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Une Guerre Politique contre les Américains et leurs Institutions


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Mercredi 30 Novembre 2016 - 11:41 La guerre à la vérité de l'Ouest


Par Rodrigue Tremblay

Deuxième malheur : « La perte de la démocratie et des droits constitutionnels tout comme la présidence éclipse le Congrès qui est lui-même transformée en une « branche exécutive » égale du gouvernement [engagé] dans une junte militaire. »
Chalmers Johnson (Sorrows of Empire)

« Maintenant, ceux qui recherchent la puissance absolue, quoiqu'ils la recherchent pour faire ce qu'ils considèrent comme bon, veulent simplement le droit d'imposer leur propre version du ciel sur la terre, et me laissent vous rappeler qu'ils sont très certainement de ceux qui ont toujours créé la tyrannie la plus atroce. »
Barry Goldwater, ancien Sénateur Républicain de l'Arizona

« Les rois ont toujours été engagés et ont toujours appauvri leur peuple dans des guerres, prétendant généralement, sinon toujours, que le bien du peuple en était l'objet. Ceci, notre convention (US) sous-entend d’être plus oppressif que toutes les oppressions royales; et ils ont résolu d’enchâsser dans la Constitution qu'un seul homme ne doit pas posséder le pouvoir d'apporter cette oppression sur nous. »
Abraham Lincoln (1809-1865), 16ème président des États-Unis

« Il n'y a aucun roi héréditaire en Amérique. »
Juge Anna Diggs Taylor


Rodrigue Tremblay
Vendredi 2 Mars 2007

La guerre en Irak se transforme en guerre contre les Américains et leurs institutions. Selon le dernier scrutin, une majorité écrasante d'Américains (63 %) souhaite que les troupes US soient sorties d’Irak avant la fin de la prochaine année. C'est le message clair que l'électorat américain envoie au Président George W. Bush. Le 16 février 2007, 56 pourcent des membres de la Chambre des Représentants des États-Unis ont essentiellement dit la même chose quand ils ont adopté la résolution 63, par un vote de 246 contre 182, dans laquelle ils ont déclaré que « … le Congrès désapprouve la décision du Président George W. Bush annoncée le 10 janvier 2007, de déployer plus de 20 000 troupes US additionnelles de combat en Irak. » Et pour compléter le tout, 56 pourcent des Sénateurs des États-Unis ont signifié leur opposition à la guerre le 17 février 2007. Ces signaux démocratiques clairs des voeux des gens sont survenus après les élections du 7 novembre 2006, où les candidats Républicains pro-guerre ont pris une raclée. Ils sont également survenus après qu’un groupe d'études, la Commission Baker-Hamilton, ait conclu à l’unanimité que la solution en Irak est politique et non militaires, et qu’elle ait recommandé à l’unanimité que les États-Unis mettent fin à leur présence continue en Irak et qu’ils entreprennent leur désengagement et le « redéploiement » de ce pays.

Vous penseriez que les politiciens qui respectent la démocratie et le droit du peuple à se gouverner lui-même prêteraient attention et écouteraient ce que l'électorat souverain dit. - Mais en vain. Le régime Bush-Cheney, initialement placé au pouvoir par un juge de la Cour Suprême en 2000, alors que le candidat présidentiel Al Gore avait gagné la vote populaire, s’est dirigé dans une autre voie et a ordonné un déploiement militaire dans le Golfe Persique et à l’encontre de l’avis des généraux sur le terrain, a ordonné un accroissement de troupes militaires en Irak.

C'est un spectacle étrange dans une démocratie quand l'influence de quelques personnes trompe la volonté de la majorité. Le régime Bush-Cheney semble être enclins à suivre le conseil rigide des puissants lobbys plutôt que d'écouter ce que l'électorat et les fonctionnaires élus disent. À Washington, sous George W. Bush et Dick Cheney, l'Institut Américain des Entreprises a plus d’influence que le Congrès des États-Unis. Le 14 janvier 2007, le Président des États-Unis, George W. Bush, a exposé sa conception personnelle de la démocratie quand il a dit : « … ils [le Congrès] pourraient essayer de m'arrêter de la faire. Mais j'ai pris ma décision. Et nous allons droit devant. » - Et deux semaines plus tard, le 25 janvier 2007, l'homme issue des milieux pétroliers Dick Cheney a renforcé ce point de vue cynique en disant, après qu'un Comité du Sénat ait adopté une résolution en opposition au plan de Bush pour une escalade militaire en Irak : « Cela ne nous arrêtera pas »… « Nous avançons. » … « Nous avons besoin que le travail fait. » Et Cheney a ajouté d'un air provoquant que ce sont des « foutaises de dire que la crédibilité de Bush est en jeu en Irak. »

Il importe peu que le tandem Bush-Cheney ait fait des erreurs de jugement colossales, car ils ont l’impression d’avoir le pouvoir absolu entre leurs mains et ils prévoient l’utiliser pour quelques projets qu’ils ont à l'esprit, sans égard au public américain, sans égard aux élus du Congrès et sans égard à l’opinion mondiale. En effet, ce régime a ressuscité la vieille et infâme philosophie de Président Richard Nixon « de la suprématie exécutive » et est même allé plus loin en adoptant la théorie anti-démocratique « d'une présidence impériale. » Selon cette théorie dangereuse, il n'y a aucune limite aux pouvoirs présidentiels en temps de guerre, même lorsque aucune guerre n'a été déclarée par le Congrès. Dans de telles circonstances et de son propre chef, un président pourrait alors cesser de reconnaître l'autorité des élus du Congrès et refuser de reconnaître les Tribunaux en tant qu'arbitres de dernière instance sur les questions de droits constitutionnels, chaque fois qu’il considère ce rôle en opposition avec sa vision de la sécurité nationale.

Naturellement, une telle concentration de pouvoir est la preuve qu’il s’agit d’une dictature et représente une attaque directe à la Constitution des États-Unis, avec ses Contrôles et ses Équilibres et la Règle de la Loi en son centre qui sont des dispositions qui ont été précisément conçues pour éviter les pièges d’une dictature. Peut-être que les gens auraient du porter plus d'attention quand George W. Bush a plaisanté à haute voix « Si c’étais une dictature, ça devrais être pas mal plus facile, en autant que je sois le dictateur. » (18 décembre 2000), ou quand il a proclamé que « je suis le décideur, et je décide de ce qui est le meilleur. » (14 avril 2006)

Comme président et père de la Constitution des États-Unis, James Madison (1751-1836) a dit : « Il y a plus d'exemples de limitation de la liberté du peuple par des empiétements progressifs et silencieux par ceux au pouvoir que par des usurpations violentes et soudaines. » En fait, la plupart des experts constitutionnels croient que les prétentions de Bush à une présidence impériale est à première vue inconstitutionnelle et n'est pas soutenue par quoi que ce soit dans la Constitution des États-Unis. En particulier, on a précisé que l'administration Bush-Cheney ne peut pas considérer la résolution sur l’Irak du 2 octobre 2002 comme un chèque en blanc pour revendiquer des pouvoirs absolus, puisque cette résolution évoque explicitement la section 2 (b) de la Loi sur les Pouvoirs de Guerre (1976, War Powers Act), qui oblige le Président des États-Unis à obtenir l'approbation du Congrès avant n'importe quel déploiement de troupe à l'étranger.

Par conséquent, il reste à voir si le régime Bush-Cheney pourra défier les Américains, le Congrès et les Tribunaux pendant deux autres années, sans autre considération face au droit international et à l'opinion publique mondiale.

Rodrigue Tremblay est professeur émérite en économie à l'Université de Montréal.

Traduction par Dany Quirion pour Alter Info.


Samedi 3 Mars 2007


Commentaires

1.Posté par al akl le 04/03/2007 05:04 | Alerter
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Il sera sûrement impeachment(é) comme disent les américains, mais après avoir utilisé des ogives nucléaires contre l’Iran, ou couvert les sionistes à le faire. Ce qui rendra cette démarche complètement inutile. Et le congrès sait cela. On va avoir droit à un jugement spectacle du type Clinton et le manège sera reparti pour un tour. Pendant que le joyau qu’est l’Iran sera vitrifié. En tout cas s’il a l’insolence de se défendre.
Le pire c’est que le fait de stopper bush et le mettre en « résidence paradisiaque » va nous être présenté comme la preuve du merveilleux fonctionnement de la démocratie. Et encore c’est le meilleur scénario. La guerre ayant éclaté il peut imposer la loi martiale et suspendre le cours du temps. Et le pire pourrai prendre place…
Quelques jours ?
Quelques mois ?
Bientôt ça ne fait pas de doute !

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