Cette élection se déroule en un seul tour selon le système de « vote supplémentaire ». L’électeur doit exprimer un premier choix pour son candidat favori et, optionnellement, il exprime un second choix pour un autre candidat. Le gagnant est celui qui obtient plus de 50% des voix en premier choix, mais si aucun candidat n’atteint ce pourcentage, on garde les deux candidats en tête et on additionne les seconds choix pour déterminer le gagnant.
On ne parle pas beaucoup de cette élection en France, sans doute parce qu’on la considère comme un événement local. Certes, mais ce n’est peut-être pas la seule raison. En vérité, le débat que suscite cette élection outre manche, est l’occasion d’aborder des sujets qui dérangent et qu’on ne souhaite nécessairement pas ébruiter à la une de nos médias.
Alors en quoi cette élection est intéressante à suivre ?
Elle l’est d’abord à cause du caractère, des déclarations et de la politique de Ken Livingstone, l’actuel maire de Londres, qui ont une portée qui dépasse de loin les frontières de la capitale anglaise. En effet, Ken Livingstone, surnommé Ken le rouge pour ses positions de gauche, en dérange plus d’un, et ce pas uniquement dans les partis adverses, ni qu’en Grande Bretagne.
De plus, les Musulmans londoniens se mobilisent publiquement pour soutenir Livingstone. Leur nombre étant estimé entre 450 et 500 milles votants sur 5,5 millions d’électeurs enregistrés à Londres, soit de 8 à 9% des voix, ces citoyens peuvent peser lourd sur le résultat final. Ceci est d’autant plus vrai que les sondages donnent Boris Johnson en tête, mais montrent aussi que l’écart entre les deux candidats principaux s’amoindrit de plus en plus.
Pourquoi Livingstone dérange et pourquoi lui tire-t-on à boulets rouges ?
Il y a évidemment des aspects locaux liés à la politique de gestion du Grand Londres et des rivalités entre partis et orientations politiques diverses. Mais en dehors de tout cela, il y a surtout des points à portée plus globale et plus internationale, qui font partie du domaine réservé des grands maîtres de « l’axe du bien », des maîtres qui ne supportent pas qu’une personnalité médiatique les contrarie.
Ken Livingstone dérange les fidèles alliés, les caniches de Monsieur Bush dans l’île britannique, et à leur tête l’ex premier ministre Tony Blair. Dès le départ Ken Livingstone a été un farouche opposant à la guerre contre l’Irak. En janvier 2003, il signe avec les maires d’autres grandes capitales européennes un appel contre la guerre, et incite les Londoniens à participer à la grande manifestation contre la guerre en février 2003. Par la suite, il qualifie le président étatsunien de « la plus grande menace à la vie sur cette planète » ou encore du « président américain le plus corrompu depuis Harding (29e président des Etats-Unis de 1921 à 1923, Ndt) dans les années vingt ».
Après les attentats de Londres de juillet 2005, alors que des regards de soupçons sont dirigés vers la communauté musulmane, Livingstone déclare que « c’est un acte criminel, d’une poignée d’hommes », et signe un article dans le Guardian en affirmant qu’il y a trois conditions pour que tout le monde soit en sécurité : « Soutenir la police, traiter les Musulmans avec respect et se retirer de l'Irak ».
Il accorde aussi une interview à
la BBC où il critique la politique britannique et étatsunienne au Moyen Orient. Il y affirme, tout en les condamnant fermement, que « les attentats n’auraient pas eu lieu si les puissances occidentales avaient laissé les nations arabes libres de décider de leurs propres affaires depuis la première guerre mondiale ». Il dit que ces attentats sont les résultats de « 80 ans d’intervention occidentale sur les terres arabes à cause du besoin occidental pour le pétrole ». Et il ajoute : « Nous avons mis en place des gouvernements peu recommandables et nous avons renversé ceux que nous ne considérions pas comme sympathiques ».
En 2007 il conseille le nouveau premier ministre Gordon Brown qui se rendait aux Etats-Unis : « Gordon Brown doit expliquer que les gouvernements US ont besoin de revenir à une vue réaliste du monde. Les Etats-Unis sont l’unique pays le plus puissant du monde, mais sont bien plus faibles que le reste du monde réuni ensemble. La tentative d’un seul pays d’imposer sa volonté unilatéralement sur le reste du monde est non seulement indésirable, mais ne peut tout simplement pas fonctionner. L’ignorance de ceci a conduit à l’invasion désastreuse de l’Irak ».
Livingstone dérange aussi beaucoup les Sionistes, et ce pas uniquement en raison de ses critiques contre la politique de l’administration Bush et ses caniches, tous amis de connivence avec les Sionistes.
En 2005 Livingstone écrit dans le Guardian un article intitulé « Ceci est à propos d'Israël, pas d'antisémitisme » dans lequel il accuse l’état d’Israël de « nettoyage ethnique », il qualifie Ariel Sharon de « criminel de guerre qui doit être en prison et non pas au bureau », il accuse l’état d’Israël d’œuvrer à « promouvoir une image déformée du racisme et de la discrimination religieuse en Europe, induisant que la recrudescence la plus importante de la haine et de la discrimination est contre les Juifs » alors que « la réalité est que la grande majorité des attaques en Europe aujourd’hui sont contre les Noirs, les Asiatiques et les Musulmans – et ils sont les premières cibles de l’extrême droite ». Il termine son article en affirmant que c’est cette politique israélienne de « nettoyage ethnique, de discrimination et de terreur » qui « alimente la colère et la violence à travers le monde ».
Dans l’interview accordée à
la BBC citée précédemment, il critique « ces gouvernements qui tuent indistinctement pour faire progresser leur politique étrangère, comme nous l’avons occasionnellement constaté avec le gouvernement israélien bombardant des régions d’où des groupes terroristes pourraient provenir, sans tenir compte des victimes qu’il cause, des femmes, des enfants et des hommes ». Et il ajoute : « Sous occupation étrangère, dénié le droit de vote, dénié le droit de gérer ses propres affaires, et souvent dénié le droit de travailler pendant trois générations, je pense que si cela était arrivé en Angleterre, nous aurions produit beaucoup de candidats aux attentats suicides, nous-mêmes ».
Livingstone dérange aussi par sa politique courageuse en faveur du multiculturalisme et de minorités ethniques et religieuses.
En septembre 2005, il se bat pour installer une statue de Nelson Mandela dans la place de Trafalgar Square en déclarant : « Il ne peut y avoir de meilleur emplacement que notre plus grande place, pour installer une statue de Nelson Mandela, afin que chaque génération rappelle la suivante du combat contre le racisme ».