Le gouvernement mène une politique de rigueur qui n’ose dire son nom et qui touche prioritairement les plus faibles revenus ? « Ce n’est pas très attractif, coco… »
Non, l’information dont les lecteurs de quatre magazines précités ont « vraiment » besoin en ce début du mois d’avril 2008, c’est… le prix de l’immobilier, de préférence dans les grandes villes, de préférence en Ile-de-France, de préférence à Paris... là où la pierre est la plus chère [3].
Séparer les bons lecteurs des mauvais
Choisir une « couv’ », c’est aussi choisir ses lecteurs… : le public que ces magazines, gorgés de publicité, vendent à leurs annonceurs. [4].
Choisir ses lecteurs ? Mais quels lecteurs ? La concurrence fait rage autour des CSP+ (« cadres, professions libérales, petits patrons et professions intermédiaires ») en presse quotidienne, comme nous avons pu le vérifier récemment ici même ? « Pour Le Monde publicité et la direction du Monde, "Nous sommes tous des CSP+" ». Elle est féroce dans la presse magazine généraliste, qui traque les « cadres actifs », comme on dit en langue de pub… et qui ont bien droit à ce que l’information soit hiérarchisée en fonction de services qu’on veut leur rendre…
Selon les chiffres de l’IAURIF (Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Ile de France) – et pour ne prendre que l’exemple de l’Ile-de-France -, la part de la population francilienne en mesure de prétendre à l’acquisition d’un logement ne dépasse pas 30% [5].
En conséquence, pour pouvoir jouir pleinement du pluralisme des magazines généralistes à la française, il vous faut appartenir aux 30% de la population les plus riches du pays : vous pourrez ainsi - privilégié de droite -, lire Le Figaro magazine ou - privilégié de gauche -, lire Le Nouvel observateur.
La bonne nouvelle, c’est que lorsque vous recevrez vos amis privilégiés de « l’autre bord » autour d’un bon dîner (peut-être même dans votre nouvel appartement, à Paris), vous pourrez reprendre les grandes lignes de l’argumentaire de votre magazine préféré sans craindre de froisser quiconque… Il est même possible que vos amis s’imaginent que vous venez de changer de couleur politique, comme on change de décoration intérieure…
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[1] Du moins en région parisienne, semble-t-il, pour trois d’entre eux.
[2] Martin Wolf, « The rescue of Bear Stearns marks liberalisation’s limit », Financial times, 25 mars 2008
[3] Le Point, cette fois (et provisoirement ?) s’est abstenu mais, au cœur des mobilisations de 2003, comme nous l’avions relevé ici même, il avait courageusement défendu l’immobilier contre l’obscurantisme populaire.
[4] Bien que des articles encore trop nombreux privent les lecteurs de la dose requise pages de publicité et entravent leur lecture ! Lire ici même : « Trop d’articles dans le Nouvel Observateur ».
[5] Cette évaluation se base sur les chiffres suivants : 35% de la population francilienne perçoit des revenus inférieurs au plafond de ressources pour le PLAI (prêt locatif aidé d’intégration), soit moins de 13 000 euros par an ; 35% de la population francilienne perçoit des revenus inférieurs au plafond de ressources pour le PLUS (prêt locatif à usage social), soit moins de 24 000 euros par an (à chaque fois, pour des ménages d’une personne). Si la première catégorie de la population francilienne ne peut absolument pas prétendre acheter un bien immobilier avec à peine plus de 1000 euros par mois, la capacité d’endettement de la seconde ne lui permet pas, non plus, de faire partie de la population en mesure de devenir propriétaires en Ile-de-France sans le moindre « apport personnel ». Même avec les « bonnes affaires » que proposent le Figaro magazine…