de le dire. Nous devons absolument nous lever et dire non à cette guerre qui s'avance. Ça suffit maintenant. Sarkozy depuis le début, veut la guerre avec l'Iran. Il nous faut lui montrer que nous ne sommes pas des "Veaux". Allez du courage, certes nous avons bien du labeur devant nous ; "Pandémie de grippe A pour nous exterminer" "Crise financière pour nous appauvrir" "Menace de guerre sur l'Iran" pour nous faire peur.
STOP. Nous ne voulons pas de votre Nouvel Ordre Mondial. Nous devons démettre Sarkozy de ses fonctions, c'est possible. Si, je ne suis pas une jeune gauchiste (quoique), j'ai 49 ans et mon mari 61 ans ; mais nous ne comptons pas sur nos fils pour résister ; nous sommes encore en mesure de le faire. Alors, hommes et femmes de tous pays, levons et résistons.

5.Posté par les saouds suppot des Us-sionistes detiennent les lieux sain le 04/10/2009 17:03 | Alerter
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Les colonialistes ont fait pénétrer parmi les musulmans leurs lois et leur culture étrangères et ont fait en sorte que nos peuples soient fascinés par l’Occident. Les princes d'Arabie craignent une désagrégation de leur société féodale. Sans le soutien des Occidentaux, depuis longtemps ce régime anachronique aurait volé en éclat. Les princes saoudiens sont, purement et simplement, ennemis du vrai Islam prêché par le Messager d'Allah, Mohammad (S.A.S.). Chacun de nous sait qu'ils sont des suppôts et des esclaves du grand satan d'Amérique et du mouvement sioniste dans le monde.

Il guide une partie, tandis qu’une autre partie a mérité l’égarement parce qu’ils ont pris, au lieu d’Allah, les diables pour alliés, et ils pensent qu’ils sont bien-guidés!
Il guide une partie, tandis qu’une autre partie a mérité l’égarement parce qu’ils ont pris, au lieu d’Allah, les diables pour alliés, et ils pensent qu’ils sont bien-guidés!
Il guide une partie, tandis qu’une autre partie a mérité l’égarement parce qu’ils ont pris, au lieu d’Allah, les diables pour alliés, et ils pensent qu’ils sont bien-guidés!

6.Posté par PAT le 05/10/2009 04:40 | Alerter
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Bravo JBL ! +1
PAIX A TOUS !

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