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Un sketch de Nicolas Demorand (avec vidéo)


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Lorsqu’il s’invite en direct au Conseil Constitutionnel pour interviewer Jean-Louis Debré (8 octobre 2008), l’animateur du « 7-10 » de France Inter, que beaucoup comparent à Marc-Olivier Fogiel, laisse trainer ses coudes sur la table. Irrévérence ou bouffonnerie ?

Mathias Reymond et Philippe Arnaud


Mardi 21 Octobre 2008

Après quelques questions sur le rôle et le fonctionnement du Conseil Constitutionnel, Nicolas Demorand se lance : « Un citoyen peut s’adresser directement à vous ? » Jean-Louis Debré esquisse un début de réponse : « Alors, un citoyen ne peut pas s’adresser à vous directement... » A partir de là, débute le gag burlesque. Demorand le coupe : « C’est dommage, non ? »

- Jean-Louis Debré : C’est comme ça.
- Nicolas Demorand : C’est dommage, non ?
- Jean-Louis Debré : Si je ne vous ai pas répondu, c’est que je n’ai pas envie de vous répondre...
- Nicolas Demorand : C’est dommage, non ?
- Jean-Louis Debré : [qui commence à être excédé] On peut arrêter tout de suite...
- Nicolas Demorand : Non, non, non, on va continuer. C’est dommage, non ?
- Jean-Louis Debré : J’applique la loi. Il y a un progrès qui a été fait à la suite des dernières réformes constitutionnelles, c’est-à-dire que nos concitoyens à l’occasion d’un procès, pourront, par l’intermédiaire de la Cour de Cassation ou du Conseil d’Etat, saisir le Conseil Constitutionnel. Je crois que nous avançons...
- Nicolas Demorand : C’est dommage, non, qu’ils ne puissent pas le saisir directement ?
- Jean-Louis Debré : Je n’ai pas à formuler d’avis sur la réforme constitutionnelle. (…)

Demorand, faux impertinent

Cette pitrerie de l’animateur se manifeste aussi par des fréquents regards sur sa feuille et à l’équipe qui le filme, aux mouvements qu’il fait avec son micro, et aux nombreux « humm » dont il ponctue, plus loin dans l’entretien, l’explication de Jean-Louis Debré. Manifestement, ce que dit Debré ne l’intéresse pas. Ce « humm » grossier signifie clairement : « Abrège, tu es trop long... ». D’un bout à l’autre, il ne semble intéressé que par ses questions ou par les réactions qu’elles entraînent.

Molester Debré, c’est un peu s’asseoir sur le bureau de François Mitterrand, comme l’a fait Yves Mourousi en 1985 ? Pas du tout. Demorand confond l’insolence gratuite avec l’impertinence, ou la critique pertinente. Il ne pose pas des questions pour avoir des réponses (il ne les écoute manifestement pas) mais pour piéger ou gêner son interlocuteur... dans le seul but de le piéger ou de le gêner.

Sur la forme, le rôle du convive qui met les pieds sur la table interprété par Demorand a été favorisé par trois éléments matériels, observables sur la vidéo :

1. Debré et Demorand ne sont pas séparés par un obstacle (comme une table ou un bureau), ils sont assis côte à côte, sur des sièges de même hauteur. Or, être côte à côte est un signe d’égalité : c’est la position des élèves dans la classe, ou du couple sur le siège avant de la voiture, ou… dans le lit conjugal.

2. Ensuite, ils sont très proches l’un de l’autre : et Demorand, à plusieurs reprises, s’approche très près de Debré sans que celui-ci ne réagisse. Il entre dans son espace. Debré n’a pas su "garder ses distances" avec le malotru.

3. Enfin, d’après l’éclairage, Debré, quand il regarde Demorand, est face à la fenêtre, alors que Demorand, lui, est dos à la fenêtre, situation qui place toujours le premier en état d’infériorité, car il voit moins bien son interlocuteur que celui-ci ne le voit.

L’ensemble du dispositif concourt non à pousser l’interlocuteur dans ses derniers retranchement, mais à le ridiculiser. Aujourd’hui c’est Jean-Louis Debré qui en a fait les frais. Demain, à qui le tour ?

Demorand, véritable bouffon

Favorisé par la forme de l’entretien, le comportement de Demorand peut s’expliquer par plusieurs hypothèses :

1. Il a fait un pari.
La veille au soir, un repas arrosé avec des amis, l’un d’eux lance : « Dis, Nico, t’invites qui demain ? » Nico (Demorand) : « Je vais au Conseil constitutionnel, et j’interviewe Debré. » « Le père ? » (Rires dans l’audience). « Et si tu lui faisais une blague ? » « Ah oui, t’es pas cap’ de lui poser une question bateau et de répéter, cinq fois de suite "C’est dommage, non ?" » Ce à quoi Nicolas aurait répondu : « Pari tenu. »

2. Il a fait une blague pour son fils.
La première hypothèse est peu vraisemblable. Nicolas ne fait pas de repas d’amis le soir en semaine. Pas parce qu’il n’a pas d’amis, mais parce qu’une fois qu’il a présenté le « 18-20 » sur I-Télé, il se presse pour rentrer chez lui, passe quelques minutes en famille, et, à 21 heures pétantes, après une bonne tisane, va au lit. Et quand sa fille Nathanaëlle se réveille, il est déjà au travail. Lui aurait-il dit la veille, « demain, je vais faire une blague à mon invité, pour te faire rire pendant que tu manges ton bol de Chocapic » ?

3. L’irrévérence est l’arme des grands journalistes
Plus sérieusement, l’irrévérence est l’arme des grands journalistes. Mais pas sa caricature. Certes, il faut savoir être intraitable avec les puissants. Mais tirer partie de la raideur de Jean-Louis Debré, réfugié au Conseil Constitutionnel, relève de la bouffonnerie. En réalité, Demorand est étonnamment plus complaisant avec les économistes adorateurs de la concurrence – les Patrick Artus et autres Elie Cohen qu’il invite régulièrement – ou avec son chouchou philosophe Bernard-Henri Lévy – toujours le bienvenu, qu’avec des hommes politiques plus ou moins rangés des affaires.

Nicolas Demorand, journaliste irrévérent ? Plutôt comique malpoli.

Philippe Arnaud et Mathias Reymond

http://www.acrimed.org/article2986.html http://www.acrimed.org/article2986.html



Mardi 21 Octobre 2008


Commentaires

1.Posté par bernard 01 le 21/10/2008 16:16 | Alerter
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on appelle-ca journaliste ou comique troupier.

2.Posté par tonton le 21/10/2008 20:17 | Alerter
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Mais comment peut ont donner des cartes de presse à ces types ou encore leur donner la parole !!! Ça me dépasse de plus en plus chaque jour que les gens ne se rendent compte de rien ou se rendent comptent et décide de se laisser en----- !!!

3.Posté par mirzaï le 22/10/2008 00:06 | Alerter
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J'interpréterais le comportement de Nicolas Demorand comme un animateur de radio qui est maître à bord dans son studio, qui doit maintenir le rythme de son émission en anticipant les questions tout en écoutant les réponses de son invité. Un animateur de radio doit avoir la faculté de faire plusieurs choses à la fois : lire ses fiches, fumer la clope (car je l'entends parfois souffler la fumée près du micro il me semble), écouter l'inviter, réagir aux appels des auditeurs, jeter des coups d'oeil à la régie, éventuellement prendre des notes,...
Excepté l'impertinent " c'est dommage non ?!", il a pour moi le comportement d'un homme de radio qui doit tenir les auditeurs en haleine et je trouve qu'il est excellent dans ce rôle.
Il a l'esprit vif, il est cultivé et plein d'humour et je regrette qu'il ne rentrent pas plus dans le lard des invités sur les choses importantes et notamment lors de l'interview avec Fillon qui nous expliquait qu'il était normal que a France aille en guerre en Afghanistan et que, par la même occasion, elle devait faire des économies (pour payer la dette bien sûr). Les propos du chef du gouvernement sensé restaurer le pouvoir d'achat des français étaient révoltant et j'en voulais à N. D. d'être le béni-oui-oui. Les questions pertinentes de N. D. brillaient alors par leur absence et il avait eu l'impertinence de laisser les auditeurs avaler les couleuvres.

Moralité :
l'impertinence : oui car cela amuse la galerie. La pertinence : non car il risquerait de se faire jeter de la Maison de la Radio.

4.Posté par p3 le 22/10/2008 22:26 | Alerter
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Je trouve assez décalées les réactions de ces commentateurs d'interviews. Il est facile de reprendre les entretiens et de critiquer plutot que de les réaliser soi-même. Si ces braves gens avaient regardé les autres vidéos, ils se seraient rendus compte de la différence et de l'indépendance de Nicolas Demorand, qui est à la tête de la meilleure matinale du moment à mes yeux. Il n'hésite pas à bousculer les gens, quelle que soit leur place, et à poser des vrais questions, à faire avancer le débat. Quand à "fumer la clope parce que vous l'entendez souffler", soyons sérieux, il est interdit de fumer dans les studios de la maison de la Radio comme dans tous les lieux publics, puisqu'il s'agit d'une radio publique.
Bravo et merci Demorand !

5.Posté par redk le 23/10/2008 01:09 | Alerter
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p3, ton demorand, bouscule les gens et vire ses colaborateurs en bon fils a papa consule du gouvernement, Miguel Benasayag tenait une chronique pendant l'émission Les Matins de France Culture. Lors de l'émission du 18 mars 2004, il présente un livre d'Évelyne Sire-Marin, du Syndicat de la magistrature, intitulé Police et Justice dont la thèse principale est la similitude entre les propositions du Front national en matière de sécurité et les mesures législatives prises par Nicolas Sarkozy, ministre français de l'Intérieur et Dominique Perben, ministre français de la Justice. Le livre en question indique que sur les vingt-quatre propositions du FN, onze ont déjà été mises en place par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, cette chronique, dans le prolongement des chroniques précédentes, est jugée trop politiquement orientée. Miguel Benasayag est alors invité à quitter la station de radio France Culture le 19 mars 2004 à sa demende via laure adler !!

6.Posté par redk le 23/10/2008 01:11 | Alerter
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quand je dis a sa demande c'est bien sur de demorand qu'il s'agit !

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