Géopolitique et stratégie

Une congressiste étasunienne appelle à l’assassinat de Fidel Castro


L’aversion de l’administration étasunienne et des Républicains vis-à-vis du gouvernement de La Havane ne connaît pas de limites. « J’approuve la possibilité de voir quelqu’un assassiner Fidel Castro ». Voilà les propos qu’a tenus Ileana Ros-Lehtinen, la congressiste républicaine de Floride en mars 2006 dans son bureau à Washington, lors d’une interview pour le documentaire britannique 638 Ways to Kill Castro. Cet appel au magnicide d’un chef d’Etat n’est pas le fait d’un quelconque illuminé nostalgique de l’époque de Batista : il a été lancé par la vice-présidente du Comité des relations internationales de la Chambre des Représentants1.


par Salim Lamrani


Salim Lamrani
Jeudi 11 Janvier 2007

Une congressiste étasunienne appelle à l’assassinat de Fidel Castro
L’aversion de l’administration étasunienne et des Républicains vis-à-vis du gouvernement de La Havane ne connaît pas de limites. « J’approuve la possibilité de voir quelqu’un assassiner Fidel Castro ». Voilà les propos qu’a tenus Ileana Ros-Lehtinen, la congressiste républicaine de Floride en mars 2006 dans son bureau à Washington, lors d’une interview pour le documentaire britannique 638 Ways to Kill Castro. Cet appel au magnicide d’un chef d’Etat n’est pas le fait d’un quelconque illuminé nostalgique de l’époque de Batista : il a été lancé par la vice-présidente du Comité des relations internationales de la Chambre des Représentants1.

« Le jour où Fidel Castro mourra sera un jour que tous les Cubains qui aiment la liberté célèbreront. Cela fait des années que je dis cela et je n’ai aucune honte de mes propos », a renchéri l’élue de Miami, d’origine cubaine. « J’ai toujours dit la même chose, cela vient du cœur […]. Je veux qu’il disparaisse de la scène mondiale, [je veux le voir] six pieds sous terre […]. Si quelqu’un le faisait [l’assassinait], je ne pleurerais pas une larme […]. [Au contraire], je serais heureuse de sa mort », a-t-elle ajouté2

Originaire de La Havane, Ileana Ros-Lehtinen a souligné qu’elle était disposée à retourner à Cuba un jour, « même si cela sous-entend que quelqu’un tuerait Fidel Castro ou renverserait son gouvernement3 ».

Face au scandale suscité par ses déclarations surréalistes, Ros-Lehtinen s’est d’abord rétractée en accusant le directeur Dollan Cannell de s’être rendu coupable d’un montage et d’avoir déformé ses propos. « C’est tourné d’une façon à donner au téléspectateur une fausse impression », a déclaré Ros-Lehtinen. « Personne ne préconise l’assassinat », s’est-elle défendue, soulignant qu’il s’agissait d’une fausse vidéo4.

Plusieurs déclarations contradictoires se sont succédées et ont montré un manque évident de coordination entre la congressiste et son attaché de presse. Alex Cruz, son porte-parole, a affirmé qu’elle n’avait jamais lancé d’appel au meurtre : « Ce qui doit être clair est qu’elle ne veut pas qu’il [Castro] vive un jour de plus […], mais elle n’appelle pas à son assassinat ». Ros-Lehtinen se montrait plus circonspecte en admettant avoir sans doute déjà fait référence par le passé au magnicide du président cubain5.

Dollan Cannell a rejeté les allégations de la présidente du groupe républicain au Comité des relations internationales contre son intégrité professionnelle. « [Ses propos] n’ont été altérés d’aucune façon. Je suis déconcerté par son accusation », a-t-il certifié6. « Ileana Ros-Lehtinen a lancé une accusation très sérieuse contre l’équipe qui a fait le film. Vous ne pouvez pas être plus sérieux que cela en terme d’accusation de faute professionnelle grave », a souligné Cannel. Pour prouver sa bonne foi, le réalisateur a fait parvenir à la presse une version complète de l’interview dans laquelle Ros-Lehtinen réitère deux fois son souhait de voir le président cubain assassiné. « Son accusation est complètement [et] totalement fausse. Je souhaiterais qu’elle revienne sur ses propos et qu’elle présente ses excuses », a-t-il conclu7.

L’indignation du cinéaste britannique, célèbre pour son œuvre et son professionnalisme qui lui ont valu un Emmy Award, a conduit Ileana Ros-Lehtinen à reconnaître ses propres propos. Alex Cruz a admis que la représentante républicaine avait effectivement lancé un appel au meurtre contre Fidel Castro. « Oui, c’est dans le documentaire, elle a dit cela », a-t-il avoué8. Cédant aux pressions des médias qui lui reprochaient son manque de courage, Ros-Lehtinen a finalement accepté d’assumer personnellement ses paroles : « Si ces mots se trouvent dans [le documentaire], alors je les ai dits ». Elle a cependant tenu à réaffirmer son souhait de « voir Castro mourir8 ».

Cette nouvelle affaire a porté un sérieux coup à la crédibilité de Ros-Lehtinen et ternie encore plus son image déjà désastreuse. Par le passé, elle avait milité avec succès pour la libération du terroriste notoire Orlando Bosch (gracié par le président George H. Bush en 1989), et exige toujours la mise en liberté du criminel international Luis Posada Carriles, responsable de l’explosion de l’avion de Cubana de Aviación le 6 octobre 1976 qui a coûté la vie à 73 innocents. Quant à l’administration Bush et au Parti républicain, leaders mondiaux de la « guerre contre le terrorisme », ils n’ont émis aucune déclaration et n’ont condamné pas les propos de la congressiste qui a pourtant lancé un appel en faveur de la réalisation d’un grave acte de terrorisme international.

Décidément, la double morale est devenue la norme en politique internationale. Les capitales occidentales, si promptes à emboîter le pas de Washington dès lors qu’il s’agit de fustiger Cuba, ont observé un étrange mutisme au sujet de ce scandale qui aurait pris des proportions planétaires s’il s’agissait du président étasunien ou d’un président européen. Aucune chancellerie européenne n’a daigné condamner les propos inadmissibles de Ileana Ros-Lehtinen, tout comme très peu s’étaient émus des déclarations du révérend ultraconservateur Pat Robertson, ami intime du locataire de la Maison-Blanche, lorsque ce dernier avait appelé, en août 2005, au magnicide du président vénézuelien Hugo Chávez. Une question : que se passerait-il si le président de l’Assemblée nationale cubaine lançait un appel en faveur de l’assassinat de George W. Bush ? L’Union européenne observerait-elle le même silence ?


Salim Lamrani est chercheur français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis depuis 1959. Auteur de Cuba face à l’Empire (Genève : Editions Timeli, 2006), 2ème édition ; et de (sous la direction de ), Washington contre Cuba (Pantin : Le Temps des Cerises, 2005), Fidel Castro, Cuba et les États-Unis (Le Temps des Cerises, 2006).

Notes

1 Lesney Clark, « Ros-Lehtinen : Kill-Castro Video a Trick », The Miami Herald, 9 décembre 2006 ; El Nuevo Herald, « Nombran a Ileana Ros-Lehtinen para importante posición en el Congreso », 9 décembre 2006, p. 6A.

2 Lesney Clark, op. cit.

3 Pablo Bachelet, « Tape Contradicts Ros-Lehtinen », The Miami Herald, 20 décembre 2006.

4 Lesney Clark, op. cit.; The New York Times, « Congresswoman Denies Urging Killing of Castro », 11 décembre 2006, section A, p. 23.

5 Rui Ferreira, « Ros-Lehtinen Admits Kill-Castro Remark », The Miami Herald, 22 décembre 2006.

6 Lesney Clark, « Castro Film Director Denies Altering Ros-Lehtinen’s Remarks », The Miami Herald, 12 décembre 2006.

7 Pablo Bachelet, op. cit.

8 Associated Press, « Rep. Ileana Ros-Lehtinen (R-Fla.) Acknowledges Calling for Fidel Castro’s Assassination », 24 décembre 2006 ; El Nuevo Herald, « Ros-Lehtinen admite llamado al asesinato de Castro », 23 décembre 2006, p. 6A.


photo: http://mrzine.month
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Jeudi 11 Janvier 2007

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