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Un point sur l’évolution du mouvement populaire en Algérie.


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Mercredi 13 Novembre 2019 - 00:40 Bolivie



salah sakhri
Mardi 30 Avril 2019

Un point sur l’évolution du mouvement populaire en Algérie.
Le soulèvement populaire qui secoue l’Algérie depuis le mois de février 2019 a obtenu le départ de l’autocrate Abdelaziz Bouteflika. Cependant, sa chute n’a pas apporté le changement voulu par les masses en ébullition ; en effet, les problèmes cruciaux (pauvreté et misère) qui se posent avec acuité pendant et après sa mandature n’ont pas l’importance qu’ils auraient dus avoir en cette période d’effervescence populaire.
La mise en action du mouvement populaire répondait à la volonté de Bouteflika de briguer un 5e mandat présidentiel. On lui répondait avec sarcasmes et ironies que «l’Algérie n’est pas une monarchie». Ce mot d’ordre que l’Algérie «n’est pas une monarchie» et vrai et en même temps faux : vrai dans le sens ou le président est élu au suffrage universel par les citoyens et, faux dans le sens où le président exerce un pouvoir monarchique. La Constitution lui accorde tous les attributs de la puissance royale, le droit de nommer et de révoquer ses ministres indépendamment de l’Assemblée nationale, disposant de tous les moyens d’action du pouvoir exécutif. Il jouit du privilège du droit de grâce, de révoquer les élus, de commander toutes les forces armées, l’initiative et la direction de la diplomatie sans en rendre compte à la population. Il dispose en sorte du pouvoir royale hérité de la monarchie française, absolue.
Reprenons. Le pouvoir exécutif (le chef d’Etat par intérim Bensalah) et le 1er ministre (Bedoui) rejetés par la majorité de la population continue de gouverner «droit dans ses bottes». Il veut imposer son élection présidentielle le 4 juillet prochain. Sauf que l’ensemble de la population et des partis politiques de l’opposition s’y refusent. Les millions de manifestants ne veulent pas d’une transition politique conduite par des politiciens décriés de l’ancienne clique absolutiste de Bouteflika. Ils n’accordent pas non plus la légitimité à l’Assemblée nationale et au Sénat croupions, corrompus jusqu’à la moelle. Le nettoyage des «Ecuries d’Augias» du mépris de classe, du clientélisme, de la corruption, du régionalisme et du népotisme est à l’ordre du jour en Algérie.
Consciente qu’elle ne peut arrêter ni réprimer le raz-de-marée populaire l’armée s’érige «en défenseur de la patrie en danger». Elle tient une position contradictoire : un jour elle menace et reproche aux manifestants de verser dans «l’anarchie», un autre jour elle dit être d’accord avec les aspirations et les revendications populaires. L’armée cette institution la plus solide des autres institutions de la bourgeoisie est bien trop conservatrice et bien trop légaliste pour sympathiser avec le mouvement populaire ; donc, il s’avère bien évidemment qu’elle n’est pas pour, mais contre le peuple. Son mission, outre de s’opposer à une éventuelle agression extérieure, est de préserver l’ordre civique et économique de la bourgeoisie.
D’autre part, ce qui arrive en Algérie prouve de façon concrète qu’aucun régime réactionnaire ne peut réussir à durer, à entraver durablement l’aspiration démocratique et les revendications des travailleurs et leur lutte (la principale centrale syndicale du pays l’UGTA a été domestiquée par les pouvoirs publics), mais en dernier recours, l’irruption de la colère populaire n’a pas pu être évitée. Pendant des années, la dialectique de l’antagonisme social faisait son œuvre en silence. Des petites manifestations, des petites grèves et des conflits isolés et sporadiques ont éclatés dans le pays. Ces révoltes sont les petits ruisseaux qui ont alimentés la rivière orageuse (Hirak) qui charrie actuellement à l’échelle nationale son flot démocratique et populaire.
Ce qui nous amène à analyser à fond ce mouvement populaire de caractère pacifique pour dégager un premier enseignement et une réponse partielle à ceux qui admirent son spontanéisme et son inorganisation. Le Hirak est devenu le phénomène le plus important en Algérie, il détermine son développement au point de modifier la situation politique du pays. Cependant, on ne peut se contenter du mot d’ordre brandi depuis le 22 février «qu’ils dégagent tous». Ce mot d’ordre n’est pas un mot d’ordre positif dans le sens où il n’indique aucune solution positive pour sortir le pays du marasme…sinon qu’un ravalement de façade qui laissera perdurer l’ordre injuste des choses.
Mustapha Mekideche, le vice-président du Conseil national économique et social (Cnes), soutien le mouvement populaire en déclarant le 28 avril 2019 que «le Hirak» est en train de mettre en place des institutions de fonctionnement d’une économie de marché transparente. Dans la transparence et le contre-pouvoir, on va voir émerger une classe d’entrepreneurs qui ne biberonnent plus à la rente et à la proximité du politique mais à l’efficacité de l’offre qu’elle donne et donc à la sanction du marché» il poursuit «sans la puissance du mouvement du Hirak du 22 février qui fait sortir des millions d’Algériens tous les vendredis, je pense qu’on n’aurait pas pu casser ce verrou». Le secret de la bourgeoisie «intelligente» engagée dans le mouvement populaire est là. On nous ressort la vielle lubie «d’une démocratisation de la propriété capitaliste» où régnerait une «concurrence saine et non faussée» entre capitalistes. Disparaitrait de ce «monde merveilleux» le capitalisme réel qui accable de mille misères les masses ouvrières et populaires.
Ainsi, les représentants intelligents de la bourgeoisie algérienne demandent aux masses laborieuses de servir de force d’appoint pour arracher le pouvoir à la bourgeoise compradore. On s’explique mieux la raison du refus exprimé dans les manifestations de ne pas pousser pas à l’action de classe des travailleurs, à reléguer à l’arrière-plan leurs revendications et le type de société auxquels ils aspirent ? Continuer dans la société capitaliste qui fait souffrir les masses laborieuses ou rompre graduellement avec elle pour se diriger vers la société socialiste ? Ce n’est pas rendre service à la cause du démocratisme que d’éluder cette question fondamentale et décisive pour l’avenir du peuple.
Nous entendons dire qu’en Algérie, se produit une révolution pacifique sauf qu’elle compte déjà deux morts (Hassen Benkhedda, 56 ans et Ramzi Yettou, 23 ans.) et des centaines de blessés. Nourris par l’expérience des pseudo-révolutions du printemps arabe, les masses populaires algériennes ont retenus la leçon. Elles savent qu’elles ne peuvent user la première de la violence sans risque de mettre le pays dans le chaos propice aux éventualités imprévues. Cette sagesse politique (dans les conditions politiques actuelles) enlève un précieux appui aux partisans de l’ingérence étrangère comme le FFS (Front des Forces Socialistes) qui demande que l’ONU parraine un dialogue de «sortie de crise» entre le pouvoir exécutif et le mouvement populaire. L’Organisation des nations unies n’est pas l’instrument de paix qu’on veut croire elle un instrument de guerre. C’est elle qui a voté les résolutions honteuses pour bombarder l’Irak en 1990 et la Libye en 2011. Elle est la plus obéissante aux injonctions diplomatiques de l’impérialisme américain, le chef de file de l’impérialisme mondial. Souhaiter l’aide de l’ONU pour régler les problèmes internes du pays revient ni plus ni moins à faire preuve d’un totale et criminel aveuglement.
On nous dit qu’il faut une 2e république qui réalisera les aspirations populaires à la liberté et à la justice. On laisse croire que tous les gens «honnêtes» se sont unis (bourgeois, prolétaires, paysans, intellectuels…) pour faire tomber l’autocrate Bouteflika, pour les libertés démocratiques confisquées signifiant par là que la parenthèse autoritaire sera fermée. Dans cette conception populiste, la lutte des ouvriers contre le régime capitaliste et ses conséquences à un rôle tout a fait secondaire, elle tend à disparaître au profit d’une «union» entre les exploités et les exploiteurs, les pauvres et les riches, les ouvriers et les capitalistes.
La démocratie devient une notion abstraite donnant quelque chose comme la liberté pour tous, pour les exploités comme pour les exploiteurs. C’est là une analyse idéaliste de la société capitaliste et non une analyse matérialiste, dialectique, de la vie économique et politique du pays. Une telle analyse invite les travailleurs à se mettre derrière la bourgeoisie «éclairée» contre la bourgeoisie conservatrice ou «obscurantiste». Or, Marx émettait une thèse remarquable sur la position tactique du parti ouvrier révolutionnaire concernant les alliés dans la révolution démocratique. Il explique en ces termes que «l’attitude du parti ouvrier révolutionnaire envers la démocratie petite-bourgeoise est la suivante : il marche (le parti ouvrier) de front avec la démocratie petite-bourgeoise contre cette fraction qu’il veut renverser ; il intervient contre eux sur tous les terrains où elles voudront se consolider» (Adresse au Comité central de la Ligue des communistes, mars 1850.).
Partant de là, nous sommes indiqués à proposer la formation d’un Front populaire. Ce Front populaire doit rassembler les forces vives et saines du peuple algérien, celles qui vivent du fruit de leur labeur. Le samedi 27 avril, 28 organisations syndicales, associatives, corporatives ont lancés un appel pour l’ouverture d’un dialogue nationale entre pouvoir et le mouvement populaire. Ce n’est pas d’un dialogue qu’on besoin les masses laborieuses, mais de réponses à leurs revendications démocratiques et économiques. C’est ce genre de message que les communistes et les démocrates doivent dire au peuple s’ils ne veulent pas duper et être les dupes d’eux-mêmes.
Le redressement du pays et la démocratisation du régime ne pourront être l’œuvre que de la classe ouvrière. La peur que le prolétariat algérien s’émancipe idéologiquement des conceptions surannées de l’ancien monde ; l’impuissance à sortir l’économie nationale de la dépendance aux hydrocarbures, à la sortir du sous-développement mettent en faillite les partis de la bourgeoisie archaïque ou moderniste.
Le mouvement populaire actuel contient en son sein les germes de la victoire s’il s’organise autour d’un programme démocratique et révolutionnaire. Pour cela, il faut qu’il se démarque de la revendication d’une 2e république. Cette 2e république ne serait la copie améliorée de la première et ne réglerait aucun problème de fond. Ce qu’il nous faut c’est un régime populaire qui consacrerait la liberté et l’égalité sociale. Ce régime populaire et démocratique se donnerait les moyens humains et matériels pour résoudre selon l’intérêt collectif tous les problèmes de la vie nationale.
Le 28 avril 2019
Salah Sakhri





Lundi 29 Avril 2019


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