Palestine occupée

Une conduite choquante pour un vrai Palestinien


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Mahmoud Abbas, également appelé Abu Mazen, détient de nombreux portefeuilles clés, d'une signification et d'un symbolisme immenses. Il est Président de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), Président de l'Autorité "nationale" Palestinienne (ANP) et Chef de l'organisation Fatah.

Par Khaled Amayreh


Vendredi 4 Juillet 2008

Jalal Talabani, Mahmoud Abbas et Ehud Barak lors de la Conférence d'Athènes, 1er juillet 2008 (photo AFP)
Jalal Talabani, Mahmoud Abbas et Ehud Barak lors de la Conférence d'Athènes, 1er juillet 2008 (photo AFP)
En tant que tel, il devrait s'efforcer de représenter son peuple martyrisé de la meilleure manière possible. Il devrait aussi ne ménager aucun effort pour communiquer, de façon éloquente et efficace au monde entier, les douleurs et les revendications du peuple palestinien, comme ses espérances de liberté et de libération d'une occupation israélienne ouvertement criminelle.

Qui plus est, Abbas devrait soigneusement éviter tout comportement qui nuirait à la dignité, à l'image et aux intérêts nationaux.

Ce sont à l'évidence les tâches les plus élémentaires qu'on est en droit d'attendre d'un dirigeant, et surtout lorsqu'il est le représentant d'un peuple dépérissant sous une occupation militaire sinistre.
Cependant, le comportement diplomatique d'Abbas ne suggère pas qu'il est le meilleur et le plus efficace représentant du peuple palestinien et de sa cause. En fait, c'est l'inverse qui semble être vrai.

Cette semaine, alors qu'il participait au 23ème Congrès de l'Internationale Socialiste à Lagonissi, en Grèce, Abbas a été assez impudent pour présenter le Président irakien Jalal Talabani au Ministre israélien de la Guerre Ehud Barak.

Talabani et Barak se sont serrés la main plutôt cordialement, sous le regard visiblement satisfait d'Abbas. Le leader palestinien s'est comporté comme si la poignée de main arrangée entre le criminel de guerre israélien certifié et le Président irakien était une simple mondanité diplomatique telles qu'elles ont cours en ce genre de circonstances.

Eh bien, jusqu'à quand les dirigeants palestiniens vont-ils jouer le rôle d'incitateur et d'accélérateur de la normalisation entre les Etats arabes et Israël, qui continue de violenter la Palestine et de brutaliser son peuple ?

Avons-nous perdu tout sens de dignité, comme individus et comme peuple ?

La honteuse rencontre en Grèce, bien que symbolique, porte un message horrible. Elle montre qu'Israël et les régimes arabes peuvent normaliser leurs relations, même publiquement, alors que le régime sioniste continue de torturer le peuple palestinien et volait ce qui lui reste de patrie.

Ce qui est particulièrement scandaleux cependant, c'est que cette obscénité totale ait lieu avec la bénédiction et les encouragements palestiniens. C'est plus que scandaleux.

Je ne sais pas ce qui s'est passé dans la tête d'Abbas lorsqu'il a décidé de faire ça. Peut-être pensait-il, dans un accès de simple naïveté, que le geste idiot pousserait Israël à montrer plus de souplesse lors des "pourparlers de paix" moribonds avec l'Autorité Palestinienne.

Ou peut-être a-t-il pensé qu'en tant que "Président de la Palestine", il devait montrer de la courtoisie, de la civilité et même de la cordialité aux dirigeants israéliens, sans tenir compte de leur traitement meurtrier, cruel et humiliant de son peuple.

On ne peut donner le bénéfice du doute à Abbas ni dans un cas, ni dans l'autre, et pour de nombreuses raisons.

Abbas, depuis longtemps chef de l'OLP, devrait être parfaitement averti de la laideur brutale de la mentalité israélienne et du fait qu'aucune "normalisation" ni courtoisie de la part des Arabes et des Musulmans ne poussera l'entité raciste à reconnaître les droits palestiniens, ni même à relâcher sa terreur et son nettoyage ethnique du peuple palestinien.

Israël a réussi à établir des relations diplomatiques et économiques avec un grand nombre d'Etats arabes, dont l'Egypte, la Jordanie, le Qatar, Barhain, les Emirats Arabes Unis, la Tunisie, le Maroc et la Mauritanie.

Cependant, loin de montrer sa bonne volonté envers ces Etats, Israël a intensifié son offensive génocidaire dans les territoires occupés, a continué à voler la terre arabe et à construire des colonies juives aux dépens des indigènes palestiniens.

De plus, le comportement d'Abbas en Grèce reflète beaucoup d'irresponsabilité nationale. En tant que Président de l'Autorité Palestinienne, il aurait dû comprendre que fréquenter les dirigeants israéliens et les embrassant chaleureusement devant les caméras des télévisions créeraient une impression fausse et enverrait un message faux aux peuples de par le monde, en particulier aux amis et soutiens de la cause palestinienne.

Nul besoin d'être un expert en relations publiques pour réaliser que les scènes d'Abbas et des autres dirigeants de l'Autorité Palestinienne échangeant des baisers avec les leaders israéliens donnent l'impression erronée que tout va bien entre Israël et les Palestiniens et que seuls des problèmes psychologiques mineurs obstruent le chemin de la paix entre les deux bords.

En réalité, Israël et les USA, nos bourreaux, ont harcelé les Arabes pour qu'ils normalisent les relations avec Israël en arguant que "vous ne pouvez pas être plus palestinien que les Palestiniens eux-mêmes".

Quelques palestiniens peuvent objecter qu'Abbas doit se conduire d'une façon quelque peu obséquieuse envers les Israéliens pour sauvegarder les intérêts de son peuple.

Cependant, il est amplement évident que ce raisonnement est caduque car les dommages faits à la cause palestinienne, et en particulier à la dignité nationale palestinienne, dépassent, et de loin, tout bénéfice "à court terme" qu'Abbas et son régime peuvent espérer récolter de l'apaisement de la direction sioniste.

En outre, Abbas ne réalise-t-il pas qu'arranger des "rencontres arabo-israéliennes" ne sert qu'à détourner l'attention des crimes israéliens vicieux, comme l'éradication totale de l'identité arabe de Jérusalem Est et les efforts continuels pour détruire la mosquée Al-Aqsa ?

Il est intéressant de constater qu'alors qu'Abbas ne montrait aucun remords, ni regret, ni même d'embarras pour avoir organisé la poignée de mains Talabani-Barak, le bureau du Président irakien a publié une "clarification" accusant de façon tacite Abbas d'avoir présenté Ehud Barak pour qu'il serre la main de Talabani, "qui a répondu à la demande du Président Abbas".

La déclaration dit que Talabani a serré la main de Barak "non pas en qualité de Président d'Irak, mais plutôt en tant que Président de l'Union Patriotique du Kurdistan et vice-président de l'Internationale Socialiste".

En dépit de sa faiblesse, la déclaration montre que les leaders arabes appréhendent toujours d'apparaître en public avec les officiels israéliens.

Cette tendance devrait être encouragée et soutenue, car il ne doit y avoir aucune normalisation entre les criminels sionistes et leurs victimes palestiniennes, du moins jusqu'à ce que les victimes recouvrent leurs droits, dont le droit au retour dans la patrie dont ils ont été déracinés par la force aux mains du sionisme diabolique.

Il est réellement triste que jusqu'à récemment, les Palestiniens aient remué ciel et terre pour arrêter toute forme de normalisation entre Israël et les Arabes et le monde musulman. Aujourd'hui, toutefois, il est lamentable que quelques dirigeants palestiniens soient devenus le pont par lequel Israël normalise les relations avec le monde arabe.

Sommes-nous devenus nos propres pires ennemis ?

Traduction : MR pour ISM


Vendredi 4 Juillet 2008

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