Philosophie politique

Un peuple élu de Dieu


« Israël appartient désormais à l'histoire. Nous ne reconnaissons plus l'Etat d'Israël. C'est une décision sans appel. L'État d'Israël a violé la reconnaissance du monde, et il n'obtiendra pas la paix tant qu'il ne déposera pas ses armes. L'État d'Israël, sous sa forme actuelle, appartient au passé »
Jostein Gaarder


Jostein Gaarder
Samedi 26 Août 2006

Un peuple élu de Dieu




Traduit par Marcel Charbonnier



Le philosophe Jostein Gaarder est l' auteur du best-seller « Le Monde de Sophie », vendu à vingt-cinq millions d'exemplaires en cinquante-trois langues dans le monde entier. Son article a suscité des réactions violentes en Israël, en Allemagne et en Norvège de la part d’organisations sionistes l’accusant d’antisémitisme, ce dont il s’est évidemment défendu. "Pour la première fois de ma vie, j'ai commencé à regarder derrière mon épaule", a depuis confié l'auteur, qui regrette "avoir offensé" des gens. Il se considère, dit-il, comme "un ami des juifs" qui a voulu "réveiller Israël" en dénonçant l'abus de la religion à des fins politique en Israël. Selon lui, beaucoup d'Israéliens "pensent que leur pays leur a été donné par Dieu. C'est naïf et dangereux".



Il n'y aura pas d'appel. Il est temps de retenir une nouvelle leçon : nous
ne reconnaissons plus l'Etat d'Israël. Nous n'avons pas reconnu le régime d'
apartheid en Afrique du Sud, et nous n'avons pas non plus reconnu le régime
des Taliban en Afghanistan. Puis il y eut beaucoup de gens qui ne
reconnurent pas le régime de Saddam Hussein en Irak, ou l'épuration ethnique
perpétrée par les Serbes. Il faut nous habituer à cette idée : l
'Etat d'Israël, sous sa forme historique, appartient désormais au passé.

Nous n'adhérons pas à la notion d'un peuple « élu de Dieu ». Le caprice de
ce peuple nous fait marrer, mais nous pleurons devons ses méfaits. Se
comporter en « peuple élu de Dieu », c'est être non seulement stupides et
arrogants, mais c'est commettre un crime contre l'humanité. Cela s'appelle
le racisme.


La tolérance a des limites

Notre patience atteint ses limites, et notre tolérance n'est pas infinie.
Nous ne croyons pas aux promesses divines en tant que prétextes pour occuper
le territoire d'autrui et pratiquer la discrimination raciale. Nous avons
laissé le Moyen Âge derrière nous. Ceux qui croient que le dieu [qui a créé]
la flore, la faune et les galaxies aurait choisi un peuple, entre mille,
pour en faire son chouchou et [lui] aurait remis ses idioties de tables, de
buissons ardents et de permis de tuer nous font marrer, mais pas vraiment de
gaîté de coeur.

Nous appelons un massacreur de bébés « massacreur de bébés », et nous n'
accepterons jamais qu'un peuple tel celui-ci ait reçu on ne sait trop quel
mandat divin, ou même [simplement] historique, qui excuserait ses exactions.
Nous disons, simplement : toute forme d'apartheid, toute forme d'épuration
ethnique et toute forme de frappe terroriste contre des civils, que ce soit
par le Hamas, le Hezbollah ou l'Etat d'Israël sont honteux !


Un art de la guerre dénué de tout scrupule

Nous reconnaissons et nous assumons la profonde responsabilité de l'Europe
dans le calvaire des juifs, avec notamment le harcèlement pitoyable, les
pogromes et l'Holocauste dont ils ont été les victimes. Il était nécessaire,
historiquement et moralement, que les juifs obtiennent leur propre pays.
Toutefois, l'Etat d'Israël, avec son art de la guerre dénué de tout scrupule
et ses armes atroces, a massacré sa propre légitimité. Cet Etat a
constamment violé le droit international, les conventions internationales et
d'innombrables résolutions de l'Onu, dont il ne peut par conséquent plus
escompter que cette organisation continuera à le protéger. Il a bombardé en
tapis la reconnaissance du monde entier. Mais ne craignez plus ! Les
Tribulations vont bientôt prendre fin. L'Etat d'Israël a désormais connu son
Soweto.

Nous sommes aujourd'hui arrivés au bord de la chute d'eau. Impossible de
retourner en arrière. L'Etat d'Israël a violé la reconnaissance mondiale, et
il ne connaîtra aucune paix, tant qu'il n'aura pas déposé les armes.


Sans aucune défense, dénudé y compris de sa peau

Puissent l'esprit et le logos faire tomber les murs d'apartheid d'Israël. L'
Etat d'Israël n'existe pas. Il est aujourd'hui sans défense, il est dénué y
compris de sa peau. Puisse maintenant le monde avoir pitié de la population
civile ; car notre prophétie de désolation ne bien entendu nullement les
civils en tant qu'individus.

Nous souhaitons le bien au peuple d'Israël, rien d'autre que le bien. Mais
nous nous réservons le droit de ne pas manger d'oranges provenant de Jaffa
aussi longtemps qu'elles auront un goût de sang et qu'elles seront
empoisonnées. On s'est abstenu, durant quelques années, de déguster les
raisins bleus de l'apartheid, et nous avons survécu.


Ils célèbrent leurs triomphes

Nous ne pensons pas qu'Israël se lamente autant pour les quarante enfants
libanais tués qu'il le fait au sujet des quarante années passées dans le
désert, voici trois mille ans. Nous relevons que beaucoup d'Israéliens
célèbrent ce genre de triomphes de la même manière qu'ils fêtèrent jadis les
plaies [envoyées par le] Seigneur en guise de « punition méritée » du peuple
d'Egypte (dans ce récit, le Seigneur Dieu d'Israël s'avère un sadique
insatiable.) Nous nous interrogeons : la plupart des Israéliens pensent-ils
vraiment qu'une vie israélienne vaut plus que quarante vies palestiniennes,
ou libanaises ?
En effet, nous avons vu les photos de petites filles israéliennes inscrivant
des messages de haine sur les bombes qui allaient être déversées sur les
populations civiles du Liban et de la Palestine. Ces petites filles
israéliennes ne sont pas mignonnes, quand elles ont les yeux brillants de
haine sadique en pensant à la mort et à la torture que déverse leur pays de
l'autre côté des deux fronts.





Omar Pérez, Espagne, août 2006. Source : http://www.irancartoon.com


Représailles et vengeances sanglantes

Nous ne reconnaissons pas le discours de l'Etat d'Israël. Nous ne
reconnaissons pas la spirale des représailles et des vengeance sanglantes
dans la lignée de l'adage « oil pour oil, et dent pour dent ». Nous ne
reconnaissons pas le principe de dix ou mille yeux arabes pour un oil
israélien. Nous ne reconnaissons pas les punitions collectives, ni l'
éclaircissement des populations en guise d'armes politiques. Deux mille ans
se sont écoulés, depuis qu'un rabbin juif a critiqué la doctrine archaïque
« oil pour oil, et dent pour dent ».


Ce rabbin juif a dit : « Faites à autrui ce que vous voudriez qu'ils vous
fît. » Nous en reconnaissons pas un Etat fondé sur des principes
anti-humanistes et sur les ruines d'une religion archaïque nationaliste et
belliqueuse. Ou, comme l'a dit Albert Schweitzer : « L'humanitarisme
consiste à ne jamais sacrifier un être humain pour une quelconque cause. »


Compassion et pardon

Nous ne reconnaissons pas l'antique Royaume de David comme modèle pour la
carte du Moyen-Orient au vingt-et-unième siècle. Le rabbin évoqué plus haut
a affirmé, voici deux mille ans, que le Royaume de Dieu n'est pas la
restauration manu militari du Royaume de David ; le Royaume de Dieu est en
nous, et au milieu de nous. Le Royaume de Dieu est compassion et pardon.
Deux mille ans ont passé, depuis que le rabbin juif a désarmé et totalement
humanisé la vieille rhétorique guerrière. Mais, déjà de son temps, les
premiers terroristes sionistes étaient agissants.


Israël n'écoute pas

Depuis deux mille ans, nous avons révisé l'abécédaire de l'humanisme, mais
Israël n'écoute pas. Ce ne sont pas les Pharisiens, qui ont aidé cet homme
abandonné au bord du chemin, après avoir été la victime de voleurs. Non. C'
était un Samaritain. Aujourd'hui, nous dirions : un Palestinien. Nous sommes
hommes, en premier. Ce n'est qu'en second lieu que nous sommes chrétiens,
musulmans, ou juifs. Mais, comme l'a dit notre rabbin juif : « Mais si vous
n'honorez que vos frères, alors, que faites-vous de plus (de mieux) que les
autres ? » Nous n'acceptons pas que l'on kidnappe des soldats. Mais nous n'
acceptons pas, non plus, la déportation de populations entières ou l'
enlèvement de parlementaires démocratiquement élus et de ministres.

Nous reconnaissons l'Etat d'Israël de 1948. Pas celui de 1967. C'est l'Etat
d'Israël lui-même, qui ne reconnaît pas, qui ne respecte pas, qui ne se
conforme pas à l'Etat internationalement reconnu qu'est l'Israël de 1948.
Israël veut plus - plus d'eau, et plus de terres. Pour obtenir cela, il en
est qui envisage, avec l'assistance de Dieu, prétendent-ils, une solution
finale au « problème palestinien ». « Les Palestiniens disposent déjà de si
nombreux pays », ont osé arguer certains hommes politiques israéliens ; « or
nous, nous n'en avons qu'un. »


Les Etats-Unis, ou le monde entier ?

Ou, comme le dit le principal protecteur de l'Etat d'Israël : « Puisse Dieu
continuer à bénir l'Amérique ! ». Une petite fille remarqua ceci. Elle alla
voir sa mère et lui demanda : « Pourquoi le Président termine toujours ses
discours en disant : « Que Dieu bénisse l'Amérique ! » ? Pourquoi ne dit-il
pas : « Que Dieu bénisse le monde ! » ? »

Et puis, il y avait aussi un poète norvégien qui avait laissé échapper ce
cri du cour apparemment enfantin : « Pourquoi l'Humanité est-elle si lente à
progresser ? » C'est ce même poète qui a écrit magnifiquement sur le thème
de l'Homme juif et de la Femme juive. Mais il a rejeté la notion du peuple
élu de Dieu. Personnellement, il aimait se qualifier lui-même de musulman.


Sérénité et miséricorde

Nous ne reconnaissons pas l'Etat d'Israël. Pas aujourd'hui, pas en écrivant
ceci, pas à l'heure du deuil et de l'affliction. Si la nation israélienne
toute entière doit un jour tomber, victime de ses propres procédés, et si
une partie de sa population doit fuir ses territoires occupés vers une
nouvelle diaspora, alors, nous dirons : « Puissent leurs nouveaux pays
demeurer sereins et faire montre de miséricorde à leur égard. C'est un crime
éternel, sans aucune circonstances atténuantes, que de porter la main sur un
des réfugiés apatrides.

Paix et libre circulation, pour les évacués, pour les civils ne bénéficiant
plus de la protection d'un Etat. Ne tirez pas sur les fugitifs ! Ne les
prenez pas pour cibles ! Ils sont désormais totalement vulnérables - comme
des escargots sans coquille. Ils sont vulnérables, comme les lentes
caravanes des réfugiés palestiniens et libanais, aussi désarmés que les
femmes, les enfants et les vieillards de Cana, de Gaza, de Sabra et de
Chatila. Donnez un abri aux réfugiés israéliens ; donnez-leur du lait et du
miel !

Qu'aucun enfant israélien ne paie [les crimes de l'Etat sioniste] de sa vie.
Car trop d'enfants et de civils ont d'ores et déjà été assassinés.



Original : http://www.aftenposten.no

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Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala


Samedi 26 Août 2006


Tags : sionisme

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