Politique Nationale/Internationale

Un revers pour la doctrine de Bush à Gaza


La déroute spectaculaire des milices palestiniennes soutenues par les US et Israël par les forces loyales au Hamas représente un revers important pour la doctrine de Bush en Palestine.


Par Ali Abunimah



Ali Abunimah
Lundi 18 Juin 2007

Le quartier général de l'organisation terroriste la plus dangereuse au monde
Le quartier général de l'organisation terroriste la plus dangereuse au monde
Contexte

Depuis que le Hamas a gagné les élections législatives palestiniennes dans les territoires occupés en janvier 2006, des éléments de la direction du mouvement Fatah, dont le Président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas et ses conseillers, ont conspiré avec Israël, les Etats-Unis et les services secrets de plusieurs Etats arabes pour renverser et affaiblir le Hamas. Ce soutien a inclus la fourniture d'armes et de dizaines de millions de dollars à des milices incontrôlables, en particulier la "force de sécurité préventive" dirigée par le seigneur de guerre de Gaza Mohammad Dahlan, allié d'Israël et des Etats-Unis et la "garde présidentielle" affiliée à Abbas.

Le vice conseiller à la sécurité nationale US, Elliott Abrams – qui a aidé à détourner des fonds au profit des Contras nicaraguayennes dans les années 80 et qui a été reconnu coupable d'avoir menti au Congrès dans le scandale Iran-Contra – a été le fer de lance de la création des contras palestiniennes (ces éléments ont été largement détaillés dans de nombreux articles publiés par Electronic Intifada au cours des derniers mois). Abrams est aussi célèbre pour avoir aidé à dissimuler les massacres et atrocités commis contre les civils au Salvador par les milices et les escadrons de la mort soutenus par les Etats-Unis.

Deux révélations récentes soulignent l'étendue de la conspiration : le 7 juin, Ha'aretz rapportait que des "officiels de premier rang au Fatah dans la Bande de Gaza ont demandé à Israël de les autoriser à recevoir d'importants chargements d'armes et de munitions venant des pays arabes, y compris d'Egypte." Selon le journal israélien, le Fatah a demandé à Israël "des voitures blindées, des centaines de roquettes RPG, des milliers de grenades à main et des millions de balles pour des armes de petit calibre", tout cet arsenal devant être utilisé contre le Hamas.

Dès son élection victorieuse, le Hamas a agi avec pragmatisme et avec l'intention de s'intégrer dans la structure politique existante. Il a observé, pendant plus d'une année, un cessez-le-feu unilatéral avec Israël et a arrêté les attaques suicides sur les civils israéliens qui l'avaient rendu célèbre. Dans une note confidentielle écrite en mai qui a été ébruitée et publiée par The Guardian cette semaine, l'envoyé spécial des Nations Unies Alvaro de Soto a confirmé que les Etats-Unis avaient fait pression sur Abbas pour qu'il refuse l'invitation du Hamas de former un "gouvernement d'unité nationale". De Soto explique que les conseillers d'Abbas ont activement aidé et encouragé la suppression de l'aide et le siège des Palestiniens sous occupation par l'Union Européenne, les Etats-Unis et Israël, mesures qui ont entraîné l'appauvrissement massif de millions de personnes. Ces conseillers se sont engagés dans un "complot" ourdi par les Etats-Unis "pour provoquer la disparition prématurée du gouvernement (de l'Autorité Palestinienne) dirigé par le Hamas", écrit De Soto.

En dépit de la tentative sanglante de coup d'Etat contre le Hamas par les forces de Dahlan en décembre et en janvier, le Hamas a tout de même accepté de rejoindre le Fatah dans le "gouvernement d'unité nationale" négocié par l'Arabie Saoudite au sommet de La Mecque. Les conseillers de Dahlan et d'Abbas étaient déterminés à le saboter et ont continué à amasser des armes et à refuser de placer leurs milices sous le contrôle d'un Ministre de l'Intérieur neutre, que la frustration a fini par faire démissionner.

Un recul pour les Etats-Unis et Israël

Le coeur de la stratégie des Etats-Unis en Asie du sud-ouest et centrale, en particulier en Afghanistan, Irak, Palestine et Liban est d'établir des régimes fantoches qui lutteront contre les ennemis de l'Amérique pour son propre compte. Cette stratégie semble échouer partout. Les Taliban refont surface en Afghanistan. En dépit de leur "poussée", les Etats Unis ne sont pas près d'abattre la résistance en Irak et ne peuvent pas même pas se fier à l'armée irakienne qu'ils ont aidé à installer. L'armée libanaise, dont les Etats-Unis espéraient qu'elle ferait contrepoids au Hezbollah, a eu de piteux résultats contre quelques centaines de combattants étrangers retranchés dans le Camp de Réfugiés de Nahr al-Bared (bien qu'elle ait causé la mort et les ravages pour beaucoup de réfugiés palestiniens innocents). Maintenant à Gaza, le dernier coup.

La politique d'Israël est une version locale de la stratégie des Etats Unis – elle a également tenté, et elle a échoué. Pendant plus de deux décennies, Israël a compté sur une milice par procuration, l'Armée du Sud Liban, pour l'aider à imposer l'occupation du Sud Liban. En 2000, lorsque les forces israéliennes se sont retirées en hâte, cette milice s'est effondrée, aussi vite que les forces de Dahlan et beaucoup de ses membres ont fuit vers Israël. Le Hamas se réfère maintenant à la déroute des forces de Dahlan comme à la "seconde libération de Gaza".

Un élément constant de la stratégie israélienne a été de tenter de circonvenir la résistance palestinienne en essayant de créer des dirigeants collaborateurs.
- Dans les années 70, Israël voyait toujours l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) comme le représentant de la véritable résistance. Alors il a installé les "ligues de village" collaboratrices en Cisjordanie comme alternative.
- En 1976, il a autorisé les élections municipales en Cisjordanie pour tenter de légitimer cette alternative.
- Lorsque les candidats affiliés à l'OLP ont tout raflé, Israël a commencé à assassiner les maires OLP avec des voitures piégées ou à les forcer à s'exiler.
- Une fois que quelques chefs de l'OLP exilés, et plus particulièrement Yasser Arafat, sont devenus les sous-traitants volontaires de l'occupation (un arrangement formalisé par les Accords d'Oslo), une nouvelle force de résistance a émergé sous la forme du Hamas.
- Les efforts israéliens d'appuyer Dahlan et Abbas, le successeur d'Arafat, comme alternatives collaboratrices, ont maintenant échoué de façon spectaculaire.

Après l'effondrement du Fatah à Gaza, Ha'aretz a rapporté que le Premier Ministre israélien Ehud Olmert allait expliquer au Président Bush que Gaza devait être isolée de la Cisjordanie. Ceci peut être une tentative de consolider Abbas, dont la survie est essentielle pour Israël pour maintenir la fiction qu'il ne dirige pas directement les millions de Palestiniens privés de droits civiques. Un effondrement total de l'Autorité Palestinienne mettrait au premier plan les obligations légales d'Israël, en tant que puissance occupante, de subvenir aux besoins des Palestiniens qu'il gouverne.

Et maintenant, que va-t-il se passer pour les Palestiniens sous occupation ?

Abbas a déclaré l'"Etat d'urgence" et a démissionné Ismail Haniyeh, le Premier Ministre Hamas, ainsi que le "gouvernement d'unité nationale". L'"Etat d'urgence" est pure réthorique. Il n'a plus aucun contrôle sur Gaza et Israël a le contrôle complet de la Cisjordanie de toutes façons.

Dans un discours ce soir sur Al-Jazeera, Haniyeh a dénoncé les manoeuvres "précipitées" d'Abbas et a supposé qu'elles étaient le résultat de pressions extérieures. Il a émis 16 points, parmi lesquels que le "gouvernement d'unité" représentait la volonté de 96% des Palestiniens sous occupation, librement exprimée lors du scrutin.

Il a réaffirmé l'engagement de son mouvement pour la démocratie et le système politique existant et que le Hamas n'imposerait pas de changements dans la manière de vivre du peuple.

Il a déclaré que son gouvernement continuerait de fonctionner, rétablirait la loi et l'ordre et a réaffirmé l'engagement du Hamas pour l'unité nationale et l'Accord de La Mecque.

Il a appelé tous les membres du Hamas à observer une amnistie générale, assurant tous les combattants capturés de leur sécurité (ceci a suivi des rapports des médias sur quelques exécutions sommaires de combattants du Fatah).

Il a également souligné que le combat du Hamas n'était pas contre le Fatah comme un tout, mais seulement contre les éléments qui avaient activement collaboré – une allusion claire à Dahlan et autres conseillers d'Abbas.

Il a décrit la prise de contrôle du Hamas comme le dernier recours suite à l'anarchie grandissante et les tentatives de coup d'Etat des collaborateurs, faisant la liste des nombreux crimes qui avaient finalement poussé la patience du Hamas à bout.

Haniyeh a mis l'accent sur l'unité de Gaza et de la Cisjordanie comme "parties inséparables de la nation palestinienne", et il a réitéré l'appel à la libération immédiate du correspondant de la BBC Alan Johnston par ses ravisseurs.

Le contraste entre les manœuvres d'Abbas et la réponse du Hamas est stupéfiant. Abbas, peut-être poussé par sa même coterie de conseillers, semble vouloir intensifier la confrontation et le faire alors qu'il n'a aucune raison de croire qu'il a l'avantage. Le Hamas, qui se tient ferme à partir d'une position de force, a parlé le langage de la conciliation, répétant que le Hamas n'a de problèmes qu'avec un petit groupe à l'intérieur du Fatah.

Abbas, Dahlan et leurs soutiens doivent réfléchir à la situation – ils peuvent être tentés d'essayer de se battre contre le Hamas en Cisjordanie, mais le niveau de leur défaite à Gaza devrait les pousser à faire une pause.

Les deux directions sont cernées. Abbas apparaît être entièrement dépendant des soutiens étranger et israélien et incapable de prendre des décisions en toute indépendance d'une clique corrompue et intéressée. Le Hamas, quelles que soient ses intentions, va vraisemblablement se retrouver sous un siège encore plus serré à Gaza.

Abbas, soutenu par Israël et les Etats-Unis, a appelé à une force multinationale à Gaza. Le Hamas l'a rejetée, disant qu'il la considèrerait comme une "force d'occupation". Ils ont évidemment de bonnes raisons d'être soupçonneux : depuis des décennies, Israël et les Etats-Unis ont bloqué tous les appels à une force internationale de protection pour les Palestiniens. Le Hamas craint que la force multinationale ne soit pas là pour protéger les Palestiniens contre leurs occupants israéliens, mais pour jouer, par procuration, le rôle de protecteur des intérêts d'Israël, ce que les forces de Dahlan ne sont plus en mesure de faire, et pour combattre la résistance – exactement comme la force multinationale était supposée faire au Liban après la guerre de juillet 2006.

En Israël comme aux Etats Unis, les dirigeants avisés devraient reconnaître que le Hamas n'est pas un phénomène passager, et qu'ils n'arriveront jamais à créer des dirigeants fantoches capables de rivaliser avec un mouvement de résistance populaire.

Mais on n'aperçoit aucun signe de sagesse : les Etats-Unis ont maintenant demandé à Israël de "relâcher son emprise" sur la Cisjordanie pour essayer de donner un coup de pouce à Abbas.

Même si la doctrine de Bush a pris un coup, le peuple palestinien n'a gagné aucune grande victoire. Le jeu sordide continue à ses dépens.

Source : Electronic Intifada
Traduction : MR pour ISM


Lundi 18 Juin 2007

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